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INSTALLATION
DE
S.A.R. le prince
El Hassan bin Talal de Jordanie
COMME ASSOCIÉ
ÉTRANGER
SÉANCE DU LUNDI 16 JUIN 2008
ALLOCUTION
de
M. François Terré,
Président de l'Académie des Sciences morales
et politiques
En attente des dernières correction.
DISCOURS
de
M. Thierry de Montbrial
Membre de l'Académie des Sciences morales et politiques
En accueillant Votre Altesse Royale en son
sein, notre compagnie a voulu rendre hommage à un homme
dEtat ; à un penseur de la politique, chercheur
inlassable de solutions constructives et respectueuses des
droits fondamentaux de lhomme ; à un humaniste,
convaincu de la complémentarité des civilisations ;
à une figure majeure dun Islam modéré
et moderne.
Vous êtes encore jeune mais lorsque vous vous penchez
sur votre passé, vous devez avoir limpression
de porter lHistoire sur vos épaules. Vous avez
été témoin et acteur des immenses bouleversements
au Moyen-Orient, dont lorigine remonte à la Première
Guerre mondiale.
Pour comprendre votre vie et votre uvre, il faut dabord
sarrêter sur deux grandes figures : le Chérif
Hussein, chef des Beni Hachem et descendant du Prophète,
émir de la Mecque et gardien des Lieux Saints
et son fils Abdallah, le fondateur de la dynastie jordanienne.
Vous êtes larrière petit-fils du premier
et le petit-fils du second. Comme tous les bâtisseurs
potentiels, Chérif Hussein avait un rêve :
la constitution, sur les décombres de lempire
ottoman, dun royaume sinon dun caliphat incluant
le Hedjaz, lIrak, la Grande Syrie, la Jordanie et la
Palestine. La réalité ou le mythe
de la « Grande révolte arabe »
contre les Turcs en fut la traduction opérationnelle.
Sur un mode romanesque et inévitablement biaisé,
cet épisode reste ancré dans limaginaire
occidental, à travers le filtre du colonel T.E. Lawrence,
lauteur des Sept piliers de la sagesse. Le célèbre
film de David Lean, Lawrence dArabie, a marqué
lhistoire du cinéma et na jamais cessé
de fasciner les générations successives de spectateurs.
Le rêve de Chérif Hussein sest vite fracassé.
Les Britanniques et les Français avaient un autre projet
et les accords Sykes-Picot de 1916, qui décidèrent
du partage des zones dinfluence pour laprès-guerre,
ne tinrent aucun compte des aspirations nationalistes arabes.
Selon ces accords, la France allait recevoir mandat sur la
Syrie et le Liban, et les Britanniques sur lIrak, la
Palestine et la Transjordanie. En dédommagement Abdallah,
alors âgé de 40 ans, reçut la Transjordanie
en 1921. La même année, son frère Fayçal
sétait vu octroyer lIrak après que
la France, en juillet 1920, leut chassé de Syrie
où il sétait fait proclamer roi. La part
dAbdallah était modeste : une terre pauvre,
aux contours mal définis, et peuplée de 220 000
habitants dont la moitié de bédouins. Il fallut
24 ans avant que lémirat naccédât
à lindépendance sous la première
appellation de Royaume hachémite de Transjordanie.
Le mérite de votre grand-père fut de jeter les
bases et les fondations institutionnelles dun Etat,
à partir dune entité largement artificielle
et aux délimitations imprécises, avec patience,
intelligence et pragmatisme.
Les Européens, particulièrement les Britanniques,
ne furent pas les seuls responsables de lévanouissement
du rêve hachémite au lendemain de la Grande Guerre.
En Arabie, en effet, une autre partie se déroula en
parallèle, dont le héros fut lémir
du Nadjd, Abdel Aziz Ibn Séoud (1887-1953), un grand
homme politique autant que militaire mû par la volonté
dunifier la péninsule sous sa bannière.
Il emporta une victoire décisive contre Chérif
Hussein en 1924. La conquête du Hedjaz conduisit à
la création du Royaume dArabie Saoudite, tel
que nous le connaissons actuellement. Votre arrière
grand-père dût quitter Djeddah sur un bateau
mis à sa disposition par les Anglais, à destination
de Chypre. Il est mort en 1931 à Amman, à lâge
de 75 ans.
Lorsque Votre Altesse Royale vient au monde, le 20 mars 1947
à Amman, le Royaume est bien constitué. Mais
les nuages samoncellent du côté du Jourdain.
Les affrontements violents se multiplient entre les Britanniques
et les Sionistes auxquels la déclaration Balfour (2
novembre 1917) avait offert un « foyer national ».
La Grande-Bretagne, impuissante, saisit lONU qui propose
un plan de partition de la Palestine (29 novembre 1947). Ce
plan est rejeté par la quasi totalité des Arabes.
Le 14 mai 1948, Israël déclare son indépendance.
La guerre éclate. Le roi Abdallah est le seul à
disposer d'une véritable armée, la Légion
arabe. Il prend le contrôle de la Vieille Ville de Jérusalem
et de la Cisjordanie. Le 24 avril 1950, son parlement approuve
la réunification des deux rives du Jourdain au sein
du Royaume hachémite de Jordanie (Le
traité anglo-jordanien de 1948 prévoyait que
le futur Etat arabe issu de la partition de la Palestine serait
rattaché à Amman). On peut dire quIsraël
et la Jordanie sont les deux vainqueurs de la guerre de 1948,
ce qui peut sembler paradoxal si lon se rappelle quAbdallah
était le seul leader arabe à avoir accepté
le plan de partage de lONU. Mais il est vrai quen
entrant en Cisjordanie et dans la Vieille Ville de Jérusalem,
il na fait que prendre pied sur des territoires qui,
selon le plan, devaient constituer un Etat arabe. Dans les
circonstances du moment, ces territoires se trouvaient face
à une sorte de vide juridique.
Ces événements permettent de comprendre lenvironnement
politique au sein duquel devaient se dérouler votre
pensée et votre action. La Jordanie est en quelque
sorte la résultante dapparentes contradictions,
mais une résultante tellement positive en fin de compte
quon trouve en germe dans ce petit royaume lespérance
dune renaissance pour le Moyen-Orient tout entier. Et
cest cette espérance que Votre Altesse Royale
incarne.
