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Dr Roland Behar


De la souffrance de l'individu
à la souffrance de la société

Approche psychologique personnelle de la crise morale
du monde d'aujourd'hui


séance du lundi 23 juin 1997

 


INTRODUCTION

A l'approche de l'an deux mille, les très grands progrès de l'esprit humain, plus fertile et plus créatif, et les grandes découvertes et innovations, beaucoup plus rapides depuis ces dernières décennies, permettent de vivre beaucoup plus longtemps et en bien meilleure santé, de communiquer plus vite et plus loin jusqu'aux sphères interplanétaires, en donnant théoriquement l'espoir de pouvoir accéder au bonheur.

Pourtant l'homme est seul, incompris, insuffisamment reconnu, se sentant perdu dans un monde impersonnel et indifférent, en souffrance dans son identité, et la société actuelle dans sa moralité.

Pourquoi ?


LE CONTEXTE GENERAL ACTUEL

Le contexte général du monde actuel est surtout dominé par quatre grandes notions, a savoir :
l'insécurité, le changement, le contraste, et l'angoisse, et les difficultés qui en résultent, le plus souvent sur le plan psychologique, sont la toile de fond de la crise morale de nos jours, avec souffrance de l'individu en plein cœur de son identité.

Insécurité, par l'actualité centrée sur la notion de chômage et de crise économique, avec une pauvreté de plus en plus préoccupante, et une faim dans le monde que l'on croyait pouvoir supprimer, et qui ne fait pourtant qu'augmenter.

Le changement aussi, qui touche tous les aspects de la vie quotidienne et professionnelle, nécessitant de gros efforts d'adaptation, avec souvent souffrance et dépressions et grosses dépenses d'énergie, au détriment de son propre équilibre et de celui de sa famille.

Contraste enfin, entre la performance d'une société dans ses recherches, innovations et découvertes technologiques, industrielles, scientifiques et médicales, et l'émergence de maladies nouvelles, graves, et bien souvent mortelles, avec difficulté grandissante de la communication humaine, dans un monde de plus en plus impersonnel et indifférent à l'autre.

Et surtout l'angoisse, par le décalage entre l'aspiration à l'écologie, et le développement de la pollution qui nous entoure, entre le rêve de pouvoir se fixer dans le monde, et à y vivre en paix, et la mobilité qui est aujourd'hui une exigence, avec menaces de conflits et de guerres aux quatre coins de la planète.

Et c'est dans ce contexte général actuel, particulièrement difficile, que prend naissance tout ce qui va concourir à la crise et à la souffrance morale du monde d'aujourd'hui, où l'homme est de moins en moins écouté et considéré dans sa spécificité et sa richesse.


LES DIFFICULTES D'ETRE PARENTS DE NOS JOURS

La crise économique du monde actuel et la menace quotidienne du chômage, dans un contexte d'incitation à la consommation d'une société où le matériel et la performance sont le but et l'exemple à atteindre, le manque de disponibilité et l'écoute qui en découlent, le changement récent du statut social de la femme, en particulier dans le monde professionnel, contribuent à la fragilisation de l'identité de l'homme et de la femme d'aujourd'hui, dans leurs différents aspects individuels, conjugaux, parentaux, professionnels, relationnels et sociaux, avec sentiment sous-jacent d'anxiété et de dépression.

Mais d'abord et avant tout, études prolongées, et travail précaire aux revenus faibles et incertains, ou plus rarement carrières solides mais toujours à développer, du fait d'une dévalorisation des diplômes, expliquent que c'est toujours tardivement que les jeunes parviennent au mariage, dans leur statut de parents, avec dépendance économique prolongée et donc psychologique vis à vis de leurs aînés.

Ils seront alors propulsés dans leur identité d'adultes et leur rôle de parents, dans un état physique et psychologique d'enfance et d'adolescence aux allures d'éternité.
D'ailleurs l'amélioration socio-économique, l'élévation du niveau de vie par rapport aux générations antérîeures, les progrès de la médecmie et de la biologie, et surtout les exemples de perfection que véhiculent médias et publicité, les confortent encore davantage dans cet état, mais où, le psychologique l'emporte de loin sur le physique, avec immaturité et fragilité.

En effet, c'est dans l'angoisse et l'insécurité que l'homme moderne évolue dans le monde du travail, avec salaires stagnants et incertains, qualifications mal reconnues ou insuffisamment utilisées, dans des emplois choisis par l'urgence ou la nécessité, avec menace continue de la concurrence et du chômage, voilà les conditions pour affaiblir l'identité professionnelle de l'homme, avec souffrance, secrète et très profonde.

Mais le quotidien de l'homme moderne est dominé par la médiatisation de l'information, qui véhicule l'incitation à acheter et à consommer toujours davantage, symbole de puissance et de réussite, le plaisir l'emportant toujours sur la raison. Mais actualité et publicité prônent aussi l'exemple de l'homme parfait, puissant, gagnant et infaillible, persuadé qu'il lui faut toujours démontrer cette caricature de surhomme, pour mériter confiance et tendresse de son entourage familial.

Perdu dans des repères matériels qu'il craint de ne pouvoir assurer, s'épuisant à s'identifier à un modèle d'homme parfait et irréel, son identité personnelle, mais aussi conjugale et parentale se fragilise peu à peu, l'homme communiquant beaucoup moins, s'enfermant sur lui-même, cette tendance dépressive prenant l'aspect d'une relative et apparente indifférence.

