En quelques mots
Le
métier d'historien s'apparente à celui du détective:
rien de plus excitant. Mais toutes les enquêtes n'aboutissent pas
: rien de plus frustrant. Et dans le meilleur des cas la récompense
est mince. Comment faire comprendre au public la somme de recherches qui
sous-tend une seule page, parfois un seul paragraphe, d'un seul volume ?
" Allez aux sources ! Allez aux sources ! " me répétaient
mes professeurs de l'école des chartes. C'est qu'il faut établir
l'authenticité d'un document avant de l'utiliser. La règle
a l'air simple, elle semble aller de soi, et pourtant elle est tous les
jours violée parce qu'elle exige d'abord une formation spécifique,
ensuite une persévérance et une rigueur infinies. Il faut
tout vérifier, jusqu'au filigrane du papier qui sert de support aux
documents que vous déchiffrez. Car si votre document du XVIème
siècle a été écrit sur du papier du XIXème,
il va de soi que c'est un faux. Mais les amateurs, qui croient qu'être
historien, c'est raconter l'histoire, se soucient bien de tout cela ! Ils
veulent faire vite et gros pour allécher les médias;
En histoire, je crains aussi les penseurs et les modes. Le prix du blé,
les variations climatiques nourrissent les grandes synthèses sociologiques
d'aujourd'hui. Cette approche n'est pas toujours innocente. Elle part souvent
d'une idée préconçue, parfois d'une idéologie
: l'individu ne serait pour rien dans son destin, il n'aurait pu influer
sur les événements. C'est faux (voir Jean-Paul II, voir de
Gaulle et tant d'autres). Pour expliquer le déroulement de l'Histoire,
la psychologie a autant de valeur que la climatologie.
Voilà pour la méthode. Après quoi il ne reste plus
à l'historien que de savoir écrire !
(Claude Dulong)
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