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Céremonie de remise de
La Grande Médaille du Sénat
à M. le Ministre Raymond Triboulet
Le
jeudi 30 septembre 1999, au Palais du Luxembourg, M. Christian
Poncelet, Président du Sénat, a remis la Grande
Médaille d'Honneur du Sénat au Ministre Raymond
Triboulet, membre de l'Académie des Sciences morales
et politiques depuis 1979.
A cette occasion, MM. Roland Drago, Président de l'Académie
pour 1999, et Jean Cluzel, Secrétaire perpétuel
de l'Académie, ont successivement pris la parole afin
de rendre hommage à l'Académicien et à
l'homme publique, homme d'action, de politique et de foi qu'a
toujours été Raymond Triboulet.
Discours de M. Yvon Gattaz, Président
de l'Académie pour l'année 1999
Monsieur le Président du Sénat,
Monsieur le Ministre et cher confrère,
Mes chers confrères,
Mesdames, Messieurs,
Notre Académie réussit le miracle de fondre
en une seule institution des personnalités fortes autant
que fort diverses, depuis plus de deux siècles. C'est,
en effet, l'académicien qui fait l'Académie
et chacun d'entre eux apporte sa touche à un chef d'uvre
inachevé.
À chacun donc sa manière de vivre lAcadémie
et de la faire vivre. La vôtre, mon cher Raymond Triboulet,
est faite de bonhomie mais aussi de rigueur. Votre sourire
et l'éclat souvent malicieux qui traverse votre regard,
qui semble ne pas devoir pâlir avec le nombre des années,
sont les signes certains de votre vivacité d'esprit
et de corps, ajouterai-je demeurée intacte.
Il me plaît de penser, monsieur le Ministre, que ce
sont ces signes qui accueillent chaque lundi les personnes
qui viennent suivre la retransmission de notre séance
en salle Hugot. En effet je vous l'apprends sans doute
du fait de votre place accoutumée, à
la gauche du communicant de la semaine, vous êtes le
seul d'entre nous à être dans le champ de la
caméra. Ainsi, alors que nous sommes tous pour les
spectateurs des voix désincarnées, vous avez
le rude privilège de nous représenter tous.
Votre gaieté légendaire que vous entretenez
régulièrement en écoutant les chansons
de notre nouveau confrère des Beaux-Arts, Charles Trénet
fait de vous un académicien aimé. De
ses pairs bien sûr mais aussi des collaborateurs de
l'Académie que vous avez tenu à voir présents
ce soir. Depuis que je suis Président de cette Académie
et que je viens chaque lundi m'asseoir au Secrétariat
afin de régler les affaires courantes, j'ai moi aussi
appris qu'il y avait un signe infaillible pour savoir que
vous arriviez : un petit sifflotement, un air fredonné,
écho de cette « musique intérieure »
dont, à l'heureuse initiative du Président René
Pomeau, vous nous avez brillamment entretenu en séance
l'an dernier.
Cette musique révèle la profondeur qui est la
vôtre, monsieur le Ministre. Profondeur de votre foi,
bien entendu, encore manifeste lundi dernier quand vous nous
lisiez votre rapport sur un ouvrage consacré à
la pastorale de saint Vincent de Paul. Profondeur de votre
pensée également, toute empreinte de classicisme.
Vous aimez la grande tradition de la pensée française,
de sa mystique et de sa poésie, vous nous l'avez confié.
Le thème de votre année de Présidence
en 1991 le prouve tout autant. Vous avez proposé
à la réflexion de notre Compagnie une question
classique, celle que l'Académie de Dijon avait mise
à son concours en 1749 : « Le progrès
des sciences et des arts contribue-t-il à épurer
ou à corrompre les murs ? ».
Ce faisant, vous nous prouviez que les questions de nos aînés
étaient encore d'actualité, même si leur
traitement et les réponses qu'elles trouvent varient.
Pendant cette année, riche en séances mémorables,
vous avez organisé une séance solennelle thématique
consacrée aux « vertus patriotiques »,
hélas bien souvent oubliées.
Si je devais caractériser en deux mots le ton que vous
avez donné à nos travaux en 1991, je dirais :
sérieux et engagement. Car vous n'êtes pas neutre
mais est-il bon de l'être face à de graves
problèmes ?
