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M. Raymond Triboulet
DE LA POÉSIE
PURE À LA MUSIQUE INTÉRIEURE
Séance du lundi 8 juin 1998
Le parlementaire doit improviser,
l'académicien doit écrire.
Monsieur le Président, chers confrères,
Que l'un de vos doyens, élu le 17 septembre 1979, n'ayant
jamais communiqué ni avant ni depuis, homme politique
et historien de l'École française de spiritualité,
vienne vous parler de poésie, peut vous étonner.
Je voudrais vous en donner l'explication :
Notre président, l'an dernier, était notre cher
philosophe Roger Arnaldez : il nous fit écouter de
remarquables représentants de la philosophie actuelle,
qui nous exposèrent des problèmes que je ne
me pose pas. Si bien que j'eus recours à notre président
d'aujourd'hui, qui, avec le regretté Pierre-Georges
Castex (de la section de morale et sociologie), nous parla
si bien de littérature, et il m'inscrivit pour cette
communication sur la poésie : je n'avais pas prévu
qu'il faudrait peut-être m'excuser de ne pas sortir
de l'École normale supérieure.
Je voudrais dès l'abord attirer votre attention sur
ce qui distingue la musique de la littérature :
toutes les musiques de tous les compositeurs et de tous les
siècles sont encore un jour ou l'autre exécutées
et diffusées ; notre chancelier Marcel Landowski
ne me démentira pas. La littérature, elle, passe
de mode : même l'immortalité de nos confrères
de l'Académie française est toute relative.
Les plus jeunes d'entre nous protesteront peut-être :
ils publient encore avec courage des livres instructifs, mais
un vieil homme comme moi constate qu'aucun des prosateurs
de sa jeunesse, même ceux qui faisaient la pluie et
le beau temps : Mauriac, Genevoix, Maurois, Paul Bourget,
Georges Duhamel, Romain Rolland, Jean de la Varende, ne se
vendent plus ; et si vous ne m'en croyez pas, lisez l'article
de Philippe Cousin paru dans Le Figaro du 12 février
sur « Les traversées du désert »
avec photos à l'appui et le sous-titre : « Nombreux
sont les éléphants, les gloires de la littérature
à être entrés dans l'anonymat avant ou
après le trépas ».
Vous me direz que certains grands prosateurs demeurent illustres.
Je n'en reconnais que trois qui précisément
peuvent être déclamés, qui relèvent
de la musique :
- Bossuet et ses Oraisons funèbres, dont
je ne crois pas être indiscret en révélant
que notre vénérable confrère Jean Foyer
est capable, par exemple en fin de banquet amical, de déclamer
les plus célèbres.
Au reste, Maurras, mettant au pinacle les vers de Mistral,
ajoute : « Je n'avais entendu de tels sons
que dans Bossuet ! »
- Chateaubriand, dans Les Martyrs, notamment, que
le Dictionnaire Larousse définit justement
comme un poème en prose.
- Le général de Gaulle enfin, qui termine
ses Mémoires de Guerre par ce chant admirable
qui suit son départ du pouvoir en 1946 (il reviendra
au pouvoir en 1958) et que je ne résiste pas avec
émotion à vous rappeler :
« A mesure que l'âge m'envahit,
la nature me devient plus proche. Chaque année, en
quatre saisons qui sont autant de leçons, sa sagesse
vient me consoler.
« Elle chante au printemps : "Quoi qu'il
ait pu, jadis arriver, je suis au commencement ! Tout
est clair malgré les giboulées, jeune, y compris
les arbres rabougris, beau, même ces champs caillouteux.
L'amour fait monter en moi des sèves et des certitudes
si radieuses et si puissantes qu'elles ne finiront jamais !"
« Elle proclame en été : "Quelle
gloire est ma fécondité ! A grand effort,
sort de moi tout ce qui nourrit les êtres. Chaque vie
dépend de ma chaleur. Ces grains, ces fruits, ces troupeaux,
qu'inonde à présent le soleil, ils sont une
réussite que rien ne saurait détruire. Désormais,
l'avenir m'appartient !"