La première contradiction apparente est lidée
même dunité arabe. Votre arrière
grand-père et ses fils rêvaient dun immense
Royaume hachémite. Plus prudemment, Abdel Aziz Ibn
Saoud sest contenté dunifier la péninsule
arabique, et encore, pas tout à fait. Votre grand-père
Abdallah na jamais totalement abandonné la référence
à lunification hachémite, quitte à
se restreindre dans un premier temps en pensée au sous-ensemble
formé par les Jordaniens et les Palestiniens, après
la guerre de 1948. Même cette vision limitée
devait se heurter durement au mur de la réalité,
en raison des aspirations identitaires des Palestiniens eux-mêmes
et des oscillations de la géopolitique israélienne,
souvent tentée par le dépeçage de la
Jordanie ou linstallation sur son territoire dun
Etat purement palestinien, et donc par le renversement de
la monarchie. Au départ, les Britanniques navaient
dailleurs aucune vision géopolitique claire de
lavenir de la Transjordanie. Sir Alec Kirkbride, le
premier ambassadeur de Londres à Amman, nallait-il
pas jusquà dire que la Transjordanie constituerait
« une réserve de terres pour servir au recasement
des Arabes lorsque le Foyer national juif de Palestine serait
réalisé » ?(Sir
Alec Kirkbride, The Crack of Thorns, Murray, Londres,
1956, p. 19, cité par Louis-Jean Duclos, La Jordanie,
coll. Que Sais-je ?, Puf, Paris, 1999)
En définitive, on comprend que le principal objectif
de la diplomatie de votre famille, comme lécrit
lhistorien dorigine israélienne Avi Shlaim
dans une remarquable biographie du roi Hussein (Lion
of Jordan, the Life of King Hussein in war and peace,
Allen Lane, Londres, 2007.), a toujours été
de consolider lidentité nationale, étroitement
liée à la monarchie hachémite. En tout
domaine, l'universel ne s'exprime quà travers
le particulier. Je veux dire par là, quaussi
longtemps que la monarchie hachémite jouera un rôle
modérateur dans la région, son maintien sera
de lintérêt général. Tel
a été essentiellement le cas depuis la création
du Royaume, malgré la tragédie de « Septembre
noir » en 1970 où, précisément,
la survie de la monarchie fut en cause, obligeant le roi Hussein
à exercer la Raison dEtat, dans les conditions
les plus dramatiques.
Lun des mérites de Votre Altesse Royale, sur
le plan intellectuel, est davoir compris quaucune
famille, aucune unité politique, ne peut prétendre
réaliser durablement à elle seule lunité
arabe. Gamal Abdel Nasser na pas mieux réussi
que les monarques, et Oussama Ben Laden ou ses émules
échoueront sans aucun doute possible. En Europe, toutes
les tentatives impériales ont manqué leurs buts.
Nous sommes aujourdhui à la recherche dune
autre forme dunification, fondée sur le principe
dun partage de souverainetés librement consenti.
Vous avez parfaitement compris cela, et lune des lignes
de force de votre uvre écrite est la recherche
de méthodes inspirées de lexpérience
européenne et transposables au Moyen-Orient. Si lon
vous suit bien, la mission historique de la monarchie hachémite
a changé de nature. Elle nest plus détendre
sa souveraineté, mais de montrer la voie pour de nouvelles
formes dorganisation.
La deuxième contradiction apparente concerne les rapports
avec les pays occidentaux. Il est vrai que lémir
Abdallah fut installé par les Anglais. Et sans les
Anglais, il est certain quil naurait pas tenu
longtemps face à la poussée dAbdel Aziz
Ibn Saoud. Mais par la suite, ce sont bien votre grand-père
puis votre frère qui ont permis à lidentité
de la Jordanie de saffirmer, face à linstabilité
stratégique ou à la duplicité des uns
ou des autres. Pour survivre, la Jordanie doit rester constamment
sur ses gardes. Les relations entre nos deux pays sont dailleurs
largement fondées sur cette évidence, la France
sefforçant, aujourdhui encore, de conserver
sa liberté de jugement. Dun point de vue plus
philosophique, y a t-il contradiction entre la recherche dune
unité arabe repensée et dune politique
étrangère soucieuse dune bonne entente
avec les pays occidentaux ? La réponse est assurément
négative, pour qui ne se laisse pas envahir par lidéologie
et le fanatisme. La problématique rappelle celle des
rapports euro-atlantiques, ce que Votre Altesse Royale sait
mieux que quiconque.
Troisième contradiction apparente, et non la moindre :
les rapports avec lEtat hébreu. Il est remarquable
que le roi Abdallah Ier ait toujours maintenu une attitude
pragmatique vis-à-vis du Foyer national Juif. Jai
rappelé quil avait accepté le plan de
partage de 1947. Par la suite, le roi Hussein a toujours gardé
le contact avec les Israéliens, secrètement
ou publiquement. Il a superbement illustré le principe
du Cardinal de Richelieu, exposé dans son testament
politique : « Les Estats reçoivent
tant davantages des négociations continuelles,
lorsquelles sont conduites avec prudence, quil
nest pas possible de le croire si on ne le sçait
par expérience. Javoue que je nay connu
cette vérité que cinq ou six ans après
que jay esté employé dans le maniement
des affaires, mais jen ay maintenant tant de certitude
que jose dire hardiment que négocier sans cesse,
ouvertement ou secrètement, en tous lieux, encore même
quon nen reçoive pas un fruit présent
et que celuy quon en peut attendre à lavenir
ne soit pas apparent, est chose tout à fait nécessaire
pour le bien des Estats ».
Votre Altesse Royale, qui a elle-même été
fort tôt « employée dans le maniement
des affaires » pour parler comme Richelieu, sest
trouvée au centre de la « négociation
continuelle ». De même, je suis convaincu
que la survie à long terme de lEtat dIsraël
dépendra en grande partie de sa capacité à
développer des vertus analogues avec lensemble
de ses voisins. A contrario, Avi Shlaim, déjà
cité, estime que bien des occasions de paix ont été
manquées. Mais ceci est une autre histoire. Je voudrais
ajouter, en ce qui concerne votre propre expérience,
que votre vaste culture, en particulier votre connaissance
de lhébreu vous avez appris cette langue
pendant vos études en Grande-Bretagne a contribué
au respect dont vous êtes entouré en Israêl
même. Sur le fond, comme les autres membres éminents
de votre famille, vous avez toujours eu la sagesse de poser
au départ de vos raisonnements que lEtat hébreu
était là pour durer. Inspiré par lexemple
de la construction européenne, vous rêvez activement
dun Moyen-Orient où Israéliens et Arabes
coopéreraient au bénéfice de tous. En
cela votre projet est proche de celui dun Shimon Péres,
même si vos deux personnalités sont très
différentes.
La grandeur de votre famille, à laquelle vous contribuez
tant, est davoir montré la possibilité
dun chemin de Réconciliation. Ce mot de « réconciliation »,
qui fait aussi partie du vocabulaire de base de la construction
européenne, est lun de ceux que vous aimez.
Parvenir à autant déquilibre et de modération
nest pas à la portée de tout le monde,
surtout dans un contexte politique tellement mouvementé.
Depuis la création du Royaume Hachémite de Jordanie,
que de traumatismes et dépreuves surmontées !

Votre Altesse Royale a quatre ans lorsque,
le 20 juillet 1951, le roi Abdallah est assassiné par
un Palestinien (Ce Palestinien était
proche de Amin Husseini, le très turbulent grand Mufti
de Jérusalem), sur les marches de la mosquée
Al Aqsa, sous les yeux de votre frère, le prince Hussein,
lui-même âgé de 16 ans. On dit que la balle
qui a atteint le Roi a ricoché sur la médaille
quHussein portait sur son uniforme, à la demande
de son grand-père. Votre père, le roi Talal
Bin Abdallah, de santé fragile, ne régnera quun
an. Hussein lui succède le 12 août 1952. Il a
17 ans. Un Conseil de régence est formé jusquà
sa majorité, lannée suivante.
Une ère nouvelle souvre. Lavènement
de Gamal Abdel Nasser (1954), qui prétend imposer son
leadership au Moyen-Orient, entraîne de nouvelles divisions.