Vous êtes fondamentalement un homme de combat, un homme
debout au moment où d'autres se couchent. Vous l'avez
prouvé dans votre vie publique, comme le rappellera
sous peu le Secrétaire perpétuel. Vous l'avez
été à lInstitut.
Comme vous avez servi la France, vous avez servi l'Académie
et l'Institut. Avec régularité, tout d'abord.
Est-il, depuis votre élection en 1979, plus assidu
que vous à nos séances du lundi ? Avec
constance, en représentant de longues années
durant notre Académie à la Commission administrative
centrale. Avec force, enfin, au cours de votre année
de présidence.
Le calendrier voulut, en effet, que vous soyez à la
fois Président de l'Académie et de l'Institut
en 1991. En acceptant la tâche, vous n'imaginiez sans
doute pas à quel point elle devait se révéler
ardu. De problèmes de personnes en attaques venant
des pouvoirs publics, en passant par une campagne de presse
diffamatoire, vous avez essuyé bien des orages mais,
comme vous l'aviez déjà fait cinquante ans auparavant,
cette fois encore vous avez résisté et les tribulations
se firent légères. Vous avez fait confiance
aux hommes, qui vous l'ont bien rendu, en convoquant
fait extraordinaire ! quatre assemblées
générales de l'Institut de France. Dans le bureau
du ministre de tutelle, auquel l'avenir réservait de
plus hautes fonctions, vous avez été celui qui
a dit non. Non à un contrôle direct de l'État
sur l'Institut par l'instauration d'un comptable public. Non
à la mainmise de l'État sur les musées
de l'Institut. Les témoins de cette scène m'ont
raconté qu'ils avaient ce jour-là le sentiment
que vous aviez sauvé l'Institut. En effet, le Ministre
a cédé. Dans une autre tâche difficile,
alors que les services du Premier Ministre menaçaient
une de nos fondations d'aide aux veuves de guerre, vous avez
haussé le ton. En compagnie du chanteur Daniel Guichard,
vous avez organisé une émission de télévision,
un soir sur la 5. Votre pugnacité désarma Madame
le Premier Ministre.
Vous êtes un homme libre, aujourdhui comme hier. C'est
pour cela que vous êtes aimé de vos amis et craint
de vos ennemis.
Que cette médaille que Monsieur le Président
du Sénat vous remet ce soir soit le signe de notre
reconnaissance.
Discours de M. Jean Cluzel,
Secrétaire perpétuel de l'Académie.
Monsieur le Président du Sénat,
Vous avez bien voulu retenir la suggestion que je vous avais
présentée avec l'accord la complicité,
devrais-je dire de Monsieur le Chancelier Pierre Messmer
et de Monsieur le Président Yvon Gattaz : remettre
la Grande Médaille du Sénat à notre ami,
Monsieur le Ministre Raymond Triboulet. Mes confrères
et moi-même vous en remercions sincèrement en
vous demandant d'agréer l'expression de notre sincère
gratitude.
En cette heureuse circonstance, se retrouvent au Palais du
Luxembourg, tant d'Académiciens, tant d'hommes et de
femmes qui marquèrent la vie de notre pays et la marquent
toujours ! Je les salue avec respect au nom d'une confraternité
qui fait la qualité de nos relations au sein de l'Académie.
En fait, Raymond Triboulet est un habitué du Sénat
où, naguère, il rendait visite à son
ami René Coty. De plus, il a servi l'Institution sénatoriale
lorsqu'en 1958 il fit partie du Comité Consultatif
Constitutionnel.
On m'accordera cependant qu'il est difficile de décrire,
le temps d'un discours, les étapes d'une vie aussi
longuement et fougueusement consacrée au service de
la France ! Mais puisque notre Président Yvon
Gattaz vous a parlé de l'Académicien qu'il me
soit permis de dépeindre l'homme public que Raymond
Triboulet n'a cessé d'être :
- 16 ans comme agriculteur tout en défendant sa
profession par la plume,
- 27 ans comme Député, Ministre, Membre d'instances
européennes,
- et, depuis, toujours comme écrivain et journaliste.
Raymond Triboulet a été et demeure :
- un homme d'action
- un homme politique
- un homme de foi
Homme d'action
Il est de ces hommes que l'on croit éternels tant
leur jeunesse demeure dans leur sourire, leurs écrits
et leurs paroles.
L'âge n'a chez lui atteint ni la vivacité de
l'enthousiasme ni l'élégance de la silhouette.
