En quelques mots
La connaissance économique traite avant tout celle de
l'utilisation des ressources rares. On sait aujourd'hui que
les solutions optimales sont multiples, mais on ne peut en
saisir la portée que dans le cadre de théories économiques
formelles qui évoluent gr‚ce à la critique des faits, et aux
controverses doctrinales. Par exemple dans l'étude de la firme,
la connaissance financière et sa gestion pratique, traitées
autrefois selon des méthodes très empiriques, ont été profondément
renouvelées par la théorie. Elle continue d'évoluer en vue
d'une meilleure articulation entre finance et stratégie. La
stratégie exprime l'autonomie des choix, la vision prospective
dans la firme, sa capacité de leadership. Elle doit saisir
les principaux facteurs de nature technique et économique,
mais également ceux qui tiennent aux ressources humaines,
au climat social, aux relations avec l'environnement, le respect
de la vie privée, les relations locales, l'image publique,
etc... La théorie stratégique est donc au coeur de l'analyse
économique, de l'économie politique, et de la gestion. Elle
situe aussi, nécessairement, l'activité économique dans les
réseaux des relations de la firme avec la Société. A ce jour
sa formalisation a grandement profité des progrès de la micro-économie,
de la théorie des jeux et des marchés. Mais par définition
les processus stratégiques, face à l'incertitude, aux interdépendances
et aux risques, sont complexes ; ce sont avant tout des processus
de changement et d'apprentissage collectifs. Ils impliquent
des modifications dans les mentalités, les modèles d'action,
les normes, les relations, l'organisation de l'information.
Ils doivent traiter les contradictions, les paradoxes qui
existent dans toute action complexe, et qui appellent des
solutions nouvelles, et fournir la souplesse nécessaire pour
apprendre, s'adapter, saisir les occasions. Ainsi la théorie
des stratégies économiques doit à la fois s'insérer dans le
champ plus vaste des sciences sociales, qui traitent du changement,
et préserver son objet propre qui est la gestion des ressources
rares, et des utilités. C'est un défi analytique et identitaire,
qui revalorise aujourd'hui la place donnée à l'économie au
sein des sciences morales et politiques.
Pierre Tabatoni
|