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L'épée de l'académicien
Le 21 mars 2007, son épée d'académicien
a été remise à Xavier Darcos au cours
d'une cérémonie qui s'est déroulée
dans les salons d'honneur de la Sorbonne. Après les
discours de MM. Maurice Druon et Hugues Gall, Xavier Darcos
a prononcé ses remerciements et la description de son
épée.
En voici le texte.
Monsieur le Premier Ministre, Chancelier honoraire de lInstitut,
Monsieur le Chancelier de lInstitut, cher Gabriel,
Madame et Messieurs les Secrétaires perpétuels,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Recteurs,
Mesdames et Messieurs les Professeurs,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les Inspecteurs généraux,
Mesdames et Messieurs les Directeurs et Présidents,
Mesdames et Messieurs les Élus,
Chère famille,
Mes chers amis,
Faisons une tentative. Essayons, sil est possible dans
un tel moment et devant une telle assistance, de résister
à lémotion, pour porter un regard lucide
sur cette cérémonie. Cest un beau rite
que nous accomplissons. Mais lesprit hésite.
Faut-il, ici, percevoir, avec quelque nostalgie, dultimes
rituels, des usages désuets quune civilisation
vieillissante tâche à maintenir, en dépit
du cynisme actuel et face à lironie contemporaine ?
Ou bien, tout au contraire, sagit-il de louer fièrement,
au cur de la modernité, la carrière honorable
cest-à-dire digne dhonneurs
de ceux qui se sont voués à la culture et au
savoir ? Prolongeons-nous des liturgies surannées
et vétilleuses, voire dérisoires, ou ranimons-nous
la flamme dune nécessaire « knowledge
pride » ? Puisque la frénésie
de ce temps « de pain et de jeux » nous
incite à toutes les marches de la fierté, devrions-nous
hésiter à célébrer ce qui nous
instruit et nous institue depuis tant de siècles ?
Parmi toutes les étrangetés de notre temps,
lune des plus bizarres, à mes yeux, est que nous
soyons si accueillants à ce qui marque une différence
ou un refus. Pourquoi cette fascination pour tout ce qui nous
abaisse et nous agresse, tandis que nous tergiversons face
à notre identité. Jemploie « tergiverser »
au sens propre : nous tournons le dos à notre
histoire, à nos racines et à nos murs.
Ceux qui font grise mine à la maintenance des rituels
sont souvent les mêmes qui, naguère, sous prétexte
de tout brusquer, mirent méthodiquement leur intelligence
au service de la bêtise, voire de loppression.
Comme le notait le regretté Philippe Muray, « les
modernes appellent « conservateur »
quiconque tente de limiter les dégâts ».
Bref, en accomplissant aujourdhui ce laïc et ancestral
cérémonial, je me sens positif, moderne et constructif.
Je minscris, à ma modeste mesure, dans la lignée
de prédécesseurs que jadmire ; je
célèbre publiquement mon bonheur dêtre
admis à côtoyer les personnalités les
plus fécondes de lexcellence française ;
je manifeste ce que je dois aux institutions, celles qui éduquent
et celles qui maintiennent. Oui, je suis fier de ce moment,
parce quil rend hommage, dans une sorte de synthèse
éclatante, à toutes les valeurs qui ont guidé
ma vie. Cette scène est une métaphore abrégée
de ce qui mimporte, comme dans ces tableaux flamands
où un petit miroir reflète « en abyme »
un univers tout entier. Les linguistes emploieraient ici le
terme de « synecdoque », quand la partie
englobe et exprime lensemble. Ne demande-t-on pas à
lépée, dailleurs, dêtre
le symbole des goûts et de litinéraire
de son détenteur, une sorte de métonymie faussement
guerrière, une image de vie ?
Voilà pourquoi, monsieur le Recteur de Paris, cher
Maurice, je suis heureux que cet adoubement se déroule
ici, à la Sorbonne, présence réelle et
corps glorieux de la culture française et de sa transmission.
