 |  |
Carrière
Bernard Bourgeois est un ancien élève de l'École
Normale Supérieure (promotion 1951), dont il sort en
1954 titulaire de son agrégation de philosophe. Après
son service militaire en tant qu'officier de Tirailleurs (1954-1957),
il est professeur au lycée de Mâcon de 1957 à
1963.
Sa carrière universitaire s'étend de 1963 à
1999, date où il est nommé professeur émérite.
Il a d'abord enseigné à la Faculté des
Lettres de Lyon (puis à l'Université Lyon II)
comme assistant, maître-assistant puis chargé
d'une maîtrise de conférences. Après avoir
obtenu son doctorat ès lettres en Sorbonne (1972),
il devient maître de conférences (1972), puis
professeur titulaire à titre personnel à l'Université
Lyon II (1973-1974), puis à l'Université Lyon
III - Jean Moulin (1974-1989). En 1989, il est élu
professeur à l'Université Paris I - Panthéon Sorbonne dont il est désormais professeur émérite depuis 1999.
Bernard Bourgeois est un grand professeur, dont les cours
ont été très fréquentés.
Bon orateur, il est capable de présenter des problèmes
complexes d'une façpn presque familière, variant
le ton, recourant à l'anecdote et proposant un cheminement
clair. Il est aussi un directeur de thèse respecté.
Bernard Bourgeois a su prendre tout au long de sa carrière
les responsabilités institutionnelles qui lui incombaient.
Il a été doyen de la faculté de Philosophie
de Lyon (1970-1973, puis 1974-1979), vice-Président
de l'Université Lyon III - Jean Moulin (1979-1983),
membre de la Commission sectorielle des Sciences humaines
et Sociales au Ministère de l'Éducation Nationale
(1987-1989), membre du Conseil d'administration provisoire
de l'E.N.S. en 1985, membre du Conseil national des Universités
de 1976 à 1996, presque sans interruption. Il a présidé
dans ce cadre la section de Philosophie (17e section) de 1993
à 1996. Il a été membre de la Commission
française pour l'UNESCO (1979-1984) et directeur, dans
le cadre du CNRS, de l'UMS 821, regroupant la Fondation pour
la Science, l'Institut international de Philosophie et la
Société française de Philosophie (1993-1999).
Bernard Bourgeois a consacré beaucoup de temps aux
concours de recrutement, pour l'entrée à l'E.N.S.
(1978-1979 et 1989-1993), pour l'agrégation de philosophie
(1969-1971 et 1975-1977). Il a présidé le jury
de l'agrégation de Philosophie de 1980 à 1986,
puis de 1998 à 1999.
De 1991 à 2009, il a présidé la Société
française de Philosophie, céée notamment
par Léon Brunschwicg et André Lalande, membres
de l'Académie. Cette Société comporte
un nombre limité de membres. Il est également
membre de l'Institut international de Philosophie depuis 1995
et assure la direction de la Revue de métaphysique
et de morale, présidée par Paul Ricœur.
Bernard Bourgeois est l'un des plus éminents spécialistes
de la philosphie allemande et, en particulier, de l'idéalisme
allemand — Fichte et Hegel, en particulier. Il a fait
dans ce domaine une œuvre solide et reconnue. On lui
plusieurs milliers de pages de traduction de Hegel, ainsi
que des études sur l'idéalisme allemand ou des
problèmes tels que le droit naturel, la raison et le
droit politique, la décision, l'historicité
de l'esprit, les rapports de la religion et de la philosophie…
Mais Bernard Bourgeois a aussi une œuvre philosophique
originale, à l'intérieur de laquelle on peut
distinguer trois étapes.
- Bernard Bourgeois part d'une position classique que l'on
peut symboliser par la philosophie critique de Kant, mais
aussi l'étude des grands penseurs de la tradition
(Platon, Aristote, les stoïciens, Descartes, Leibniz…).
- Il se consacre ensuite à l'exploration systématique
de la philosophie allemande et, en particulier, des grands
disciples de Kant, notamment Hegel. Son point de départ,
c'est le commentaire d'un petit livre essentiel de Hegel
intitulé Des manières de traiter scientifiquement
du droit naturel, livre difficile, auquel il a consacré
en 1986 un ouvrage important intitulé Le Droit naturel
de Hegel. Pour Bernard Bourgeois, Hegel n'est pas le précurseur
de Marx, mais le penseur chrétien par excellence
de la philosophie allemande, celui qui disait à son
correspondant Tholuck, le 3 juillet 1826 : "Je
suis luthérien et la philosophie m'a fortifié
dans mon luthéranisme". Quand on se remet
dans l'esprit des années 70 et 80, considérer
Hegel comme le philosophe de "la plus haute liberté"
ne manquait ni d'originalité, ni de force.. Bernard
Bourgeois explore ce qu'est pour Hegel la raison à
l'époque moderne, c'est-à-dire l'effort pour
relier de façon intelligible et dynamique les faits
singuliers et le mouvement de l'histoire.
- La troisième étape consiste à prendre
le système hégélien comme observatoire
ou clé pour méditer — après avoir
pris acte de "l'échec historique du marxisme"
— sur les conditions actuelles du "plein accomplissement
de la liberté des individus, car la raison hégélienne
est bien, au fond, décision" (Études
hégéliennes, 1992). D'où un ensemble
de travaux qui visent à préciser les liens
entre la pensée de Hegel et la philosophie française,
mais aussi avec Leibniz ou Aristote.
|
 |  |