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Cardinal Joseph Ratzinger
et
Rabbin Léonard Sztejnberg
Le dialogue interreligieux
et la relation judeo-chrétienne
séance du lundi 17 février 1997
I. Cardinal Joseph Ratzinger
L'cuménisme a tôt fait de passer
du projet de l'unité au niveau des Églises
réformée à celui du dialogue interreligieux.
Le but visé, c'est la paix du monde que justement
la paix religieuse conditionne. Le défi, c'est de
réaliser, au niveau des religions de type mystique
et théiste, l'unité dans la diversité,
tout en évitant la voie médiane du pragmatisme.
Le même défi est à relever au niveau
du judaïsme et du christianisme en tant que religions
monothéistes, et c'est là que la figure du
Christ joue un rôle de premier plan : à
la fois elle relie et sépare Israël et lÉglise.
Mais surtout « elle brise le mur de la haine »
et fait parvenir la Bible aux non-juifs, réalisant,
en tant que Serviteur de Dieu, la mission dIsraël :
porter aux nations la lumière. L'effort de dialogue
ne consiste pas à renoncer à la vérité,
mais à sengager profondément. La mission
ne s'oppose pas au dialogue, puisque dans le déploiement
de la mission, celui qui donne reçoit, celui qui
parle écoute.
Immédiatement après la prise de Constantinople,
en 1453, le cardinal Nicolas de Cuse a écrit un livre
surprenant : De pace fidei. L'Empire en décadence
était ébranlé par les guerres de religion ;
le cardinal avait lui-même pris part aux tentatives,
demeurées finalement vaines, de restauration de l'unité
entre l'Église orientale et l'Église occidentale,
et l'islam était de nouveau dans le champ de mire de
la chrétienté occidentale. Dans les événements
de son temps, Cuse découvrait que la paix religieuse
et la paix du monde étaient étroitement liées,
et il a cherché à répondre à cette
question par une sorte d'utopie par laquelle il entendait
certainement se mettre très concrètement au
service de la paix. « Comme le scandale de la multiplicité
des religions sur la terre est devenu intolérable,
le Christ en tant que Juge universel convoque un Concile céleste »
(1), « dans
lequel 17 représentants des différentes nations
et religions sont amenés par le Logos divin à
reconnaître comment, dans l'Église représentée
par Pierre, les désirs religieux peuvent tous être
satisfaits »(2).
Dans toutes les sagesses, y déclare le Christ, « vous
ne trouvez jamais le présupposé d'une autre
foi, mais toujours celui d'une unique et même foi ».
« Dieu en tant que Créateur est le Dieu
trine et unique ; en tant qu'infini, il n'est ni le Dieu
trine ni le Dieu unique ni n'importe quoi que l'on puisse
dire de lui. Car les noms qui sont attribués à
Dieu proviennent des créatures, tandis qu'il est en
lui-même indicible et supérieur à tout
ce qui pourra jamais être nommé et exprimé »(3).
DE L'CUMÉNISME DES CHRÉTLENS
AU DIALOGUE INTERELIGIEUX
Dans l'entre-temps, ce Concile céleste imaginaire est
descendu sur terre et, comme la voix du Logos ne se laisse
percevoir que de façon morcelée, il est inévitablement
devenu beaucoup plus compliqué. Au XIXe siècle,
le mouvement cuménique s'était formé
peu à peu, tout d'abord à partir de l'expérience
des Églises protestantes qui éprouvaient leur
fragmentation en une multiplicité de confessions comme
l'obstacle essentiel de leur témoignage dans la rencontre
avec le monde païen et reconnaissaient ainsi dans l'unité
de l'Église une condition sine qua non de la
mission. L'cuménisme fut, en ce sens, tout d'abord
un phénomène du protestantisme mondial, né
au moment où il est sorti du monde intérieur
de la religion chrétienne(4).
La tentative de représenter la revendication universelle
de son message évangélique présupposait
que ses représentants ne se contredissent pas et n'apparussent
pas en groupes fragmentés, avec des particularités
et des oppositions fondées uniquement dans l'histoire
du monde occidental. L'impulsion du mouvement cuménique
s'est ensuite, progressivement, étendue à toute
la chrétienté. D'abord s'y est jointe l'Orthodoxie,
certes prenant au début des distances prudentes. Le
rapprochement de l'Église catholique s'amorça
à partir de petits groupes dans les pays qui avaient
eu à souffrir particulièrement de la division
de l'Église, jusqu'à ce que le IIe Concile du
Vatican ouvrît toutes grandes les portes de l'Église
à la recherche de l'unité de tous les chrétiens.
La rencontre avec le monde non chrétien avait donc
servi, comme nous l'avons vu, de déclencheur à
la recherche de l'unité chrétienne. Mais il
n'était pas possible que les religions du monde ne
fussent, elles aussi, entendues toujours davantage dans leur
propre expression religieuse. Car on n'annonçait pas
l'Évangile à des hommes sans religion, sans
connaissance de Dieu. Il devenait de plus en plus impossible
d'ignorer que l'on parlait à un monde qui était
profondément pénétré de convictions
religieuses et en était imprégné jusqu'aux
détails de la vie quotidienne, en sorte que la piété
de ces hommes devait susciter la honte chez les chrétiens,
déjà parfois un peu lassés de leur foi.
Aussi ne suffisait-il plus du tout de désigner les
représentants d'autres religions par le nom élémentaire
de païens ou, de façon purement négative,
de non-chrétiens. Il fallait connaître ce qui
leur était propre ; il fallait aussi se demander
s'il était tout simplement permis de détruire
leur monde religieux, ou s'il n'y avait pas moyen ou si l'on
ne se trouvait pas même devant l'obligation de les connaître
de l'intérieur et de faire entrer leur héritage
dans le christianisme. Ainsi l'cuménisme chrétien
s'est-il progressivement étendu au dialogue interreligieux
(5). Ce dialogue
ne veut pas se contenter, bien sûr, de reparcourir le
chemin de la recherche en matière d'histoire des religions
aux XIXe et XXe siècles. On s'était alors placé
à un point de vue libéral et rationaliste, censément
en dehors ou au-dessus des religions, pour juger les différentes
religions avec les certitudes de la raison éclairée.
Aujourd'hui on est largement convaincu qu'il ne peut y avoir
un tel point de vue ; pour la comprendre, on doit sentir
la religion de l'intérieur et c'est seulement à
travers cette expérience, qui est nécessairement
particulière et historiquement liée à
son point de départ, que l'on peut parvenir à
la compréhension mutuelle, et ainsi à un approfondissement
et une purification de la religion.
LA QUESTION DE L'UNITÉ DANS
LA DIVERSITÉ
Si, pour cette raison, on est devenu plus prudent avant d'émettre
des jugements définitifs, la question de l'unité
dans la diversité n'en demeure pas moins urgente. Le
problème de l''cuménisme interreligieux
se pose aujourd'hui dans le contexte d'un monde qui, d'une
part, se rapproche toujours plus étroitement, devient
toujours plus un unique espace commun d'histoire humaine,
d'un monde qui, d'autre part, est ébranlé par
des guerres, déchiré par des tensions croissantes
entre pauvres et riches, et qui est finalement menacé
en ses bases par l'abus du contrôle technique de la
terre. Cette triple menace a contribué à la
formation d'un nouveau canon de valeurs éthiques qui,
par la triade paix, justice et protection de la création,
cherche à définir la tâche morale essentielle
de l'humanité en cette heure de son histoire. La religion
et la morale ne sont pas identiques, mais elles sont néanmoins
indissolublement liées. Ainsi est-il clair qu'en cette
heure où l'humanité dispose du pouvoir d'autodestruction
et de destruction de sa planète, les religions sont
placées devant une même responsabilité
pour surmonter cette tentation. Elles seront mises de manière
toute particulière à l'épreuve de ce
canon de valeurs, qui apparaît toujours plus comme leur
tâche commune et par là même aussi comme
leur formule d'unification. Se faisant l'interprète
de beaucoup, Hans Küng a lancé la formule « pas
de paix dans le monde sans la paix religieuse »,
déclarant par là que la paix religieuse, que
l'cuménisme interreligieux, était une
tâche obligatoire pour toutes les communautés
religieuses.
Mais voilà que se pose la question : comment cela
peut-il se réaliser ? Comment une rencontre sera-t-elle
possible, face à la diversité des religions
et face à leurs contradictions qui souvent, comme de
nos jours, s'annoncent sous des formes violentes ? Quelle
sorte d'unité sera en réalité possible ?
Selon quels critères peut-on aller au moins à
sa recherche ? Si l'on essaie de discerner des connexions
dans la multiplicité déconcertante des religions
du monde, on peut bien tout d'abord distinguer les religions
de tribus et les religions universelles, bien que les religions
de tribus soient elles-mêmes caractérisées
par des modèles fondamentaux communs, qui touchent
de différentes manières aux grandes tendances
des religions universelles. Par conséquent, il y a
entre les deux domaines un échange que nous ne pouvons
pas expliquer plus à fond en ce moment, mais qui, dans
cette question de l'cuménisme interreligieux,
nous donne toutefois le droit de concentrer d'abord notre
attention sur les religions universelles. En celles-ci mêmes,
si l'on en croit la recherche actuelle, nous pouvons distinguer
deux grands types que J.-A. Cuttat a cherché à
caractériser par les notions d'« intériorité »
et de « transcendance » (6),
et que, sur la base de leur foyer concret et du cur
même de leur acte religieux, je voudrais non
certes sans simplifier quelque peu opposer l'un à
l'autre comme le type théiste et le type mystique de
religion. Si ce diagnostic est juste, deux voies se présenteront
à l'cuménisme religieux : soit qu'on
cherche à intégrer le type théiste dans
le type mystique et qu'on considère donc le type mystique
comme le type plus vaste où l'héritage théiste
peut trouver sa place, soit qu'on tente le chemin inverse.
Aujourd'hui se présente encore une troisième
alternative, que je voudrais appeler pragmatique : toutes
les religions devraient cesser cette querelle interminable
autour de la vérité et reconnaître leur
vraie nature, leur véritable but interne dans l'orthopraxie,
dont la réalisation semble de nouveau clairement dessinée
par les défis du temps présent. L'orthopraxie,
dira-t-on, ne peut finalement exister qu'au service de la
paix, de la justice et de la protection de la création.
Les religions pourraient donc garder chacune leurs formules,
leurs formes et leurs rites, mais en les orientant à
cette juste praxis : « A leurs fruits vous
les reconnaîtrez. » Ainsi pourraient-elles
demeurer chacune dans leurs habitudes ; toute querelle
deviendrait superflue, et pourtant elles s'uniraient toutes
ensemble, comme l'exige le défi de l'heure.
