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Paul BERNARD
L'actualité et l'avenir du corps préfectoral
Jéprouve une joie réelle à parler dun thème qui mest cher, dune fonction qui sidentifie à ma vie.
Cest donc sur la base dune expérience administrative, vécue sur le territoire, et des convictions qui me tiennent à cur, que je vais tenter de cerner " lactualité et lavenir du Corps Préfectoral ", dans la perspective et lesprit du thème des réflexions de votre Académie consacrés en lan 2000 au rôle et à la place de lEtat au XXIème siècle.
Le corps préfectoral est une originalité française qui suscite de la curiosité, en raison de la longévité de linstitution, car elle a traversé les régimes les plus divers et une interrogation sur sa pérennité, car elle est souvent mise en question comme une exception anachronique dans lEurope contemporaine.
On peut parler en effet dune énigme préfectorale. Luvre napoléonienne de lan VIII peut-elle encore avoir un sens aujourdhui à lheure des idées reçues de la mondialisation et de la décentralisation ?
Le personnage préfectoral intrigue les observateurs, par son caractère paradoxal qui trouble son image : est-il le plus politique des administrateurs ou le plus administratif des politiques ? La puissance qui lui est attribuée cache mal la fragilité de sa position soumise au bon vouloir du gouvernement ? Est-il un phoenix sans cesse renaissant dans les cendres des crises institutionnelles ou bien un mutant sadaptant à lévolution sociale ? En 1982, on a fait croire quil était auparavant tout puissant, ce quil ignorait, et quil devenait impotent, ce qui sest révélé une illusion doptique.
En fait, la célébration du bicentenaire de linstitution (février 1800-2000) renouvelle cette interrogation sur lavenir, avec dautant plus dacuité que notre tat est en crise dans une société en mutation.
La sagesse africaine nous rappelle que lorsquon ne sait plus où on va, il importe de se demander doù on vient.
Si la loi du 28 Pluviose an VIII a prescrit que le préfet serait " seul chargé de ladministration ", ce nétait pas pour consolider un pouvoir mais pour assurer une mission : celle que Lucien Bonaparte, Ministre de lIntérieur, définissait comme un trait dunion entre la révolution et la paix entre les Français : " le gouvernement ne veut plus, ne connaît plus de partis et ne voit en France que des Français. "
Cest donc bien lutilité commune, au sens de la déclaration des droits de 1789, qui fonde la légitimité du préfet, et non pas quelque statut corporatiste. Cest le service rendu à la République qui a justifié le choix de Jean Moulin pour unifier les mouvements de résistance. Cest bien le préfet Erignac que dodieux assassins ont choisi pour cible afin dempêcher la cohésion de notre nation autour de la République.
Cest pourquoi la fonction préfectorale est la seule fonction publique que le Constituant de 1958 a voulu définir avec précision en lui confiant " la charge des intérêts nationaux, du contrôle administratif, du respect des lois " : cest à dire lunion de lordre républicain et du rassemblement civique autour des intérêts communs. Telle est la mission du représentant de ltat, délégué du gouvernement , sur le territoire de la République.
Ce rôle de trait dunion permet de caractériser lévolution préfectorale dabord dans lhistoire institutionnelle des relations entre le pouvoir et le peuple, ensuite aujourdhui dans laction publique autour de la convergence sur lintérêt général, enfin demain entre lorganisation de ltat et ladaptation à la vie de la société.
Ce lien nous inspire une réflexion en trois phases :
Hier : le rappel de la longue marche historique et inachevée,
Aujourdhui : le combat contemporain pour lintérêt général
Demain :lélan pour la réforme.I Une longue marche historique pour relier le pouvoir et le peuple Lévolution des institutions reflète lhistoire de notre peuple dans ses problèmes, ses aspirations et ses murs.
Le représentant du pouvoir central se situe au cur de ces tendances profondes et de ces évolutions. Le peuple est introuvable, a-t-on dit, mais le préfet, les élus et les citoyens représentent une société incarnée à échelle humaine.
1 Une constante dans la conception du pouvoir dtat
On ne peut pas oublier qu " il y a 1000 ans la France prit son nom et ltat sa fonction " (selon la formule de de Gaulle). Notre tat a créé et donc précédé la Nation, en construisant lunité des Français par un assemblage progressif de provinces, de villes à partir dun " agrégat inconstitué de provinces désunies ". Il faut demblée souligner la différence fondamentale avec les tats fédéraux européens, constitués il y a à peine un siècle, et que les esprits, imprégnés de lair du temps, voudraient nous imposer comme un modèle de ltat moderne. Le produit dune longue histoire devrait nous libérer des complexes mal fondés.
a) Les gouvernements de la France ont toujours poursuivi trois objectifs qui sont autant de forces daccompagnement de la cohésion sociale.
