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Académiciens célèbres

Depuis sa création, l'Académie a toujours compté dans ses rangs des personnalités de grands renoms dans des spécialités et des domaines très variés.
Il serait difficile de les énumérer tous. Pour se limiter à douze noms parmi ceux que cite M. Henir Amouroux dans " L'Académie des Sciences morales et politiques ", dans Histoire des Cinq Académies, Paris (Perrin), 1995, on peut citer les personnalités suivantes.

Charles-François-Marie, comte de Rémusat (1797-1875)
Ami de Guizot, Rémusat fut journaliste, l'un des plus influents du Globe. Il rédigea la protestation des journalistes contre les ordonnances du ministre Polignac.
Devenu ministre de l'intérieur, il mena à bien, avec l'Angleterre, les négociations du transfert des cendres de l'Empereur.
Ministre des Affaires étrangères d'Adolphe Thiers, il signa avec l'Allemagne l'accord permettant une libération plus rapide du territoire français.
Il est l'auteur des Essais de philosophie, de La philosophie allemande, de L'histoire de la philosophie en Angleterre.
Dès son plus jeune âge, Rémusat a côtoyé hommes de lettres, célébrités politiques et militaires, dans les salons de sa mère, dame du palais de l'impératrice Joséphine et femme d'Augustin Laurent Rémusat, premier chambellan de l'Empereur.
Aussi lui doit-on l'un des livres les plus complets et les plus intéressants sur le XIXe siècle : Mémoires de ma vie.

Louis-René Villermé (1782-1863).
Villermé eut tout d'abord une vie d'aventure. Des années napoléoniennes, Il ne voyait pas la gloire, mais la misère, ce chirurgien sous-aide (1802-1806), aide-major (1806-1813), puis major, en 1814, avant d'être licencié après l'abdication de l'Empereur.
C'est en 1818 qu'il abandonna la médecine pour se consacrer à la rédaction d'une série de mémoires sur la famine et la guerre, la santé des forçats, le régime des prisons, la mortalité à Paris - en savant, certes, mais aussi en véritable sociologue.
Villermé publia, en 1840, les deux volumes de son oeuvre majeure, Tableau physique et moral des ouvriers employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie .
C'est certainement grâce au cri d'alarme poussé par Villermé, mais aussi par notre Académie qui, dans ses séances (il suffit de se reporter aux procès-verbaux du temps pour s'en convaincre) mettait alors au premier rang des communications les questions d'actualité sociale, que fut votée la loi de 1841 réglementant quelque peu le travail des enfants.
Au plan scientifique, le travail de Villermé demeure, aujourd'hui encore, un modèle pour l'étude des grands groupes sociaux,

Alexis de Tocqueville (1805-1859).
Tocqueville va se créer dans l'action en opposition à son milieu familial prisonnier des souvenirs de l'ancien Régime, monde disparu dont il regrettait moins les privilèges que la hiérarchie voulue par Dieu ; il va se créer , après avoir écouté Guizot décrire, en Sorbonne, les progrès corrélatifs de la liberté et de la bourgeoisie, en faisant choix alors de la révolution paisible et en allant, au cours d'un voyage de neuf mois, observer les développements de la seule démocratie du moment, cette jeune Amérique qu'il va parcourir parfois dans des conditions précaires.
Tocqueville rapportera de son voyage De la démocratie en Amérique, qui le place dans la ligne des grands moralistes: la seconde partie, empreinte de toutes les mélancolies d'un homme déçu par son échec politique de 1837 à Valognes et d'un philosophe dont l'enthousiasme sur la nature humaine est retombé, aurait suffi sa gloire.
Le coup d'état du 2 décembre, en le rendant à la vie prive (élu en 1839, il avait été, du 2 juin au 31 octobre 1849, ministre des Affaires étrangères), le conduira rechercher systématiquement, travers les archives et aussi travers une scrupuleuse étude du caractère français, les raisons multiples et la cause (pour lui) unique (l'absolutisme qui a privé les Français de toute expérience de gestion commune des affaires) de la Révolution.
L Ancien Régime et la Révolution aurait dû être complété. La maladie et la mort empêcheront Tocqueville de mener bien l'œuvre imagine infiniment plus ample mais le livre a, sans vieillir, traversé le siècle.