GRANDEUR ET LIMITES DES RELIGIONS
MYSTIQUES
Je voudrais, dans ce qui suit, essayer de considérer
très brièvement les trois voies ainsi ouvertes
et, en traitant de la voie théiste, réfléchir
particulièrement, comme le requiert le cadre de cette
rencontre, à la question du rapport entre monothéisme
chrétien et monothéisme judaïque, encore
que pour motif de brièveté, le problème
de la troisième grande figure des religions monothéistes,
l'islam, doive rester en dehors de notre examen. À
une époque où nous avons appris à douter
de l'intelligibilité du Transcendant et où en
outre, dans ce domaine, l'intolérance potentielle de
qui revendique pour soi la vérité inspire de
la crainte, l'avenir ne semble appartenir qu'à la religion
mystique. En celle-ci seulement l'interdiction des images
semble être prise totalement au sérieux, alors
que à en croire Panikkar par exemple
l'insistance d'Israël sur un Dieu personnel, connu par
son nom, doit être, malgré le manque d'images,
encore rangée dans l'iconolâtrie (7).
Ici par contre, dans une théologie strictement apophatique,
plus aucune exigence gnoséologique n'est posée
à l'égard de la divinité ; la religion
n'est plus déterminée par son contenu positif,
ni non plus dès lors par son caractère institutionnel
sacré. Elle est complètement réduite
à l'expérience mystique, et ainsi est exclue
d'emblée aussi la confrontation avec la raison scientifique.
New Age est pour ainsi dire la proclamation de l'âge
de la religion mystique, qui est rationnelle pour autant qu'elle
n'élève pas d'exigence gnoséologique,
qui est donc aussi tolérante de par sa nature et qui
en même temps confère à l'homme l'ouverture
à l'Infini dont il a besoin pour vivre et supporter
la finitude.
Si telle devait être la voie juste, il faudrait voir
dans l'cuménisme une réduction des principes
positifs, des principes revendiquant une vérité
de contenu, comme aussi une réduction des structures
sacrées à un ordre purement fonctionnel en tant
que base d'une entente universelle. Par là, on n'exige
nullement l'abandon total des figures théistes jusqu'ici
en vigueur. Un consentement semble plutôt se former
progressivement en ce sens que les deux manières d'envisager
la divinité sont considérées comme compatibles
et finalement comme ayant la même valeur significative.
Tout dépend au fond de la façon dont on conçoit
la divinité : soit de façon personnelle,
soit de façon impersonnelle. Le Dieu de la Parole et
la profondeur silencieuse de l'Être ne sont finalement,
dira-t-on, que deux manières différentes de
penser l'Indicible au-delà de toutes les notions. L'impératif
central adressé à Israël « Écoute,
Israël, ton Dieu est un Dieu vivant », qui
par son contenu demeure constitutif également tant
du christianisme et que de l'islam, perd de ses contours.
Que l'on se soumette au Dieu de la Parole ou que l'on se laisse
tomber dans la profondeur silencieuse de l'Être, cela
n'a finalement pas, dit-on, grande importance. L'adoration
que le Dieu d'Israël exige et le dépouillement
de la conscience qui oublie son moi et se laisse dissoudre
dans l'Infini pourraient finalement être considérés
comme des aspects différents d'une et même attitude
vis-à-vis de l'Infini.
Ainsi tout semble-t-il être résolu au mieux :
les formes telles qu'elles se sont développées
peuvent subsister, mais en admettant la relativité
de toute forme extérieure et en se sachant unies dans
la recherche de la profondeur de lÊtre, dans un
processus d'intériorisation qui laisse même encore
derrière soi le moi propre, en offrant le contact consolant
avec l'Indicible, grâce auquel nous rentrons fortifiés
dans le monde du quotidien. Sans aucun doute on exprime ici
des choses qui peuvent contribuer à un approfondissement
des religions théistes, et en fait, dans leur voie,
le courant mystique et même la théologie apophatique
n'ont jamais été totalement absents (8).
On n'avait pas cessé d'enseigner que tout ce qui est
dit ne reflète finalement que de loin l'Indicible et
que la dissemblance par rapport à ce que nous pouvons
imaginer et penser est toujours plus grande que toute ressemblance.
C'est pourquoi l'adoration se trouve toujours en rapport avec
l'intériorisation et l'intériorisation avec
l'autotranscendance. Malgré cela, l'identification
des deux voies et leur réduction finale à la
voie mystique ne peuvent réussir. Car dans ce cas le
monde sensible échappe totalement à la relation
avec le divin. La notion de création, dès lors,
n'est plus utilisable. Le cosmos, qui n'est plus de l'ordre
de la création, n'a donc plus rien à voir avec
Dieu.
La même chose vaut nécessairement de l'histoire.
Dieu ne rejoint plus le monde ; celui-ci devient au sens
strict du mot a-thée et vide de Dieu. La religion ne
peut plus constituer une communion de pensée et de
volonté ; elle se transforme pour ainsi dire en
une thérapie individuelle. Le salut se trouve en dehors
du monde ; pour notre activité dans le monde,
aucune directive ne nous est offerte, et chacun n'a que la
force qu'il peut retrouver par un retour régulier à
la dimension spirituelle. Mais cette force comme telle ne
nous fournit aucun message défini. Dans notre action
terrestre nous restons de la sorte livrés à
nous-mêmes. Aujourd'hui les efforts en vue d'une nouvelle
conception de l'éthique partent volontiers en effet
d'une telle idée, et la théologie morale elle-même
a commencé à s'accommoder à ce point
de départ, Ce qui veut dire que l'éthique reste
finalement notre construction. L'ethos perd de son caractère
obligatoire et obéit, avec plus ou moins d'hésitation,
à nos intérêts. Ici apparaît le
plus clairement peut-être que le modèle théiste
a, sans aucun doute, plus de points communs avec le modèle
mystique qu'on ne pouvait le croire au début, mais
qu'il ne se laisse pas pour autant réduire à
celui-ci. Car la reconnaissance de la volonté divine
fait essentiellement partie de la foi dans le Dieu unique.
L'adoration de Dieu n'est pas seulement un anéantissement ;
au contraire, elle nous redonne précisément
à nous-mêmes, et nous requiert au milieu de notre
quotidien, elle exige toutes les forces de notre intelligence,
de notre sensibilité et de notre volonté. Si
important que soit l'élément apophatique, la
foi en Dieu ne peut renoncer à la vérité,
à une vérité au contenu déterminable (9).
LE MODÈLE PRAGMATIQUE
Mais n'est-ce pas alors, à tout le moins, le modèle
pragmatique dont nous avons parlé plus haut qui offre
une solution adaptée tant aux exigences du monde moderne
qu'aux données réelles des religions ?
Peu s'en faut pour voir qu'il s'agit ici d'un paralogisme.
Naturellement l'engagement en faveur de la paix, de la justice
et de la protection de la création est d'une énorme
importance, et la religion devrait indubitablement transmettre
des impulsions essentielles en faveur de cet engagement. Mais
les religions ne disposent d'aucune connaissance a priori
concernant ce qui sert hic et nunc à la paix,
ni ne nous disent comment peut-être édifiée
dans les États et entre les États la justice
sociale, ou comment le Créateur veut que soit au mieux
assumée la responsabilité en vue de la protection
et de la conservation de la création. Ce sont là
des choses qui, par un travail rationnel, doivent être
recherchées dans le détail. Or cela comporte
toujours aussi la libre discussion d'opinions diverses et
le respect de voies diverses. Là où, par un
moralisme aux motivations religieuses, on saute ce pluralisme
fréquemment irréductible de voies et leur discussion
rationnelle laborieuse, et où on déclare une
des voies comme la seule véritable, la religion en
vient à se transformer en dictature idéologique,
une dictature dont la passion totalitaire loin d'édifier,
détruirait la paix. La religion ne peut pas être
soumise à une finalité politique d'ordre pratique,
qui deviendrait alors son idole. L'homme ferait de Dieu le
serviteur de ses desseins et déshonorerait par là
Dieu et lui-même. J.-A. Cuttat a écrit à
ce propos, il y a plus de quarante ans, un mot très
sage : « Une chose est-elle de tendre à
rendre l'humanité meilleure et plus heureuse par l'unification
des religions. Une autre chose est-elle d'implorer d'un cur
brûlant l'unité de tous les hommes dans l'amour
envers le même Dieu. La première est peut-être
la tentation luciférienne la plus subtile qui vise
à faire échouer la seconde » (10).
Ce refus de convertir la religion en moralisme politique ne
change naturellement rien au fait que l'éducation à
la paix, à la justice et à l'amour envers le
Créateur et la création compte parmi les tâches
essentielles de la foi chrétienne et de toute authentique
religion, et qu'ici, à juste titre, peut s'appliquer
le mot : à leurs fruits vous les reconnaîtrez.
JUDAÏSME ET CHRISTIANISME
Tournons-nous maintenant encore vers la voie théiste
et ses possibilités dans le « Concile interreligieux ».
Comme nous le savons, le théisme se présente
dans l'histoire surtout sous les trois grandes figures du
judaïsme, du christianisme et de l'islam. Ainsi nous
faut-il tout d'abord sonder la possibilité interne
de réconciliation entre les trois grands monothéismes,
avant d'essayer de les mettre en contact avec la voie mystique.
Comme il a déjà été dit, je me
limite ici au premier schisme dans le monde monothéiste,
le schisme entre judaïsme et christianisme, schisme dont
la résorption reste fondamentale, et cela également
pour le rapport de l'un et de l'autre avec l'islam. Naturellement
je ne puis tenter ici, sur ce problème très
vaste, que des indications très modestes et je voudrais
proposer à ce sujet deux réflexions.
A l'observateur moyen s'imposera à première
vue la formule suivante : la Bible hébraïque,
l'« Ancien Testament », relie juifs
et chrétiens ; la foi en Jésus-Christ comme
Fils de Dieu et Rédempteur les sépare. Mais
il est facile de voir qu'un tel départage entre ce
qui relie et ce qui sépare est superficiel. Car en
tout premier lieu il est clair que c'est par l'intermédiaire
du Christ que la Bible d'Israël est parvenue aux non-juifs
et qu'elle est devenue leur Bible également. Quand
la Lettre aux Éphésiens dit du Christ qu'il
a brisé le mur séparant les juifs et les autres
religions du monde et fondé l'unité, il ne s'agit
pas là d'une constatation théologique vide,
mais vraiment, d'un donné empirique, même si
ce donné empirique ne permet pas de rejoindre la totalité
de cette affirmation théologique. Car par la rencontre
avec Jésus de Nazareth le Dieu d'Israël est devenu
le Dieu des nations. Par lui s'est réalisée
en fait la promesse annonçant que les nations prieront
le Dieu d'Israël comme le Dieu unique, que la « montagne
du Seigneur » sera élevée au-dessus
de toutes les autres montagnes. Si Israël ne peut, comme
les chrétiens, voir en Jésus le Fils de Dieu,
il ne lui est tout de même pas impossible de reconnaître
en lui le Serviteur de Dieu, qui porte aux nations la Lumière
de son Dieu (Is 49,1-6). Et inversement : même
si les chrétiens souhaitent qu'Israël puisse reconnaître
un jour dans le Christ le Fils de Dieu et que se résorbe
le schisme qui les sépare encore, ils devraient néanmoins
reconnaître le dessein de Dieu qui a manifestement confié
à Israël, dans le « temps des païens »,
une mission propre que les Pères décrivaient
en expliquant qu'Israël doit rester pour nous comme le
premier propriétaire de l'Écriture sainte, afin
de constituer de cette manière un témoignage
aux yeux du monde.
