Portrait de l’artiste en saltimbanque.

Jean Starobinski
Éditions Gallimard, Art et artistes, 2004, 120 p.

Ouvrage présenté par M. Gérald Antoine lors de la séance du lundi 3 mai 2004.

J’ai le plaisir de présenter à l’Académie le volume tout récemment publié par notre éminent confrère genevois Jean Starobinski, « Portrait de l’artiste en saltimbanque ».

L’ouvrage, sous une forme moins achevée, avait déjà paru chez Skira en 1970. Cette nouvelle édition nous est offerte en marge de l’exposition La grande parade. Portrait de l’artiste en clown, actuellement présentée au Grand Palais.

Comme dans chacun de ses livres, Starobinski fait ici choix d’un thème laissé avant lui dans l’ombre et qui se révèle d’une grande portée significative. Autre marque de fidélité à sa vocation au moins double : l’auteur de « L’œil vivant » prend comme témoins à la fois des écrivains et des peintres appartenant au XIXe siècle, et qui, les uns comme les autres, ont vu dans le saltimbanque, l’arlequin, le pierrot, le clown non seulement un « sujet », mais en réalité leur « double », traité sur le mode ou de l’humour, ou de l’autodérision, parfois de l’ironie douloureuse. Je pense au « Vieux saltimbanque » de Baudelaire, au « Pierrot » de Laforgue, au « Pitre châtié » de Mallarmé. Du côté des peintres les modèles sont sans doute plus familiers au public, mais aussi partiellement interprétés, depuis le Pierrot ou le Crispin de Daumier jusqu’à l’Arlequin de Picasso, en passant par leurs homologues chez Degas, Vuillard, Rouault, Chagall, etc.

Puis-je vous signaler, à propos de Starobinski, le livre que vient de lui consacrer, en français, Carmelo Colangelo : « Jean Starobinski, l’apprentissage du regard » ; Éditions Zoé, Genève, 2004, 180 p.

Le trait le plus propre, selon lui, à la méthode critique chez notre confrère, c’est précisément ce qu’il appelle l’art du « démasquage ».