Jules Michelet (1798-1874).
Héros pour Victor Hugo, charlatan si l'on en croit Sainte-Beuve, Jules Michelet n'oubliera jamais qu'il est sorti du peuple , ce peuple dont il fera le grand acteur de l'histoire de la France .
Chef de la section historique aux Archives nationales, Michelet se trouvait directement au contact des documents.
Il vivra donc au coeur de l'histoire, qu'il raconte tout d'abord dans cette Histoire de France dont les six premiers volumes, traitent des origines jusqu'à la fin du règne de Louis XI.
Estimant qu'il ne pouvait connaître la monarchie sans étudier la Révolution, dont il se pensait le fils, dont il se voulait le conteur, l'apôtre et le propagandiste, Michelet mettra en chantier, à partir de 1847, cette Histoire de la Révolution française qu'il achèvera en 1853.
Généralités hâtives, parti pris, idée fausse - mais qui donne à l'œuvre son mouvement lyrique - d'une nation tout entière actrice... on peut certes adresser bien des reproches Michelet, écrire que son Histoire de la Révolution est à peine un livre d'Histoire, mais le livre se lit toujours et sa récente réédition dans la collection Bouquins lui a donné un nouveau public, attiré par l'élan de la plume, l'enthousiasme du conteur, plus que par la vérité historique.

Adolphe Thiers (1797-1877).
Bien avant d'appartenir notre section (il sera lu en 1840 au ler fauteuil , Adolphe Thiers, venu de Marseille à Paris en compagnie de son ami Mignet, s'était lié avec des hommes comme Talleyrand, en qui il voyait l'un des grands témoins et des grands acteurs de cette Histoire de la Révolution française à laquelle, entre 1823 et 1827, il allait consacrer dix volumes.
Cependant, la politique s'étant emparée de Thiers, il sera député d'Aix-en-Provence, puis secrétaire d'état aux Finances, ministre de l'intérieur, président du Conseil, avant que la Révolution de 1848 et le coup d'état du 2 décembre ne le rejettent dans l'opposition. Ce sera la chance de sa vie d'historien. Homme politique, peut-être n'aurait-il jamais mené à bien sa monumentale Histoire du Consulat et de l'Empire, qui parut en vingt volumes de 1845 1862.
Sans doute Thiers se laisse-t-il souvent prendre au jeu et, s'identifiant à l'Empereur, refait-il, à sa mode, les batailles; sans doute l'impartialité fait-elle défaut et sans doute le style est-il parfois relâché mais, publiée alors que nombre de témoins de l'épopée napoléonienne étaient encore vivants, cette suite historique demeure, aujourd'hui encore, digne d'intérêt.
Bonheur, pour l'histoire, que cette mise à l'écart de l'homme politique, mais fut-ce une chance pour la France? Revenu à la Chambre en 1863, s'opposant à la politique extérieure de Napoléon III, mettant en garde contre la guerre avec la Prusse, Thiers eût pu, s'il s'était trouvé au pouvoir, éviter au pays des aventures ruineuses. On sait assez le rôle qui fut le sien, dans la libération du territoire, après 1871, pour ne pas insister sur ce point qui lui fait honneur.