Le Royaume jordanien se trouve au cur dune lutte
entre régimes arabes « révolutionnaires »
(Egypte, Syrie) et « conservateurs »
(Irak, Arabie Saoudite). Il devient un enjeu de la guerre
froide. La tentation de rejoindre le Pacte de Bagdad, dirigé
contre lUnion soviétique, suscite des émeutes.
En Jordanie comme dans tout le monde arabe, le messianisme
du jeune président égyptien fait des émules.
En 1956 éclate la crise du Canal de Suez. La Jordanie
ne participe pas à la guerre mais la situation intérieure
est tendue. A cette époque, rapporte Moshe Dayan dans
ses mémoires, le Premier Ministre israélien
Ben Gourion envisage un partage de la Jordanie entre lIrak
à charge pour ce pays daccueillir les
réfugiés et Israël. Le Roi doit
faire des concessions à son opinion publique, comme
le limogeage de Sir John Bagot Glubb, dit Glubb Pacha, Commandant
de la Légion arabe. Après Suez, les Etats-Unis
prendront la relève dans la région en application
de la doctrine Eisenhower, visant à sopposer
à toute extension de linfluence soviétique.(La
doctrine Eisenhower (janvier 1957) autorise en substance les
Etats-Unis à accorder leur aide économique et
militaire à tout pays du Moyen-Orient menacé
de déstabilisation par le communisme international.)
Un autre traumatisme survient le 14 juillet 1958 : à
Bagdad, votre cousin germain Fayçal II est écarté
du trône par le coup dEtat du général
Kassem. Le Roi et sa famille sont sauvagement assassinés.
Vous avez 11 ans. Ce drame bouleverse profondément
le roi Hussein, qui en a 23. Sa violence ne peut vous avoir
épargné. La révolution irakienne laisse
la Jordanie isolée et vulnérable. Elle met en
effet un terme à la brève union arabe scellée
avec lautre monarchie hachémite, en réaction
à la République Arabe Unie formée entre
lEgypte de Nasser et la Syrie, le 1er février
1958. Le rêve grandiose dunification dont le petit-fils
dAbdallah était le dépositaire est bel
et bien fracassé. Cinq ans après, à un
mois dintervalle (le 8 février et le 8 mars 1963),
deux coups dEtat baasistes ont lieu en Irak puis en
Syrie.
Vous atteignez lâge de 18 ans en 1965. Le roi
Hussein vous nomme Prince héritier. Vous le resterez
jusquen 1999, quelques jours avant sa mort. Pendant
34 ans, vous serez associé étroitement aux affaires.
Jai déjà fait allusion aux pourparlers,
souvent secrets, avec les Israéliens. Mais, à
la demande du Roi, vous vous investissez aussi de plus en
plus dans les affaires intérieures. Ainsi, la réforme
du système éducatif ou encore les politiques
de développement économique, vous doivent-elles
beaucoup. Vous êtes un grand travailleur, exigeant pour
les autres et bien entendu dabord pour vous-même.
Sans doute suscitez-vous beaucoup dinvidia. Votre
peu de dispositions pour les jeux de la séduction ou
pour la navigation en eau trouble ne vous facilitent pas la
tâche. La gestion des intrigues na jamais été
votre fort. Mais votre lien avec le Roi reste indéfectible.
On peut dire que vous adoriez et admiriez votre grand frère.
De son côté Hussein se sentait très proche
de vous. Il vous a toujours fait confiance, et létendue
des responsabilités quil vous a confiées,
surtout à partir de 1985, na fait que saccroître.
Pendant les quelques mois précédant sa mort
vous avez exercé la fonction de Régent. Votre
loyauté a été exemplaire, conforme à
votre nature. Dans ses tout derniers jours, le Roi a décidé
de reprendre la charge de Prince héritier et de la
transmettre à son fils Abdallah. Ceux qui ont compris
que votre carapace cache un cur en or imaginent votre
douleur, une peine damour. Dans cette épreuve
personnelle, vous avez réagi tel quen vous-même.
Pas un instant vous navez songé à contester
la décision du Roi ni à quitter votre pays.
Vous continuez de le servir avec le rayonnement dû à
votre expérience mais aussi à votre activité
intellectuelle incessante. Vous êtes en quelque sorte
lambassadeur at large de la Jordanie, et lune
des figures les plus respectées de tout le monde arabe.
Et soucieux comme vous lavez toujours été
du bien de votre pays, vous ne pouvez que vous féliciter
de voir le Royaume entre de bonnes mains. Cela aussi fait
partie de votre noblesse et de votre grandeur.
Avant de revenir avec un peu plus de détails sur votre
uvre personnelle, intellectuelle et institutionnelle,
il me paraît opportun de parcourir au galop ces trente-quatre
années, tellement riches en événements
tragiques, dont vous avez, aux côtés du roi Hussein,
supporté le poids.
Vous avez 20 ans. Le 5 juin 1967 éclate la guerre israëlo-égyptienne
appelée ultérieurement « guerre des
six jours », après lannonce par lEgypte
de la fermeture du détroit de Tiran. La Jordanie est
entraînée dans le conflit, par solidarité.
Elle perd ce quavait acquis Abdallah : Jérusalem,
la Cisjordanie. Les réfugiés passent de 500 000
à 750 000. Le roi Hussein multiplie les efforts
diplomatiques. Il reprend ses consultations avec Israël,
qui, semble t-il, nourrit alors lidée dun
traité de paix séparé avec Amman. Il
impressionne ses interlocuteurs comme Abba Eban. Mais sa marge
de manuvre est faible. Cependant, avec lélection
en 1969 de Yasser Arafat à sa tête, lOrganisation
de Libération de la Palestine (OLP) prend de plus en
plus dassurance. Arafat peine à contrôler
les mouvements extrêmistes. Les objectifs des militants
palestiniens, les fedayin, et du pouvoir jordanien, sont incompatibles.
Certains mouvements demandent le renversement de la monarchie.
Le Roi échappe à deux tentatives dattentat.
Le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP)
et dautres font assaut de rhétorique révolutionnaire.
La confrontation paraît inévitable. Lacceptation
par la Jordanie dun plan de règlement américain
(deuxième Plan Rogers), puis le ralliement de lEgypte,
exacerbent les tensions. Les militants palestiniens dénoncent
une trahison de leur cause. Aux Etats-Unis, le Département
dEtat prévoit la fin imminente de la monarchie
et la prise du pouvoir par les fedayin. Il prépare
lévacuation de la famille royale.
A la mi-septembre 1970, la guerre civile éclate. Vous
avez 23 ans. Vous joignez votre voix à celle de larmée
où laccroissement des éléments
radicaux fait craindre une mutinerie pour demander
au Roi daffirmer son autorité, ce quil
fait en ordonnant la répression, avec la neutralité
bienveillante dIsraël. Cette action sauve le Royaume.
Mais elle va déplacer le problème palestinien
vers le Liban. A lintérieur, la guerre civile
aura altéré le lien entre le Roi et ses sujets
palestiniens. Elle aura altéré aussi la détermination
du Roi à rétablir sa souveraineté sur
la Cisjordanie. Amman se retrouve au ban du monde arabe et
isolée. La Syrie, lAlgérie, la Libye rompent
les relations diplomatiques. Alors que Hussein avait finalement
réussi à forger des relations étroites
avec Nasser, son successeur, Anouar El Sadate, se montre demblée
hostile. Non sans raisons, chacun soupçonnait lautre
de chercher à négocier une paix séparée
avec lEtat hébreu, ce qui paraît naturel
quand on connaît la suite.