- la conciliation entre lunité nationale et les libertés publiques, notamment les libertés locales
-la proximité des réalités humaines et locales par la liaison entre le pouvoir central et le territoire
- la coopération, finalité suprême, qui consiste à faire travailler ensemble les Français, et à relier les individus, toujours tentés par les querelles gauloises, dans leffort collectif vers loeuvre commune.
En effet, notre spécificité française a une conséquence malheureuse qui nous différencie dautres pays. En France, les individus et les collectivités locales renvoient sur ltat le soin de veiller aux intérêts nationaux, ce qui explique que tout appel de ltat au partage des responsabilités est considéré comme un transfert de charges qui contrarie le pré-carré des intérêts locaux. Le concours à lintérêt national nest donc ni naturel ni spontané. Il doit être sollicité, expliqué, parfois même négocié.b) La réponse à cette anomalie civique et aux objectifs poursuivis a de tous temps été la même à travers les régimes. La solution de léquation, cest lintermédiation de lenvoyé en mission sur le territoire, bénéficiant de la confiance intuitu personae, placé dans la main du pouvoir central, doté de pouvoirs délégués, vivant au milieu de la population, pour faire le lien entre lintérêt général de la communauté française et les intérêts particuliers et locaux.
On note une sorte de lignée de serviteurs fidèles de cette mission : depuis les missi dominici, les maîtres des requêtes départis pour lexécution des ordres du roi, " les intendants de police, justice, finances ", les représentants en mission de la Convention, les préfets de lempire et de la République, jusquaux commissaires de la république lors de la libération du territoire en 1944 et aux préfets de la Vème République.
Ces personnages si différents ont pourtant un air de famille : ils apportent un visage personnalisé au pouvoir, ils humanisent les rapports publics, en traduisant les attentes, en transmettant les aspirations, en conciliant les intérêts. Ils ont une double légitimité : lintérêt national commun à tous et la protection des populations, y compris à légard des féodalités en tous genres, toujours renaissantes. Ils contribuent à la paix et au bien public.
La déconcentration renoue avec cette tradition en confiant au préfet des pouvoirs de représentation et de décision au nom des ministres. Avec le préfet déconcentré, renouvelé comme missionnaire de la République, la France contemporaine a trouvé un moyen original pour concilier ltat unitaire et la Nation décentralisée, sans recourir au système fédéral dont leffet centrifuge serait très dangereux pour notre pays. En France, ltat prend sa source et sa légitimité dans la Nation (unitaire) et non dans un contrat avec et entre les collectivités locales (fédéral).2. Le représentant de lEtat sinscrit dans la logique dun mouvement de lhistoire de France
a) Il est possible de faire apparaître un processus dévolution selon trois phases dune même trajectoire.
- Une longue période multiséculaire de centralisation, dans lAncien Régime, sous la Révolution et avec Napoléon, a fait naître laborieusement lEtat-Nation, identifié à un peuple, un territoire, une langue, sous légide du bien commun du royaume puis de lunité nationale.
- Une progression lente a uvré pour la décentralisation, favorisant des pouvoirs accordés aux collectivités locales, dans lesprit des franchises royales accordées aux villes :
- sous la 3ème République, avec les lois du 10 août 1871 sur le conseil général et du 5 avril 1884 sur la commune,
- sous la 4ème République avec la Constitution de 1946 transférant lexécutif départemental du préfet au Président du conseil général (disposition non appliquée),
- sous la 5ème République, en 1969, le Général de Gaulle a proclamé que " leffort multiséculaire de centralisation " nétait plus nécessaire et devait faire place au ressort régional.
- enfin, 1982 a été marqué par les lois de décentralisation qui ont constitué, sans rupture, laboutissement dune longue évolution et un nouveau départ pour la libre administration des collectivités locales.
- La Vème République en 1958 a développé un nouveau mouvement complémentaire vers la déconcentration et vers la coopération des collectivités territoriales à ladministration du territoire, dans une sorte de synthèse des mouvements précédents.
b) On a assisté depuis 1958 à une dialectique entre la décentralisation et la déconcentration, évoluant de façon solidaire, comme un couple de forces. Plus on décentralise pour faire progresser les libertés locales, plus on déconcentre pour permettre au préfet dassurer lunité nationale sur le territoire, en vue de favoriser un dialogue responsable de décision, au plus près des réalités locales et humaines et pour le meilleur service rendu au moindre coût à tous les citoyens. Lévolution multiséculaire a-t-elle atteint son stade ultime dans la logique du système français actuel ?
