En quelques mots
"Certes"!
c'est d'un renouveau qu'a besoin le monde. Jeunes gens, de quel cachet
marquerez-vous votre temps ? Oh! nous sommes d'avance convaincus que,
grâce à vous, l'on ira dans quelques années encore
plus vite qu'aujourd'hui, qu'on s'élèvera plus haut, qu'on
pourra se parler et sans doute se voir de plus loin, que les intérêts
seront plus mêlés, le travail plus complexe, la réclame
plus tapageuse; qu'on fera plus de bruit, qu'on luttera plus âprement.
Mais ce ne sont là que des conditions matérielles, et le
sens et le caractère d'une époque procèdent d'abord
de ses tendances morales. L'hellénisme, la force romaine, la diffusion
du christianisme, l'ordre classique, la Révolution franáaise,
l'impérialisme récent, l'évolution sociale d'aujourd'hui,
n'ont pas tenu seulement aux circonstances. Ces grands mouvements n'eussent
pas été possibles sans une flamme partout répandue
: la passion pour un idéal" (Charles de Gaulle, 1930).
Pour moi, la beauté de la vie, le succès, le bonheur ne
sont pas dans l'appétit dévorant du pouvoir. Ils sont dans
la foi, selon cette devise que je donnais, prisonnier de guerre à
trente-cinq ans, pour règle de vie à ma famille : Fide tribulatio
levis. Seule la foi allège les inévitables tribulations
de l'existence. C'est la flamme qui, pour un chrétien comme De
Gaulle, s'élève de la France jusqu'à l'éternité.
C'est la passion pour un idéal qui nous a illuminés si nous
ne l'avons pas atteint. C'est la tâche assignée, l'honneur
et la joie de la bien remplir. C'est toute la beauté bouleversante
du monde créé. C'est la consolation des plus beaux vers
de la langue franáaise, chantés au seuil de l'au-delà
:
"Quel charme vainqueur du monde
Vers Dieu m'élève aujourd'hui.
Malheureux l'homme qui fonde
Sur les hommes son appui,
Leur gloire fuit et s'efface
En moins de temps que la trace
Du vaisseau qui fend les mers
Ou de la flèche rapide
Qui, loin de l'úil qui la guide,
Cherche l'oiseau dans les airs"
(Racine, Cantiques spirituels)
(Raymond Triboulet, Un ministre du Général, 1985)
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