Mais que dit ce témoignage ? Par là nous
en venons à la deuxième réflexion que
je voudrais tenter. Je pense qu'on peut dire que pour la foi
d'Israël deux choses sont essentielles. Il y a tout d'abord
la Tora, la fidélité envers la volonté
de Dieu, et par là la construction de son règne,
de sa royauté en ce monde. D'autre part il y a le regard
d'espérance, l'attente du Messie l'attente,
et même la certitude que Dieu lui-même entrera
dans cette histoire et fera justice, cette justice de laquelle
nous ne pouvons jamais nous approcher que sous des formes
très imparfaites. Ainsi se joignent les trois dimensions
du temps : l'obéissance à la volonté
de Dieu se rapporte à une parole communiquée,
qui a pris sa place dans l'histoire et qui doit être
actualisée dans l'obéissance. Cette obéissance
qui représente dans le temps un bout de la justice
divine est une marche vers l'avenir où Dieu ramassera
les fragments du temps et les rassemblera dans sa justice
comme un tout. Cette figure fondamentale n'est pas abandonnée
dans la religion chrétienne. La triade foi, espérance
et charité correspond, sous un certain angle, aux trois
dimensions du temps : l'obéissance de la foi accueille
la Parole qui vient de l'éternité et qui est
communiquée dans l'histoire, et la transforme en charité,
et en présence, et ouvre ainsi la porte à l'espérance.
Il est caractéristique de la foi chrétienne
que ces dimensions sont jointes toutes les trois dans la figure
du Christ, qui les endure en lui-même et par qui elles
sont en même temps introduites dans l'éternité.
En lui le temps et l'éternité subsistent à
la fois, et est enjambé le fossé infini entre
Dieu et l'homme. En effet le Christ est Celui qui est venu,
sans qu'il ait cessé pour autant d'être auprès
du Père ; il est présent dans la communauté
croyante et il n'en est pas moins, et à la fois, toujours
encore Celui qui vient. L'Église elle aussi attend
le Messie, qu'elle connaît déjà et qui
toutefois doit encore manifester sa gloire. Obéissance
et promesse ne font qu'un également dans la foi chrétienne.
Le Christ est pour le chrétien le Sinaï, la Tora
vivante qui nous engage et nous met en devoir, mais qui par
là même nous attire dans le vaste espace de l'amour
et de ses possibilités à jamais inépuisables.
Il est ainsi la garantie de l'espérance en ce Dieu
qui ne laisse pas tomber l'histoire dans le néant du
passé, mais la tient et la mène à son
terme. Ceci nous permet ainsi également d'affirmer
que la figure du Christ à la fois relie et sépare
Israël et l'Église : il n'est pas en notre
pouvoir de surmonter cette séparation, mais celle-ci
nous garde ensembte sur la voie vers Celui qui vient, et ne
doit donc pas être cause d'inimitié.
LA FOI CHRÉTIENNE
ET LES RELIGIONS MYSTIQUES
Ainsi en arrivons-nous à la question, reportée
jusqu'ici, qui concerne très concrètement la
place du christianisme dans le dialogue interreligieux :
est-ce qu'une religion théiste, d'ordre dogmatique
et hiérarchique, est nécessairement intolérante ?
Est-ce que la foi en la vérité formulée
en dogme rend incapable de dialoguer ? Est-ce que l'aptitude
à la paix est liée au renoncement à la
vérité ?
Je voudrais y répondre en deux étapes. Tout
d'abord convient-il une fois encore de souligner que la foi
chrétienne comporte une dimension mystique et une dimension
apophatique. Si la rencontre récente avec les religions
d'Asie est significative pour les chrétiens, c'est
parce qu'elle leur rappelle de nouveau cet aspect de leur
foi et les aide à briser des durcissements unilatéraux
de la positivité chrétienne. Contre ceci s'élèvera
l'objection : le dogme de la Trinité et la foi
en l'Incarnation ne présentent-ils pas des formes tellement
radicales de cette positivité que Dieu y est devenu
une forme saisissable, disons même compréhensible,
et que le mystère de Dieu y est appréhendé
en des formes arrêtées et sous une figure historiquement
datable ? A ce point il faudrait se rappeler la discussion
entre Grégoire de Nysse et Eunornius : Eunomius
affirmait que la Révélation offrait de fait
une pleine compréhensibilité de Dieu, tandis
que Grégoire au contraire interprète la théologie
trinitaire et la christologie comme une théologie mystique
qui convie à un cheminement infini en direction du
Dieu toujours infiniment plus grand (11).
De fait, la théologie trinitaire est apophatique dans
la mesure où elle biffe la notion ordinaire de personne,
tirée de l'expérience humaine, tout en acceptant,
certes, le Dieu de la Parole, le Dieu-Logos, mais en sauvegardant
en même temps le Silence plus grand, duquel provient
le Logos et auquel il nous renvoie. Une chose semblable pourrait
être montrée pour l'Incarnation. De fait, Dieu
devient pleinement concret saisissable dans l'histoire. Il
se rapproche de l'homme physiquement. Mais ce Dieu devenu
saisissable est précisément le Dieu tout à
fait mystérieux. Son abaissement librement choisi,
sa « kénose », est pour ainsi
dire, d'une nouvelle façon, la nuée du mystère
dans lequel il se cache et à la fois se montre. Car
quel paradoxe pourrait être plus grand que précisément
celui-ci : Dieu est vulnérable et peut être
mis à mort ? La Parole qui est le Verbe Incarné
et le Crucifié excède toujours incommensurablement
toutes les paroles humaines, et c'est ainsi que la kénose
de Dieu est exactement le lieu où les religions peuvent
se rapprocher sans prétentions de domination. Le Socrate
de Platon montre, en particulier dans l'Apologie et
dans le Criton, le rapport entre la vérité
et la non-violence, entre la vérité et la pauvreté.
Socrate est crédible parce que son plaidoyer pour « le
Dieu » ne lui procure ni position ni possession,
mais l'a repoussé, au contraire, dans la pauvreté
et finalement dans le rôle d'accusé (12).
La pauvreté est la forme authentiquement divine d'apparition
de la vérité : ainsi peut-elle exiger l'obéissance
sans perte d'identité.
THÈSES CONCLUSIVES
Reste la question : qu'est-ce que cela signifie concrètement ?
Qu'est-ce qu'une telle conception du christianisme laisse
espérer pour le dialogue interreligieux ? Est-ce
que le modèle théiste, incarnatoire, mène
plus loin que le modèle mystique et que le modèle
pragmatique ? Disons-le tout de suite ouvertement: qui
mise sur l'unification des religions comme résultat
du dialogue interreligieux ne peut qu'être déçu.
Ceci n'est guère possible en ce temps de notre histoire,
et peut-être ne serait-ce même pas souhaitable.
Mais qu'en est-il dès lors ? Je voudrais dire
trois choses.
1 / Ce n'est pas en renonçant à
la vérité que la rencontre des religions sera
possible, mais en s'engageant plus profondément en
elle. Le scepticisme ne rassemble pas, pas plus que le simple
pragmatisme. Les deux choses ne servent que de porte d'entrée
aux idéologies qui se présentent ensuite avec
d'autant plus d'assurance. Renoncer à la vérité
et à ses convictions n'élève pas l'homme,
mais le livre au calcul du profit, le prive de sa grandeur.
Mais ce qu'il faut exiger, c'est le respect de la foi de l'autre
et la disponibilité à rechercher, dans les éléments
étrangers que je rencontre, une vérité
qui me concerne et qui peut me corriger, me mener plus loin.
Ce qu'il faut exiger, c'est d'être prêt à
rechercher dans les manifestations peut-être déconcertantes
la réalité plus profonde qui se cache derrière
elles. Ce-qu'il faut exiger, c'est en outre d'être prêt
à faire éclater les étroitesses de ma
compréhension de la vérité, à
mieux me mettre à l'écoute de ce qui est mon
bien propre, en comprenant l'autre et en me laissant mettre
sur la voie du Dieu plus grand dans la certitude que je n'ai
jamais totalement en main la vérité sur Dieu
et que, devant elle, je suis toujours un apprenti, que, en
marchant vers elle, je suis toujours un pèlerin dont
le chemin ne prendra jamais fin.
2 / S'il en est ainsi, s'il faut toujours rechercher
également en l'autre le positif et que, dans cette
mesure, l'autre est nécessairement aussi pour moi une
aide dans la poursuite de la vérité, cela ne
signifie pourtant pas que l'élément critique
puisse et doive manquer. La religion offre pour ainsi dire
un abri à la perle précieuse de la vérité,
mais elle la dissimule aussi sans cesse, et elle court toujours
à nouveau le risque de rater ce qui fait sa nature
propre. La religion peut tomber malade et peut se transformer
en phénomène destructif. Elle sait et elle doit
conduire à la vérité, mais elle est aussi
capable de couper l'homme de celle-ci. La critique des religions
dans l'Ancien Testament n'a de loin pas perdu son objet. Il
peut nous être relativement facile de critiquer la religion
des autres, mais il nous faut tout autant être prêts
à l'accepter également pour nous-mêmes,
pour notre propre religion. Karl Barth a distingué
dans le christianisme la religion et la foi. Il avait tort
pour autant qu'il voulait séparer totalement les deux,
voyant uniquement dans la foi un facteur positif, tandis qu'il
considérait la religion comme un facteur négatif.
La foi sans la religion est irréelle, la religion en
fait partie et il est de la nature de la foi chrétienne
qu'elle soit une religion. Mais il avait raison dans le sens
que même chez le chrétien la religion peut tomber
malade et devenir de la superstition, que la religion concrète
dans laquelle la foi est vécue doit donc être
continuellement purifiée à partir de la vérité
qui se manifeste dans la foi et qui, d'autre part, permet,
dans le dialogue, de reconnaître de façon neuve
son mystère et son infinitude.
