L’éthique d’entreprise

Fabienne Cardot,
Paris, PUF, Que Sais-je ?, mars 2006, 127 p.

Ouvrage déposé par Marcel Boiteux lors de la séance du lundi 15 mai 2006.

Si je présente l'ouvrage de Fabienne Cardot, « L'éthique d'entreprise », c'est bien sûr parce que ce livre m'en paraît digne, mais c'est aussi parce que Madame Cardot fréquente depuis longtemps les problèmes de mécénat et d'éthique d'entreprise : je l'ai connue jeune normalienne quand elle était le pivot de l'Association pour l'histoire de l'électricité en France, laquelle était rattachée à la Fondation EDF. Elle est aujourd'hui responsable de la démarche éthique pour le groupe EDF, ce qui lui confère expérience et compétence sur un sujet auquel ses fonctions l'ont amenée à réfléchir abondamment.

Comme le sont en général les livres de la collection Que sais-je ?, il s'agit d'une synthèse en une centaine de pages et, en fait, de la première synthèse française sur un phénomène nouveau qui touche de plus en plus la vie des entreprises et, plus largement, l'évolution de nos sociétés.

Ce phénomène, que l'on rencontre aux USA, en Europe et au Japon depuis une vingtaine d'années, c'est l'élaboration par les entreprises de systèmes de normes en réponse aux attentes de la société, normes qu'elles affichent au centre de leur activité : c'est ce qu'on appelle l'éthique d'entreprise.

L'auteur en analyse les fondements doctrinaux, philosophiques et sociologiques, puis elle décrit les formes qu'on en trouve dans les grands groupes industriels.

Etudiant chartes et codes de conduite, elle fait ressortir le diptyque commun à travers lequel l'éthique d'entreprise s'exprime : d'un côté des valeurs universelles de responsabilité sociale, comme le respect de la personne ou de l'environnement, l'intégrité ; de l'autre des préceptes de travail collectif, innovation, qualité, respect du client.

Elle propose ensuite pour les formes actuelles d'éthique développées par les multinationales une typologie en trois catégories, selon le degré de mise en œuvre du questionnement éthique dans la société industrielle : l'éthique de bonne gouvernance, l'éthique déontologique et le management par les valeurs. Elle analyse le mode de management qui correspond à chacune de ces trois éthiques.

Mais surtout, Madame Cardot décrit comment les universaux qui fondent l'éthique d'entreprise n'ont de légitimité et d'efficacité comme normes du travail collectif que s'ils ont été définis à travers ce qu'elle appelle « le dialogue éthique » entre direction et salariés, managers et représentants du personnel, entre l'entreprise et ses « parties prenantes » — actionnaires, clients, fournisseurs — et toute la société qui l'entoure.

Pour finir, le livre offre une description du milieu de l'éthique d'entreprise qui s'est peu à peu mis en place, organismes internationaux, ONG spécialisées, agences de notation sociale..., qui joue un rôle grandissant dans la cotation et la réputation des grands groupes.

Au total, un essai synthétique à travers une approche à la fois philosophique, historique et économique, où l'on parle des entreprises françaises en les situant dans un mouvement mondial, et qui fait le point sur un phénomène contemporain surgi au cœur des relations entre entreprise et société.