Je salue les inspecteurs généraux de lÉducation
nationale, dont jeus lhonneur dêtre
le Doyen général, avant mon ami François
Perret qui a fédéré vos largesses. Je
salue aussi les recteurs et les universitaires qui mont
fait lamitié dêtre parmi nous, notamment
Pierre Brunel, le président Jean-Robert Pitte et Véronique
Richard qui mont accueilli, comme professeur associé,
dans cette université Paris IV-Sorbonne. Je nai
jamais cessé dêtre un professeur et un
éducateur. Je me souviens de ma première année
denseignement, en 1968, rude année pour débuter,
comme si cétait hier. Javais vingt ans.
Quelques élèves avaient mon âge. Mais
je savais que ma vocation était là : rendre
ce que javais reçu. Je nai plus jamais
cessé détudier et, comme je fais aujourdhui
encore, de transmettre, à tous niveaux, devant des
auditoires les plus divers, ce que jai appris et continue
dapprendre.
Nous voici pour quelques minutes dans un état de grâce,
au sens premier : une sorte de sursis clément,
de halte salvatrice, qui invite à rendre grâces,
à remercier et à ressentir les bienfaits quon
a reçus dautrui. Je me tourne dabord vers
ma famille et vers mes belles-familles, puisque mes frères
et surs, beaux-frères et belles-surs, mes
beaux-parents et mes trois enfants, Romain, Géraldine
et Gabriel, nés de mes deux vies, sont ici ou quils
pensent à nous à distance. Je pense à
mes parents, à maman, qui reste vigilante dans sa 99ème
année, à mon père qui aimait les honneurs
de la République. Je sens la communion de celle et
de ceux qui nous ont quittés et que jaimais,
avec qui je poursuis presque quotidiennement des entretiens
spirituels. Je redis, de tout mon cur et de toute ma
raison, mon amour et ma dette à Laure, ma « belle
matineuse », comme disaient les poètes du
XVIème siècle, puisquelle ma apporté,
avec sa bienveillance et son énergie, regain et jouvence,
après le deuil. Je me sens lié à cette
parentèle diverse, que le sort a recomposée
(comme on dit aujourdhui) mais qui na jamais éclaté.
Ces attaches me motivent et mhabitent plus que je ne
veux lexprimer - car il serait indécent ici de
me dépoitrailler sentimentalement davantage. Plusieurs
de mes amis les plus proches, du Périgord, dAquitaine,
de Paris, mapportent la chaleur de leur présence :
ils mont tous donné tant de preuves généreuses
de leur bonté ou de leur camaraderie que je me sens
souvent leur obligé. Je salue avec un peu plus dinstance
les nombreux Périgourdins ici présents, parmi
lesquels ma compatriote préférée, Catherine
Nay. Le président de Société historique
et archéologique du Périgord, le cher et savant
chanoine Pommarède, se remet doucement et son absence
lui pèse. Quils sachent tous ma gratitude et
mon affection.
Je veux remercier ceux qui mont aidé à
rejoindre lAcadémie des sciences morales et politiques,
notamment Jean Cluzel, Raymond Boudon, Henri Amouroux, Jean-Claude
Casanova, Jean Tulard et André Damien. Ce petit index
nominum (dailleurs incomplet) suffit à résumer
la qualité plurielle de notre Académie :
elle suit la devise de Montaigne, pour qui « un
honnête homme, cest un homme mêlé ».
Sous la houlette amène du Secrétaire perpétuel
Michel Albert et du président Lucien Israël, cette
compagnie pluridisciplinaire favorise les différences
et la confrontation critique. Bien que mon expérience
y soit récente, jai été immédiatement
frappé par la fécondité de son commerce
intellectuel, grâce à lindépendance
et la diversité des singularités qui la composent.
Je vous sais gré, chers confrères, de mavoir
accordé lhonneur de mélire parmi
vous, sans atermoiement. En quelque sorte, vous mavez
ouvert les bras. Lopinion croit que le cursus honorum
est le résultat dune ambition brutale, assouvie
à force de calculs longuement mûris et dintrigues
obstinées. Ma petite expérience, y compris ministérielle,
ma montré quil nen est rien :
les occasions se présentent, rarement comme on les
avait supputées. Tel détour imprévu ouvre
des voies quon naurait pas espérées,
tandis que telle certitude seffondre ou séloigne,
renvoyant à dautres opportunités. Et,
comme dirait le Zadig de Voltaire, « il nest
pas de mal dont il ne puisse naître un bien ».