Au lendemain de « Septembre Noir »,
Israël est en position de force et se satisfait du statu
quo. Dans le plus grand secret, la Syrie et lEgypte
se préparent à lattaquer avec lespoir
de créer une situation plus favorable. Ce sera la guerre
dOctobre 1973, que les uns appellent du Ramadan et les
autres du Kippour. Au cours de cette nouvelle guerre imposée,
la Jordanie prend soin de ne pas devoir affronter larmée
israélienne sur la frontière israélo-jordanienne.
De son côté, larmée israélienne
veille à épargner physiquement le Roi lorsquil
sexpose sur un théâtre dopérations.
Lissue de la guerre doctobre laisse présager
un accord israélo-égyptien, avec la bénédiction
des Etats-Unis. La résolution adoptée à
lissue du conflit par le Conseil de sécurité
en appelle à des négociations directes. Lobjectif
des Etats-Unis est laccord de désengagement entre
Israël et lEgypte qui sera effectivement signé
le 18 janvier 1974. La Jordanie est marginalisée. Lors
du sommet arabe de Rabat, le 26 octobre 1974, elle est dépossédée
de sa responsabilité historique à légard
des Palestiniens. LOLP est alors désignée
à lunanimité comme seul représentant
du peuple palestinien.
Dans un contexte extrêmement difficile, vous vous investissez
corps et âme dans le développement de votre pays.
Vous poursuivez également la coopération fonctionnelle
engagée avec lEtat hébreu, notamment dans
le domaine hydro-électrique. Ygal Allon, votre interlocuteur,
se dit impressionné par votre degré dexpertise
technique.
Le 19 novembre 1977, Anouar el Sadate se rend à Jérusalem,
un moment bouleversant comme sen souviennent tous ceux
qui lont vécu. Le 5 septembre de lannée
suivante, les accords de Camp David se déroulent sans
la Jordanie. Le Roi nen apprendra le contenu quaprès
coup. Il ne peut que rejoindre les « pays du rejet »
et noue des liens étroits avec le dictateur irakien,
Saddam Hussein.
Bien des événements vont encore secouer la région
avant que les circonstances ne deviennent enfin favorables
à la signature dun traité de paix entre
Israël et le Royaume hachémite. Je les résume
à grands traits. La chute du Shah dIran, le 1er
février 1979, fait planer une menace sur toutes les
monarchies du Golfe et favorise de ce fait une solidarité
entre Riyad et Amman. Pendant la longue guerre qui oppose
ensuite lIrak à lIran, la Jordanie apporte
son soutien à Saddam Hussein. En 1978, puis à
nouveau en 1982, Israël envahit le Liban. Sharon envisage
alors sérieusement de donner la Transjordanie aux Palestiniens.
Face à tant de dangers, le Roi reste toujours fidèle
au principe de Richelieu, et ninterrompt jamais, avec
les uns et les autres, sa quête de règlement,
saisissant toutes les occasions, comme le plan Reagan de septembre
1982.
Un peu plus tard, un développement dramatique
léruption de la première intifada le 9
décembre 1987 dans les territoires occupés
va avoir des conséquences décisives sur la politique
jordanienne. Lintifada manifeste un soutien sans faille
à lOLP et prend une tournure anti-jordanienne.
Le 31 juillet 1988, le Roi annonçe la rupture des liens
avec la Cisjordanie. On peut imaginer combien cette décision
certes en germe depuis « Septembre Noir »
qui rompt avec la mission reçue en héritage,
est déchirante. La deuxième conséquence
de lintifada est lémergence du Hamas. Au
lendemain de la guerre entre lIrak et lIran, pendant
laquelle la Jordanie a bénéficié de laide
saoudienne, la situation économique du Royaume est
désastreuse. En 1989, la suppression des subventions
alimentaires entraîne des « émeutes
du pain » à Maan. Peu après lorsque,
le 2 août 1990, lIrak envahit le Koweït,
le Roi, qui a déployé tant defforts pour
trouver une solution évitant la guerre, na dautre
choix que de soutenir Saddam.
La Jordanie émerge de la première guerre du
Golfe plus unie que jamais sur le plan interne mais, une fois
encore exsangue sur le plan économique. A nouveau,
vous employez votre compétence et votre énergie
à redresser la situation.
En 1991, la guerre contre Saddam Hussein et leffondrement
de lURSS bouleversent la donne au Moyen-Orient. Le « nouvel
ordre » de George H.W. Bush a besoin davancées
concrètes. Le Secrétaire dEtat James Baker
propose une conférence internationale sous les auspices
de lONU sur la base de la résolution 242. Les
Américains ont besoin de la Jordanie. Le roi Hussein
sort enfin de son isolement. Il offre à lOLP
une couverture légale pour aller à Madrid, car
Washington soppose à la présence ouverte
de lorganisation palestinienne. Votre Altesse Royale
joue un rôle central du côté jordanien,
dans la préparation et les suites de la conférence
de Madrid, qui souvre le 30 octobre 1991. Deux canaux
de négociations parallèles sont établis,
lun bilatéral entre lEtat hébreu
et chacun des pays arabes concernés, lautre multilatéral
sur les questions dintérêt commun à
toute la région. Le Roi et vous-même avez recours
aux négociations secrètes dont vous êtes
familier. Pendant cette période, une sorte damitié,
fondée sur le respect mutuel, se forge entre le roi
Hussein et le Premier Ministre Itzhak Rabin, qui permettra
entre autres de surmonter le malaise provoqué par les
accords dOslo, en 1993, conclus à lécart
de la Jordanie suite à une initiative norvégienne
destinée à faire progresser la diplomatie sur
le plan israélo-palestinien. Les efforts dIsraël
et de la Jordanie aboutissent enfin avec le traité
de paix du 26 octobre 1994, point culminant de trois décennies
de dialogue secret et, pour le roi Hussein, selon son propre
dire, lapogée de son règne. Israël
sy engage à respecter le rôle spécial
du Royaume hachémite à légard des
Lieux Saints et à en faire une priorité dans
les négociations sur le statut final de la ville de
Jérusalem.
Le traité de 1994 rétablit la Jordanie dans
son statut dacteur régional majeur. Laide
américaine, qui avait déserté le Royaume,
afflue à nouveau. En ce temps là, on peut vraiment
croire possible un règlement densemble au Moyen-Orient.
Mais lHistoire dément les prévisions et
elle est tragique, particulièrement dans cette partie
du monde. Lassassinat dItzhak Rabin, le 4 novembre
1995, fait dérailler le train de la paix. Décidément
condamné à se trouver toujours au centre de
la tourmente, la Jordanie nhésite guère
à choisir son camp après le 11 septembre 2001
et à participer activement à ce que le président
George W. Bush appelle la « guerre contre le terrorisme ».
Mais un peu plus tard, elle réprouve lintervention
contre lIrak de 2003, qui achève de déséquilibrer
le rapport de force en faveur de lIran et favorise lémergence
dun « croissant chiite » sétendant
de Téhéran à Beyrouth, selon les termes
du roi Abdallah II. Dans le sillage du roi Hussein, ce
dernier nen poursuit pas moins sa quête inlassable
dun règlement négocié du problème
palestinien. Depuis maintenant des décennies, lexemple
de votre pays nous aide à ne jamais désespérer.