Dans le cas plus rare, d'une qualification sûre et reconnue, s'inscrivant dans un profil de carrière, il y trouvera là, le support principal de son identité, d'où la tendance et le désir de prolonger sans fin études et spécialisations, d'autant que la concurrence, la dévalorisation des diplômes, et la rareté des postes proposés, de plus en plus souvent sur concours, l'incitent à ces excès, comme s'ils palliaient aux manques de son identité.

En conséquence et peu à peu, la souffrance de l'homme va gagner et envahir sa vie sociale et relationnelle, de façon sournoise et destructrice.

Comprenant parfois mal les données de la psychologie moderne, et ses applications pratiques au quotidien, lui paraissent difficiles, il reste persuadé qu'il lui faut cacher et taire faiblesses et émotions, pour sauvegarder son image d'homme, de mari et de père, alors que c'est uniquement en les exprimant de façon authentique et naturelle, se montrant combatif, présent et toujours à l'écoute, qu'il assurera la plénitude de son statut personnel, familial et social.

Mais la grande révolution actuelle est surtout marquée par la métamorphose voulue et obtenue de l'image et du rôle, et donc de l'identité de la femme dans la société.
Pendant des siècles, trop souvent limitée à des rôles subalternes, loin du savoir et du pouvoir, cette situation a brusquement changé, avec conséquences pour la femme elle-même, son couple, et ses enfants.

Occupant des postes professionnels au même titre que les hommes, mais dans des conditions souvent plus difficiles, et au salaire souvent bien inférieur, devant toujours plus prouver pour se maintenir, être reconnue et sépanouir, son caractère se modifiera, la femme paraissant parfois plus autoritaire, toujours en quête de plus grande efficacité ou d'évaluation pour prise de décisions, certains y voyant là, à tort, un manque ou une perte dans sa féminité.
C'est la souffrance dans son identité de femme.

Mais le caractère égalitaire du rôle social de la femme, va peu à peu envahir le vécu du couple au quotidien.
De plus, l'apparente assurance souvent marquée de la femme, et son exigence, son manque de disponibilité, et sa rivalité pour l'homme vont fragiliser à tort son conjoint sur le plan psychologique, en particulier dans les cas de plus grande réussite pour la femme en carrière ou en salaire.

C'est ainsi que cette souffrance va imprégner le couple dans sa vie de tous les jours, empêchant ou perturbant la relation entre les conjoints, avec aggravation de la difficulté de communication entre mari et femme, puis dans le groupe familial dans son ensemble.

Mais la femme faisant beaucoup mieux que l'homme, distinction entre le matériel et l'affectif, parviendra à l'autonomie de l'un, mais sera toujours dans la recherche de la plénitude de l'autre et c'est ce décalage qui sera la base de tendance dépressive des femmes et des épouses au quotidien.

La femme recherchera davantage le dialogue, en le trouvant de plus en plus difficilement auprès de son conjoint, car l'homme se dévalorise au côté du statut récent et menaçant de la femme, ce qui l'incite encore plus à s'épuiser dans une recherche effrénée de réussites et de performances.

Et c'est ainsi que s'installe et se pérennise la souffrance de l'identité de la femme dans son rôle d'épouse.

Réussissant sur le plan professionnel, mais devant vaincre de multiples résistances, elle y parvient au détriment de son couple et de sa famille, de moins en
moins disponible pour ses enfants, la souffrance envahissant toutes les facettes de
son identité, y compris relationnelle et sociale, dans un climat de dépression
déstabilisante.

Portée par le mouvement égalitaire de la femme par rapport à l'homme, et par les exigences qui en découlent, l'entité du couple se modifie peu à peu, n'étant plus deux personnalités différentes, mais complémentaires et solidaires, unies par l'amour, mais paraissant plutôt deux personnalités à l'identité, au potentiel et au devenir égal, voire même rival, où l'amour se trouve plus difficilement sa place, dans un climat de dépression, ce qui perturbe la recherche d'identité auprès d'eux, des enfants, qui les considèrent pourtant comme leurs canaux de transmission et vecteurs des messages affectifs et des valeurs éducatives de base, essentiels et indispensables.

Parfois des difficultés linguistiques ou culturelles se surajoutent, dans le cas de familles récemment transplantées, avec souvent des mariages « mixtes », c'est alors une souffrance intense de l'identité globale de l'homme et de la femme, mais en particulier dans leur statut de père et de mère, les jeunes s'adaptant beaucoup plus facilement et bien plus rapidement qu'eux à la langue et aux coutumes du pays d'adoption, ce qui rassure les parents, mais les fragilise et les dévalorise auprès de leurs enfants.

Ainsi se disloque et se lézarde la notion de sphère familiale, symbole en miniature de la société dans son ensemble.
Or c'est là que tout se reçoit et se transmet, se dit et s'écoute, dans un climat de confiance et d'amour que l'on ne retrouve nulle part ailleurs, c'est dire que la famille, est ce que, toute une vie, on cherche à retrouver, à espérer ou à créer.

LE PROBLEME ACTUEL DES JEUNES, D'AUJOURD'HUI

Le problème actuel des jeunes de notre époque est qu'ils éprouvent une difficulté, une résistance, et même une opposition au mécanisme d'identification au modèle parental qui leur est proposé.

En effet, il y a une insuffisance de l'identité des parents dans leurs aspects personnels, sociaux, professionnels et surtout parentaux, un manque de disponibilité et d'écoute, et un sentiment de malaise, d'anxiété et de dépression secondaire à ces difficultés et aux contingences économiques du moment.