Et, pas davantage, cette ponctualité et cette assiduité
jamais prises en défaut, ne refusant ni les plus difficiles
ni les plus délicates missions puisque, depuis le scoutisme,
Raymond Triboulet sait que la vie est faite pour servir.
Il a donc commencé par le métier d'agriculteur.
Très jeune, à peine 20 ans mais
déjà licencié en droit et en lettres,
il se lance dans l'aventure agricole, accompagné de
Luce avec qui jusqu'à la séparation visible
il a formé un couple admirable de sérénité,
de volonté et de dévouement assurant la parfaite
éducation de leurs six enfants.
Cette terre était celle d'une ferme de Sainte-Croix,
dans la plaine de Caen. Là, se sont forgés le
caractère et les ambitions de ce jeune citadin devenu
rural et que les hasards de la vie firent participer aux premières
loges, à l'un des moments les plus tragiques de notre
histoire, mais en même temps des plus glorieux :
celui de la Libération du territoire et de la restauration
de la République.
Il raconte un souvenir bouleversant lorsque son épouse
le 22 juin 1944 partit à Caen chercher
leur fils François en traversant la ligne de feu. Pour
en mesurer l'héroïsme il suffit de relire les
pages consacrées par Henri Amouroux au Débarquement
et à cette ville, alors que des quartiers entiers se
trouvaient en flammes.
Homme d'action, Raymond Triboulet est aussi un pédagogue
recherchant toujours le dialogue au sein des multiples rassemblements
qu'il n'a cessé de créer au service de l'intérêt
public, que se soit en Normandie, en Algérie, ou en
Afrique au hasard de ses engagements politiques.
On en prend la mesure à la lecture de ses livres :
- Un Gaulliste de la IVème
- Un Ministre du Général
- Gaston de Renty, un homme de ce monde, un homme de Dieu
Mais il faut également saluer l'humour des Billets
du Négus où passe le souffle des Lettres
persanes. Et encore, Sens dessus-dessous (paru
en 1951) où le talent du jeune journaliste éclate
à chaque page tantôt de façon féroce,
tantôt avec tendresse, mais toujours avec le mot juste
et le juste mot. Nombre de scènes décrites avec
un art consommé auraient mérité d'être
mieux connues mais ce livre est heureusement disponible à
la bibliothèque de l'Institut. On ne saurait oublier,
Halte au massacre (paru en 1967). A cette époque
13 000 personnes se tuaient chaque année sur les
routes. Le retentissement de ce livre fut tel que le Préfet
de l'Allier allait créer un Tribunal de la route
dont on devait beaucoup parler en France et à l'étranger
car il siégeait en bordure de la Nationale 7, route
célébrée par Charles Trenet, notre nouveau
confrère de lAcadémie des beaux-arts.
Cher Raymond Triboulet, par votre vie, vous avez donné
raison au moraliste pour lequel, il n'existe que deux catégories
d'hommes, ceux qui veulent être quelqu'un et ceux qui
veulent être quelque chose.
Homme politique
Vous avez, Cher Confrère, toujours eu de la politique
une noble conception. En réalité, ce fut pour
vous une vocation, un don total pour le bien du pays, don
fait de foi, de courage et d'amour.
De ce point de vue votre carrière politique a commencé,
dîtes-vous, avec Munich dont vous n'avez pas accepté
l'humiliation. Vous pressentiez que Munich ne serait que le
prélude à pire et vous ne vous êtes pas
trompé.
Puis vous découvrez en journaliste, ce que l'on a appelé
la drôle de guerre. On suit avec passion vos
pages tour à tour haletantes, narquoises ou désespérées.
On croit vous entendre à la radio ou vous voir à
la télévision, tellement votre récit
est vivant, tellement vous avez le sens de l'action et tellement
vous savez peindre vos rencontres telles que celle, au hasard
d'ordres et de contre ordres, du Général de
Lattre de Tassigny.
Votre temps de captivité est marqué par les
dialogues organisés au camp de Mailly avec Jean Guitton
et le jésuite Victor Dillard, qui vécut deux
ans à Vichy et devait tragiquement disparaître
à Dachau.
Vous êtes libéré comme grand malade et
c'est un autre trait de votre caractère qu'il me faut
dévoiler : avec la plus grande discrétion
vous avez toujours dominé un corps souvent affaibli
par la maladie.