Ceci nous ramène à luvre de Votre
Altesse Royale, tout entière sous le signe de lintelligence
au service de lespérance. Vous êtes lauteur
de plusieurs ouvrages. Vous avez consacré une grande
partie de votre réflexion à la question palestinienne
et à celle de Jérusalem. Vos travaux expriment
la place que ces questions occupent dans votre cur et
dans votre esprit, mais vous vous gardez de céder à
lémotion. Vous voulez faire uvre utile
en les abordant de façon dépassionnée
et remarquablement rigoureuse, avec un solide ancrage dans
le droit international.
En 1979, vous publiez A Study on Jerusalem. Lintérêt
et le mérite de ce petit ouvrage est que, tout en rendant
justice aux aspects historiques et religieux de la question,
vous vous attardez longuement sur ses aspects légaux.
Vous vous efforcez, en recourant à toute la gamme des
outils juridiques jusquà présent
fort peu utilisés de faire émerger une
solution juste dans les deux sens du terme (justesse, justice).
Cette étude est toujours dactualité. Revenant
sur le sujet, à la veille du sommet dAnnapolis
(novembre 2007), vous insistez sur la nécessité
de préserver le gouvernement municipal comme un tout,
celui-ci devant toutefois assurer un traitement égal
à toutes les religions et une représentation
égale à toutes les communautés religieuses.
Un statut spécial pour la ville est sans doute nécessaire.
Vous rappelez que le traité israélo-palestinien
confère explicitement une responsabilité à
la Jordanie dans le règlement de la question de la
Ville Sainte.
En 1981, vous rédigez une étude sur la question
palestinienne, Palestinian Self-Determination A
Study on the West Bank and Gaza Strip. Vous faites pareil
investissement dites-vous alors, parce que ce conflit unique
dans son genre a déjà provoqué quatre
guerres et quil menace la paix dans le monde. Ainsi
en est-il aujourdhui comme hier. Comme la précédente,
cette étude rappelle les causes historiques de la question,
et en dissèque avec précision les bases juridiques.
En 1984, vous écrivez encore un livre, en arabe, sur
la recherche de la paix. Puis vous consacrez deux ouvrages
aux religions. En 1994, vous publiez Christianity in the
Arab World, où vous retracez avec érudition
les origines de la chrétienté, ses évolutions
historiques, organisationnelles et doctrinales. On comprend
mieux pourquoi vous avez abordé ce thème si
lon sait limportance particulière du fait
religieux en Jordanie, où la plupart des confessions
chrétiennes dOrient (chaldéenne, syrienne,
copte et arménienne) sont implantées depuis
fort longtemps.
Les événements du 11 septembre ont suscité
de nombreux amalgames portant préjudice à lIslam.
En 2003 parait To be a Muslim Islam, Peace and Democracy.
Vous souhaitez battre en brèche les conceptions erronées
véhiculées sur votre religion. Vous en rappelez
donc, avec une grande clarté, les principes et le sens.
Comme pour tout ce que vous entreprenez, vous voulez faire
tomber les barrières, susciter des débats constructifs,
et repousser les limites de lignorance dont se nourrit
lintolérance.
En 2003 également, vous publiez en arabe un ouvrage
sur Fayçal I le grand-père du Roi
qui fut assassiné en 1958 et la question irakienne.
Votre Altesse Royale ne se contente pas décrire.
Vous croyez au rôle des institutions comme des lieux
dexigence, des phares, comme des lieux déchanges
et de débat, ancrés dans la durée et
où parfois peuvent naître des initiatives concertées.
Vous êtes donc un inlassable fondateur dinstitutions.
En Jordanie, vous créez la Royal Scientific Society
en 1970, puis lArab Thought Forum en 1981. Cest
dans ce cadre quà la tête dune délégation
comprenant des personnalités françaises, allemandes,
britanniques et italiennes, jeus la joie et lhonneur
de faire votre connaissance à Amman en 1982 et dêtre
présenté au roi Hussein dont jai pu ainsi,
comme tous ceux qui lont approché fut-ce brièvement,
ressentir le charisme. En 1987, vous fondez le Higher Council
for Science and Technology et en 1994, le Royal Institute
for Inter-Faith Studies. Cette dernière institution
a pour objectif de promouvoir le dialogue entre musulmans
et Arabes chrétiens, comme leurs relations mutuelles,
en tant quArabes, avec le monde occidental. Votre livre
sur la chrétienté dans le monde arabe en est
la première publication.
Auteur, créateur dinstitutions, vous êtres
aussi un remarquable débateur. Vous intervenez fréquemment
et abondamment dans des conférences et colloques, où
à travers certains articles et interviews. Vos préoccupations
portent dabord sur votre région et son avenir.
Le Moyen-Orient souffre dun déficit de structures
institutionnelles. Vous soulignez la nécessité
dun environnement légal qui permette aux plus
démunis davoir voix au chapitre. Vous plaidez
pour une sorte d« accord de Dayton »
local, où la communauté internationale jouerait
un rôle de catalyseur pour développer la coopération
régionale. Dans cet esprit, vous êtes également
engagé dans un projet inspiré de la Charte dHelsinki
pour la région « Asie de lOuest
Afrique du Nord ». Sinspirer des expériences
dailleurs pour les adapter au contexte local est à
juste titre lune de vos approches favorites.
Vous vous interrogez sur le rôle de lEurope au
Moyen-Orient au XXIe siècle. Votre réponse est
claire : lEurope doit réconcilier l« Occident »
et le monde islamique. Elle doit exprimer une vision « qui
dépasse les frontières ethniques et politiques ».
Cette vision doit englober aussi bien des questions pratiques,
comme lénergie, que les valeurs, comme les droits
de lhomme.
Toujours dans le même esprit, la conférence dAnnapolis,
en novembre dernier, vous a inspiré un message qui
dépasse de beaucoup la question israélo-palestinienne.
Vous esquissez la trame dun nouvel ordre régional
doté de fondations solides, autour de deux Etats, Israël
et la Palestine. Vous soulignez limportance de la notion,
là encore très européenne, de réconciliation ;
vous demandez à Israël de reconnaître ses
responsabilités et de compenser les victimes. Les traités
israélo-égyptien et israélo-jordanien
ont échoué dans la normalisation des relations
entre les peuples. Pour y parvenir, il faut respecter les
accords sur le terrain, établir des mesures de confiance,
en arriver progressivement à un esprit de véritable
coopération positive.
Vous mettez en garde contre une « paix au rabais ».
La citoyenneté dont ont vocation à bénéficier
les Palestiniens ne doit rien laisser à désirer.
La colonisation ne doit plus être tolérée.
Les questions transfrontalières (eau, transport, électricité)
doivent être réglées. Là encore
vous proposez des formules inspirées de lhistoire
de lUnion européenne en commençant avec
le modèle de la CECA.
Votre démarche est pragmatique. Elle tend, par une
multiplicité dinitiatives convergentes, à
construire une approche régionale de linterdépendance.
La paix, dites-vous, ne tient pas en un accord, mais en une
série daccords et de mécanismes institutionnels.