3 / Est-ce que cela veut dire que la mission doit
cesser et être remplacée par un dialogue où
il ne s'agisse pas de la vérité, mais plutôt
de s'aider mutuellement à devenir de meilleurs chrétiens,
juifs, musulmans, hindous ou bouddhistes ? Je réponds
par un non. Car ce ne serait là, de nouveau, que le
manque total de convictions dans lequel sous prétexte
de nous confirmer dans ce que nous avons de meilleur
nous ne prendrions au sérieux ni nous-mêmes ni
les autres et nous renoncerions définitivement à
la vérité. La réponse me paraît
au contraire consister dans le fait que mission et dialogue
ne peuvent plus être pris comme des oppositions, mais
doivent se compénétrer mutuellement. Le dialogue
n'est pas un entretien sans but, mais il vise au contraire
à convaincre, à trouver la vérité,
autrement il resterait inutile. A l'inverse, la mission ne
pourra plus se dérouler, à l'avenir, comme si
l'on communiquait à un sujet jusque-là privé
de toute connaissance de Dieu ce qu'il doit croire. Cela peut
arriver et cela arrivera peut-être toujours plus souvent
dans le monde, en plus d'un endroit en passe de devenir athée.
Mais dans le monde des religions, nous rencontrons des hommes
qui ont entendu parler de Dieu à travers leur religion
et qui cherchent à vivre en relation avec lui. De la
sorte, l'annonce du message doit nécessairement devenir
un processus de dialogue. On ne dit pas à l'autre des
choses totalement inconnues, mais on lui découvre la
profondeur cachée de ce qu'il a déjà
touché dans sa foi. Et inversement, celui qui annonce
n'est pas seulement quelqu'un qui donne, mais quelqu'un qui
reçoit. En ce sens, le dialogue interreligieux devrait
donner lieu à ce que Cuse a exprimé comme souhait
et espérance dans sa vision du Concile céleste :
le dialogue interreligieux devrait devenir toujours plus une
écoute du Logos qui nous montre l'unité au milieu
de nos séparations et de nos contradictions.
II. Rabbin Léonard
Sztejnberg
Comment se fait-il que chaque jour, au mépris du respect
des Droits de l'Homme et malgré les efforts de dialogues
interreligieux, s'élèvent sur tous les continents
et dans les curs de nouveaux « murs de Berlin »,
avec leurs cortèges de pauvres, de génocides,
de destruction de l'environnement et de poussées fondamentalistes
de tous bords ?
Une réponse s'impose au bon sens: La nature humaine,
depuis la haute préhistoire, n'a pas encore appris
à élaborer une identité autrement que
par rejet de l'Autre et ce, en raison du mécanisme
mentalo-religieux pervers et idolâtre, fondé
sur la déification d'un concept, alors érigé
en Divinité Absolue.
Trouver dès lors, le dénominateur commun cuménique
efficace auprès de cultures religieuses qui, dans la
pratique, s'excommunient au nom du monopole de la Vérité
et de Dieu, est une gageure pourtant réalisable.
Il suffit pour cela de mettre en exergue la notion religieuse
de SAGESSE INCRÉÉE NON DIVINE, sagesse intuitive,
inhérente à la vie et sublimation de la raison.
C'est elle qui donne le désir du dépassement
de soi et de l'anoblissement de l'âme, parce qu'elle
procède et tire sa consistance de sa verticalité
à la Transcendance Divine.
La pédagogie judaïque du shabbath bien comprise,
lorsqu'elle n'est pas instrument de terreur religieuse, libère
les personnes en favorisant la maturation de l'identité
unique de chaque être humain appelé à
être reflet sur terre de la Transcendance Divine saine,
parce que non issue des imaginaires humains. L'espèce
humaine ne peut plus se permettre de faire l'économie
de la découverte et du vécu de la sagesse incréée
non divine (dont il est question dans les Bibles juive et
chrétienne, Gen. 1,1, Prov. 8,22 et I Cor. 13,8
... ), ce fondement de toute onde, particule, vie et réelle
Spiritualité.
*
* *
Poser un regerd qui se veut lucide sur notre humanité
contemporaine devant votre assemblée, Mesdames et Messieurs,
c'est à mes yeux, se demander pourquoi, une majorité
de notre espèce, n'a pas encore appris à comuniquer
avec autrui sans avoir l'angoisse, souvent irraisonnée,
de perdre l'identité et l'énergie vitale.
Il m'apparait que la quasi totalité des atrocités
commises dans l'Histoire, y compris à notre époque,
proviennent principalement de l'absence de confiance réciproque
dans les relations interpersonnelles et internationales.
A l'origine de ce drame humain qui met finalement en cause
la pérennité de notre espèce, il y a
l'hypertrophie de l'IDÉE, qu'elle soit culturelle,
scientifique ou religieuse. Cette déification de l'idée-image
et du présupposé, interdit de facto tout
réel dialogue avec autrui parce que les représentations
inhérentes à la mémoire, fondatrice de
la personnalité et de l'identité, se trouvent
fréquemment remises en question lors d'une vraie et
saine relation à l'autre, celle-ci étant souvent
dérangeante pour les rites de nos sociétés,
tant au nord qu'au sud de la planète.
A cet handicap s'ajoutent les idéologies contemporaines
qui déclarent que sans le concept rien ne peut prendre
consistance, rien ne peut exister. Cette phénoménologie
de la conscience si chère à nos philosophes
et à nombre de scientifiques modernes, nourrit l'athéisme
ambiant de notre civilisation.
Pour ma part, en lieu et place de la sentence classique «.
Je pense donc je suis » (cogito ergo sum),
je suggère « j'ai de l'intuition donc je
suis », dès lors que ladite intuition, cette
sagesse incréée, est corroborée par des
faits concrets et pratiques, afin d'en exclure les délires
pathologiques de toutes natures.
Qui d'entre nous n'a pas expérimenté maintes
fois dans sa vie sociale et personnelle ces moments où
le hasard (je dirais la providence) permet la conjonction
de circonstances concrètes inouïes, dont notre
pensée rationnelle n'aurait jamais pu prévoir
la réalisation ? Le positivisme idéologique
et scientifique trouve là ses limites.
Ici se pose la question fondamentale qui conditionne notre
avenir sur cette terre et dans l'espace : Faut-il admettre
qu'une Réalité incontournable, non fondée
sur des observations scientifiques incontestables, existe
malgré tout ?
Je réponds oui, notre biologie humaine en portant témoignage,
dès lors que le refus d'écouter notre « cur »,
notre intuition profonde et spontanée ou notre sagesse
innée, incréée, nous perturbe ensuite
au point de nous rendre malades.
En réalité, notre environnement naturel et notre
vécu individuel nous portent au désir de dépassement
de nos limites culturelles, sociales, physiques et religieuses,
afin de ne pas perdre le sel de la vie et notre vocation au
bonheur.
Physiologiquement les spécialistes savent à
quel point les nourrissons et les enfants ont un besoin impératif
de saines stimulations pour nourrir leur système nerveux
en formation. Cette faim de stimuli est légitime, car
les excitations constituent des
ingrédients indispensables à notre corps afin
de lui permettre la production d'énergies vitales nécessaires
au maintien de sa bonne santé mentale, physique et
sociale. Malheureusement trop souvent le culte de l'idée
reçue, y compris religieuse, inhibe ces besoins essentiels.
Dans ce contexte, la foi juive, afin de préserver la
sagesse incréée de chaque personne, enseigne,
lorsqu'elle est bien comprise, le rejet de toute divinisation
de l'imaginaire humain et donc du culte de l'idée,
du concept et de l'image. Cette saine discipline, cette prophylaxie,
prend dans le judaïsme la forme d'un rejet total de toute
représentation mentale et matérielle de la Divinité
afin d'ouvrir un espace disponible pour le cur, un champ
de conscience à l'existence d'une Réalité
ultime qui ne dispose pas ici-bas, dans notre espace-temps,
d'une assise palpable et scientifiquement probante selon les
critères humains.
La Bible juive enseigne en effet l'interdiction de toute représentation
des réalités de notre environnement naturel
afin de ne pas leur rendre un culte, car l'esprit humain s'autodéifie
en déformant forcément ce qu'il observe dans
le ciel, sur la terre et sous les eaux (Exode 20,4-5). Dans
le même esprit la Tora indique que nul ne peut voir
Dieu et vivre (Exode 33,20). Ces préceptes procèdent
manifestement d'une pédagogie religieuse vecteur de
mesures d'hygiène affective, mentale et spirituelle
favorisant la maturation de la personnalité et du Moi.
En effet, toute localisation du Divin en quelque lieu que
ce soit, s'accompagne, ipso facto, d'une hypertrophie
de formes ou d'images correspondant à la création
de dieux idoles, ces prédateurs de la sagesse. Ceci
se traduit ensuite aux niveaux neurophysiologiques et chimiques
du corps par des déséquilibres relatifs à
l'électrogenèse cérébrale et à
la synthèse mentale qui génèrent en particulier
le fil continu de la conscience ; déséquilibres
qui ne sont pas sans incidences sur les réactions immunologiques
de l'organisme.
Il est donc parfaitement erroné de séparer arbitrairement
les sciences contemporaines des disciplines religieuses, opérationnelles
au niveau des motivations du comportement humain et au niveau
de la santé physique et mentale.
Nous avons donc besoin d'apprendre en chaque instant à
relativiser le regard que nous portons sur le monde extérieur.
Il s'agit là de la clé essentielle à
la réussite de toute démarche cuménique.
On comprend dès lors pourquoi dans la phrase principale
du credo de la foi juive « Écoute, Israël,
l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel est Un »
(Deutéronome 6,4), prière citée par le
fondateur du christianisme selon l'Évangile de Marc
12,29, mais souvent bien mal traduite, les mots principaux
sont « L'Éternel est Un » (Adonaï
E'had). Ceux-ci signifient, en effet, comme nous allons
le voir dans l'analyse du premier verset de la Bible, que
la Divinité, référence de tout ce qui
est, se trouve de ce fait en contraste bénéfique
absolu avec la conscience et la sensibilité humaine.
Cette prière sacrée du judaïsme est destinée
à promouvoir l'ouverture d'esprit vers une « Réalité
absolue », non codifiable par les cultures et les
diverses langues. Elle se propose de préserver de cette
manière chez le fidèle la liberté affective,
mentale et spirituelle, grâce à un recul pris
sur les hypnotismes ambiants et manipulateurs. Ainsi se trouvent
protégés l'identité unique et l'équilibre
vital de chaque personne, objectif également de la
charte des Nations Unies signée à San Francisco
en 1945.