Cela explique que les messages éducatifs ne semblent pas se transmettre, comme il se devrait, dans un climat général d'amour, de sécurité et de valorisation, étant plutôt perçus dans un quotidien routinier d'indifférence, avec sensation d'insécurité matérielle et affective, sans l'intérêt attendu et espéré pour les progrès et performances des jeunes dans leur développement, alors qu'il s'agit là d'un code affectif témoignant d'un message éducatif bien émis, bien reçu, bien accepté et bien appliqué.

Ils ne pourront donc pas recevoir les notions fondamentales, vitales, élémentaires, mais indispensables pour leur développement psychologique, qui seules, leur permettraient de réaliser, dans une dynamique d' épanouissement, leur identité naturelle et solide, mais souple et perfectible, avec adaptation au monde, aux événements et aux autres, leur équilibre émotionnel et possibilité d'identifier et de réaliser les grands choix de leur vie.

C'est ainsi que pourrait naître et s'épanouir le désir d'ambition, d'entreprendre pour créer et réussir, en affirmant jour après jour, son identité et sa personnalité dans un esprit d'autocritique constructive, et dans un intelligent compromis entre désir et plaisir, raison et réalité.

Ces grandes notions de base sont les concepts de :
Pouvoir, Vouloir, Savoir, Croire, d'Espoir, et surtout d'Etre et d'Avoir.


Pouvoir

C'est prendre progressivement conscience de ses potentialités mais aussi de ses limites, en comprenant surtout, que les unes et les autres, en les relativisant, peuvent toujours s'améliorer en nous épanouissant.
Il sera alors possible d'identifier le but à atteindre et son accessibilité, s'assurer de sa réelle motivation, pour bien choisir, développer et adapter parmi ses potentialités, celles qui sont nécessaires, en les intégrant dans une stratégie de réalisation active et volontaire, concrète et adaptée.
D'autre part, il faut surtout bien utiliser son pouvoir, non pas pour montrer uniquement qu'on le détient, avec risque réel d'autoritarisme, mais pour l'employer dans un programme personnel et surtout collectif de développement et de progrès.

C'est toute la notion de responsabilité et d'engagement qui est illustrée ici, car le pouvoir, qui ne s'obtient et se garde, que par mérite et en faisant ses preuves, confère en fait beaucoup plus de devoirs et de droits vis à vis de soi- même et des autres.

Mais les jeunes d'aujourd'hui ne recherchent que le pouvoir et surtout les privilèges qu'il peut procurer, négligeant parfois facilement responsabilité, engagement, et parole donnée, essayant alors de compenser les manques de leur identité par les signes visibles du pouvoir que l'on détient.
De plus, par refus de contraintes, ils ne supportent pas la notion de hiérarchie dans leurs rapports professionnels, et ne perçoivent pas la nécessité de faire ses preuves, jour après jour, pour pouvoir obtenir et garder ce pouvoir tant espéré, voulant plutôt tout et tout de suite.

D'autre part, ils n'organisent pas leurs démarches et leur projets, se laissant davantage guider par mimétisme, impulsion ou désir, car dans un tel contexte, possibilités et limites sont floues et mal perçues, les jeunes se situant dans des positions extrêmes vis à vis d'eux-mêmes et des autres, avec conviction qu'ils peuvent tout entreprendre et tout réussir, ou ailleurs certitude de tout échouer avec sentiment d'une incapacité totale ou parfois trop certains de leur pouvoir, l'ensemble étant toujours à l'origine d'un climat de frustration, d'insatisfaction, d'échec, de dévalorisation, et de dépression, dans une dynamique sournoise d'autodestruction.


Vouloir

L'éducation transmet la notion de vouloir dans ses différents aspects, c'est à dire la volonté d'entreprendre et de réussir, l'ambition de se surpasser malgré difficultés ou handicaps, avec esprit de compétition, la société actuelle de plus en plus sélective, obligeant à l'élitisme.

Mais la volonté exige d'avoir manqué et d'avoir souffert, en ayant mémorisé de façon constructive cette frustration.

Or les nouvelles générations, influencées par les médias, assimilant le bonheur à l'opulence matérielle, ne veulent ni souffrir, ni manquer, et de peur d'échouer, n'entreprennent plus rien, et n'ont plus de but, évoluant alors dans une inertie psychologique et intellectuelle.
Elles ne se mobilisent toutefois, que pour des projets ou des réalisations suggérés par la mode du moment ou du groupe social, plutôt que par un désir personnel, bien adapté, bien imaginé, bien préparé, bien orgamisé, et donc couronné de succès.


Savoir

Pour s'épanouir et progresser, pour franchir les étapes successives de son développement, il faut savoir et vouloir enrichir sans cesse son savoir, par recherche et utilisation active et synthétique de tous les canaux d'information.

Il faut surtout bien utiliser son savoir, et l'intégrer dans une dynamique d'épanouissement, personnelle, familiale, professionnelle et culturelle.
Très vite, on comprend que c'est ainsi que s'acquiert la compétence, à l'origine de laquelle prend naissance et se développe l'assurance dont on a besoin dans sa vie quotidienne.

Mais les jeunes de nos jours, intelligemment sollicités par les médias, et bien que confrontés aux problèmes de la concurrence et du chômage, ne perçoivent plus l'utilité de la compétence et du savoir.