Vos réflexions entrent dans les détails. Cest
souvent faute dune attention suffisante aux détails
que les combats se perdent. Lun des traits les plus
remarquables de votre personnalité est la capacité
de combiner lintelligence des choses de lesprit
les plus élevées et lattention active
aux plus petits détails de vos constructions.
Votre Altesse Royale continue son combat pour la juste solution
du problème palestinien et pour lavènement
dun ordre démocratique au Moyen-Orient. Elle
le fait dans un esprit douverture et de tolérance
exemplaire. Avec la même ferveur, elle se dépense
sans compter dans des combats encore plus vastes, là
où se joue lavenir de notre planète comme
lenvironnement.
Jai parlé de tolérance. Cette vertu, Votre
Altesse Royale la possède au plus haut point. Il ne
sagit pas dune tolérance naïve mais
éminemment constructive, éclairée par
une longue réflexion enracinée dans une science
et une expérience peu communes. Si lon peut et
lon doit encore espérer le salut dans un Moyen-Orient
éternellement dramatique, cest grâce à
des personnalités telles que vous. Il faut que votre
exemple soit suivi. Puisse votre entrée dans notre
compagnie contribuer à renforcer les rangs de vos disciples
et amis, car le destin ne reste pas éternellement sourd
à lappel des hommes de bonne volonté.
DISCOURS
de
S.A.R. le prince El Hassan bin Talal de Jordanie
Membre associé étranger
À la mémoire du Président
Ronald Reagan
Monsieur
le Président,
Monsieur le Secrétaire Perpétuel,
Chers Confrères,
Mesdames,
Messieurs,
Jai limmense honneur dêtre reçu
aujourdhui dans cette auguste assemblée consacrée
à « limmortalité »,
pour y faire devant vous léloge de mon prédécesseur,
Ronald Reagan, conformément à une tradition
sanctifiée par le temps.
Des milliers dhommes viennent depuis toujours dans cette
ville de culture et des Lumières, mais bien peu
et je suis honoré den être ont eu
le privilège de pénétrer dans ces vénérables
salles pour tenter de prendre rang, fût-ce modestement,
dans la cohorte de talents et dexceptions qui les ont
illustrés.
À linstar de mon prédécesseur,
jai été habitué, par mon éducation,
à prendre très au sérieux les autres.
Moi-même, beaucoup moins. Je suis toutefois conduit
à vous entretenir dun sujet fort grave qui a
été une des lignes de foi de Ronald Reagan pendant
sa présidence : la quête de la paix mondiale,
au service de lhumanité.
Ronald Reagan a vécu dans un monde profondément
troublé et divisé, mais il a apporté,
dans sa fonction, une sérénité tranquillement
assumée dans sa continuité culturelle. Il a
été élu à la présidence
des États-Unis en novembre mille-neuf-cent-quatre-vingt
(1980), face au président sortant, Jimmy Carter.
LAmérique était alors en pleine guerre
froide. Elle traversait une période de tension avec
lIran, tandis que planait le spectre de la prolifération
nucléaire. Le peuple américain avait besoin
dun président in tempore belli et dune
présence qui fût à même de le rassurer.
Ronald Reagan était californien. Il venait de cette
côte Ouest apparemment décontractée,
terre délection de lindustrie cinématographique ;
les films dans lesquels il jouait véhiculaient alors
les valeurs fondamentales du patriotisme, de la famille et
de lindividualisme mais aussi de la loi et de
lordre
.
En mille-neuf-cent-quatre-vingt-neuf (1989), année
de lélection du Président Reagan à
lAcadémie des Sciences morales et politiques,
le monde avait changé. Une ère de paix et dharmonie
allait souvrir en Europe et, sans que nous le sachions,
le Mur de Berlin cette sombre balafre due à
lidéologie qui divisait le monde était
sur le point de disparaître.
***
Lancien Président fut honoré par votre
noble assemblée en hommage à la force historique
de lamitié franco-américaine, au nom des
valeurs communes défendues depuis lépoque
de Thomas Jefferson et de la lutte des « Insurgents »,
pour leur liberté et leur indépendance. Ce lien
historique avait été rappelé en juillet
mille-neuf-cent-dix-sept (1917) lorsque, déposant une
gerbe sur la tombe du marquis, le colonel Stanton prononça
ces mots devenus célèbres : « La
Fayette, nous voilà ! ». LAmérique,
puissance nouvelle, intervenait alors dans la vieille Europe,
au secours de la France et des Alliés. Reagan rejoignait
ainsi laréopage des grands Américains
reçus à lAcadémie, dont le Président
Eisenhower, en raison de son « caractère
exceptionnel ».
Au cours de la séance solennelle du 15 juin mille-neuf-cent-quatre-vingt-neuf
(1989), consacrée à linstallation de Ronald
Reagan comme « associé étranger »,
Bernard Chenot le Secrétaire Perpétuel
de cette époque parla en ces termes (Installation
de Ronald Reagan comme associé étranger,
Académie Française, séance du jeudi 15
juin 1989.) du pari de paix osé par le Président
américain : « Vous avez eu le courage
et il en fallait au moins autant que pour la lutte
de vous déclarer ouvert à toutes les
initiatives de paix, et même de désarmement,
dès lors que celles-ci pouvaient être regardées
comme sérieuses et loyales. Vous avez montré
dune main ferme le chemin que pouvaient suivre tous
les peuples du monde, sils voulaient vraiment mettre
un terme à des affrontements stériles, à
des luttes mortelles pour les peuples libres, et consacrer
à lamélioration des conditions de la vie
sur notre pauvre planète, au moins une part des sommes
investies dans des programmes de destruction. »
Albert Brunois, alors président de lAcadémie,
citant la « Déclaration dIndépendance
de mille-sept-cent-soixante-seize (1776) », évoqua
ensuite la naissance de la nation américaine, précurseur
et inspiratrice du combat pour la liberté et les Droits
de lhomme, ajoutant que « cette déclaration
solennelle reçut un écho en Europe treize ans
plus tard, lorsque les Français à leur tour
adoptèrent la Déclaration des Droits de lhomme
et du citoyen du 26 août mille-sept-cent-quatre-vingt-neuf
(1789), qui fut placée ensuite en tête de la
Constitution de mille-sept-cent-quatre-vingt-onze (1791). »
Sans sattarder sur les différences entre les
textes, Albert Brunois souligna au contraire « leur
communauté essentielle dinspiration et leur commune
actualité. »
Jaimerais reprendre à mon compte lactualité
de ces propos.
***
La vision reaganienne du monde reposait sur
une certitude inflexible : les États-Unis avaient
la responsabilité dêtre les premiers à
créer un monde libre et de contenir voire de
repousser toute menace contre cette liberté.
Sur le plan personnel, cette vision senracinait dans
une foi religieuse profonde et dans la conviction quune
vie devait être conduite selon les règles dune
morale rigoureuse.