- La succession des textes illustre ce phénomène :
- La Constitution de la Vème République solidarise dans deux alinéa du même article 72, dune part la libre administration des collectivités locales, dautre part la mission du délégué du gouvernement.
- La loi du 2 mars 1982 portant droits et libertés des collectivités locales a été suivie par les décrets du 10 mai 1982 précisant les pouvoirs déconcentrés du représentant de ltat.
- De même, la loi du 6 février 1992 sur ladministration du territoire de la République a été suivie également par le décret du 1er juillet 1992 portant charte de la déconcentration, qui est devenu par la force de la loi, le droit commun de l'administration.
- Le rythme des réformes a obéi à cette dialectique dentraînement. De même que lanarchie révolutionnaire des municipalités de canton avait entraîné linstitution du préfet parmi les " masses de granit " de Napoléon, de même les années récentes ont été marquées par un enchaînement entre lunité et la liberté.
Après les décrets de 1964 accentuant la déconcentration préfectorale, le besoin de régionalisation décentralisée a donné lieu au projet de 1969 qui a connu léchec du référendum. Aussitôt après, létablissement public régional de 1972 a répondu à lattente des élus et une nouvelle étape de déconcentration a été marquée par la programmation des crédits de ltat classés en catégorie I (national) et en catégories II (régional) et III (départemental), confiées au préfet de région ou de département. Enfin, la décentralisation de 1982 a provoqué une progression marquée de la déconcentration. Le dernier état a été illustré par les décrets du 20 octobre 1999 qui confirment la déconcentration comme la règle de droit commun de la répartition des attributions et des moyens entre les échelons des administrations civiles de lEtat et qui ajoute aux préfets des pouvoirs dorganisation des services déconcentrés. Il sagit de parachever un mouvement engagé et dempêcher tout retour en arrière.3. Lévolution de la fonction préfectorale a suivi les changements de la société, en démontrant sa capacité dadaptation aux besoins de la Nation.
a) La nature de la fonction a reflété les mutations politiques et sociales sans que la mission de service soit modifiée. Ainsi lagent politique de lempereur ou le promoteur du régime républicain a fait place à ladministrateur représentant de ltat. Le lien dallégeance sest transformé avec la professionnalisation dun métier et dune carrière, dans la loyauté au gouvernement de la république, sans exigence dattache au parti politique majoritaire. Ce résultat, acquis au terme dun long processus, caractérise une heureuse exception française sans équivalent dans les pays étrangers.
Le serviteur de la Nation sest vu confier des missions de médiation sociale, dans un comportement douverture cuménique, auprès de toutes les composantes de la société. Ainsi lhomme politique du pouvoir a fait place à lhomme de ltat au service public et puis à lhomme de la Nation trait dunion entre les citoyens, les élus et le gouvernement.
Enfin, le représentant de ltat-membre de lUnion européenne, agent territorial de lEurope a la charge nouvelle et supplémentaire de mettre en uvre les politiques nationales et communautaires, de contrôler le respect de la légalité selon le droit européen, et de gérer les fonds communautaires.
b) Cette évolution sest développée en fonction dévénements déterminants qui ont projeté le préfet en première ligne de laction publique sur le territoire, conformément à la prise en compte des priorités de la Nation.
- La crise sociale, caractérisée par le chômage, lexclusion, la pauvreté, les inégalités, a placé le préfet au cur de la solidarité en faveur des plus déshérités atteints par la détresse sociale ou par la pathologie des quartiers urbains.
- Les troubles à lordre public résultant des violences urbaines, du terrorisme, des risques naturels ou industriels de sécurité civile, ont souligné la mission prioritaire du préfet garant de lordre et de la sécurité, particulièrement dans la crise dordre public.
- Les atteintes aux équilibres naturels ont fait du préfet le défenseur de lenvironnement et la corruption des moeurs publiques a souligné la priorité à donner au contrôle administratif de la légalité.
- La crise civique de contestation ou dindifférence par rapport à lintérêt général a incité le préfet à réanimer les circuits de participation à la chose publique : en particulier la perte de confiance subie par les corps intermédiaires (syndicats, collectivités, associations) provoque un vide civique.
- La crise politique, donnant lieu aux alternances électorales et à la cohabitation, a fait évoluer le comportement du préfet, partagé entre lattentisme et lengagement politique.