Henri, duc dAumale (1822-1897).
Avec Henri, duc d'Aumale, c'est le grand acteur d'une grande histoire qui, en 1889, prend place au 8e fauteuil. Il est à peine besoin de rappeler les étapes de l'existence du quatrième fils de Louis-Philippe et de Marie-Amélie, ses succès scolaires à Henri-IV où son père avait voulu démocratiquement l'inscrire ; son engagement au 4e régiment d'infanterie légère; ses campagnes en Algérie marquées, en mai 1843, par la prise de la smalah dAbd- el-Kader, cinq cents chasseurs divisés en trois tourbillonnants pelotons, affolant, disant, dispersant plusieurs milliers d'arabes en armes, s'empa-rant d'une ville nomade qui se déplaçait avec femmes, serviteurs, trésors et troupeaux.
En août 1847, le duc d 'Aumale est nommé gouverneur général de l'Algérie et, au terme de sa septième campagne, il reçoit la soumission d'Abd-el-Kader. Couronnement et chute. La Révolution de 1848 l'oblige, en effet, à quitter Alger pour un premier exil qui va durer vingt-deux ans.
En février 1871, l'annonce de son élection à l'Assemblée nationale par les électeurs de l'Oise, le duc d'Aumale regagne immédiatement la France. L'Académie française l'appelle, quelques mois plus tard, à la succession du comte de Montalembert.
Tout en ayant le commandement d'un corps d'armée, Aumale allait se consacrer, pendant six années, à la reconstruction du château des Condé.
Science, érudition, Aumale manifestera ces qualités dans les sept volumes de l'histoire des princes de Condé pendant les XVIème et XVIIème siècles. Mais son nom restera pour toujours lié aux magnifiques collections de manuscrits (notamment les archives des Condé), de sculptures, de peintures rassembles à Chantilly.
En 1886, le duc d'Aumale, qui avait été élu à l'Académie des beaux-arts six ans plus tôt, est de nouveau exilé en vertu de la loi interdisant le territoire français aux membres de familles ayant régné sur la France, Complétant son testament du 3 juin 1884 par une donation, il devait léguer, le 25 octobre 1886, quelques jours après son arrive en Angleterre, le domaine de Chantilly l'institut de France, Notre Académie n'est sans doute pas étrangère au retour d'exil du duc d'Aumale. Au début de I889,son Secrétaire perpétuel, jules Sirnon, fit en effet savoir au gouvernement qu'une vacance s'étant produite dans la section d'histoire, il aurait à approuver avant peu l'élection d'un proscrit. Le décret d'exil fut rapporté le 6 mars et le duc d'Aumale élu sans compétiteur, le 30 du même mois.

Léon Aucoc (1828-1910)
Il aura été l'archétype du membre du Conseil d'état, puisqu'il fit partie d'une des rares promotions de l'Ecole d'administration de 1848 et démissionna en 1879 alors qu'il était président de section.
Il inaugura en 1865 le cours de droit administratif que des membres du Conseil d'Etat donnent, aujourd'hui encore, à l'Ecole des Ponts & Chaussées. Et il tira de cet enseignement ses magistrales Conférences sur l'Administration et le droit administratif.
Son attrait pour les problèmes théoriques ne l'empêchait pas de détenir une compétence inégalable dans des matières techniques telles que les travaux publics, les chemins de fer, le domaine public, la voirie, le régime des eaux. Il fut donc juriste au sens plein du mot et homme de caractère : son attitude pendant le second empire et sa démission après le départ de Mac-Mahon le montrent bien.


Henri Bergson (1859-1941).
Bergson venait d'avoir quarante-deux ans quand il fut élu à l'Académie. Sa thèse principale, l'essai sur les données immédiates de la conscience, publie en 1889, qui avait été suivie, en 1897, de Matière et Mémoire, Essai sur la relation du corps et de l'esprit, avait fondé sa réputation. Nommé en 1900 au Collège de France, occupant tout d'abord la chaire de philosophie ancienne, Bergson avait étudié dans son cours Les Ennéades de Plotin.
En 1904, succédant à Gabriel de Tarde au Collège de France, Bergson attira bientôt un vaste public avide de l'écouter enseigner la philosophie moderne. La clarté de sa parole, qui portait aisément les pensées les plus hardies, était reconnue de tous.
Pendant la Première Guerre mondiale, Bergson, élu à l'académie française en 1914, avait beaucoup fait pour la cause de la France aux Etats-Unis et il fut de ceux qui précipitèrent l'intervention américaine. En 1928, le prix Nobel vint récompenser le philosophe.
Malade, remplacé depuis 1921 au Collège de France par son disciple et confrère Edouard Le Roy, Bergson avait rejeté dans L' évolution créatrice l'idée du néant.
A la fin de sa vie, sans renier ses origines juives - il ira, en 1940, se faire inscrire sur les listes des Juifs de zone occupée établies sur ordre allemand - Bergson avait donné au christianisme une adhésion " de volonté " qui incitera cet esprit supérieur à écrire : " Heureux le pauvre en esprit ! Ce qui est beau, ce n'est pas d'être privé, ni même de se priver, c'est de ne pas sentir la privation " , et aussi: " la morale de l'évangile est essentiellement celle de l'âme ouverte ".