Nous sommes tous potentiellement des Cincinnatus, ce pauvre
bonhomme attelé à sa charrue, à qui une
voix demande dinterrompre le sillon quil trace
dans la poussière pour le faire passer du quotidien
au destin. Ou, pour parler cette fois comme les Grecs, de
la durée à la chance, du sombre « chronos »,
obscur dévoreur de nos heures, au « kaïros »,
cette heureuse occasion qui vous propulse vers un risque nouveau.
Telle fut aussi mon aventure académique : je nosais
y penser encore que lon vint my encourager. Je
remercie vivement les dignitaires qui ont tenu pour moi le
rameau dor et guidé le néophyte dans son
initiation.
Ces personnalités dexception qui, à divers
moments de ma vie, mont accordé leurs lumières
et leurs largesses, je ne saurais toutes les citer. Elles
balisent et orientent mon existence, mortes ou vivantes, comme
ces saints avec qui le croyant reste en communion. Comme Cioran,
pourtant souvent si sarcastique, je crois quil faut
pratiquer des « exercices dadmiration »
envers ceux qui nous dépassent, car ils nous révèlent
et nous relèvent. Quelques uns de ces éclaireurs
composent mon Comité de lépée.
Je ne veux pas être exhaustif dans leur évocation,
mais comment passer sous silence ceux à qui on doit
tant ? On y retrouve des éminences de la culture,
notamment du monde des musées (Jean-Jacques Aillagon,
Christine Albanel, Henri Loyrette, Stéphane Martin,
Bruno Racine) et de larchitecture (Jean-Paul Viguier
et Jean-Michel Wilmotte). Des académiciens français :
Marc Fumaroli (je ne suis pas loin de croire que je lai
lu en entier, toujours ébloui), Jacqueline de Romilly,
le cardinal Lustiger qui a nourri ma vie intérieure,
et Hélène Carrère dEncausse, perpétuelle
aussi dans la cordialité. Mais aussi des virtuoses
du livre (Serge Eyrolles), de la gastronomie (Alain Ducasse
et Régis Bulot) et du vin (chère Philippine
de Rothschild). Des amis capables et tolérants qui
mont toujours soutenu (Jean de Boishue, Francis Delon,
Renaud Denoix de Saint-Marc, Maurice Gourdault-Montagne, Pierre
Mazeaud, Jérôme Monod). Enfin, des phares, comme
aurait dit Baudelaire, qui ont jeté leurs bienfaisants
et éclairants faisceaux sur le sentier clair-obscur
de ma carrière, Yves Guéna et Alain Juppé,
mais aussi Pierre Messmer ou Michel Camdessus. Oui, jai
bien lieu de louer, tel le psalmiste. Je veux exprimer un
message de respect et daffection tout particulier à
Simone Veil, dont la vie affronta le pire et le plus noble
de ce que lhumain peut concevoir. Chère Simone,
vous savez combien je vous respecte et je vous aime. Enfin,
je noublie que jai été sénateur,
cher Christian Poncelet, et même que jespère
le redevenir
Ma gratitude est immense envers Maurice Druon et Hugues Gall,
qui ont accepté de présider le Comité
et de me remettre cette épée. Je les ai sollicités
parce que je les admire depuis longtemps et quils mhonorent
de leur amitié. Mais je tenais aussi à ce que
les deux passions de ma vie, la littérature et la musique,
soient incarnées aujourdhui. Quel choix plus
juste et plus glorieux pouvait-on envisager ? Lun
est un génie fécond, lun des auteurs français
les plus lus de la planète ; lautre est
la figure la plus illustre du monde de lopéra.
