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Henri PIGEAT
L'État et la presse
LEtat et la presse constituent toujours en démocratie un duo inévitable et plus ou moins conflictuel. La France, en ce domaine, cultive une spécificité marquée. Les liens étroits entre lEtat et la presse écrite, seul média pris en compte ici, sont conçus dans notre pays avec le double objectif de garantir la liberté dexpression et le pluralisme des opinions. Notre tradition se distingue radicalement de lesprit anglo-saxon selon lequel la presse a pour mission affichée de contrôler les pouvoirs. Jalouse de sa liberté, la presse anglo-saxonne ne tolère quun minimum de réglementation. Convaincue, de plus, que sa santé économique est la garante de son indépendance, elle est très réticente à toute forme daide publique. Or, louverture des frontières et des marchés tend à faire de ce modèle anglo-saxon une référence internationale et à remettre progressivement en cause le particularisme français qui, au demeurant, nest pas sans faiblesses.
Les aides publiques prodiguées à la presse écrite en France ne répondent en effet quinégalement à leurs objectifs et ne favorisent pas toujours le dynamisme des entreprises et lesprit de concurrence internationale. Quant aux garanties accordées à la liberté de la presse, elles sont assorties dans notre pays de limites de plus en plus nombreuses, souvent en contradiction avec un droit européen notoirement plus libéral.
Les aides publiques répondent inégalement à leurs objectifs et ne servent pas toujours lesprit dentreprise.
Dun volume important, ces aides sont souvent disparates.
Le volume total des aides publiques à la presse représente environ 5,2 milliards de francs, soit près de 10% du chiffre daffaires total de la presse française, pourcentage stable depuis plusieurs années.
Au demeurant, lestimation de ce volume est délicate car lessentiel de ces aides prend la forme dexemptions fiscales ou davantages tarifaires dont lévaluation dans le budget de lEtat est souvent discutable et dont la vérification est en tout cas impossible. Ce soutien économique de lEtat à la presse prend la forme dun maquis de 18 aides, accumulées au fil des temps. Laide postale, la plus ancienne, date du Directoire (loi du 4 Thermidor au IV), la plus récente, destinée à encourager les activités de la presse dans lInternet, de 1998. Certaines aides ne sappliquent quà quelques titres. Dans une présentation purement juridique, les documents budgétaires de lEtat distinguent les aides " directes ", sous forme de crédits budgétaires et les aides " indirectes " sous forme dexemptions fiscales ou de part du déficit de la Poste.
Les aides indirectes, qui représentent environ 94% du total, sappliquent à la plupart des publications. Leur reconduction annuelle au Parlement provoque généralement infiniment moins de débats que les 6% restants qui visent des catégories particulières de publications.
Selon une approche plus économique, quatre grandes catégories daides peuvent être distinguées :
- Les aides à la distribution (2,08 milliards de francs) correspondent à 40% du total. Il sagit principalement dabattements sur les tarifs de La Poste et de la SNCF et daide au portage .
- Les allègements de charges des entreprises (2,74 milliards de francs), correspondent à 53% du total sous la forme du taux réduit de la TVA à 2,1%, dexonérations de taxe professionnelle pour les collectivités locales et de surtarification des abonnements de lEtat à lAFP.
- Les aides à la modernisation (329 millions de francs) correspondent à un peu plus de 6% du total. Il sagit pour quelques millions de francs, dexemptions fiscales sur des bénéfices provisionnés pour financer des investissements (le fameux article 39 bis du code des Impôts), de financement de plans sociaux dentreprises et de deux fonds de modernisation multimédia.
- Les subventions attribuées à diverses catégories de petites publications à faibles ressources mais dont lintérêt général est reconnu, représentent moins de 1% du total (soit quelques millions de francs). Elles bénéficient notamment aux derniers quotidiens dopinion .
Linventaire et lhistoire de ces aides montrent clairement que beaucoup dentre elles résultent plus doccasions ou de contraintes circonstancielles que dun plan densemble. Au fil des ans, de nombreux rapports ont tenté de clarifier le système et de fournir les éléments dun débat public. Les gouvernements successifs ont cependant toujours reculé devant les difficultés politiques dun large débat au Parlement, malgré les efforts déminents rapporteurs du budget de linformation.