« En automne, elle soupire : "Ma tâche
est près de son terme. J'ai donné mes fleurs,
mes moissons, mes fruits. Maintenant je me recueille. Voyez
comme je suis belle encore dans ma robe de pourpre et d'or,
sous la déchirante lumière. Hélas, les
vents et les frimas viendront bientôt m'arracher ma
parure. Mais, un jour, sur mon corps dépouillé,
refleurira ma jeunesse !"
« En hiver, elle gémit : "Me voici,
stérile et glacée. Combien de plantes, de bêtes,
d'oiseaux, que je fis naître et que j'aimais, meurent
sur mon sein qui ne peut plus les nourrir ni les réchauffer !
Le destin est-il donc scellé ? Est-ce, pour toujours,
la victoire de la mort ? Non ! Déjà
sous mon sol inerte, un sourd travail s'accomplit. Immobile
au fond des ténèbres, je pressens le merveilleux
retour de la lumière et de la vie."
« Vieille terre, rongée par les âges,
rabotée de pluies et de tempêtes, épuisée
de végétation, mais prête, indéfiniment,
à produire ce qu'il faut pour que se succèdent
les vivants !
« Vieille France, accablée d'histoire, meurtrie
de guerres et de révolutions, allant et venant sans
relâche de la grandeur au déclin, mais redressée,
de siècle en siècle, par le génie du
renouveau !
« Vieil homme, recru d'épreuves, détaché
des entreprises, sentant venir le froid éternel, mais
jamais las de guetter dans l'ombre la lueur de l'espérance ! »
*
* *
Mais revenons à la poésie : c'est elle
qui a, le long des années, investi ma mémoire
et me console. J'ai même été effrayé
du nombre de jeux poétiques qui me sont dès
l'abord revenus à l'esprit et dont j'ignore les auteurs.
Ainsi ce sonnet de vers d'un pied :
Fort
Belle
Elle
dort.
Sort
frêle
quelle
mort.
Rose
Close
La
Brise
l'a
prise.
ou encore, ces deux vers superposés :
« Gal, amant de la reine, alla,
tour magnanime,
galamment, de l'Arène à la Tour Magne, à
Nîmes. »
Rassurez-vous, ce ne sont pas de ces jeux que je veux vous
parler, non plus que des petits poèmes publiés
chaque semaine par Le Figaro littéraire, plus
sibyllins que les sonnets de Mallarmé.
Je fais un choix de quelques poètes immortels, qui
répondent pour moi au titre de ma communication, Poésie
pure et musique intérieure : Malherbe, Racine,
Lamartine, Apollinaire, Verlaine et Charles Maurras, vous
laissant, chers confrères, sous forme de questions,
d'autres grands poètes à citer.
*
* *
Poésie pure, qu'est-ce à dire ? C'est
Paul Valéry qui nous répond ; il souhaitait
faire une « petite histoire de la poésie
française : les dégagements de la poésie
française comme ingrédients ». Il
écrivait : « Le vers le jour n'est
pas plus pur... n'a aucun sens. Ce qu'il dit n'est rien à
l'esprit. Par quoi il est admirable ?... il allie des
monosyllabes (longs et brefs) qui obligent à une allure
égale et modérée de la voix. »
Bref, Valéry parle de chant.
Et si nous nous reportons à la Musique intérieure,
paru en 1925, de Charles Maurras, qui fait précéder
200 pages de vers des 100 pages d'une introduction très
éclairante, le poète se reporte à son
enfance et écrit : « Moi qui ai besoin
de savoir clairement ce que chanter veut dire : voilà
que ma jeune marraine, attentive aux liaisons grammaticales,
m'avait fait prononcer le « lou-pet-l'agneau » :
une rêverie nonchalante évoqua peu à peu
un loup qui se serait appelé Pélagneau. Telle
fut tout d'abord l'insensibilité mallarméenne
de mon cur à tout ce qui n'était point
la poésie pure. »
Ne nous attardons pas à cette anecdote et voyons chez
Racine les vers dont la musique transcende la signification.
Il s'en trouve dans chacune de ses tragédies, et déjà
chez Andromaque, qui se termine, à l'acte V, par
la fureur d'Oreste. Il roule à terre, hurlant :
« Hé bien, filles d'enfer,
vos mains sont-elles prêtes ?
Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?
»
Et ma longue vie m'a permis de voir et d'entendre dans ce
rôle l'illustre tragédien De Max. Il avait rénové
les personnages de Néron dans Britannicus, de
Polyeucte, et même des churs chantants chez Musset.
Sa santé s'altérait et il voulait mourir en
scène, précisément dans ce rôle
d'Oreste ; à sa demande, Andromaque revenait à
l'affiche presque chaque semaine. Il ne réussit pas
à mourir, mais on dut enfin le transporter chez lui,
et il mourut le soir même.
Dans Bérénice, comme dans Iphigénie,
la poésie pure se dégage de quelques vers. Il
nous suffira de citer dans Phèdre, ce distique :
« Ariane, ma sur, de
quel amour blessée,
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes
laissée. »
Cette poésie pure affleure aussi dans quelques vers
de Lamartine, le grand orateur, par exemple, dans Le lac
ou Le premier regret :
« On n'entendait au loin, sur
l'onde et sous les cieux
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux. »
Quittant la poésie pure, je reviendrai à Charles
Maurras que j'ai déjà plaisamment cité ;
et cela parce que l'Introduction à sa Musique intérieure
permet à cet écrivain de grande culture d'ouvrir
bien des portes.
Il est chef de parti et publie chaque matin un interminable
éditorial, aux côtés de Léon Daudet.
Il décrit pourquoi, ayant passé la nuit à
corriger son article au marbre, et sourd comme un pot, il
repart à pied dans Paris, à l'aube :
« Rendu à la fraîcheur de la rue
solitaire, l'écrivain las... s'aperçoit du
bizarre accompagnement que lui font des pensées belles
et hautes qu'il a oubliées au fond de l'encrier :
ce qu'il aurait dû dire et ce qu'il n'a pas dit, ce
qu'il a dit de travers et qu'il ne rattrapera plus !
C'est alors qu'apparaît la consolation divine des
vers. »
Certes, on peut estimer que chez Maurras le prosateur d'Anthinéa,
des Amants de Venise, de L'Étang de Berre
est plus important que le poète. Encore est-il que,
si cet homme chétif a toujours regretté de ne
pas combattre, il a su le chanter :
« Tu naquis le jour de la lune
Et sous le signe des combats
Le soleil n'en finissait pas
De se lever sur ta lagune
Mais tu n'as pas quitté ton île
Ni fait bataille sur la mer
Jamais la gloire du vrai fer
N'a brillé dans ta main débile. »
Certes son long poème sur La Bataille de la Marne
n'est guère lisible aujourd'hui, et paradoxalement
on admirera plutôt sa « Vaine ballade
des remontrances à Psyché osées par le
vieux Faust » :
« Faust : "Chère
Psyché, vos yeux qui tremblent
Vos yeux de fleur ont peur du vent,
Peur et délice tout ensemble :
Ivres d'espoir dans le levant
Ils étincellent au devant
Des clartés vaines qui s'élèvent
Ah ! sous ce dôme décevant
Luise la lampe de vos rêves !" »
Poème que Jean Moréas jugea « pas
mal » et le jugement de l'auteur des Stances
comptait beaucoup pour lui.
Ou encore, ce poème sur la Beauté :
« Toi qui brilles enfoncée
au plus tendre du cur,
Beauté, fer éclatant, ne me sois que douceur
Ou si tu me devais être une chose amère
En aucun temps du moins ne me sois étrangère,
Brûle et consume-moi, mon unique soleil.
Que ton dur javelot, ton javelot vermeil,
Dardant de jour en jour une plus pure flamme,
Je sois régénéré jusques au
fond de l'âme
Et même, ma raison folle de te sentir
Ne reconnaisse plus si c'est vivre ou mourir ! »
Enfin la fameuse chanson traduite d'Anacréon après
Ronsard, que Jean Moréas trouva très bien et
qu'un critique célèbre de l'époque cita
comme un chef-d'uvre de Ronsard lui-même :
« Aux taureaux Dieu cornes
donne
Et sabots durs aux chevaux
Et pieds lestes aux levreaux.
Ses dents montre la lionne :
Vois mes ailes, dit l'oiseau,
Et comme le poisson nage
Par ainsi est l'homme sage.