Ils se créent alors une assurance, trop fragile ou trop marquée, car acquise sans passer par la recherche active du savoir, mais se contentant plutôt de celui qui s'obtient facilement et passivement, ou qui s'impose par les médias, avec connaissances éparses, rudimentaires et mal organisées, permettant d'assurer le minimum de la quiétude et du plaisir quotidien dans ce qu'il y a de plus élémentaire et de plus matériel, et très loin d'un but réellement culturel.


Croire

Seule la conviction permet de mobiliser toutes ses énergies créatrices, et de
les canaliser vers le but à atteindre.
Mais pour cela, il faut avoir appris à croire, et surtout, avoir conscience en soi.

Or les jeunes ne croient plus en rien.
Us ne croient plus dans le modèle éducatif de leurs parents, qui leur parait inadapté au monde actuel, ceux-ci leur paraissant ni heureux, ni épanouis, et en tous cas, particulièrement indisponibles, avec difficultés de communication surajoutées entre eux, les sollicitant de moins en moins pour tout ce qu'ils auraient à entreprendre, à choisir ou à décider.

Ils se veulent trop indépendants dans leurs pensées et leurs actions, quelque soient les avis et conseils qu'ils aient pu recevoir, et ne ressentent pas intensément la conviction, ni même son importance, car ils sont dans le doute permanent, n'ayant pas assez confiance en eux, ou apparemment beaucoup trop, avec surestimation souvent de toutes difficultés, et angoisse d'un avenir décrit, perçu, ou promis comme particulièrement impersonnel, difficile et menaçant.


Espérer

C'est prendre conscience que tout est toujours possible, quand on donne le meilleur de soi-même, en se surpassant, avec tout son cœur et toute son authenticité.

Alors une alchimie mystérieuse et secrète, la chance, viendra parachever l'adéquation la plus harmonieuse entre l'élaboration et la réalisation, le désir et la réussite d'un projet.

Mais c'est dans une réalité froide et rationnelle qu'on se fige actuellement, percevant rarement l'importance de l'enthousiasme pour le succès que l'on espère dans les actions à entreprendre.

Et l'on croit alors trop ou pas assez dans la chance, parfois pas du tout, mais on attend quand même tout d'elle, feignant d'oublier ou de ne pas comprendre, que sans efforts, conviction et motivation, point de chance à espérer.


Etre

Pour bien choisir, agir, créer et réussir, il faut d'abord et avant tout, se connaître et bien se connaître.
C'est ainsi qu'on se construit et s'acquiert son identité avec des efforts constants pour s'épanouir.

On prend alors conscience de ses points forts et de ses points faibles, utilisant les uns et améliorant les autres, et relativisant leurs caractéristiques et leurs limites, pour se connaître davantage et s'assurer la meilleure évolution possible sur les plans personnel et relationnel.

C'est ainsi que se structure son équilibre émotionnel, et la possibilité de rester soi-même et à l'aise par rapport aux événements et aux autres, avec attitude intelligente et adaptée, sachant toujours davantage s'affirmer et s'épanouir.

Pourtant la communication interpersonnelle est un des problèmes les plus cruciaux de notre société actuelle. Car les jeunes d'aujourd'hui se développent sur les modèles d'identification véhiculés par les médias, les faisant mal accepter leur personnalité à eux, leurs qualités et leurs défauts, cherchant davantage à connaître les modèles idéaux qu'ils essaient en vain de reproduire, ce qui les met encore plus à distance d'eux-mêmes et de leur vraie personnalité, en augmentant leur difficulté et leur souffrance.

Ainsi à l'aube de l'an deux mille, l'homme crée des réseaux de communication à très haut degré de technicité, mettant le monde entier à portée de la main, pourtant se connaissant mal, et ne pouvant s'accepter tel qu'il est, il ne communique pas avec autrui, enfermant son mal être dans un silence et une solitude égocentriques, mais toujours pénétrables, et qui s'interposent alors dans la relation à autrui.


Avoir

Pour réussir dans la vie, il faut absolument connaître la valeur de l'argent, et bien prendre conscience, que c'est uniquement par l'effort, que tout s'obtient et se gagne, et que trop, est souvent pire que pas assez.

Mais actuellement, les parents culpabilisés par leurs difficultés et leur manque de disponibilité, comblent les désirs matériels de leurs enfants, allant même jusquà les prévenir, les jeunes, habitués davantage à recevoir plutôt qu' à donner, ressentent alors difficilement le besoin de l'effort pour avoir, la motivation s'inhibant peu à peu, dans un climat général de souffrance et de frustration et même de dépression.

Or de nos jours, influencés par les médias, qui incitent à consommer toujours davantage, comme si c'était là le secret du bonheur, on veut toujours plus et plus, sans apprécier ce que lon possède déjà, rien n'étant vraiment jamais suffisant, comme si posséder encore davantage, permettait de colmater, de façon maladroite et superficielle, les failles de son identité.


Les jeunes ne peuvent trouver auprès de leurs parents, possibilité d'identification, qui leur permette de se construire une identité naturelle et solide, souple et perfectible.

Ils seront alors propulsés dans le monde des adultes avec une identité artificielle, fragile, incomplète, en souffrance, car acquise au hasard d'expériences éducatives rencontrées ou vécues, leur conférant une personnalité aux multiples facettes juxtaposées, correspondant à tous les secteurs de la vie quotidienne, mais dans la synthèse est toujours difficile ou impossible.

Cela explique la genèse de leur fond dépressif et de la tendance, dans leurs comportements et leur psychisme, à l'errance psychologique dans l'espoir de se trouver leur identité.