Les paroles de Reagan, en hommage à son propre prédécesseur
parmi les Immortels, le théologien suisse Hans Urs
von Balthasar, résonnent dune émotion
puissante : « À lapogée
de ma vie, javais autour de moi le bruit des foules
et des hélicoptères, la précipitation
des cadreurs de télévision et la cacophonie
des réalités politiques modernes. Lunivers
de Balthasar, celui de lesprit et de lâme,
était éternel. Le mien, actuel et profane. Il
voyait le monde en termes de cosmos alors que jétais
absorbé par les problèmes de chaque jour. Et
pourtant nous avions tous deux une certaine vision de lavenir
de lhomme et de ses possibilités. Lun et
lautre nous priions Dieu, afin de mieux saisir ce que
devrait être la vie des humains dans le monde daujourdhui. »
(Ibidem)
Je suis profondément touché par ces paroles
venues de lâme dun homme qui nous a quittés
et que javais eu le privilège de rencontrer.
Je massocie de tout cur à lidée
de vérité quelles expriment : une
vision pour lhumanité se doit dassocier
les réalités aussi bien spirituelles que politiques.
Nous devons rester ouverts aux vertus du recours à
un principe supérieur et plus sage quon
lappelle « Dieu » ou « Allah »
ou de tout autre nom que lhumanité donne à
son Créateur.
Sil croyait profondément en Dieu, Reagan croyait
tout autant dans les capacités de lindividu.
Les hommes et leurs motivations exerçaient une fascination
naturelle sur le Président. Il en recherchait une convivialité
telle quelle le poussa à rencontrer jusquà
ses pires adversaires politiques. Ses liens personnels avec
les autres dirigeants mondiaux étaient remarquables
et il excellait à les entretenir.
La simplicité et la conviction sont les degrés
suprêmes de la maturité. Selon lexpression
de léditeur du journal de Reagan (The
Reagan Diaries, éd. Douglas Brinkley, Harper &
Collins, 2007), le Président « sirritait
des complications dans la communication qui brouillaient selon
lui les relations internationales. » Malgré
son attitude de défiance envers lUnion Soviétique,
il semploya à renforcer le dialogue avec ses
dirigeants successifs, estimant que des progrès seraient
faits sil pouvait communiquer directement avec eux
par lettre, par téléphone ou par des rencontres
personnelles. Et des progrès furent ainsi réalisés,
par le biais de discussions ouvertes avec Léonid Brejnev,
Youri Andropov et Constantin Tchernenko, transcendant les
antagonismes idéologiques et la peur de lautre,
sentiments pourtant profondément ancrés de part
et dautre.
Mais cette « victoire à lusure »
aurait été vaine si Reagan ou Thatcher avaient
prôné « le triomphalisme occidental
devant les difficultés de lU.R.S.S. ou sils
avaient refusé de négocier la fin du communisme.
Ils auraient alors retardé le processus par lequel
lEurope de lEst, puis la Russie, se débarrassèrent
du communisme à la fin des années quatre-vingt
(80) et au début des années quatre-vingt-dix
(90). » (Ibidem)
Cet écueil fut évité. On le doit aux
deux sans doute, mais essentiellement, je crois, aux qualités
humaines de Ronald Reagan, à sa volonté passionnée
de communication et découte, qui lui permit de
mettre à profit loccasion historique qui lui
était alors offerte pour accomplir un pas décisif
vers la paix mondiale.
Dès le début de sa présidence, Reagan
comprit que lon pouvait obtenir beaucoup en discutant
avec ses adversaires. « Si méchant que
soit lennemi, on peut toujours trouver un terrain dentente.
Si détestable que soit ladversaire, un changement
peut se produire. Pour tyranniques que soient les systèmes
politiques, ils ne sont pas éternels. Il faut avoir
confiance dans ses propres valeurs. Il faut avoir de la patience
et de la persévérance. » (Ibidem)
Il faut aussi choisir quand montrer sa puissance militaire
et quand recourir à la subtilité et Reagan
possédait au plus haut degré cette science.
Il avait ces qualités de chef dont notre époque
troublée et ma région du monde ont cruellement
besoin.
Les réalisations de ladministration Reagan ont
profondément transformé la planète. La
menace dune guerre nucléaire que le monde entier
redoutait et surtout les Russes à son
entrée en fonction, fut réduite à létat
de mauvais souvenir. Ronald Reagan joignit ses efforts à
ceux de Mikhaïl Gorbatchev pour entamer une série
de négociations qui inquiétèrent son
administration tout entière. Les partisans de la manière
forte reculaient dhorreur devant la seule idée
dengager ce genre de conversations avec les Soviétiques,
multipliant les avertissements contre ce quils nommaient
« la grande illusion » de la paix. Au
sommet de Reykjavik, pourtant, les deux chefs dÉtat
sentendirent presque sur « loption
zéro » : lélimination
réciproque de toutes les armes thermonucléaires.
Comme le président américain ne voulait pas
renoncer à son cher programme de défense anti-missiles,
laccord final ne se fit pas, mais les discussions débouchèrent
quand même en mille-neuf-cent-quatre-vingt-sept (1987)
sur laccord décisif de sa présidence,
avec lIntermediate-Range Nuclear Forces Treaty (INF).
« Mon rêve, écrira plus tard
le président dans ses mémoires, était
un monde libéré de tout armement nucléaire. »
(Joshua Green, Ç ReaganÕs
Liberal Legacy È )
À cet égard, Reagan illustre brillamment un
fait politique de notre temps : tous les grands dirigeants
mondiaux, quelle que soit leur famille politique, ont un jour
ou lautre conscience que dans ce monde interdépendant
qui est le nôtre, ils ont non seulement le devoir de
veiller sur leur pays, mais aussi la responsabilité
de la paix et de lamélioration des conditions
de vie de lhumanité tout entière.
Lhistorien libéral Sean Wilentz écrit :
« Le reaganisme offrait un mélange
très personnel et caractéristique de dogme,
de pragmatisme et surtout de mythologie. Malgré ses
millions de partisans, cette théorie navait sa
source ni dans un parti, ni dans une faction, ni dans un mouvement,
mais dans lesprit et le personnage dun seul homme :
Ronald Wilson Reagan. » (Louis
Bayard, recension de The Age of Reagan, in Salon,
13 mai)
Si haute quait été sa fonction, le Président
Reagan est resté jusquà la fin un homme
modeste. Dans ses écrits et ses autres propos, il apparaît
toujours avec lauthentique sérieux dun
homme qui aimait la liberté mais détestait le
communisme, linflation
et les impôts.
***
On célèbre cette année
le soixantième anniversaire de la Déclaration
Universelle des Droits de lHomme. Il reste beaucoup
à bâtir en ce domaine. Il est manifeste que la
situation de ces droits, à linstar de la qualité
de la vie des hommes, sest considérablement dégradée
depuis lépoque de Reagan. Nous sommes revenus
au point de départ, depuis les jours grisants de la
création des Nations Unies et le lancement du plan
Marshall en Europe. Lidéalisme né des
horreurs de la Seconde Guerre Mondiale et lespoir engendré
par leffondrement du communisme semblent à nouveau
séloigner.
Nous sommes retombés dans la hantise de la guerre et
il nous faut retrouver le chemin dun idéalisme
constructif, dans le concert des nations. Nous est-il donc
impossible de nous inspirer des succès passés
et de comprendre nos erreurs ? Sommes-nous voués
à rester à jamais englués dans de « bonnes
intentions » naufragées, pris au piège
des engagements internationaux si tragiquement éloignés
des réalités du terrain ?