- Quant à lévolution de ladministration territoriale, accentuée par la décentralisation et par lincidence croissante des directives européennes, elle a provoqué une adaptation du préfet au nouveau rôle de lEtat. En 1982, avec le transfert de lexécutif des départements, on a voulu changer le titre, mais le commissaire de la République est vite redevenu préfet parce que sa fonction dEtat était confirmée et non modifiée.
c) On assiste à un paradoxe surprenant, à propos de la fonction préfectorale. Dune part linstitution du préfet est de plus en plus contestée par le jeu des idées, dans lair du temps, découlant des prétendus modèles européens, du libéralisme ambiant, de la décentralisation mal comprise, de la déréglementation, de la dictature du marché. Dautre part, dans le même temps, les gouvernements et lopinion ne cessent de charger les préfets de toutes les missions prioritaires : la sécurité publique, le contrôle de légalité, la lutte contre les pollutions, le combat pour lemploi, la paix dans la ville, la sécurité routière, la chasse, limmigration clandestine, le logement social, la mixité sociale, etc
On a limpression que les pouvoirs publics confient aux préfets le soin de trouver sur le territoire les solutions que le pouvoir central est incapable de dégager ou dimposer au plan national.
Devant cette évolution, quelque peu désordonnée, parce que privée de directions claires, et encombrée de priorités mêlées et concurrentes, on invente alors un nouveau terme pour définir la mission dun tat incertain, qui séloigne pour prendre de la hauteur et de la distance, celui de régulation. Il sagit dune nouvelle forme dautorité qui assure la compatibilité de décisions multiples et la conformité de tous à la logique de laction publique. Mais cela peut aussi constituer une manière insidieuse daffaiblir lEtat au profit de nouvelles ambitions. - En conclusion, on saperçoit que les profondes et successives mutations intervenues au cours de notre histoire, ancienne et récente, auraient pu, ou dû, avoir raison de linstitution du préfet, si elle avait été circonstancielle. En fait son maintien, non pas pour des motifs corporatistes, mais pour une raison majeure et supérieure dintérêt public, démontre que la fonction de préfet est certes un métier quon apprend, mais pour quelle ne se confond pas avec ce métier. Cest une mission nationale dont la plasticité nest pas le moindre mérite, qui senracine dans la société et sincarne dans des hommes. Si le préfet, ni napolénonien ni caméléonien, a pu traverser ces épreuves dadaptation incessante, sans être vraiment le même ni tout à fait un autre, cest quil répond pour la France à un besoin des pouvoirs publics et des citoyens. En allant plus au fond, on peut dire que cette fonction vit au rythme de la société, parce que, au delà de la compétence professionnelle, la mission exige de son titulaire une vocation de service et une mystique de république.II - Le combat contemporain pour lintérêt général Ce défi appelle une convergence des pouvoirs publics et des citoyens dans laction.
Aujourdhui, le préfet subit le contrecoup de la crise sociale, il est au cur de la recherche dun tat mieux adapté à ses missions, et il modèle son comportement pour être en phase avec cette période historique de transition que nous vivons. Cest bien toujours le même besoin de trait dunion auquel la fonction sefforce de répondre.· 1. La crise de lEtat, qui exprime celle de la société, crée un contexte de destabilisation, et lintérêt général sacrifié en fait les frais.
· la dérive des moeurs, résultant de lindividualisme, de la corruption, de la perte dautorité, éloigne de la chose publique
· les institutions sont à leur tour ébranlées, par le procès instruit contre ltat, par le vent mondialiste qui transporte le libéralisme et le fédéralisme, par les courants contraires de lintégration et de lautonomisation.
· la collusion entre le pouvoir, largent et limage médiatique creuse lécart entre lintérêt général et les citoyens, tandis que laction politique, en porte à faux, laisse la place au gouvernement des juges et à la dictature des médias.
Il semble même que cette situation nouvelle enregistre une aggravation accélérée.2. LEtat est à la recherche dun nouvel équilibre et son représentant préfectoral participe au mouvement, dans trois directions.
Au lieu de perdre les repères de base à travers les critiques du plus ou moins dtat, on peut orienter les réflexions sur les dimensions de ltat moderne, qui doit être essentiel, territorial, partenarial, et non forcément modeste.
a) Représentant de ltat essentiel, cest à dire en charge des responsabilités dont il ne peut pas sexonérer, le préfet, délégué du Premier Ministre et de chacun des ministres, est chargé de veiller sur le territoire aux intérêts nationaux et dy associer le plus grand nombre de responsables et de citoyens.
Ces missions essentielles correspondent aux priorités de la Nation, exprimées par le gouvernement et par le législateur et confèrent au préfet des attributions primordiales.
- Gardien de la règle de droit, le préfet assure, dans sa circonscription, la sécurité et le respect des lois. Lordre public républicain, entendu comme lordre de la loi et des libertés, ne se limite pas à labsence de troubles et au rétablissement du droit, car il a surtout pour finalité de mettre en place les conditions de la paix civile, cest à dire les équilibres économiques et sociaux, notamment lemploi et linsertion, qui garantissent lharmonie des relations sociales.