Pour la foi juive, la Divinité est inconcevable, elle
est hors du champ de toute concrétisation mentale et
matérielle au point qu'un Grand Rabbin de Paris défunt
a pu écrire : « Sur D. on ne peut rien
dire sinon des bêtises. »
Cette conviction judaïque fondamentale constitue la pierre
d'achoppement sur laquelle se heurtent les relations séculaires
souvent dramatiques entre les diverses sensibilités
chrétiennes et le judaïsme. Celui-ci rejette inévitablement,
au nom des enseignements de la Tora, les dogmes chrétiens
tels que la Trinité, l'Eucharistie... qui sont, à
ses yeux, des vecteurs représentatifs du Divin inconcevable
par essence ; les autorités du judaïsme refusant
de s'engager dans un débat théologique, pourtant
salutaire, sur ces croyances, faute, me semble-t-il, d'avoir
su approfondir les questions que j'aborde aujourd'hui à
l'Institut de France devant vous.
Lors d'un colloque entre juifs et chrétiens à
Paris en mars 1995, le P. Bernard Dupuy OP, ancien secrétaire
du comité épiscopal français pour les
relations avec le judaïsme, déclarait que le dialogue
judéo-chrétien a eu « des aspects
conflictuels et tragiques, mais on se parle ».
Le malaise subsiste car les juifs restent sceptiques quant
à la sincérité du nouveau regard chrétien
porté sur le judaïsme.
On comprend dès lors dans ces conditions, que nombre
de penseurs et de savants, depuis deux millénaires,
ont eu la conviction qu'au travers des relations entre les
fois juive et chrétienne se trouvent focalisées
les questions essentielles du comportement humain.
En réalité, l'échec séculaire
des communications entre ces deux grandes confessions religieuses,
malgré quelques progrès encore insuffisants
sur le fond du contentieux, hypothèque gravement l'avenir
de notre civilisation, ouvrant la porte à toutes les
aventures idéologiques et religieuses sanguinaires
que l'on sait. Durant les dernières années de
sa vie, je m'en suis souvent et longuement entretenu à
son domicile avec le Grand Rabbin de France honoraire défunt
Jacob Kaplan, qui fait partie de votre Académie (selon
la tradition juive, les Justes décédés
sont appelés « Les vivants »,
c'est pourquoi je viens de parler au présent). Il approuvait
de toute sa conviction mes travaux destinés à
combattre sur le fond l'incompréhension religieuse
entre juifs et chrétiens. Honneur à sa mémoire.
Mon propos s'adresse non seulement à l'Église
catholique romaine représentée ici par Son Éminence
et Ami le cardinal Joseph Ratzinger, mais aussi à toutes
les sensibilités chrétiennes qui se réclament
des grands dogmes fondamentaux issus des premiers et essentiels
conciles de Nicée, Constantinople et Chalcédoine.
Je vais maintenant avoir l'honneur de développer ici
ma pensée et mes propositions, selon le plan suivant :
- Étude analytique du premier verset de la Genèse
et connexions
avec le Nouveau Testament (NT).
- Exposé sur la pédagogie du shabbat.
- Signification des Alliances. Notion du Juste (Tsaddik)
en parallèle avec l'Oint Jésus du christianisme.
Exégèse de la Lumière spirituelle (Chekhinah).
Nouvelle interprétation de l'holocauste d'Isaac par
Abraham. Référence aux croyances
issues de l'Asie en connexion avec les sciences contemporaines.
ÉTUDE ANALYTIQUE DU PREMIER VERSET
DE LA GENÈSE
ET CONNEXIONS AVEC LE NT
Le Pentateuque, dénominateur commun des grandes confessions
monothéistes, commence par un verset clé (Genèse
1, 1) dont la traduction imparfaite est à l'origine
d'un grand nombre de malentendus qui ne sont pas étrangers
aux ambiguïtés des relations entre chrétiens
et juifs, au point que récemment un ancien grand rabbin
d'Israël allait jusqu'à demander à ses
disciples de brûler les brochures chrétiennes
qu'ils recevaient (Le Figaro du 15 décembre
1996, Vie internationale).
Traditionnellement, les Bibles juive et chrétienne
traduisent le premier verset hébraïque du livre
de la Genèse Berechit bara Elohim èth ha-chamaym
vé èth ha-arèts par : « Au
commencement, Dieu avait créé le ciel et la
terre », selon la version massorétique,
cette traduction française étant reprise avec
quelques nuances secondaires par toutes les traductions des
Bibles chrétiennes. Or, comme fort pertinemment le
grand rabbin honoraire de Genève Alexandre Safran l'a
rappelé dans son ouvrage La Cabale, (p. 309
chez Payot), les termes hébraïques « Berechit
bara Elohim... » que l'on traduit habituellement
par « Au début Dieu créa... »
devraient être traduits par « Au début
créa Elohim... » « Le véritable
sujet de cette proposition manque ; le verbe, au singulier,
est suivi du pluriel : Elohim, qui a, en réalité,
la valeur d'un complément direct. Ce qui revient à
dire qu'au début (Dieu, le Caché, le Mystérieux,
l'Ineffable) créa la notion d'Elohim, de pluralité,
de Créateur et de créature, et conçut
de la sorte la possibilité d'une coopération
future » (fin de citation).
Si certains savants juifs, à l'instar du grand rabbin
Safran, ont bien vu à quel point les traductions traditionnelles
occultent la référence au Dieu caché,
inconcevable, qui n'apparaît pas dans le premier verset
de la Bible parce que la Transcendance Divine ne se dit pas,
ne s'écrit pas, ne se voit pas, ils n'ont pas suffisamment
cerné et explicité la notion essentielle d'Elohim,
artisan avec le sujet divin absent, de la création
du ciel et de la terre. Ce grave déficit est une des
raisons majeures à l'origine des incompréhensions
dramatiques entre les cultures, les êtres humains et
les peuples, qui ne savent pas encore communiquer comme l'attestent
les drames sanglants dont l'actualité quotidienne se
fait l'écho.
Il faut savoir que le mot Elohim, dans la Tora ou Pentateuque,
fondement de la foi juive, a plusieurs sens : il peut
signifier « Dieu Un », mais aussi les
idoles, des individus influents, des maîtres religieux,
des juges (Psaumes 58,2, 82,6). Le mot Elohim a ici
le sens de la sagesse (hokhmah) éternelle et
incréée, que j'appelle Elohim hokhmah,
celle-ci n'ayant de consistance et de réalité
qu'en raison de sa relation verticale permanente au sujet
absent du verbe bara, sujet qui ne se dit pas, ne s'écrit
pas, n'étant pas un concept. C'est de cette relation
avec l'Inouï Divin, qu'Elohim hokhmah tire sa
consistance, sans avoir jamais été créée,
car il s'agit là d'un état de fait éternel
et incontournable, inhérent à l'univers, sans
qu'il y ait la possibilité d'y échapper en quoi
que ce soit.
Aussi, le premier verset de la Bible signifie à mon
sens ceci : Au commencement s'exprime le rapport entre
le Divin caché, inconcevable (sujet absent du verbe
bara) et la sagesse incréée, l'Elohim
hokhmah, opérationnelle dans la création
constante du ciel (chamaym) et de la terre (arèts).
Sans avoir le temps ici de rentrer dans une étude trop
technique, j'ajoute que le savant juif du Moyen Age, Maïmonide,
dans son livre Le Guide des Égarés, commente
le mot èth (avec) de ce verset en liaison avec
le Livre d'Isaïe 48,13 au sujet du processus de création
de l'univers qui implique le ciel et la terre. Ce faisant,
il traite de la sagesse incréée non divine dans
sa relation inouïe au Transcendant Divin caché.
Cette interprétation de Genèse 1,1 est corroborée
par le livre des Proverbes, en particulier dans le chapitre
8, lorsque la sagesse (Elohim hokhmah) déclare
au verset 30 : « Alors, j'étais à
ses côtés (il s'agit du sujet absent du verbe
bara donc du Divin Transcendant caché), habile
ouvrière, dans un enchantement perpétuel, goûtant
en sa présence des joies sans fin, m'égayant
sur son globe terrestre et faisant mes délices des
fils de l'homme ». Ceci est d'autant plus évident
que la sagesse, avait dit au verset 22 : « L'Éternel
m'a acquise au début de son action (Adonaï
en réalité Dieu caché kanani
rechit), antérieurement à ses uvres. »
C'est le sens « acquérir » et
non « créer » que j'utilise ici
(le verbe hébreu kana ayant les deux sens),
pour bien montrer que la sagesse est incréée,
coexistante au Divin caché de toute éternité,
en sorte qu'elle tient sa consistance de sa relation intime
de contraste absolu avec la Transcendance Divine.
Ainsi dans les premiers versets de la Bible, est affirmée
de façon incontestable la relation essentielle entre
la sagesse incréée non divine et la Divinité
avec laquelle elle fait contraste absolu. C'est de cette relation
inouïe que la sagesse incréée tient son
identité, sa consistance, et c'est là aussi
que se manifestent les notions fondamentales talmudiques et
cabalistiques de Chekhinah d'En-Haut et chekhinah
d'En-Bas. La chekhinah (du verbe chakhan qui
veut dire demeurer) est le signe du Divin sur terre sans que
jamais ce signe puisse être identifié à
la Divinité. Elle est ambassadrice des attributs divins
(grandeur, puissance, sainteté, miséricorde...)
et cordon ombilical reliant le monde sensible à l'Inconcevable
Transcendance Divine.
La sagesse incréée non divine, Elohim hokhnah,
s'épanouit toujours plus par sa relation prestigieuse
au Très-Haut Divin, avec Lequel elle est en contraste
éternel absolu. Créatrice de vie, du ciel et
de la terre par ladite relation, cette sagesse incréée
non divine est la structure fondamentale de l'être humain
et de toute vie. (Proverbes 8, 24-29). C'est elle qui donne
à l'individu toute sa noblesse, toute sa force et sa
joie de vivre. C'est aussi ici que se trouve la source des
élans du cur vers le beau, le noble et le dépassement
des limites humaines ordinaires.
Il est aisé de comprendre, dans ces conditions, toutes
les difficultés rencontrées par les écrivains
des textes bibliques juifs et chrétiens, lorsqu'ils
voulurent faire passer ce message de la sagesse incréée
non divine connectée par un cordon ombilical invisible
avec le Divin Transcendant.
Nous venons de voir la nécessité de scruter
en profondeur les textes de la Genèse et du livre des
Proverbes pour y découvrir ces notions essentielles
exposées ci-dessus. De même, dans les écrits
chrétiens il sera aussi nécessaire de décoder
leur sens profond, comme nous allons le voir dans les épîtres
de Paul aux Corinthiens et Colossiens du Nouveau Testament.