Puis c'est l'aventure de la Résistance parce que vous
allez avec votre voiture à cheval d'un résistant
à l'autre et d'une cache à l'autre on vous appelle
le résistant à la carriole. Au lendemain
du Débarquement vous devenez le sous-préfet
des Communes Libérées ; le premier
en, France !
Là encore il faut relire Henri Amouroux lorsqu'il narre
votre rencontre avec Maurice Schumann et lorsquil reproduit
le texte enthousiaste que ce dernier rédigea le jour
même du 6 juin dans un coin de France Libérée
et qui devait être lu quelque heures plus tard à
la radio de Londres.
Après un passage en Allemagne occupée vous entrez
en politique en 1946 pour y demeurer jusqu'en 1973. Pour qu'en
soit perpétué le souvenir, vous aviez créé
un Comité du Débarquement à juste titre
célèbre de part et d'autre de l'Atlantique.
En fait, il vous a suffi de suivre le général
de Gaulle et de lui demeurer totalement et jusqu'au bout fidèle.
Vous avez conduit votre vie en fonction d'une phrase qui,
pour vous, représentait une règle absolue ;
elle est extraite des Mémoires de guerre lorsque le
général déclarait qu'il fallait viser
haut et se tenir droit. Ce double impératif explique
toute votre vie. Mais il vrai que Jacques Chaban-Delmas vous
avait dit un jour à l'Assemblée Nationale :
« Raymond, tu es la conscience du groupe ».
Quant aux fonctions ministérielles :
- le 10 janvier 1959, le nouveau cabinet est présenté
à 11 heures 30 au Général à l'Elysée
et vous êtes Ministre des Anciens combattants.
Votre mission, dites-vous, était de réconcilier
le Pouvoir et les anciens combattants car existait le problème
des retraites...
Vous racontez avec émotion votre montée à
l'ossuaire de Douaumont le samedi 21 février 1959.
Vous oeuvrez à la réalisation du monument du
Mont-Valérien.
A ce sujet le Général vous avait dit :
« La France n'a jamais cessé le combat,
voilà ce qu'il faut exprimer, marquer dans la pierre
et le bronze ».
En octobre 1960, vous êtes à Washington pour
nouer des relations amicales avec les hommes de l'American
Legion et vous décrivez votre rencontre avec Nixon
et Kennedy en pleine campagne électorale.
Ce furent ensuite les longues semaines, les longs mois, les
longues années de la tragédie algérienne.
Et l'on vous a vu parcourir l'Algérie, pour rencontrer
les anciens combattants et faire tout pour que, dans l'Afrique
blanche comme dans l'Afrique noire, la France soit connue,
reconnue et qu'elle soit aimée.
Vous avez même jumelé votre Calvados avec l'arrondissement
de Cherchell.
Le 5 février 1960, au cours du sixième remaniement
du Gouvernement Debré, c'est l'entrée au ministère
des Armées de Pierre Messmer ; de même que
l'on a reconnu, au passage, les participations aux gouvernements
d'Edouard Bonnefous avec vous-même sous la IVème
République, de Jean Foyer et d'Alain Peyrefitte, toujours
avec vous, sous la Vème République.
En 1962, vous devenez Ministre de la Coopération.
En prenant possession de votre Ministère, vous vous
apercevez que tous les courriers étaient signés
par vos directeurs. Durant quinze jours, vous consacrez à
ces courriers une partie de vos nuits, ce qui vous épuise
mais vous ravit car vous avez ainsi fait le tour de toutes
les questions vous permettant de déterminer votre domaine
réservé et ce qui relevait de la signature de
vos collaborateurs.
En 1963, vous créez en Afrique les volontaires du
progrès afin que les jeunes Français mettent
avec les jeunes Africains la main à la pâte.
Cette association est dirigée par les délégués
des mouvements de jeunesse allant des scouts de France aux
Clubs Léo Lagrange.
Vos choix ont toujours été forgés au
plus profond de vos convictions. Ferme dans vos engagements
vous étiez ouvert au dialogue car vous avez toujours
su écouter avant d'argumenter pour emporter l'adhésion.
Vous n'avez jamais craint de le faire, ni à l'Assemblée
Nationale, ni dans le Calvados au fil des batailles politiques
et des campagnes électorales. Votre verbe, votre éloquence,
ont toujours retenu l'attention y compris, rappelez-vous,
de Guy Mollet en mai 1958.