Cette mission première est symbolisée par les feuilles de chêne et dolivier entrelacées que le préfet porte sur les parements de son uniforme et qui rappellent la force de lordre et la paix de la République. Ce symbolisme résume le cur de la fonction préfectorale au service du bien public.
- Partenaire des acteurs économiques, particulièrement du secteur privé des entreprises, le préfet contribue à lanimation du développement en vue de lemploi, et, à cet effet, il doit se préoccuper autant que possible de lever les freins, de rendre intelligibles les procédures, de réduire les formalités administratives, de soutenir leffort des acteurs économiques.
- Protecteur des citoyens les plus faibles, en raison des handicaps et des blessures de la vie, le représentant de ltat a une mission de solidarité, pour faire converger lensemble des politiques de compensation des inégalités et des exclusions vers lobjectif de cohésion sociale. En ce sens, comme ltat, il tient les deux bouts de la chaîne de lunité, lencouragement des plus performants et la solidarité envers les défavorisés.
- Pionnier de lEtat stratège, le préfet est un acteur principal de lavenir du pays, sous langle de lespace, pour conduire les procédures daménagement du territoire et de la réalisation des grands ouvrages dutilité publique, et au regard du temps long, pour animer la planification régionalisée et contractuelle (dont le contrat de plan est la meilleure illustration).b) Représentant de lEtat territorial, par opposition à lEtat central, le préfet, de nature interministérielle, personnifie une position antijacobine, contrairement à une idée reçue faisant du préfet un agent de la centralisation.
- Par la déconcentration, il est dépositaire de lautorité de ltat sur le territoire, en région ou en département. La déconcentration présente trois avantages : dabord correctif de la centralisation, ensuite corollaire nécessaire de la décentralisation, enfin, et de plus en plus, moteur et levier de la réforme de ltat.
La déconcentration dépasse le simple pouvoir de représentation juridique et confère au préfet des attributions administratives, ministérielles et un pouvoir effectif de décision, engageant par sa signature tous les ministres de ltat, y compris sur le plan financier. La globalisation des enveloppes de crédits dEtat et les contrats entre lEtat et les collectivités locales concrétisent lambition française dun tat administrant le territoire par les collectivités locales décentralisées et par les services déconcentrés (selon les termes mêmes de la loi du 6 février 1992 sur ladministration du territoire de la République).
- Comme délégué du Premier Ministre et de chacun des ministres, le préfet a la direction de laction des administrations civiles de lEtat. Il est à la tête du réseau de lEtat sur le territoire, chargé de coordonner et danimer les grandes politiques publiques, dadapter lorganisation des services et de les entraîner vers le meilleur service public.
- A léchelon régional, le préfet de région a la responsabilité stratégique de contribuer au croisement des politiques nationales, des directives européennes, des actions régionales, des initiatives locales, comme chef de léquipe des préfets dans la région, et du collège des chefs des services déconcentrés, en concertation étroite avec le président du conseil régional et les autres exécutifs locaux élus. Le contrat de plan Etat-région et le document unique de programmation de lUnion européenne traduisent concrètement cette responsabilité opérationnelle sur le territoire même.c) Bien entendu, malgré le caractère personnalisé de sa responsabilité, le préfet ne saurait agir seul pour accomplir sa mission. Au sein dun Etat partenarial, il appelle le concours des composantes de la Nation pour se retrouver ensemble sur les chantiers des actions publiques.
- Vis à vis des collectivités locales, le préfet entretient des relations permanentes de contrôle de légalité pour encourager la veille sur lEtat de droit, de dialogue confiant, et daction concertée ou contractualisée.
- Avec les entreprises et les associations, la gestion déléguée de service public et les concessions réalisent le partage des responsabilités dans le partenariat public-privé.
Serait-il possible que lensemble des cadres dirigeant de la Nation, quils soient publics ou privés, élus, fonctionnaires, ou responsables dentreprises, acceptent de reconnaître leur solidarité et de contribuer à la promotion des intérêts généraux de nos concitoyens ?
3. Pour parvenir à cette convergence, le préfet pratique un art et une manière qui lui sont propres.
a) Lautorité de lEtat dont il est dépositaire, il lexerce comme un service et non comme un pouvoir de domination. Lesprit doit être celui de létymologie : lauctoritas est ce qui permet daugmenter, daccroître, de faire grandir (à la différence de limperium qui contraint). Le représentant du gouvernement nest pas un agent dexécution, il dispose dune marge dappréciation de lopportunité, dajustement équitable aux situations réelles, en vue dune valeur ajoutée.