Tous deux ont cette qualité exceptionnelle de rayonner
brillamment sans pour autant faire de lombre à
ceux qui les côtoient. Il ny a pas de vraie grandeur
sans la bonté. Et ils ne sont ni lun ni lautre
du genre à mâcher leurs mots ou, justement, à
baisser la garde. Jestime leur courage et leur énergie,
qui conviennent à la circonstance, comme à cette
fine lame, pacifique mais prête au combat si nécessaire.
Grâce à ces deux enchanteurs, modernes Merlin,
jai pu brandir cette sereine Excalibur.
Merci enfin à tous ceux qui ont permis cette petite
fête, à commencer par mes collaborateurs et secrétaires.
Je dois un hommage tout spécial à Jean-François
Moueix, dont la générosité emplira nos
verres tout à lheure, entre chardonnay et merlot.
Je suis heureux quil soit ici. Je pense souvent à
son père, Jean-Pierre Moueix, grand seigneur lui aussi,
le gentilhomme hospitalier de Pétrus. Avec mes amis
Brasier, ici présents, nous y parlions peinture - et
non de vin, car il disait que la seule qualité dun
vin est dêtre abondant
Il fut lune
des personnalités les plus fascinantes que jai
rencontrées de toute ma vie.
Lusage veut que lon dise un mot de lépée
elle-même. Jai dabord voulu quelle
fût une création originale, réalisée
par des artisans de ma région. Elle leur aura demandé,
me disent-ils, deux cents heures de travail. Elle a donc été
conçue à Nontron, capitale du couteau, dans
cette bicentenaire « Coutellerie nontronnaise »,
que dirigent Bernard et Claudine Faye. Le département
de la Dordogne, dont je fus le sénateur et où
je vis, est ainsi, demblée, présent dans
cet objet, produit du terroir si jose dire. Cest
Pascal Renoux qui a réalisé cette épée,
en acier forgé et bruni, orné dincrustations
en or, et qui a en façonné la lame. La garde
reprend, sur chaque pointe des quillons, les signes énigmatiques
(sans doute dorigine maçonnique) de lancestral
couteau de Nontron : une sorte de coin, entouré
de trois points. Pour la poignée, le buis a été
remplacé par livoire poli. La pointe du pommeau
représente un livre ouvert, avec lalpha et loméga,
symboles combinés de ce que je dois à quatre
sources : la lecture, la littérature, la culture
gréco-romaine et la foi chrétienne, que lâge
raffermit. Ce livre ouvert, image de la connaissance inachevée
et du temps fugitif, qui font tourner les pages, est entouré
dun cercle de feuilles dacacia (le bois de larche
dalliance) et de laurier (académie oblige). À
la pointe, une petite pyramide dorée invite à
continuer à saméliorer sur une pente ascendante.
Le fourreau est composé dune âme en tilleul,
habillée dun vélin noir.
Deux citations sont gravées sur la croix de la garde.
La première, en latin et en capitales romaines, PER
ASPERA AD ASTRA, « des obstacles aux astres »,
renvoie à lidée que je me fais de la vie
et à lexpérience que jen ai eue.
Elle rappelle non seulement que les épreuves renforcent
et grandissent, truisme bien connu, mais elle dit surtout
quun dépassement, une sublimité, un éveil
peuvent surgir des choses les plus humbles ou les plus modestes.
Souvenez-vous du manteau de mendiant évoqué
par Victor Hugo. Ce haillon
« Étalé largement sur la chaude
fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations. »
Car Hugo, comme Virgile ou Ovide, confondait
âme et étoile.
La seconde citation est en italique, imitant une graphie privée.
Cest un hommage à mon épouse Laure, ma
résurgence et mon bonheur : tibi or not
to be. Cest notre logo, si jose dire.