Mais aux femmes il partage
Ores qu'il a tout doté,
Quelle force ? La beauté.
Oui dà, pour toute rondelle,
Oui dà, contre tout épieu,
Et quelqu'une qui est belle
Ainsi passe fer et feu. »
Mais quittons Charles Maurras pour passer rapidement aux
deux poètes du XIXe et du XXe siècle, que je
vous avais annoncés : je les ai choisis pour que
vous ne condamniez pas ma préférence marquée
pour Lamartine, Malherbe et Racine.
Apollinaire d'abord, pour son amour de la poésie, qui
lui fait rimer les moindres billets et lui fait chanter le
Pont Mirabeau :
« Sous le pont Mirabeau, coule
la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine.
Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure. »
Mais aussi parce que ce fils naturel d'Angelica de Kostrowitsky
fut élevé à Monaco et, à 9 ans,
vint à Paris. Il versifie dès l'âge de
17 ans et, contrairement au débile Charles Maurras,
cet étranger, né à Rome et de nationalité
russe, se présenta au conseil de révision en
août 1914. Volontaire pour le front, il y partit «
avec enthousiasme » au printemps 1915.
Il écrivait à André Billy :
« Premier canonnier conducteur
Je suis au front et te salue
Non, non, tu n'as pas la berlue
Cinquante neuf est mon secteur. »
Et, dans les tranchées, le Guetteur mélancolique
écrivait aux femmes qu'il aimait, ainsi dans les Poèmes
à Lou :
« Toi qui fis à l'amour
des promesses tout bas
Et qui vis s'engager pour ta gloire un poète,
O rose toujours fraîche, ô rose toujours prête
Je t'offre le parfum horrible des combats. »
II est ainsi le poète de la grande guerre de 1914.
Sous-lieutenant en novembre 1915, naturalisé le 9 mars
1916, il est atteint le 17 mars par un éclat d'obus
qui traversa son casque : il est trépané
par deux fois. En octobre, par une curieuse coïncidence,
il publie le Poète assassiné composé
avant la guerre. En 1918, il est affecté à la
censure : il publie Calligramme en avril, mais
sa santé est altérée, et il meurt le
9 novembre, alors qu'il venait d'être promu lieutenant :
il est emporté par une grippe infectieuse.
Ce poète étranger, devenu patriote français,
ne méritait-il pas d'être évoqué
spécialement aujourd'hui dans notre Institut de France ?
Quant au second poète du dernier siècle, c'est
bien entendu Verlaine qui pour moi est le plus grand. Qu'il
suffise d'évoquer son Rêve familier :
« D'une femme inconnue et que j'aime et qui m'aime »
ou son Clair de lune : « Votre âme
est un paysage choisi que vont charmant masques et bergamasques »,
et dix autres poèmes célèbres.
Je me bornerai à citer sa Chanson d'automne :
« Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blesse mon cur
D'une langueur
Monotone
Tout suffocant
Et blême,
Sonne l'heur
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure.
Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deci, delà
Pareil à la
Feuille morte. »
Et nous arrivons au grand poète orateur qui fut chef
d'État il y a cent cinquante ans et sut défendre
le drapeau tricolore contre le drapeau rouge, Alphonse de
Lamartine. J'ai d'ailleurs retrouvé dans une publication
de l'époque le texte de ce discours avec l'indication
des mouvements de foule, d'abord hostile, puis conquise par
l'éloquence.
Lamartine versifie comme il respire. C'est cette facilité
qui serait signe de génie. Pour donner un exemple de
ce génie et des hauteurs de son inspiration, il suffit
de dire ce passage de l'Hymne de la Nuit :
« Ô nuits, déroulez
en silence
Les pages du livre des deux ;
Astres, gravitez en cadence
Dans vos entiers harmonieux ;
Durant ces heures solennelles,
Aquilons, repliez vos ailes,
Terre, assoupissez vos échos ;
Étends tes vagues sur les plages,
Ô mer ! et berce les images
Du Dieu qui t'a donné tes flots !
Savez-vous son nom ? La nature
Réunit en vain ses cent voix ;
L'étoile à l'étoile murmure :
Quel Dieu nous imposa nos lois ?