Selon I Corinthiens 13
Saül de Tarse, encore appelé l'Apôtre Paul,
s'est déclaré descendant de la tribu de Benjamin
(Romains 11, 1), disciple du grand humaniste Gamaliel (Actes
des Apôtres 22,3), lui-même de l'école
prestigieuse de Hillel, axée sur l'amour du prochain.
Ses origines juives l'ont porté naturellement à
développer le rôle de la sagesse incréée
(Elohim hokhmah) dans le comportement humain. Toutefois,
il lui était aussi difficile de préciser cette
notion connectée à la Transcendance Divine.
Il s'y efforcera dans sa première épître
aux Corinthiens chapitre 13, en utilisant le terme grec d'Agapè
plutôt que celui de Sophia, terme grec déjà
usité par l'Israélite imprégné
d'Hellénisme, Philon d'Alexandrie. Ce terme Agapè
a été traduit très fréquemment
par les auteurs chrétiens par les mots « amour »
et « charité » qui ne rendent
pas de façon satisfaisante ce que Paul a voulu exprimer,
à savoir, que la possession de tous les dons n'est
rien sans l'Agapè ou plutôt sans la sagesse
incréée non divine qui ne périt jamais,
étant un véritable passeport pour l'Éternité
(I Corinthiens 13,8). Manifestement, Paul s'efforçait
ainsi de définir cette intuition profonde, élan
du cur vers l'Absolu Divin inconcevable et qui tire
sa force, sa consistance du contraste total vécu par
rapport à l'Inoui Divin, le sujet caché de Genèse
1, 1. Ceci n'a pas été assez perçu dans
la spiritualité de Paul qui, parlant du Christ (de
Christos en grec qui veut dire Oint) et de l'Agapè,
traitait en fait des élans vivifiants de la sagesse
incréée, élans inducteurs d'un respect
sacré de nos contemporains, de la nature et de toute
la création, tout procédant du Divin par la
sagesse incréée.
L'esprit cartésien occidental nourri de l'idée
que D. tire sa consistance de lui seul (a-séité
= par soi = selon la philosophie classique scolastique) a
le plus grand mal à intégrer l'existence de
cette conscience spirituelle, hors espace-temps (D. n'étant
ni dans ni hors de l'univers), coexistante de toute éternité
à la Divinité pour en être louange perpétuelle.
La sagesse incréée tire sa consistance de sa
sainte et saine relation de contraste absolu avec le Divin
Transcendant, C'EST POURQUOI ELLE N'EST PAS DIVINE, mais jonction,
via la Chekhinah d'En-Haut, entre le monde que l'on
peut appréhender et D. Alors qu'elle n'a pas de commencement,
elle EST, éternellement, sans créateur, notion
spirituelle, s'il en est. Ceci est l'enseignement fondamental
du credo de la foi juive qu'est le Chma Israël,
c'est aussi ce que Paul veut développer dans sa lettre
aux Colossiens.
Colossiens 1,15 à 17
Là aussi, voulant définir la sagesse incréée
non divine, ce cur, universel de perception de la Transcendance,
Paul parle d'« image du Dieu invisible »,
de « Premier-né de toute créature »,
... « Tout est créé par lui et pour
lui, et il est, lui, par-devant tout ; tout est maintenu
en lui... » (version de la Traduction cuménique
de la Bible ; TOB). Ceci veut signifier que tout ce qui
existe (onde, particule, vie ... ) subsiste par la sagesse
incréée qui tient sa consistance de sa relation,
tel un fil ombilical, au Transcendant Divin inconcevable et
non localisable dans l'espace et le temps. Il ne s'agit donc
pas du Christ en tant que Dieu le Fils selon la Trinité
chrétienne. Ce dont Paul a voulu traiter ici, c'est
de la sagesse incréée, ce cur universel
inhérent à l'univers, cette prise de conscience
du Divin Transcendant, qu'il a qualifié de Christ et
que l'Église, après ses conciles fondateurs
a dénommée « nature divine »
de Jésus dans le cadre du symbole de Nicée.
On voit ici toutes les questions non encore résolues
entre le christianisme trinitaire et le judaïsme qui
rejette au départ toute matérialisation du divin
dans le monde visible et sensible, idée judaïque
que développe la pédagogie du shabbat.
EXPOSÉ SUR LA PÉDAGOGIE
DU SHABBAT
Selon la tradition judaïque séculaire, le repos
du shabbat, quatrième précepte du Décalogue
(Exode 20,8), implique du vendredi soir, dès l'arrivée
de la nuit, jusqu'au lendemain soir, après le coucher
du soleil, une modification radicale du comportement par rapport
aux autres jours de la semaine. Il faut ainsi s'abstenir de
toute activité créatrice touchant la matière
et l'énergie, rejeter l'utilisation des moyens de transport,
l'activité professionnelle et commerciale, les travaux
domestiques, l'utilisation du feu, de l'électricité,
de l'argent etc. Loin de favoriser un simple moment de détente,
ce comportement contient un profond sens pédagogique
spirituel qu'il convient de rappeler.
En effet, durant les six premiers jours de la semaine, le
croyant est invité à investir le monde extérieur
de toute son énergie et son imagination, afin de subvenir
à ses besoins et à ceux de sa famille. Il prend
autorité sur son environnement qu'il marque de sa volonté,
allant jusqu'à façonner son environnement à
son image. Tout est différent à partir du vendredi
soir, car il ne s'agit plus d'investir l'espace et le temps,
mais de se tourner vers la Référence Divine
Transcendante de l'univers, et ici, il n'est plus question
de La façonner à l'image humaine et de s'autoriser
à porter sur Elle le regard que notre sensibilité
et notre imagination veulent bien Lui octroyer. Cet enseignement
prédispose le croyant à appréhender l'environnement,
tel qu'il est, et non comme il l'imagine ou l'observe scientifiquement
avec ses sens naturels limités.
Ainsi le shabbat développe en l'humain un recul sur
le monde sensible, qu'il n'est plus possible de réduire
à notre perspective humaine restreinte. Ce précepte
constitue ainsi un bouclier interne contre l'hypnotisme des
apparences inhibiteur de la personnalité, contre l'autodéification
des comportements que l'on absolutise au travers des images
et des concepts dont on s'est dotés. Ce recul est permis
grâce à la mémoire que l'on a du Transcendant
Divin, hors de portée, non réductible à
nos repères familiaux, sociaux ou scientifiques. Cet
espace spirituel intense, ce paramètre qui nous aide
à relativiser notre perception du monde apparent, est
constitutif de notre réelle identité, chacun
ayant son accès particulier à la Divinité
Transcendante. En un mot, la pédagogie du shabbat donne
droit de cité à la sagesse incréée
non divine inhérente à toute vie, toute réalité
de l'univers.
La tradition rabbinique indique que lors du shabbat, le croyant
jouit d'un supplément d'âme, Nechamah yethera.
Il s'agit là précisément du surcroît
d'énergie que donne le refus de se laisser dominer
par l'hypnotisme des apparences. Il y a là remède
contre bien des maux et des maladies.
La pédagogie du shabbat, on l'a bien compris, est incompatible
avec l'octroi d'une valeur superstitieuse au rite judaïque
aux fins d'établir un climat de terrorisme religieux ;
elle permet, bien au contraire, de vivre en continu dans le
repos du septième jour, tous les jours de la semaine,
dès lors que recul est pris sur le monde extérieur
par l'acquisition du sens de l'authentique Transcendance Divine.
Celui-ci permet de jouir de Tout sans en être esclave.
C'est ici que l'existence et la pérennité du
peuple juif, libellées en termes d'Alliance dans la
Bible, prennent toute leur dimension, à condition,
toutefois, que ce peuple, vecteur du Décalogue, donc
de la pédagogie salutaire du shabbat, accomplisse une
obligation de résultat, celle de favoriser le règne
du bonheur et de la Paix sur terre (Alliance du Sinai Exode
19 et 20).
SIGNIFICATION DES ALLIANCES.
NOTION DE JUSTE (TSADDIK) EN PARALLÈLE
AVEC L'OINT JÉSUS DU CHRISTIANISME.
EXÉGÈSE DE LA LUMIÈRE SPIRITUELLE (CHEKHINAH).
NOUVELLE INTERPRÉTATION DE L'HOLOCAUSTE D'ISAAC PAR
ABRAHAM.
RÉFÉRENCE AUX CROYANCES ISSUES DE L'ASIE,
EN CONNEXION AVEC LES SCIENCES CONTEMPORAINES
Par excellence, le livre des Proverbes (16,7) donne le sens
qu'il faut conférer au terme d'Alliances bibliques
de l'humain avec le Divin, en déclarant que :
« Lorsque D. approuve les voies d'un homme, il
lui concilie même la faveur de ses ennemis »,
rejoignant ici le Nouveau Testament qui invite à l'amour
de son ennemi (Matthieu 5,44), non pas par délire sadomasochiste,
mais par éradication de la peur née d'une déformation
de la réalité et qui disparait dès lors
que, par la sagesse incréée, on sait relativiser
le monde apparent. C'est bien dans ce sens que Paul a pu écrire
dans sa première épître aux Corinthiens
(6,12) : « Tout m'est permis, mais je ne me
laisserai asservir par rien. »
Chaque être humain de la terre est appelé à
jouir de cette félicité qui fait de lui l'image
(Tselem) de D. sur terre. Le terme hébreu Tselem
vient de la racine tsel qui signifie reflet ou ombre,
en sorte que la pédagogie du shabbat bien vécue,
développe chez le croyant la sagesse incréée
non divine, qui l'élève à la dignité
spirituelle de reflet ou ombre de la Transcendance divine
sur terre, ce qui est le but visé par l'Alliance du
Sinaï.
Si la recherche d'une communication, jusqu'ici insatisfaisante
entre le Judaïsme et l'Église (13)
a une immense légitimité, c'est maintenant,
au niveau atteint aujourd'hui avec vous, qu'il est possible
de la mettre en exergue. En effet, lorsque le P. Bernard Dupuy
OP, déjà cité, s'interrogeait en mars
1995 en déclarant : « nous vivons la
fin de la théologie de la substitution (qui remplace
l'ancienne Alliance d'Israël avec son Dieu, par la nouvelle),
mais par quel enseignement la remplacer ? »,
il introduisait ce que je déclare maintenant ici :
la nouvelle Alliance, au sens des exégètes chrétiens,
existait au stade optimum, avant la naissance et le développement
du christianisme, au travers de la circoncision des curs,
de la transformation des curs de pierre en curs
de chair ou par l'inscription des préceptes d'origine
Divine dans les curs (Deutéronome 30,6, Ézéchiel
11, 19-20, et Jérémie 31,31-34).