Lautorité démocratique déléguée par le peuple souverain a besoin de deux compléments : le dialogue et le partenariat. Le dialogue permet découter, de comprendre et de faire comprendre. Il prépare et enrichit la décision. Le partenariat accompagne la mise en application de la décision.
Lautorité se manifeste dabord par la décision. Le dialogue et le débat public ne peuvent servir dalibi. Egalement la médiation, larbitrage et la régulation sont des formes dautorité que la démocratie exige de plus en plus.
b) Le style est aussi bien celui de la décision que de la magistrature dinfluence. En effet, la personnalité est essentielle. Le préfet donne un visage à lEtat et il enrichit la fonction par la dimension humaine. Chaque préfet peut tailler son uniforme à la mesure de sa personnalité.
La coopération est lobjectif constant du préfet qui cherche à faire travailler ensemble des acteurs différents et qui souvent signorent ou se combattent. Trois stades traduisent cette coopération : la consultation ou le recueil davis, la concertation ou la mise au point dun projet collectif, la contractualisation ou la mise en commun dobjectifs, de moyens. Lévaluation des résultats apprécie enfin lefficacité de laction et inspire les réformes.
Lattitude du préfet a changé depuis le temps où il était exécutif du département et faiseur de compromis. Aujourdhui, il est médiateur dans les conflits sociaux, animateur du développement local, entraîneur pour lemploi, chef de ladministration, négociateur des contrats de plan et surtout décideur pour lEtat.
Cela exige une forte implication personnelle, la création de liens de confiance, un effort permanent de communication.
En définitive, pour mener à bien ce métier, le missionnaire de la république doit avoir la passion de lEtat et de la chose publique, ainsi que lamour de la population, afin de nappartenir à personne et dêtre au service tous.
En sera-t-il toujours ainsi ?III - Cest le moment crucial dun nouvel élan pour relever le défi de la réforme et pour actualiser les valeurs civiques.
Le représentant de lEtat a la mission dadapter les textes et les institutions à la vie de la société.
1. Quel est lavenir du corps préfectoral après 200 ans dévolution dans la continuité ?
La question, au demeurant, na pas dimportance, car ce corps nen est pas un et le corporatisme na pas lieu dêtre. En effet, nayant aucune garantie statutaire ou syndicale, linstitution préfectorale ne repose que sur la confiance du gouvernement et sur le besoin des citoyens. Cest le service rendu qui légitime le maintien de la fonction préfectorale.
Il y aura des préfets tant que le peuple et son Etat auront besoin de décideurs déterminés, dintermédiation dans une société complexe et divisée en elle-même, dhumanisation face à la loi du marché et à limbroglio des structures et des procédures, de flexibilité pour tenir compte des réalités par rapport à la loi. En fait, il sagit dun besoin dintelligence administrative.
Le jour où les élus locaux prendront spontanément leur part dans la gestion des intérêts nationaux, où les citoyens se comporteront en gardiens de la loi et de lordre, où chaque responsable public ou privé contribuera à luvre collective où la morale individuelle rejoindra la moralité collective, alors on naura nul besoin dun trait dunion entre lindividu et lorganisation sociale. Mirage ou utopie ?
La meilleure question est " quel Etat pour quelle société " ? La réponse est incertaine. Lavenir de la fonction préfectorale dépend essentiellement de la performance du service rendu aux citoyens et, de façon aiguë et urgente, de la réforme de lEtat.
En effet, de nos jours, si le représentant de lEtat sefforce daccomplir sa mission, il ne pourra guère réussir tant quil servira un Etat sclérosé, rigidifié par statut, paralysé et divisé en lui-même, et incapable de se réformer. Il sensuit deux risques qui menacent le corps préfectoral, comme lensemble de la haute fonction publique : lattraction du secteur privé et la politisation. Dans les deux cas, il sagit du risque de la sélection naturelle par largent ou par le pouvoir.
La réaction qui simpose passe par limpératif de réforme et par le retour des valeurs de la république.
En effet, le préfet se trouve trop souvent dans la position dun Gulliver incapable de sélancer comme il le voudrait, car il en est empêché par mille fils qui le tiennent attaché au sol.2.- Lexigence de la réforme concerne trois domaines solidaires : ladministration, le corps préfectoral, lEtat.
a) La révolution administrative suppose un assouplissement des articulations et un retour à la justification de la fonction publique par le service du public et non lintérêt du fonctionnaire.