La vague à la vague demande :
Quel est celui qui nous gourmande ?
La foudre dit à l'aquilon :
Sais-tu comment ton Dieu se nomme ?
Mais les astres, la terre et l'homme
Ne peuvent achever son nom.
Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon
âme !
Tombez, murs impuissants, tombez !
Laissez-moi voir ce ciel que vous me dérobez !
Architecte divin, tes dômes sont des flammes !
Que tes temples, Seigneur, sont étroits pour mon
âme !
Tombez, murs impuissants, tombez ! »
*
* *
Mais voici que nous allons revenir au XVIIe siècle
et à Racine, prince des poètes.
Il est précédé par Malherbe dont on parle
comme d'un poète rébarbatif, alors qu'il a expérimenté
tous les vers de différentes longueurs et les strophes
les plus diverses. Or, il a eu recours à une strophe
illustre, dont Charles Maurras dit ceci : « Je
ris encore de l'espèce de stupeur où me plongèrent
mes premières tentatives de secours à la grande
strophe lyrique de Malherbe et Racine. Quel beau son elle
rend par elle-même... quelle vigueur en reçoit
le faible langage ! Le quatrain liminaire à rimes
entrecroisées dessine un vase, un socle ou un support,
les rimes plates du distique lancent la tige droite, d'où
sort à rimes embrassées le bulbe florissant
du quatrain terminal. » II y a là « la
plus magnifique avenue qui conduise les hommes à la
cime illuminée de la poésie ».
Voici cette strophe de Malherbe :
« Apollon à portes ouvertes
Laisse indifféremment cueillir
Les belles feuilles toujours vertes
Qui gardent les noms de vieillir ;
Mais l'art d'en faire les couronnes
N'est pas su de toutes personnes ;
Et trois ou quatre seulement,
Au nombre desquels on me range,
Peuvent donner une louange
Qui demeure éternellement. »
Et voici ce que Racine a su en faire dans son Cantique IV
sur les « Vaines occupations des gens du siècle »
(tiré de divers endroits d'Isaïe et de Jérémie)
qui me paraît le sommet de la poésie française,
et dont j'ai d'ailleurs publié la première strophe,
en conclusion de mon second livre de mémoires politiques
Un ministre du Général (Plon).
« Quel charme vainqueur du
monde
Vers Dieu m'élève aujourd'hui !
Malheureux l'homme qui fonde
Sur les hommes son appui !
Leur gloire fuit et s'efface
En moins de temps que la trace
Du vaisseau qui fend les mers,
Ou de la flèche rapide
Qui, loin de l'il qui la guide,
Cherche l'oiseau dans les airs.
De la sagesse immortelle
La voix tonne et nous instruit :
"Enfants des hommes, dit-elle,
De vos soins, quel est le fruit ?
Par quelle erreur, âmes vaines,
Du plus pur sang de vos veines
Achetez-vous si souvent,
Non un pain qui vous repaisse
Mais une ombre qui vous laisse
Plus affamée que devant ?"
Le pain que je vous propose
Sert aux anges d'aliment ;
Dieu lui-même le compose
De la fleur de son froment.
C'est ce pain si délectable
Que ne sert point à sa table
Le monde que vous suivez.
Je l'offre à qui veut me suivre.
Approchez. Voulez-vous vivre ?
Prenez, mangez et vivez ! »
Que vous preniez et viviez ou non de tous ces poèmes
que je vous ai cités, chers Confrères, dites-moi
ceux qui vous consolent et soyez remerciés d'augmenter
notre trésor.
Orientations bibliographiques
- De la poésie comme exercice spirituel,
Paris, Le Cherche-Midi, Éditions Saint-Germain-des-Prés,
1978.
- Pierre Emmanuel, La poésie comme forme de la
connaissance, Association des publications des Universités
de Strasbourg, 1984.
- Edgar Morin, Amour, poésie et sagesse,
Paris, Éditions du Seuil, 1997.
- Jean-Claude Renard, Autres notes sur la poésie,
la foi et la science, Paris, Éditions du Seuil,
1995.
- Edmond Reboul, Musique et poésie, Nîmes,
Lacour, 1996.
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