LES CONSEQUENCES POUR L'INDIVIDU

Fragilisés par les carences de leur identité, plusieurs éventualités évolutives se présentent alors à ces jeunes d'aujourd'hui.

Parfois, ils trouvent dans leur environnement familial, amical, social, professionnel ou religieux, un modèle d'identification positif, c'est à dire accessible et souhaitable, en complément ou remplacement de celui qu'ils espèrent trouver auprès de leurs parents, et alors obtiennent l'identité naturelle qui leur est spécifique et à laquelle ils aspirent.

Dans d'autres cas, ils tentent, malgré eux, de s'adapter à leur souffrance personnelle, secrète et profonde, celle-ci s'exprimant de façon intermittente, durable ou répétée, par des troubles psychologiques caractériels, le plus souvent incompris et mal tolérés, des comportements d'opposition ou de délinquance, avec violence et dangers réels, ou troubles psychiatriques plus graves encore, avec isolement et surtout dépressions et risques de suicides.

Toutes ces manifestations sont un appel désespéré et codé envers la famille, avec désir authentique de pouvoir trouver enfin, auprès d'elle, leur indispensable repère d'identité.
Les parents et les jeunes, tout autant désemparés et fragilisés davantage, peuvent parfois, dans ces moments de crises, comprendre qu'il s'agit là d'un message, et le déchiffrer, et ainsi saisir l'occasion de créer et de maintenir un climat de dialogue, de compréhension et de confiance, ce qui suffit souvent à faire évoluer ces jeunes vers un équilibre retrouvé, avec possibilité d'épanouissement.

Mais le plus souvent, ils évolueront, instables, et sans repères, vers une identité artificielle, c'est à dire fragile, incomplète, en souffrance, sans équilibre émotionnel, et sans autocritique, avec perception floue des notions de limites et d'interdits, tendance à la dépendance et au mimétisme, accès aux plaisirs rapides et faciles, les rendant spécifiquement réceptifs à certains modèles d'identification qu'ils pourraient rencontrer ou qui s'imposeraient à eux, essentiellement par voie médiatique, correspondant à leurs failles d'identité ou les utilisant, en leur donnant l'illusion de les combler, avec tous les dangers et les risques que cela suppose.

Ils trouveront possibilité d'identification facilement et rapidement auprès de toutes les vedettes de l'actualité médiatique du moment, en particulier artistique, musicale, ou sportive, allant jusqu'à connaître parfaitement leur vie privée, les étapes de leur carrière, et passant une bonne partie de leur temps à les suivre et à les imiter dans leur quotidien.
D'ailleurs de nos jours, on connaît beaucoup mieux l'artiste ou le champion, que le chercheur ou le savant.
De plus, on achète bien plus volontiers disques et cassettes, que livres et encyclopédies, et les spectacles des chanteurs à la mode trouvent beaucoup plus facilement public, d'ailleurs fervent, que les concerts, les pièces de théâtres ou les conférences à thèmes culturels.

La personnalité de ses idoles sera idéalisée, avec désir impérieux de s'y référer, les jeunes étant en si grande avidité d'identité, qu'ils seront alors particulièrement sensibles et réceptifs à l'appel de ces célébrités, à l'identité déjà reconnue, valorisée et magnifiée, ce qui correspond de façon sublimée à l'immensité de leur manque.
Mais ces vedettes, pérennisent, involontairement, cette dépendance, en livrant de plus en plus leur point de vue sur les faits de société, en dévoilant ici et là des secrets de leur vie privée, et en commentant, souvent sous forme de conseils, leur philosophie de l'existence.
Poussés par l'espoir de ce mécanisme d'identification se maintienne, se prolonge et s'épanouisse, les jeunes trouveront auprès de ces célébrités, l'empreinte de leur passé, de leur présent et de leur futur, et surtout le porte-drapeau de leurs vies, de leurs souffrances et de leurs rêves, dans une authentique mais impossible recherche d'identité.

Actuellement un peu partout dans le monde, les comportements addictifs, en particulier toxicomaniaques sont de plus en plus fréquents, la drogue, souvent consommée dans des ambiances de musique techno hors du réel, permettant de s'évader de façon ponctuelle mais intense vers un paradis imaginaire, artîficiel et sublime.
Cette dépendance chimique et toxique éliminant massivement contraintes et angoisses, donne l'illusion de toute puissance, et sublime alors les carences de son identité.
Mais cet état devient de façon rapide et sournoise aliénation physique, psychique et affective, dans une évolution sans retour, autodestructrice, et bien souvent mortelle.

Ailleurs l'adhésion à des sectes sont une évolution fréquente de ces jeunes en plein désarroi.
Introduits dans des collectivités où tout est savamment imaginé et orchestré pour exploiter leurs manques et leur fragilité, leur inconscient les propulse sans retenue, vers cet apparent et trompeur substitut du groupe familial, où ils s'imaginent être enfin reconnus, acceptés et aimés, cette illusion d'identité, d'ailleurs collective, leur étant suffisante, quelle soit artificielle et imposée.
Ils sont là encore, maintenus dans un état de dépendance et d'aliénation, dans un quotidien envahi de rituels et d'interdits, à distance du réel, trop douloureux et définitivemeftt refoulé, dans le silence d'un monde où l'identité se confond avec le néant.

Mais c'est surtout l'action de consommer qui est particulièrement stimulée actuellement, à travers les médias, par l'information et les facilitations du crédit, la connaissance très approfondie de la psychologie du consommateur, et l'ingémiosité des créations et des techniques publicitaires, qui valorisent le fait d'acquérir et de posséder.