Lautorité morale de la Déclaration universelle
des Droits de lHomme vient du fond des millénaires,
depuis le code promulgué par Hammourabi, septième
souverain de la première dynastie de Babylone, jusquà
celui de Napoléon, en passant par la Magna Carta
et les principes de Jefferson : Hans Küng parlait
à juste titre dune éthique mondiale. Larticle
2 de la Déclaration de mille-neuf-cent-quarante-huit
(1948) énonce ainsi :
« Chacun peut se prévaloir de tous les
droits et de toutes les libertés proclamés dans
la présente Déclaration, sans distinction aucune,
notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion,
dopinion politique ou de toute autre opinion, dorigine
nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute
autre situation.
« De plus, il ne sera fait aucune distinction
fondée sur le statut politique, juridique ou international
du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante,
que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle,
non autonome ou soumis à une limitation quelconque
de souveraineté. » (Déclaration
universelle des Droits de lHomme (10 décembre
1948), Article 2.)
Jaimerais à ce propos rendre hommage à
ma défunte belle-mère, la Begum Shaista Suhrawardy
Ikramullah, une Grande Dame musulmane qui a travaillé
aux côtés dEleanor Roosevelt aux Nations
Unies, en mille-neuf-cent-quarante-huit (1948), pour élaborer
la Déclaration universelle des Droits de lHomme,
mais aussi la Convention pour la prévention et la répression
du crime de génocide.
Lidée de faire pression sur les gouvernements
despotiques pour quils cessent de maltraiter leurs citoyens
recueille depuis longtemps les faveurs de la gauche et lhostilité
de la droite. Comme tant dautres conservateurs, Reagan
avait critiqué les accords dHelsinki signés
par Gerald Ford en mille-neuf-cent-soixante-seize (1976),
et dénigré la campagne de Jimmy Carter en mille-neuf-cent-quatre-vingt
(1980) pour ce quil considérait comme un refus
de voir les dures réalités du communisme.
Mais avec la dissidence dAndreï Sakharov ou de
Václav Havel, venue attester le pouvoir du discours
reaganien à lappui de leurs mouvements de protestation,
il est devenu impossible aux conservateurs de nier lutilité
et la force morale de ce type dengagement comme composante
de la politique extérieure américaine. Actuellement,
au sein du Congrès américain, les défenseurs
des Droits de lHomme sont presque aussi nombreux chez
les Républicains que chez les Démocrates
En avril mille-neuf-cent-quatre-vingt-un (1981), à
lapogée de la « guerre froide »,
Ronald Reagan écrivit à Léonid Brejnev :
« Les peuples du monde, en dépit de leurs
différences dorigine raciale ou ethnique, ont
beaucoup de choses en commun
Ne devrions-nous pas nous
attacher à éliminer les obstacles qui empêchent
nos peuples de réaliser leurs plus chers désirs ? »
(Melvyn P. Leffler, Ç Keep your
enemies closer È, in Los Angeles Times, 6 avril
2008)
On a dit bien des choses sur lhabileté de Reagan
à communiquer, chez lui comme à létranger.
Il est remarquable quil répondait personnellement
à la plupart des lettres quil recevait, et dans
les termes les plus humains. À en croire son fils,
il écrivit un jour en ces termes à lun
de ses concitoyens : « Vous avez spécifié
que vous souhaitiez avoir quelque chose de moi personnellement :
me voici donc
» (Michael
Reagan, « The Real Ronald Reagan »,
in Human Events, 25 mai 2005). Son talent dorateur
a suscité moins de commentaires, mais son discours
à la porte de Brandebourg, à Berlin, en mille-neuf-cent-quatre-vingt-sept
(1987) (Ronald Reagan, Address, Brandenburg
Gate, West Berlin, Germany, 12 juin 1987 ), fut
un hymne à la liberté démocratique, confortant
et encourageant simultanément tous ceux qui vivaient
des deux côtés du Mur par le même message
despoir : « Abattez ce mur ! »
Et de fait, le Mur de Berlin finit par tomber, dans les mois
qui suivirent la fin du mandat présidentiel de Ronald
Reagan.
Le monde actuel recourt à de nouveaux murs, comme jamais
encore auparavant, dans la vaine tentative de contenir les
problèmes qui opposent les peuples. Mais ériger
des murailles entre les cultures et les hommes ne fait quaggraver
le sectarisme, en accélérant la fragmentation
et la décomposition sociale de part et dautre.
Les peuples en viennent à perdre espoir : Reagan
avait compris que lespérance était indispensable.
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi une faiblesse très humaine : je
pense que lobligation de charité doit commencer
chez soi. Voici plus de vingt ans, Ronald Reagan déclarait,
à propos du Proche Orient :
« Jappelle Israël à prendre
conscience que la sécurité à laquelle
il aspire ne peut être obtenue que par une paix authentique
une paix qui requiert de la magnanimité, de
la vision et du courage.
« Jappelle le peuple palestinien à
reconnaître que ses propres aspirations politiques sont
indissolublement liées au droit dIsraël
à vivre désormais en sécurité. »
(Ç President Ronald ReaganÕs Speech
and Talking Points*, 1er septembre 1982 È, in The
Arab-Israeli Peace Process Briefing Book, The Washington
Institute for Near East Policy, p. 711.)
La clarté de ce double appel est remarquable. La tragédie
que vit ma région est telle quil faut rappeler
cet avertissement, inlassablement.
Reagan refusait lidée que la paix fût une
« grande illusion » . Mais
il restait parfaitement conscient quune paix durable
ne peut se construire sans la reconnaissance de nos valeurs
commune dhumanité et, surtout, sans oser franchir
les fossés qui séparent les hommes.
Mesdames et Messieurs, je vous remercie.

MESSAGE DU PAPE
lu par
S.E. le cardinal Roger Etchegaray
Membre de l'Académie

« A loccasion de la réception
sous la Coupole de S.A.R. le Prince El-Hassan bin Talal de
Jordanie, en qualité de membre associé étranger
de lAcadémie des Sciences morales et politiques,
il mest agréable de munir par la pensée
à cette noble assemblée, et particulièrement
au nouvel Académicien à qui jadresse mes
vux les plus cordiaux.
« Je souhaite vivement que cette marque de considération
à légard dune personnalité
engagée depuis de nombreuses années dans le
dialogue interreligieux contribue au rapprochement entre les
membres des diverses religions et entre les personnes de cultures
différentes. La reconnaissance de la place des valeurs
religieuses dans la société et la recherche
dune authentique compréhension mutuelle entre
les personnes dorigines spirituelles et culturelles
variées ne peuvent que favoriser le développement
de collaborations toujours plus fécondes en vue du
bien commun et de la paix Par laccueil de S.A.R. le
Prince El-Hassan bin Talal parmi ses membres, lAcadémie
des Sciences morales et politiques confirme son attachement
à poursuivre dans cette voie. Je prie Dieu de donner
à tous le courage de sy engager résolument.
« Sur Vous-même, Monsieur le Secrétaire
perpétuel, sur S.A.R. le Prince El-Hassan bin Talal,
sur tous les membres de lAcadémie des Sciences
morales et politiques, ainsi que sur les personnes présentes
à la séance de Réception, jinvoque
de grand cur labondance des Bénédictions
divines.
« Du Vatican, le 11 juin 2008. »
signé « Benedictus PP XVI »

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