- La ressource humaine appelle une politique lucide et courageuse pour réduire le nombre et accroître la qualité. Leffectif de la fonction publique doit être allégé des bataillons dagents qui pourraient correspondre aux délégations de lEtat aux collectivités locales ou au secteur privé. Ceux qui resteraient attachés à lEtat en raison de leur forte expertise gagneraient en considération et en rémunération. Les administrations centrales regroupées sur un plan interministériel nauraient plus leur correspondance directe avec les services au niveau territorial. Il sagirait dun refonte des services en fonction des missions à accomplir.
- Le renouvellement qualitatif ne sera efficace que si le mérite, " le talent et la vertu " et la vocation au service public sont les seuls critères de choix et de promotion. IL faut mettre un terme à lemprise sur ladministration par une caste dirigeante issue des mêmes filières. A la limite, si la tendance persistait, on pourrait croire que cest le bureau des anciens élèves de deux ou trois grandes écoles qui dirige ladministration française. Sinon, il faudra réfléchir au système américain qui repose sur une symbiose entre ladministration politique et lentreprise privée.
- Or la vocation de servir lEtat et non les circuits du pouvoir, est à la source des vertus cardinales qui font encore lhonneur de la fonction publique française : limpartialité, la neutralité, lintégrité et le professionnalisme. Dans cet esprit, la reprise de confiance des citoyens dans leurs administrations passe par lexigence dun service minimum compatible avec le droit de grève.
- Louverture des corps à linterministérialité et les échanges entre secteur public et secteur privé seraient de nature à concevoir une mission commune des cadres dirigeants de la Nation, indépendamment des origines.
- En effet, la panacée que paraissent constituer les nouvelles technologies dinformation et de communication aura un effet limité dans la mesure où on confond le moyen de traitement par rapport à la finalité de ladministration et au contenu des informations.
b) Le corps préfectoral ne saurait sexonérer dune reconstitution urgente de ses missions et de son comportement. Il sagit bien de respiration et douverture.
Tout dabord, il faut reconnaître au préfet la possibilité et même lobligation de se comporter en acteur de la réforme, en expérimentant des formules novatrices, en utilisant la marge dajustement réglementaire, en regroupant les forces de lEtat actuellement dispersées ou pulvérisées en une multitude de services. Il ne faut pas retrouver au plan territorial larchitecture administrative des ministères. Il importe de regrouper en quatre ou cinq grandes directions, autour de la Préfecture, Maison de lEtat, les missions de sécurité et contrôle, de développement, de solidarité, de gestion de lespace territorial.
La déconcentration doit être poussée dans sa logique pour faire du préfet le véritable représentant interministériel et donc le rattachement du corps préfectoral pour action, au premier ministre traduirait une réalité de fait, tout en maintenant la gestion des personnels auprès du ministre de lIntérieur.
Il importe de veiller à préserver la professionnalisation de la représentation de lEtat, meilleur antidote de la politisation menaçante. A cet effet, il sera nécessaire douvrir plus largement encore laccès au corps des sous-préfets à tous les volontaires des différents ministères, désireux daccomplir une carrière interministérielle dadministration générale. Laccès au grade de préfet pourra intervenir dans une saine compétition ouverte à tous ceux qui ont fait leur preuve sur le territoire et pas seulement dans les cabinets ministériels. Il devrait en être de même pour les grands corps de contrôle ou les direction centrales. Laccueil et léchange entre fonctionnaires et cadres privés pourraient favoriser un sang nouveau.
La déconcentration accentuée appelle une forte et systématique globalisation des crédits dEtat, et une responsabilité soulignée pour mettre en uvre les politiques publiques prioritaires et pour juger les hommes sur les résultats atteints.
La fonction de contrôle de légalité reste primordiale et suppose la création dune expertise juridique dans chaque préfecture.
c) La réforme de lEtat constitue le préalable à la réforme de ladministration, contrairement à la pratique gouvernementale faisant croire que des trains de mesures correctives de procédures peuvent tenir lieu de réformes de structure. Cest dune complète recomposition quil sagit et non dune simple adaptation.
- Le recentrage des missions sur un Etat essentiel répond dune part à lefficacité et à la performance dun Etat territorial et partenarial, dautre part à lallégement dune administration surdimensionnée qui est à lorigine de lexcès de prélèvements obligatoires par la voie fiscale. La baisse durable de la charge fiscale passe impérativement par la réduction des dépenses publiques, la baisse des impôts étant la conséquence et non lobjectif premier.
- Deux moteurs de réforme doivent être accélérés.
La déconcentration peut être utilisée comme un coin enfoncé dans lappareil administratif et linterminstérialité généralisée aboutira au regroupement des services et à la fongibilité de la ressource humaine autour des missions prioritaires.