En effet, choisir, acheter, utiliser, et avoir bien à soi quelque chose de bien concret, qui correspond à la mode du moment, et que tout le monde désire et achète en même temps, et en tirer plaisir par son esthétique et son usage, permet d'acquérir une identité sociale et collective, reconnue et valorisée, permettant de remplacer, celle qui manque à l'échelon individuel.

Et bien que la société de consommation, à grands renforts de publicité, trouve facilement écho auprès de ces jeunes, qui sont à l'heure actuelle, les principaux acteurs de l'activité économique commerciale, la crise financière et le chômage empêchent et, régalent cette tendance au matériel.

Il se crée alors une frustration très douloureuse avec évolution dépressive, car contrairement à leurs âmes, qui se sont construit une identité bâtie sur la valeur de l'être, ils font du matériel et de l'Avoir, synonyme de réussite, de pouvoir et de bonheur, comme si posséder toujours davantage, permettait de ressentir l'assurance d'une identité enfin reconnue et surtout valorisée, cette antidote de l'angoisse de destruction, incitant à reproduire à l'infini de tels comportements.

L'ensemble de ces modèles d'identification étant impossibles, limités ou destructeurs, les jeunes auront alors tendance, dans un climat de dépression collective due au contexte général actuel, à écarter limites et interdits, et à faciliter plus encore l'accès aux plaisirs, ce qui explique la trame de fond de la grande crise morale du monde d'aujourd'hui.

Il existe en effet un gradient entre la morale et le bonheur dans la société et quand on s'écarte de l'un, on se distance de l'autre, et c'est là le mécanisme, la cause et le secret des grands problèmes personnels et humains, qui affectent actuellement la planète dans son ensemble.


LES CONSEQUENCES POUR LA SOCIETE
OBSERVATIONS ET REFLEXIONS PERSONNELLES

C'est sur la société dans son ensemble, que se projettent les conséquences, les risques, et les souffrances par carences de l'identité, et qu'illustrent les faits de l'actualité au quotidien.

A partir du groupe familial disloqué, chacun des membres de la famille, va évoluer séparément et individuellement, dans une solitude psychologique et affective dévitalisante, s'enfermant dans un égocentrisme, ce qui explique les célibats prolongés, les mariages tardifs, et par difficultés de communication surajoutées, la plupart des divorces, et le nombre sans cesse croissant de familles monoparentales, ce qui accroît encore plus le problème de la constitution de son identité.

D'autre part, les jeunes, par peur de s'engager et de se projeter dans l'avenir, banalisant l'amour, préfèrent l'union libre au mariage, comme beaucoup de vedettes de l'actualité, les enfants ressentant alors une insécurité sous-jacente, et une très grande difficulté à trouver leurs points d'ancrage pour y puiser leurs éléments d'identité.

Les maternités et paternités tardives, qui se développent un peu partout dans le monde, avec médiatisation valorisante, car souvent relatées à propos d'artistes, permettant l'accès au désir d'enfanter —même à un âge avancé— constituent-elles vraiment un progrès, car les êtres ainsi créés —bien qu'ardemment désirés— auront sûrement des difficultés à se constituer leur propre vitalité, évoluant dans un climat tout imprégné d'angoisse du passé et de l'avenir, les obligeant, soit à stagner dans le présent dans une inertie psychologique, soit à courir vers le futur dans une course épuisante, effrénée, et déstructurante.

C'est au niveau de la sexualité que le problème de l'absence de limites et d'interdits, et d'accès trop rapide aux plaisirs, trouve sa plus évidente expression.
On note en effet, une tendance, chez les générations actuelles, à matérialiser l'amour, multipliant les partenaires de tous sexes et de tous âges, même souvent mineurs, privilégiant son seul plaisir physique, au détriment de l'engagement et de son équilibre, et surtout du respect de l'autre.

Il faut dire que certains aspects de la psychologie moderne, mal compris ou mal interprétés, et les articles de journaux —souvent sans le moindre fondement— sur la vie privée des artistes, incitent à vivre pleinement tous ses instincts et ses désirs matériels et affectifs, ce message étant largement utilisé dans les techniques de la publicité, à laquelle les jeunes, par absence de repères éducatifs, se référent pour déterminer leurs attitudes et leurs choix.

Par ailleurs et plus récemment, le phénomène des mères porteuses, constitue une grande innovation du monde scientifique et médical, mais l'enfant conçu dans un tel contexte, sera probablement perturbé de se référer à un double repère maternel, se culpabilisant de devoir, selon les cas, privilégier l'un, plutôt que l'autre.

Les manipulations génétiques, qui se proposent d'intervenir en plein cœur de l'identité, dans ce qu'elle a de plus ancestral et de plus personnel, seront sûrement le quotidien médical de demain, et permettront certes, d'éviter ou de guérir maladies et handicaps, et d'améliorer le niveau de santé de l'humanité.
Mais il faudra veiller à éviter certains excès, utilisant ces techniques pour des motifs futiles, l'homme étant dans l'illusion de croire qu'avec le temps, il va pouvoir toujours davantage, maîtriser la nature, ses limites et ses secrets.

