Service public. Sortir de l’imposture

Michel Drancourt et Michel Brulé,
Paris, editions JC Lattès, 2004, 328 pages.


Ouvrage présenté par M. Yvon Gattaz lors de la séance du lundi 8 mars 2004.

Le titre est éloquent. Pour les deux auteurs, le service public français est souvent une imposture, car il trompe le public par de fausses apparences.

En quelque sorte, dans « service public », l'adjectif serait exact et le substantif faux car il n'y a pas le service attendu de nos compatriotes. Si le service public est souvent vilipendé, cette étude apporte ici des précisions chiffrées sur le coût réel de ce service aux contribuables français qui l'ignorent.

Dans ce livre, il est noté « la passivité des syndicats face à la réforme Balladur des retraites privées, et leur agressivité devant la réforme Fillon des retraites publiques ». Bien sûr les imprécateurs accuseront les deux auteurs d'anti-syndicalisme primaire puisque dans cette horreur, il n'existe ni secondaire ni supérieur.

Je cite : « Des deux moitiés de la France, l'une est régie par le principe de réalité, l'autre par la pérennité des avantages acquis ».

Les auteurs ne pouvaient pas ne pas épingler la Caisse Centrale des activités sociales d'EdF, qu'ils qualifient de « paradis sur terre », en chiffrant les incroyables avantages pour leurs protégés. Avec ses 1440 heures de travail annuel moyen, EdF bat la RATP : 1561, la Poste : 1576, la Banque de France : 1580 et la SNCF : 1582 heures.

Après les horaires, les effectifs, les rémunérations, les retraites, les avantages en tous genres, les auteurs nous font regretter de ne pas avoir effectué notre carrière dans le secteur public.

Ils s'étonnent à juste titre que le secteur le plus protégé soit également le plus contestataire et celui dont les grèves sont les plus dommageables au public qui attend un « service » plutôt que des brimades.

Ils mettent beaucoup d'espoir sur la récente « Loi organique relative aux Lois de Finances », la LOLF dont la mise en œuvre doit se poursuivre jusqu'en 2006 et dans la concurrence créée par des privatisations, même partielles.

Le tableau de l'évolution des dépenses des administrations publiques en % du PIB démontre que le record français s'est accentué de 1960 à 2000 (de 36,7 à 52,7 %) alors que l'Allemagne s'est arrêtée 45,9 et la Grande-Bretagne à 40,2.
Cette dernière partie du livre est fort intéressante : comment s'en sortir ? Avec une réponse de bon sens: D'autres l'on fait, pourquoi pas nous ?

Bien sûr, ce livre parle peu des nombreux fonctionnaires consciencieux et compétents qui font preuve d'une grande discrétion et honorent, eux, le service public. Malheureusement, ils ne sont pas la majorité.

Pour les lecteurs qui se posent la question : est-ce un livre qui divise la France, ou qui tente de la rassembler, je répondrai par la seconde affirmation car il apparaît que, grâce à des témoignages aussi clairs, nos compatriotes ne peuvent plus se fermer benoîtement les yeux, eux qui réclament toujours plus de justice sociale.

Un pamphlet sans doute.

Un pas en avant certainement.