La décentralisation ne pourra être utilement accrue par transfert de compétence que si lesprit de concours à lintérêt national lemporte sur lesprit de clocher, si la réduction des cumuls clarifie les responsabilités nationales ou locales, si les niveaux territoriaux sont réajustés et spécialisés.
- En effet, la carte administrative ne peut plus correspondre à un Etat moderne, membre de lUnion européenne. Il est dabord souhaitable et possible de dissocier les circonscriptions de lEtat et celles des collectivités locales.
Pour lEtat, il est nécessaire de réviser la carte des sous-préfectures (depuis 1926), celle aussi des préfectures (200 ans) dont certaines pourraient être regroupées, et denvisager la création de six grandes régions (selon les zones de défense) correspondant à laménagement du territoire à léchelle européenne et pouvant accueillir les grandes directions ministérielles techniques, réparties sur le territoire.
Pour les collectivités décentralisées, à défaut de pouvoir choisir entre les quatre niveaux, il conviendrait de les spécialiser : à la commune le terreau de la démocratie, à lintercommunal la décision et la gestion opérationnelle, au département la gestion et la péréquation de certains services publics, à la région la stratégie du développement, en concertation contractualisée avec lEtat.
Osera-t-on trancher ce problème majeur lié au cumul des mandats dont le coût financier, psychologique, politique porte préjudice à la vie civique locale ?
En effet, il faudra surmonter labsence de volonté politique et le corporatisme syndical. Ce sera un test de courage et de force républicaine.
Il apparaît évident que le recours au peuple souverain par le référendum pourrait soulager la mauvaise conscience des milieux politiques qui se comportent en syndicats de défense des situations acquises.
De plus, lapproche territoriale dexpérimentation de réforme par les préfets serait une meilleure voie pour désamorcer le blocage syndical au niveau central. Le préfet est chargé de diriger les services de lEtat, dencourager la productivité, de regrouper les services, dorganiser la mobilité des agents. LEtat territorial implique que le mouvement de réforme parte du terrain et mette un terme au parisianisme qui est le pire avatar du jacobinisme.3. Lenjeu des valeurs est au cur de la réforme.
Il faut retrouver lart de vivre en république.
- A cet égard, la relève des générations sera inévitable pour régénérer la vie publique. Le pouvoir politique, pollué par les aventures individuelles égocentriques et par la médiocrité des partis politiques en décomposition, est en train de glisser des mains du personnel politique. Les milieux socio-économiques ne lont pas encore saisi, ce qui explique labsence de cap et de destin collectif. Le juge et le journaliste occupent le terrain en développant leur volonté de puissance sur la masse des citoyens, désorientés par les procès et intoxiqués par lair du temps médiatique, aussi changeant que la météorologie.
- Ainsi, de même que lEtat a assemblé les provinces pour créer la Nation, de même notre Etat décentralisé et déconcentré pourra conduire la Nation en bon ordre vers lEurope,. Lidentité et lunité de notre Etat-Nation pourront être conciliées avec le nécessaire élargissement de la souveraineté à léchelle européenne des nouvelles libertés à conquérir.
- Pour le corps préfectoral, on peut se demander ce qui peut encore faire courir préfets et sous-préfets, dans ce monde si incertain.
La réponse est au niveau des valeurs de notre civilisation. Un triple tropisme encourage et soutient lardeur des représentants de lEtat : le service de lhomme-citoyen, la promotion de lintérêt général, le chantier de luvre commune.
Il y a encore de beaux jours pour les jeunes générations qui privilégieront le service sur le pouvoir ou largent. Il faut avoir aussi conscience que, dans le monde, de nombreux pays, en recherche déquilibre entre la liberté et lunité, regardent du côté de lexpérience française pour ne pas subir, sans contrepoids, le modèle anglo-saxon du " prêt-à-administrer ".
Pour la France, on peut douter que linstitution préfectorale ait favorisé le bonheur des Français, mais on peut être certain que sa suppression ne serait pas indifférente à leur malheur !
En conclusion, on peut penser que nous vivons une époque de transition, la décomposition apparente ne doit pas occulter les germes de renouveau qui peinent à traverser la croûte de nos institutions vieillies.
La prétention des réformes institutionnelles ne peut pas faire léconomie du changement des comportements.
Le conseil de Montesquieu nous rappelle lesprit général dune société : " Lorsque lon veut changer les moeurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois, il vaut mieux les changer par dautres moeurs et dautres manières ".
Sagit-il dune utopie de plus pour notre temps impossible ? Le Cardinal de Retz nous aide à réfléchir : " Toutes les grandes choses qui ne sont pas exécutées paraissent impraticables à tous ceux qui ne sont pas capables de grandes choses. ".
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