Les objectifs économiques de ces aides sont inégalement remplis.
La diffusion du journal quotidien baisse régulièrement en France. Le retour dune relative prospérité publicitaire depuis un an ne peut pas occulter des tendances de fond qui sont négatives. 8,8 millions de quotidiens sont vendus chaque jour, alors que ce chiffre était de 15 millions en 1945. Depuis 15 ans, la presse quotidienne régionale a perdu 500.000 acheteurs. Le mouvement est certes mondial, mais la situation française est, parmi les pays industrialisés, une des plus critiques. La diffusion totale de la presse quotidienne britannique représente le double de la nôtre, celle de la presse allemande plus du triple. En nombre de quotidiens achetés, la France arrive au 27e rang dans le monde avec 156 exemplaires pour mille habitants, loin derrière la Suède ou la Suisse . Le prix de vente du quotidien français est un des plus chers du monde industrialisé (deux fois plus cher quau Royaume-Uni ou aux Etats Unis). Il a été multiplié par 12 depuis 1970, soit le double de lévolution du prix du pain. On pourrait ajouter que lâge moyen du lecteur de quotidien augmente rapidement ; en dautres termes, les jeunes le lisent de moins en moins.
Le pluralisme na pas été davantage garanti. Les quotidiens dits dopinion sont désormais moins nombreux que les doigts dune main. Les concentrations ont effacé progressivement la couleur de la plupart des quotidiens régionaux qui, à quelques exceptions près, ne sont plus en situation de concurrence. A linverse, pratiquement aucun groupe français de presse quotidienne na pu se développer à létranger, alors que des groupes étrangers sont présents en France.
Tous ces éléments justifieraient amplement une analyse de fond sur les objectifs et les résultats du système daides afin de redéfinir une politique conforme aux intérêts des citoyens et de la démocratie, comme à la meilleure utilisation de largent des contribuables. Les gouvernements invoquent régulièrement lintérêt de défendre la " presse dinformation politique et générale ", mais les aides sappliquent aussi à des publications de pure distraction, ou dintérêt professionnel parfaitement respectables, mais dont lobjectif civique nest pas toujours évident. Dès linstant où elles respectent les lois, toutes les publications sont légitimes, mais on peut légitimement discuter de lintérêt de les subventionner sans distinction.
La question de léquité de la distribution des aides, mérite dautant plus dêtre posée que la santé économique des entreprises de presse est très variable dune catégorie à lautre. Beaucoup dentreprises de presse magazine sont très prospères, alors que cest rarement le cas dans la presse quotidienne. En fait, il existe en France deux économies de la presse, dune part celle de la presse quotidienne dont léquilibre est toujours précaire et la vie très réglementée, dautre part celle de la presse spécialisée et de la presse magazine qui opèrent dans des conditions plus classiques et beaucoup plus profitables .
La commission paritaire qui sélectionne les publications susceptibles de recevoir des aides, a certes reçu consigne de procéder à une révision des critères dattribution, mais une commission administrative ne dispose évidemment que dune autorité limitée, dans un domaine qui est éminemment politique .
La forme des aides budgétaires mérite aussi réflexion. Le montant des subventions est certes faible en comparaison de celui des aides indirectes, mais loctroi de ces subventions nest pratiquement jamais lié à lappréciation de lusage économique qui en est fait. Les objections de la profession à tout système dévaluation économique reposent sur la position de principe légitime selon laquelle le pouvoir politique ne doit pas intervenir dans le fonctionnement des entreprises de presse. Largument ne devrait cependant pas être incompatible avec la nécessité de vérifier la bonne utilisation de largent public et surtout lefficacité des aides par rapport aux objectifs qui leur sont assignés.
Lavenir des aides publiques risque dêtre menacé par de probables harmonisations européennes.
En principe, le traité de Rome interdit les aides qui peuvent fausser la concurrence. La France a certes admis au bénéfice de ses aides les publications étrangères opérant sur son territoire et dautres pays dispensent aussi des aides, parfois plus favorables ; les quotidiens anglais, belges, danois, italiens ou portugais par exemple ne payent aucune TVA.