Enfin, quand la souffrance de la carence de l'identité devient trop massive, véritable maladie aux confins de la folie, elle envahit lhomme en profondeur, avec angoisse de destruction, en infiltrant ses pensées et ses actions.
Elle fait alors émerger de lui, ce qu'il a de plus agressif, sans limites et sans contrôle, envers tous ceux qui affichent une identité différente de la sienne, mais surtout sereine et épanouie.
L'homme croit alors à tort, dans une déstructuration totale de son psychisme, que son identité est engloutie à tout jamais dans l'autre, qu'il croit devoir attaquer pour la récupérer, et assurer ainsi sa conservation, sa sécurité et sa survie.
C'est ce qui explique les différents actes de racisme.

Parfois, c'est vers l'extérieur que se projette son vide intérieur, ce qui incite de façon irrésistible à animer de manière sans cesse croissante, tout son environnement, de symboles d'identité visibles et concrets.
Il s'agit d'un message destiné à soi-même et aux autres, dans une quête éperdue d'identité enfin reconnue, et ainsi que se développent les intolérances extrêmes un peu partout dans le monde.

D'autre part, il est regrettable de constater, que l'on privilégie actuellement le corps à l'esprit, alors que les deux sont indispensables et complémentaires, les centres de remise en forme étant beaucoup plus connus et fréquentés, comme lieux de rencontres et de convivialité, que les cercles culturels, si nombreux pourtant, et aux programmes passionnants et très diversifiés.

La solidarité entre les générations fait souvent défaut de nos jours, les placements en institutions, des personnes âgées, étant de plus en plus ftéquents, alors que le respect des aînés, leur présence et leur écoute, est une source irremplaçable d'enseignement et d'affection, qui sera précieuse tout au long de sa vie.



PROPOSITIONS DE SOLUTIONS

Plusieurs actions,, collectives ou individuelles, peuvent aider les jeunes à retrouver progressivement le chemin de leur identité naturelle.

Il faut d'abord et avant tout, les inciter à se réintégrer psychologiquement dans leur généalogie, car la personnalité, la vie et l'enseignement de leurs aînés, leur seront indispensables pour se construire et se développer leur identité personnelle, familiale et sociale, ce qui est bien plus riche et bien plus utile, que toute l'attention portée, dans ce but, à toutes les vedettes de l'actualité médiatique.

Au besoin, des personnes âgées, souvent seules et avides d'échanges affectifs, pourront s'épanouir et apporter beaucoup à de jeunes adultes sans parents, ou présentant des carences de liens familiaux, que ces personnes âgées pourront combler, en offrant leur expérience, leur disponibilité et leur affection.

On invitera les principaux acteurs de la vie sociale à plus d'écoute, plus de compréhension et de respect pour toute l'individualité de l'homme, sa spécificité et sa richesse.

Les enseignants, avec des cours de civisme et de morale, et même de savoir vivre, prenant plus conscience de leur rôle éducatif sur le plan humain, en étroite collaboration avec les parents, qu'ils consolideront dans leur statut de père et de mère, seront particulièrement attentifs au quotidien des jeunes, saisissant tous les événements occasionnels, pour les commenter d'un message éducatif qui sera alors bien mémorisé.

Dans ce domaine, l'innovation que je propose est l'introduction de cours de communication, permettant à chacun, dès l'adolescence, d'acquérir toutes les techniques relationnelles, permettant d'être le plus à l'aise possible dans le contact avec autrui.

Les hommes politiques devraient davantage orienter leurs discours et leurs programmes, vers les attentes et les besoins concrets de leurs administrés, sachant mieux écouter pour mieux comprendre, et mieux orienter pour mieux aider.

Les médecins quant à eux, devraient s'intéresser plus à l'homme qu'à sa pathologie, privilégier l'écoute et l'examen clinique attentif, à toute exploration sophistiquée et bien souvent superflue.

On proposera aux responsables des radios et télévisions publiques et privées, de créer davantage de programmes, où le thème éducatif, solide et concret, remplacera bien avantageusement, toutes images et scénarios de violences.

Ainsi l'identification aux vedettes de l'actualité médiatique, facile et rapide de nos jours, sera désormais utilisée pour la transmission des grandes valeurs éducatives, plutôt que pour nourrir la passion, stérile et destructrice, du public pour la vie privée et la carrière de ces personnalités.

Des réunions de pères seuls, et de mères seules, puis de couples réunis, pourraient être organisées à l'échelon local ou municipal.
Réapprendre à se parler, à sécouter pour mieux se connaître, permet de mieux se comprendre, et surtout de mieux s'aimer.
Dire ses difficultés, ses angoisses et ses aspirations personnelles, prendre conscience qu'elles sont également ressenties par d'autres, trouver ensemble conseils et solutions, dans un climat de liberté et de confiance, permet de solidifier une identité fragile et en souffrance, et ce sera là, les premiers jalons de la reconstruction du groupe familial, puis de sa cohésion.

Dans les établissements scolaires, des réunions de jeunes en fin d'études, permettront d'apporter à ces adolescents des éléments indispensables d'information et de prévention, au moment où ils en ont particulièrement besoin, en devançant même leurs demandes.
C'est ainsi qu'ils pourront alors trouver en eux, le moment opportun, réponse adaptée et comportement serein, face aux difficultés et aux problèmes qu'ils pourraient rencontrer.
De telles interventions, précoces et personnalisées, permettraient d'éviter bien des souffrances et des angoisses, avec tous les risques que cela suppose chez ces jeunes esprits, encore immatures et en pleine mouvance psychologique.
D'autre part, des récits, des anecdotes et des illustrations, sur le mode de vie et les aspirations des quelques générations qui les ont précédés, et dont certaines sont encore vivantes à leurs côtés, leur permettraient de mieux s'implanter dans leur présent et de mieux se projeter dans le futur.