Mais pour bien vous comprendre, il faut connaître l'aveu
par lequel vous terminez le livre consacré à
vos souvenirs ministériels.
« Pour moi la beauté
de la vie, le succès,
le bonheur sont ailleurs. Ils sont dans la foi. »
Homme de foi
Oui, cher Raymond Triboulet car vous êtes
un homme de valeurs, je dis valeurs au pluriel puisque
votre action a toujours été justifiée
par votre fidélité à l'ensemble des valeurs
de notre civilisation.
- Valeurs morales, d'abord, caractérisées par
une exigence constante et une rigueur intellectuelle jamais
démentie. Cette rigueur, je l'évoquerai avec
Charles Péguy, puisque vous avez été
et que vous demeurez journaliste « Plaçant
une obligation de droit, perpétuelle, qui ne subit
aucune exception, qui ne peut grandir ou diminuer parce qu'elle
est toujours totale l'obligation de dire la vérité ».
Cette exigence, c'est aussi celle d'un travail acharné.
Vous n'avez jamais ménagé vos efforts au service
de vos idées, pas plus d'ailleurs que ceux de vos collaborateurs,
dont je sais qu'ils furent heureux et fiers d'avoir travaillé,
sous votre direction, au service de l'institution parlementaire
ou du gouvernement.
- Valeurs humanistes, enfin, que vous défendez sans
relâche par vos écrits, par vos paroles, par
vos actes et dont vous craignez, non sans raison, qu'elles
soient menacées par le matérialisme qui s'acharne
contre la civilisation.
Pour lutter, vous montrez que nous ne devons compter que sur
nous-mêmes au nom de la foi, foi de ceux qui « croient
au ciel et de ceux qui n'y croient pas » mais
qui ont la même conception de l'homme, de ses responsabilités,
de ses missions. Tant il est vrai qu'un homme politique s'il
veut être autre chose qu'un moissonneur de ministères,
doit être l'homme de son idéal, l'homme de sa
foi.
Vous êtes certainement le seul homme politique à
vous être intéressé à la spiritualité
vécue au XVIlème siècle en consacrant
à Gaston de Renty deux livres profonds, respectueux,
admiratifs ! Vous avez su parfaitement en décrire
la spiritualité, non pas bigote au sens de notre siècle,
mais mystique au sens où l'entendait Jean Guitton lorsqu'il
écrivit son « Monsieur Pouget ».
Gaston de Renty dont vous avez publié l'énorme
correspondance est pour vous le héros qui vit pleinement
sa spiritualité mettant ses actes en conformité
avec ses croyances ; il na vécu que 38 ans (de
1611 à 1649) mais il a su parfaitement vivre en plénitude
le temps d'être homme de son siècle et homme
de sa foi.
Je ne voudrais pas terminer mon propos sans citer votre Bulletin
de presse : RESISTANCE NOUVELLE.
Chaque mois, le deuxième jeudi, nombreux sont ceux
qui se retrouvent autour de vous. Vos amis dont j'ai le privilège
de faire partie depuis de nombreuses années vivent
des moments passionnants occupés qu'ils sont à
bâtir le sommaire de cet excellent bulletin très
connu des journaux de Province pour participer à la
défense des valeurs de l'humanisme tout en faisant
largement appel à des plumes de toutes obédiences
politiques.
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Grand patriote, grand parlementaire, homme
de gouvernement, nous sommes fiers, cher Raymond Triboulet.,
d'êtres vos confrères.
Nous sommes fiers d'être à vos côtés
alors que vous faites preuve d'une si élégante
simplicité, d'une si exquise courtoisie et d'une si
exceptionnelle droiture.
Vous avez su joindre le sens du dialogue à la fermeté
des convictions et la fortune politique n'a fait que donner
du crédit à vos mérites.
En concluant ce propos je veux affirmer qu'il est nécessaire
d'honorer ceux qui ont assez de folle générosité
pour consacrer la plus grande partie de leur temps et de leur
énergie au service de l'intérêt public.
Cher Raymond Triboulet, vous êtes de ces hommes qui,
selon le mot de Spinoza : « ne désirent
rien pour eux-mêmes qu'ils ne désirent pour les
autres ».
« C'est votre façon, à vous, de
viser haut et de vous tenir droit ».
Au nom de toute lAcadémie, je vous exprime notre sincère
estime et notre respectueuse affection.
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