Ici apparaît le point de contentieux le plus délicat
entre l'Église et le Judaïsme au sujet de ce qu'il
faut entendre par Transcendance divine. En effet, la Patristique
et les grands conciles chrétiens ont développé
le dogme des deux natures, divine et humaine de Jésus,
qui semble séparer d'une façon irréversible
le sens différent que juifs et chrétiens attribuent
à la Divinité. La séparation semble avoir
été consommée lorsque le saint chrétien
Léon le Grand proclama au concile de Chalcédoine
en 45 : « Le Christ, Dieu parfait et homme
parfait. » Comme l'ont montré les remarquables
travaux du Pr Léon Poliakof (14),
c'est bien à partir du symbole de Nicée et du
dogme de la Trinité, qu'en culture chrétienne,
les juifs ont subi leurs plus grandes souffrances.
Pourtant le dogme de la Trinité ne marque pas, malgré
les tragiques apparences historiques, sociologiques et théologiques,
un divorce définitif entre l'Église et le Judaïsme
si l'on veut bien considérer que, ce que l'Église
a dénommé « nature divine »
de Jésus, correspond en fait à la sagesse incréée
non divine dont j'ai traité tout au long de cet exposé
et qui anime le Juste.
Le Juste ou le Tsaddik, dans la tradition juive, jouit
d'un prestige immense : Le livre des Proverbes 10,25
dit : « ... Et le Juste est le fondement du
monde ». Le livre de la Clarté (sépher
Ha-Bahir), un des plus anciens de la mystique juive, indique
au fragment 102 que, si le Juste s'affaiblit, le monde ne
peut subsister car il se charge du monde entier (voir aussi
le Talmud, Yoma 38 b). On trouve ainsi dans la tradition
judaïque, s'agissant du Juste, des termes au moins aussi
forts que ceux utilisés par le NT pour traiter de Jésus,
à l'instar de : « Car aucun autre nom
sous le ciel n'est offert aux hommes, qui soit nécessaire
à notre salut » (Actes des Apôtres
4,12 version TOB).
Il apparaît ainsi clairement qu' un progrès cuménique
dans les relations entre l'Église et le Judaïsme
passe nécessairement par une meilleure connaissance
mutuelle des notions spirituelles qui viennent d'être
traitées.
En particulier il faudra préciser et bien cerner celles
de « Lumière spirituelle d'En-Haut »
et de « lumière spirituelle d'en-bas »
que j'ai déjà évoquées devant
vous au sujet des élans de la sagesse incréée
en direction de la Transcendance Divine. En effet, le « fil
ombilical » reliant la sagesse incréée
à la Transcendance Divine est dénommé
Chekhinah d'En-Haut tandis que le Juste, irradié,
devient sur terre la chekhinah d'en-bas dépositaire
de la lumière spirituelle sur terre (Exode 23,20-2
1). Cette expérience fut vécue par Moïse
devant le buisson ardent (Exode 3,2). Dans le NT l'épisode
de la transfiguration (Matthieu 17,1-3) n'est pas sans affinité
avec cette expérience spirituelle de Moïse.
Pour le comprendre, il faut savoir que selon la tradition
orale juive bien antérieure à Jésus,
reprise par écrit au IIe siècle dans le Zohar
(livre de la Splendeur, diffusé en particulier au Moyen
Age), le corps de résurrection des Justes vit dans
la Chekhinah d'En-Haut. (Abraham et Isaac étant
par exemple dans la Nuée Chekhinah d'En-
Haut aux côtés des hébreux à
la sortie d'Égypte, Exode 14,15-20). Instruit de la
Tora et des croyances juives, enseignant que lorsque deux
ou trois Justes s'entretiennent, la Chekhinah d'En-Haut
est avec eux (Malachie 3,16), Jésus, dans le contexte
ci-dessus, pouvait dire « Là où deux
ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu
d'eux » (Matthieu 18,20). Il s'agit ici du combat
que les Justes poursuivent après leur décès
aux côtés des vivants (Talmud, Pirke Aboth 4,29
; Psaume 84,7), sans réincarnation possible, bien évidemment,
car chaque individu est par la sagesse incréée
non divine, reflet unique du Divin Transcendant, sur terre
et après la mort.
Il ne fait aucun doute que, tant du côté chrétien
qu'israélite, des efforts sont en cours, qu'il faut
encourager en vue d'enrichir les connaissances pour une réelle
fraternité universelle dans le monde.
Ainsi par exemple, le judaïsme est appelé à
réviser sa lecture séculaire de l'holocauste
d'Isaac par Abraham, découvrant enfin qu'il ne s'agit
pas dans Genèse 22,1 de la Divinité, mais d'un
prêtre local coutumier du rite (15),
désigné ici par les mots « vé
ha-Elohim » = « Et le dieu »,
qui suggéra à l'immigrant Abraham, l'holocauste
de son fils Isaac pour satisfaire aux coutumes du lieu. L'expression
« vé ha-Elohim », que
l'on peut traduire par « Et le dieu »,
démontre que le mot Elohim n'a pas ici le sens
du Divin Transcendant, étant précédé
d'un article tel un nom commun.
Par contre, c'est bien, selon Genèse 22,11, l'Ange
de l'Éternel, signe de la Transcendance divine (Malakh
Adonaï étant une autre désignation
pour la Chekhinah d'En-Haut), qui vint au secours de
son cur en retenant son bras. Par la suite le Patriarche
remarqua un bélier (Genèse 22,13) retenu dans
un buisson par ses cornes, qu'il immola à la place
de son fils, épisode très symbolique lorsque
l'on sait qu'à la sortie d'Égypte, les foyers
qui n'avaient pas mis du sang d'un agneau sur le linteau de
leur porte (Exode 12,7 et 23) furent frappés par l'Ange
de la mort. Le bélier, comme l'agneau avaient alors
pour mission l'évocation du dieu de l'Égypte
antique, Khnoum, à tête de bélier,
issu vraisemblablement du culte des astres et de la constellation
du bélier. Furent alors épargnés les
foyers qui ne vouaient pas un culte aux apparences, s'ouvrant
ainsi à la Transcendance Divine.
Par cet épisode biblique dramatique, Abraham a pu acquérir
un critère spirituel et psychosensoriel, constitutif
de son authenticité et de sa sagesse incréée,
qui lui a permis ensuite de discriminer entre les influences
socioculturelles extérieures et les élans de
son cur, lesquels procèdent de la saine spiritualité,
fondatrice de son identité.
Ces connaissances n'ont pas encore été intégrées
par les grandes religions monothéistes, elles sont
pourtant indispensables à la progression de l'cuménisme.
Le judaïsme tire en effet de ce récit biblique
toute une éthique comportementale vis-à-vis
des non-juifs, tandis que la Patristique chrétienne
enseigne qu'à l'instar d'Isaac obéissant à
son père sur le chemin de l'holocauste, l'Oint Jésus
se rendit volontairement au Golgotha en harmonie avec son
Père céleste. De son côté l'islam
trouve là l'origine de la grande fête du mouton
(Aïd el Kébir).
Il y a quelques années, j'ai eu l'avantage de pouvoir
exprimer mes idées ci-dessus au président professeur
émérite Roger Arnaldez et au professeur émérite
Haïm Zafrani, ici présents.
Il me semble que les considérations éthiques
et théologiques exprimées ici, pourraient enrichir
les communications interconfessionnelles déjà
existantes, dont le marasme, apparent aux yeux du plus grand
nombre, sert souvent d'alibi à la poussée des
fondamentalismes de tous bords. Le monde contemporain est
grand demandeur de connaissances spirituelles, la notion de
sagesse incréée non divine ou image de D. fondatrice
d'identité me semble pouvoir y répondre.
Il est par exemple urgent de réagir à des opinions
comme celles du Pr Francisco Varela, neurobiologiste, directeur
de recherche au CNRS, qui loue les notions bouddhistes d'interdépendance
et d'impermanence, selon lesquelles tout phénomène
est considéré comme un nud dans un réseau
de causalité et ne peut donc avoir de substance propre
(L'Express, 24 octobre 1996, p. 60).
De telles spéculations sont erronées, car elles
occultent la sensibilité unique ou la sagesse incréée,
inhérente à chaque personne, constitutive de
son identité spécifique, reflet de la Transcendance
Divine.
La même dérive inquiétante s'est fait
jour lors du colloque de septembre 1995 à Tokyo intitulé
La mutation du futur (ouvrage chez Albin Michel), lorsque
le physicien Henry P. Stapp déclara que : « L'idée
que chacun puisse être séparé et distinct
des autres, n'est qu'une illusion causée par des apparences
trompeuses. » Le physicien reprend ici la conception
de la physique quantique classique, mais ne comprend pas que
l'existence d'un courrier de vitesse infinie entre deux points
A et B, ne s'oppose en rien au fait que A et B restent totalement
indépendants l'un de l'autre. Or, au principe de la
physique quantique de non-séparabilité des particules,
aujourd'hui bien connu, rien n'interdit d'associer une connexion
concomitante de chacune d'elles à la Transcendance
Divine. De cette manière c'est la relation de la sagesse
incréée au Divin, qui confère à
chaque particule sa spécificité, son attrait
et sa légitimité. On atteint ici la racine essentielle
de l'cuménisme, c'est-à- dire l'intimité
de chaque substance de l'univers au Divin, génératrice
du dénominateur commun de fraternité entre tous
les humains.
Ainsi, une spontanéité ressentie entre deux
personnes n'hypothèque en rien la spécificité
de chacune d'elles parce que chaque individu ressent la Transcendance
Divine inconcevable d'une manière particulière.
EN CONCLUSION
Dans un monde dominé par le dogme néo-libéral,
qui ne peut juguler les disparités économiques
à l'échelle planétaire, alors que notre
environnement naturel se détériore, il est temps
d'enseigner à nos enfants l'existence d'un Référentiel
Divin Transcendant, qui donne consistance aux énergies
de l'univers. Ce faisant, les générations futures,
familiarisées avec le Tout-Autre Divin, inconcevable
mais allié de l'humanité, comme l'atteste le
parfum délicat d'une rose, apprendront à ne
pas décompenser en présence d'un étranger
ou d'une situation incompréhensible. Ceux-ci ne seront
en effet jamais aussi différents de soi que ne l'est
la Divinité, qui est pourtant bénéfique,
puisque Référence de vie, et dont la perfection
transpire à travers les merveilles de la nature.
Un tel enseignement, fruit de la pédagogie du shabbat
bien comprise, trouve un parfait écho dans le NT lorsque
Jésus, instruit de la Tora, répondit à
la question « Maître, quel est le grand commandement
dans la Loi ? » par ces mots : « Tu
aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cur, de toute
ton âme et de toute ta pensée » (il
s'agit ici de la Divinité Transcendante et cachée,
bien entendu). « C'est là le grand, le premier
commandement. Un second est aussi important : Tu aimeras
ton prochain comme toi-même » (fin de citation
de Matthieu 22, 36- 39).