Alexandre Millerand (1859-1943),
Alexandre Millerand était avocat, et notre Académie fut sans doute très honorée de voir un de ses membres, qui l'avait rejointe en 1918, élu président de la République en 1920, comme l'Académie française dut s'enorgueillir de l'élection de Raymond Poincaré.
Il entre pour la première fois dans les conseils gouvernementaux avec le cabinet Waldeck-Rousseau Dans ce gouvernement, qui fut un des plus durables de la III° République (1899-1902), Millerand était ministre du Commerce et dut, à ce titre, mettre en place la législation sur les accidents du travail qui venait d'être adoptée, et ce ne fut pas une mince affaire que de faire entrer la loi de 1898 dans les faits et dans les moeurs.
Ministre de la Guerre en 1913 puis en 1914-1915, il fut donc très directement un acteur de notre politique de défense. Devenu président du Conseil en 1920, il fut, la même année, élu président de la République. C'est en tant que chef de l'état qu'il devait marquer une étape dans notre histoire constitutionnelle. Se fondant sur la lecture des lois constitutionnelles de 1875, il entendit exercer effectivement les fonctions reconnues au chef de l'exécutif, préfigurant ainsi le régime de 1958.


Georges Duhamel (1884-1966).
Lit-on encore Georges Duhamel ? Cela paraît douteux. Ses romans sont le reflet d'une poque et d'une classe sociale englouties mais, ne serait-ce qu' ce titre, ils méritent l'attention de qui se veut historien des mœurs ou, plus simplement, de qui aime retrouver les motions de sa jeunesse.
Duhamel vieillissant se savait dépassé. Il en souffrait comme peut souffrir un homme qui, ayant eu une grande influence, était resté sur la rive. Quel que soit aujourd'hui le jugement de la critique, il demeurera toujours l'auteur de Vie des Martyrs; avec Dorgelès, Barbusse, Erich Maria Remarque, l'un des combattants avoir le mieux décrit l'épouvante et les douleurs des soldats. D'avoir, entre 1914 et 1918, quotidiennement côtoyé, comme médecin, la détresse humaine, avait profondément marqué sa pensée de frère prêcheur, orienté son discours empreint parfois de grandiloquente naïveté.
Georges Duhamel était depuis deux ans Secrétaire perpétuel de ]'Académie française, où il avait été élu en 1935, lorsque, en 1944, il devint membre de l'Académie des sciences morales et politiques, succédant, au 2e fauteuil de la section de morale et de sociologie, à Armand Albert-Petit.


Albert Schweitzer (1875-1965).
Schweitzer - Lambarene : les deux noms, celui du théologien alsacien et celui du village du Gabon qu'il choisira pour y fonder un hôpital, resteront jamais liés.
Albert Schweitzer était infiniment plus complexe que le jeune homme que l'on découvre travers Souvenirs de mon enfance. Docteur en philosophie, en théologie, en médecine; pasteur de la paroisse de Strasbourg ; organiste de la Société Jean-Sébastien Bach, à Paris, et auteur de Jean-Sébastien Bach, le musicien poète, c'est quelques mois avant la première guerre mondiale qu'il part fonder à Lambarene un hôpital pour lépreux auquel il consacrera l'essentiel de sa vie. Devenu pour les journalistes, romanciers, pho-tographes, un " sujet " toujours plus " intéressant " grâce à son Nobel de la Paix (1952) ; son refus de modifier les coutumes indigènes - ce qui le condamnait à garder à son hôpital un côté archaïque ; à son aspect bourru comme ses réactions paternalistes, Albert Schweitzer avait, sur beaucoup d'autres, l'avantage de mettre sa vie en harmonie avec ses principes philosophiques et religieux.
Elu le 3 décembre 1951 au 8e fauteuil, il ne consacrera aucune notice à son prédécesseur, le maréchal Pétain, mais lira, le 20 décembre 1952, devant notre Compagnie - ce sera son unique activité académique - un texte sur Le problème éthique dans l'évolution de la pensée humaine, texte qui empruntait beaucoup à son livre de 1935, Les grands penseurs de l'Inde.


Lucien Febvre (1878-1956)
Nourri de Michelet, passionné par Rabelais mais aussi par Stendhal, Lucien Febvre a écrit en 1922 La terre et l'évolution humaine, introduction géographique à l'histoire, ouvrage prônant, avec raison la coopération, la coopération entre les deux sciences.
En 1929, il fonde et dirige avec Marcel Bloch les Annales d'histoire économique et sociale dont l'influence sera considérable.
Le conflit terminé, Lucien Febvre sera nommé président du Comité d'Histoire de la Deuxième Guerre Mondiale et du comité scientifique de la collection " Esprit de la Résistance ".