En quelques mots
Si je me suis consacré aux questions liées à l'environnement
depuis de longues années, je dois reconnaître qu'à l'origine
nous n'étions qu'un bien petit nombre. Je tiens à rendre hommage
à Jean Rostand d'avoir été l'un de ces pionniers. Dans sa
préface à mon ouvrage L'Homme ou la Nature ?, il écrivait
: " Ce livre ouvrira les yeux à beaucoup, il secouera des
inerties, stimulera des nonchalances, orientera des bons vouloirs,
aidera à la concertation des efforts ". Ces lignes devaient
se vérifier rapidement. Le premier ministère de l'Environnement,
confié à Robert Poujade, fut créé après la parution de ce
livre.
Louis Armand avait fait cette prédiction : " Le futur avance
contre nous ". Vis-à-vis de la nature, l'homme est devenu
un agresseur qui ne connaît plus sa force. Il dilapide autant
qu'il salit. Aujourd'hui, un progrès sensible a été fait puisque
les responsables au plus haut niveau abordent le sujet.
Des solutions s'imposent sur le plan national et international.
Plus que jamais la terre érétrécit " et devient notre pays
commun. Les interdépendances ne sont pas seulement économiques
; elles sont aussi démographiques et écologiques.
Pour faire face à la situation catastrophique que nous connaissons,
j'affirme que des solutions s'imposent et qu'elles existent.
Elles ont parfois été timidement esquissées, voire appliquées.
Il convient d'en dresser le bilan, d'apprécier leurs
résultats et d'en marquer les limites. Il convient surtout
de souligner que désormais l'action devra reposer sur une
coopération internationale.
Il y a près d'un siècle, Nietzsche lançait cette mise en garde
: " Nous sommes d'un temps dont la civilisation est en danger
de périr par la civilisation ". Cette prédiction est confirmée
et suscite l'angoisse. L'humanité sait que son destin n'est
plus assuré.
Réconcilier l'homme et la nature est donc bien la tâche primordiale
de cette fin de siècle.
(Édouard Bonnefous, extrait de l'introduction de Réconcilier
l'homme et la nature, Paris, 1990)
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