On essaiera de redonner le goût de la lecture, en particulier des grands classiques d'autrefois et de nos jours, à l'évident message éducatif, l'attention et le plaisir se portant davantage aujourd'hui sur le son et les bruits musicaux, censés combler le « vide intérieur », et qu'ils ne font pourtant qu'augmenter, de façon proportionnelle à l'intensité des décibels émis, bien souvent dangereusement.
On pourra conseiller la lecture de biographies de gens célèbres dont la vie est souvent idéalisée, pour utiliser de façon positive et constructive l'attrait pour les personnalités médiatiques, en faisant prendre conscience aux jeunes, qu'une vie sans problèmes, n'est rien d'autre qu'un mythe, et que les plus grandes réussites s'engendrent souvent dans la souffrance.

Dans les réunions de couples, ou dans celles des jeunes, ou dans les groupes les réunissant, la présence d'une vedette de l'actualité, par le mécanisme d'identification qu'on peut prévoir, permettra à chacun de mieux trouver les éléments dont il a besoin, pour affirmer de façon adaptée, personnalité et identité.
Il faut surtout lutter contre loisiveté en suggérant des activités stimulant intelligence et esprit créatif.

Mais c'est incontestablement en incitant les jeunes à donner un peu de leur temps aux autres, au sein d'associations publiques ou privées, qu'on leur donnera ce qu'il y a de plus riche à trouver dans la relation à autrui.
Côtoyer la souffrance, la pauvreté et le manque, sentir que sa seule présence, avec disponibilité et sourire, peut améliorer le quotidien de tant de gens, permettra à tous ces jeunes de mieux apprécier ce qu'ils ont et ce qu'ils reçoivent, de relativiser leurs frustrations et leurs difficultés, et s'intéressant à son prochain, de percevoir et de vivre la notion de responsabilité dans toute sa plénitude.

Ils seront alors plus compréhensifs, devant d'éventuelles maladresses des parents à leur égard, et au lieu de se porter en juges, comme c'est souvent le cas actuellement, c'est ensemble qu'ils s'aideront mutuellement à toujours mieux défendre et rechercher le dialogue de l'Amour.

Mais c'est la spiritualité qui, à elle toute seule, donne à l'homme, de façon suprême, tous les éléments, les plus profonds et les plus riches, psychologiques, émotionnels et affectifs, pour se réaliser et s'épanouir dans son identité, et s'inscrire en trait d'union entre un passé familial dont il hérite avec fierté, et un futur qu'il construit avec volonté, conviction et espoir.

En effet, les représentants de toutes les spiritualités devraient montrer plus de disponibilité et plus d'écoute pour toutes les nouvelles générations, dans leurs difficultés et leurs angoisses, en leur faisant comprendre et surtout découvrir que c'est dans la religion, qu'on peut trouver plus facilement, solutions et même prévention aux grands problèmes de l'existence, à condition de faire tous les efforts qui relèvent de soi, et surtout d'avoir la foi, une des rares entités à traverser les siècles, à travers l'univers, immuable, toujours aussi puissante et aussi mystérieuse.



CONCLUSION

Dans un monde dominé par les notions de mouvance, de changement, et d'insécurité matérielle et surtout affective, avec dislocation du groupe familial, les jeunes ne peuvent trouver auprès de leurs parents, indisponibles et fragilisés dans leur identité, par des conditions de vie socio-économiques particulièrement difficiles, le climat favorable, pour recevoir les notions éducatives fondamentales, leur permettant de se construire à leur tour, une identité naturelle et solide, souple et perfectible.

Bousculés entre le monde de leurs aînés, basé sur la valeur de l'être et du devenir, et celui d'aujourd'hui, où seuls comptent, le matériel, le plaisir et l'instant présents, les jeunes, sous le règne des médias, évolueront alors, immatures, instables et sans repères, vers une identité artificielle, car acquise au hasard d'expériences éducatives diverses, rencontrées ou vécues, avec en particulier, absence de limites et de mesure, tendance à la dépendance et au mimétisme, et perception floue de la notion d'interdits, et accès aux plaisirs trop rapide et facile.

Ils seront alors spécifiquement réceptifs à certains modèles d'identification, impossibles, limités, ou destructeurs, tels que, personnalités médiatiques de l'actualité, tendance à la surconsommation, ou ailleurs, plus rarement, mais plus dangereusement, adhésion à des sectes ou conduites addictives, en particulier toxicomaniaques, les laissant ainsi, dépressifs, en perpétuelle recherche de leur identité originelle.

Propulsés alors dans le monde actuel, difficile, impersonnel, et indifférent, avec solitude et difficultés de communication, conditions socio-économiques de plus en plus préoccupantes et menace quotidienne de chômage, dangers de la pollution, émergence de conflits un peu partout dans le monde, et surtout approche angoissante du prochain millénaire, dans un climat de dépression collective, les jeunes seront alors incités à écarter davantage limites et interdits, pour faciliter plus encore l'accès aux plaisirs, créant ainsi, la grande crise morale du monde d'aujourd'hui.


C'est en redonnant à l'homme sa place, lui reconnaissant sa spécificité et sa richesse, qu'on pourra l'aider à retrouver, à partir du groupe familial reconstitué, dans un climat de spiritualité, le Chemin de son Identité, pour conduire vers la sérénité et le bonheur le gouvernail de sa Vie.