La Providence a fait se croiser nos destins - ce qui nallait
pas de soi - et je lui rends grâce, en traçant
pour toujours ces mots sur cet objet qui lui restera après
moi. Enfin, en haut de la chape, ciselé par Hubert
Damperat, graveur à Barbezieux, lécusson
de Périgueux, la ville dont je suis le maire depuis
plus de dix ans et à laquelle jai consacré
beaucoup de mon énergie, ces vingt dernières
années, avec une passion chauvine qui ne se dément
pas. Jen profite pour saluer ici la présence
de mes adjoints (ils sont plusieurs, dont le premier dentre
eux, Jean-Paul Daudou, mais aussi Michel Lopez, Dominique
Allard, François Migot, Sylvie Laurent-Sauvage, Luce
Pujole et Serge Salleron) et de mes collaborateurs de lHôtel
de Ville, notamment Jean-Paul Lacot et Thierry Dessolas. Nous
formons une famille soudée et laborieuse, souvent confrontée
à lhumeur impatiente des gens. Mais jaime
la devise de Périgueux : fortitudo mea civium
fides, « je tire ma force de la foi jurée
entre mes citoyens ». La fermeté, la fidélité,
le jeu collectif : ces valeurs sont bien les miennes.
Les latins considéraient la fides comme
la vertu majeure, doù toutes les autres, privées
ou publiques, découlaient. Jai un peu lâme
romaine. Jai toujours eu en horreur quasi physique la
dissimulation, la servilité, la fourberie, le mensonge,
la parole non tenue. Jai toujours respecté ceux
qui, fussent-ils opposés à mes idées,
ont cultivé le véridique et refusé limposture.
Je ne suis pas trop sûr que ce trait de caractère
soit adapté à lexposition dans la vie
publique et politique. Jessaie de le contenir depuis
que je suis, par profession, diplomate. Mon père mavait
prévenu quand jétais enfant : « ne
dis pas tout ce que tu penses ». Sur ce sujet non
plus, je ne lai pas totalement écouté,
mais il est un peu tard pour se refaire.
Et puis, imagine-t-on un professeur qui ne cultive pas, autant
quil est possible, la véracité ?
Je ne parle pas des évidences instantanées,
mais de ces valeurs permanentes et de ces beautés rémanentes
qui se transmettent dune génération à
lautre, de lessentiel, de lauthentique -
au sens étymologique. Jai toujours évité
que lélève ou létudiant soit
soumis au despotisme de lactuel, ou que la société
du spectacle lui infuse ses manies et son aphasique grandiloquence.
Car lÉcole a le devoir de résister à
la puissance de lopinion, de délivrer les jeunes
des subordinations du moment, des idéologies girouettes
ou des médiatisations dominantes. Ennemie du préjugé,
de la mode, de linconstance événementielle,
des versatiles sondages liés aux audiences ou à
la popularité, lÉcole, loin dépouser
toutes les causes emphatiques et tous les prêchi-prêcha
du moment, doit faire sienne la devise de mon cher Mérimée :
"souviens-toi de te méfier". Pour former
des esprits libres et aptes à la critique, il convient
auparavant de les mettre à distance de ce quils
perçoivent, de les protéger des impératifs
dun jour, de larbitraire et du relatif. Ils apprendront
ainsi à gérer leur futur statut de personne
juridiquement libre, civiquement responsable, moralement structurée.
Ils sauront quune vraie tolérance suppose dabord
une difficile adaptation à linconnu, à
lincompris, à lautre, et non une adhésion
dogmatique à lamour universel. Cest ce
contre-pouvoir que jai servi et que jespère,
armé de cette épée, fleuret plutôt
que sabre, servir jusquà mon terme.
À la fin des Mots, Sartre, un peu blasé,
avouait : « Longtemps, jai pris ma plume
pour une épée : à présent,
je connais notre impuissance ». Je me refuse à
cette dénégation, car je continue à croire
au pouvoir du livre, de lécriture et de la culture.
Et puis, pour reprendre encore un mot de Victor Hugo en exil :
« il y a des épées de chevet comme
il y a des livres de combat ». Lépée
de Charlemagne avait nom « Joyeuse »
et celle dOlivier « Hauteclaire ».
Dans cette lignée nominale éclatante, la lame
forgée par vos amitiés coalisées, célébrera
la culture et lamour, qui sont tous deux félicité
et lumière.
Je vous redis ma gratitude pour votre présence, pour
vos dons, pour votre générosité, pour
votre amitié. De tout cur, merci à chacun
dentre vous. Cest une journée que je noublierai
jamais.
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