Le judaïsme et le christianisme disposent de facultés
de communication non encore explorées, comme je me
suis efforcé de le montrer au cours de cet exposé.
Malheureusement l'Histoire semble avoir dressé, en
particulier du fait des horreurs subies durant des siècles
par les juifs en milieu culturel chrétien, des murs
d'incompréhension et de haine infranchissables. Ce
serait oublier que ce que l'humain ne peut pas faire seul,
car les souffrances endurées sont au-delà
du pardon possible, il le peut en recevant sa force
du Divin Transcendant de l'univers, à l'instar de ce
que nous réalisons ensemble ici aujourd'hui, en évitant
de confondre notre imaginaire avec la Divinité.
Mon présent exposé, fait conjointement à
celui d'un très haut dignitaire de l'Église,
atteste de ma foi en l'humanité parce qu'elle a vocation
naturelle à incarner la sagesse incréée
non divine, vecteur de la Rédemption universelle.
Orientations bibliographiques
1) Ouvrages du cardinal Joseph Ratzinger et du rabbin Léonard
Sztejnberg
- Léonard Sztejnberg, Pourquoi Auschwitz? dans Le
Monde, 11 février 1995, p. 14.
- Léonard Sztejnberg, Le guide des éclairés,
s.l., s.d.
- Articles dans les n° 1280, 1295 et 1310 de Tribune
juive.
- Articles dans la revue protestante Évangile
et liberté (mars 1991, décembre 1991,
septembre 1996).
- Allocution devant l'Organisation des Nations Unies à
Genève (E/CN.4/1993/SR.27/Add.1 et E/CN.4/Sub.2/1993/SR.8).
- Joseph Ratzinger, Frères dans le Christ. L'esprit
de la fraternité chrétienne, Paris, 1962.
- Joseph Ratzinger, Un seul Seigneur, une seule foi,
Paris, 1971.
- Joseph Ratzinger, Le nouveau peuple de Dieu, Paris,
197 1.
- Joseph Ratzinger, Foi et avenir, Paris, 1971.
- Joseph Ratzinger et Karl Rahner, Révélation
et tradition, Paris, 1972.
- Joseph Ratzinger et Hans Maier, Démocratisation
dans l'Église ? Possibilités, limites,
risques, Paris, 1972.
- Joseph Ratzinger et Karl Lehmann, Vivre avec l'Église,
Paris, 1978.
- Joseph Ratzinger, Le Dieu de Jésus-Christ. Méditations
sur Dieu-Trinité,Paris, 1979.
- Joseph Ratzinger, La mort et l'au-delà. Court
traité d'espérance chrétienne,
Paris, 1979.
- Joseph Ratzinger, Vivre sa foi. Méditations
pour chaque jour de l'année sur des thèmes
spirituels et théologiques, Paris, 198 1.
- Joseph Ratzinger et Hans Urs von Balthasar, Marie,
première Église, Paris, 1981.
- Joseph Ratzinger, La célébration de la
foi. Essai sur la théologie du culte divin, Paris,
1985.
- Joseph Ratzinger, Les principes de la théologie
catholique. Esquisse et matériaux, Paris, 1985.
- Joseph Ratzinger, Église, cuménisme
et politique, Paris (Fayard), 1987.
- Joseph Ratzinger, Un chant nouveau pour le Seigneur,
Paris (131313), 1995.
- Joseph Ratzinger, La foi chrétienne, hier et
aujourd'hui, Paris (Cerf), 1996 (rééd.).
- Joseph Ratzinger, Un tournant pour lEurope ? Diagnostics
et pronostics sur la situation de l'Église et du
monde, Paris (Flammanon), 1996.
2) cuménisme
- Internationale kumenische Bibliographie,
Munich-Mayence (C. Kaiser, Matthias Grünewald Verlag),
annuel depuis 1967.
- Dictionary of ecumenical movement, Genève
(wcc Publications), 1991.
- Michael Andrew Fahey S. J., Ecumenism : A bibliographical
Overview, Wesport Conn.-Londres (Greenwood Press), 1992.
- Ruth Rouse et Stephen Charles Neill (éd.), A
History of the Ecumenical Movement, I : 1517-1948,
Genève (wcc), 1987, 3e éd.
- Harold E. Fey, A History of the Ecumenical Movement,
Il : 19481968. The Ecumenical Advance, Genève
(Wcc), 1986.
- Étienne Fouilloux, Les catholiques et l'unité
chrétienne du XIXe au XXe siècle. Itinéraires
européens d'expression française, Paris
(Le Centurion), 1982.
- Jacques Élisée Desseaux, Dialogues théologiques
et accords cuméniques, Paris (Cerf), 1982.
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- Yves Congar, Essais cuméniques :
le mouvement, les hommes, les problèmes, Paris
(Le Centurion), 1984.
- Paul Faynel, Gérard Defois et Joseph Doré
(éd.), L'héritage du Concile, 6 :
L'unité des chrétiens, Paris (DDB), 1985.
- Jean Guitton, uvres complètes, 6 :
cuménisme, Paris (13DB), 1986.
- Oscar Cullmann, L'unité par la diversité :
son fondement et le problème de sa réalisation,
Paris (Cerf), 1986.
- Jean-Paul Willaine (éd.), Vers de nouveaux cuménismes :
les paradoxes contemporains de l'cuménisme.
Recherche d'unité et quête d'identité.
Actes du Xe Colloque du Centre de sociologie du protestantisme
de Strasbourg, 8-10 octobre 1987, Paris (Cerf), 1989.
- Giuseppe Alberigo, Nostalgià di unità.
Saggi di storia dell'ecumenismo, Gênes (Marietti),
1989.
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nouveaux chemins cuméniques, Paris (DDB),
1990.
- Oscar Cullmann, Les voies de l'unité chrétienne,
Paris (Cerf), 1992.
- Georges Tavard, L'cuménisme, Paris
(PUF, coll. «Que saisje? »), 1994.
3) Quelques ouvrages sur les relations entre juifs et chrétiens
- Bernard Dupuy et Jean Halpérin, Juifs et chrétiens
« pour une nouvelle entente » (visite
de Jean-Paul II à la Synagogue de Rome, 13 avril
1986), Paris (Cerf), 1986.
- G. Wigoder, Jewisc-Christian Relations since the Second
World War, Manchester (Manchester University Press),
1988.
- Bernard Dupuy, L'Étoile de Jacob (entretiens
avec Josy Eisenberg), Paris (Cerf), 1989.
- Bernard Dupuy et Marie-Thérèse Hoch (éd.),
Les Églises devant le Judaïsme : documents
officiels 1948-1978, Paris (Cerf), 1990.
- Fritz A. Rothschild (éd.), Jewish perspectives
on Christianity : Leo Baeck, Martin Buber, Franz Rosenzweig,
Will Herberg and Abraham J. Herschel, New York (Crossroad),
1990.
- Martin Buber, Deux types de foi : foi juive et
foi chrétienne, Paris (Cerf), 1991, trad. franç.
- Joseph Duponcheele, L'être de l'Alliance. Le
« pouvoir de faire être » comme
lien philosophique et théologique entre le judaïsme
et le christianisme, Paris (Cerf), 1992.
- Vladimir Soloviev, Le judaïsme et la question
chrétienne, Paris (DDB), 1992, trad. franç.
; préface d'Alain Besançon.
- Samuel Krauss, The Jewish-Christian Controversy from
the earliest time to 1789, édité et corrigé
par William Horbury, Tübingen (JCB Mohr), 1996.
(1) H. U. von
Balthasar, Lamour seul est digne de foi (Paris,
1966), 16. (retour au texte)
(2) (D R. Haubst, Nikolaus v. Kues
in LThK2 VII, 988-991, citation 990.
(retour au texte)
(3) De pace fidei, 7, Il, 16,
20, 62 (Op. omnia, VII, Meiner, 1959), cité d'après
Balthasar, op. cit., 10 S. (retour
au texte)
(4) Vgl. R. Rouse - St. Ch. Beill,
Geschichte der ökumenischen Bewegung 1517-1948,
2 vol., Göttingen, 1957 et 1958; H. J. Urban - H. Wagner
(éd.), Handbuch der Ökumenik, vol. Il (Paderborn,
1986). (retour au
texte)
(5) Cf. K.
Reiser, Ökumene im Übergang. Paradigmenwechsel in
der ökumenischen Bewegung ? (München, 1989).
(retour au texte)
(6) J.A. Cuttat,
Expérience chrétienne et spiritualité
occidentale, in La mystique et les mystiques (Paris, 1965) ;
Id. , Begegnung der Religionen (Einsiedeln, 1965). (retour
au texte)
(7) R. Panikkar,
La Trinidad y la experienca religiosa (Barcelona, 1989) ;
deutsch : Trinität. Über das Zentrum menschlicher
Erfahrung (München, 1993), 35-43. (retour
au texte)
(8) Cf. L.
Bouyer, Mysterion. Du mystère à la mystique
(Paris, 1986). (retour au texte)
(9) Telle est
la formule du IVe Concile du Latran de 1205 : « Quia
inter creatorem et creaturarn non potest sirnilitudo notari,
quin inter eos maior sit dissimilitudo notanda »
(DS, 806). (retour au texte)
(10) Begegnug
der Religionen, 84. (retour au texte)
(11) Voir
également F. Dünzl, Braut und Bräutigam.
Die Auslegung des Canticum durch Gregor von Nyssa (Tübingen,
1993) ; L. Bouyer, op. cit., 225 ff ; encore
toujours important H. U. von Balthasar, Présence et
pensée. Essai sur la philosophie religieuse de Grégoire
de Nysse (Paris, 1942). (retour au texte)
(12) Cf. par
ex., Apologia 31 c : « Mais
le témoin capable de prouver que je dis la vérité,
c'est moi, plutôt, qui vous l'amène : ma
pauvreté !, Kriton, 48 c-d. (retour
au texte)
(13) Voyez
à ce sujet le récent livre du grand rabbin Alexandre
Safran Juifs et chrétiens : la shoah en héritage,
paru chez Labor & Fides. (retour au texte)
(14) Pr Léon
Poliakof, directeur de recherche au CNRS : « Histoire
de l'antisémitisme »... (retour
au texte)
(15) Voyez
les restes de sacrifices d'enfants provenant de la Carthage
phénicienne, colonie de Tyr, visibles au Musée
algérien de Constantine (information transmise par
le pasteur doyen André Gounelle de Montpellier) et
fouilles archéologiques menées à Jéricho...
(retour au texte)
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