Mais, au total, la France a le système le plus généreux et le plus complexe. Même si la presse nest pas a priori un objet de concurrence transfrontière, des harmonisations européennes interviendront tôt ou tard et une remise en ordre du système français sera alors inéluctable.
Certains experts ont suggéré une transformation radicale qui comporterait une redéfinition précise des objectifs et des critères par le Parlement et une gestion des aides par une autorité indépendante comportant une large représentation des professionnels. Une telle instance, supposée moins sensible aux groupes de pression que les responsables politiques, serait chargée de régler les questions de frontières entre les formes de presse susceptibles dêtre ou non bénéficiaires daides. Dautres ont suggéré le remplacement des subventions par des emprunts à intérêts bonifiés afin de mieux garantir lefficacité économique de largent investi. De telles réformes seraient une petite révolution dont les conditions politiques sont actuellement loin dêtre réalisées. On peut le regretter car la pérennité daides publiques est nécessaire à la survie de beaucoup de journaux français. Il serait fâcheux quelle soit menacée par une incapacité à réformer un système qui suse et qui répond de plus en plus mal aux objectifs de pluralisme et de liberté dexpression, dont lEtat sest fait par ailleurs le garant.
Les garanties accordées par lEtat à la liberté de la presse en France sont assorties de limites de plus en plus nombreuses, souvent en contradiction avec la Convention Européenne des Droits de lHomme.
Lencadrement de la liberté de la presse va croissant en France.
Proclamée en 1789 par larticle 11 de la Déclaration Universelle des Droits de lHomme, cette liberté ne sest traduite véritablement dans les faits que le 27 juillet 1881 par la loi qui établissait des règles durables en la matière. Celle-ci na trouvé son équivalent pour la radio et la télévision quen 1982 et 1986.
La loi de 1881 naffirme pas seulement la liberté, elle lencadre aussi strictement dans de nombreuses limites, très éloignées du premier amendement de la Constitution américaine qui interdit tout simplement, " toute loi limitant la liberté dexpression ". Tout se passe comme si le principe non écrit, mais bien réel de la législation française était que la liberté de la presse peut toujours faire lobjet dun usage dangereux et que le journaliste est par nature toujours suspect dabus de cette liberté.
De là sont nés de nombreux délits, la diffamation, la fausse nouvelle ou loffense à diverses autorités publiques. Certains de ces délits, tels que loffense au Président de la République par exemple, sont certes rarement invoqués, mais ils restent en vigueur. La loi de 1881 a été amendée trente-quatre fois depuis sa promulgation, quasiment toujours dans le sens dune aggravation des limites et des contrôles et ce mouvement sest accéléré depuis trente ans. Ainsi, presque chacune des récentes et nombreuses réformes du code pénal et du code de procédure pénale, inclut une nouvelle restriction de la liberté de la presse. Par exemple, la loi de 1972 a interdit la diffamation liée à des considérations éthniques ou religieuses ; la loi Gayssot de 1970 a interdit ce qui pourrait exprimer la négation des crimes contre lhumanité une loi de janvier 1993 a aggravé les sanctions contre la présomption dinnocence ; elle a été renforcée en mai 2000 par la loi Guigou qui interdit notamment certaines photographies. Tous ces textes, motivés par un souci de protection des personnes, ont pour la plupart des explications circonstancielles. Lensemble finit cependant par constituer un carcan dautant moins efficace quil est complexe et a perdu depuis longtemps sa cohérence.
Certains jugent la loi de 1881 trop laxiste ou plutôt insuffisamment appliquée. Cest souvent le cas des hommes politiques inquiétés par la justice et qui trouvent que la presse manque de discrétion à leur égard. Dautres la jugent trop répressive. Cest notamment le cas des journalistes anglo-saxons résidant en France qui la considèrent comme une loi datteinte aux libertés. Bien que devenue un symbole intouchable, cette loi est en fait dépassée par les multiples mesures apparues dans dautres textes.
Depuis quelques années, cette législation exagérément prolifique reçoit cependant le contrepoids de lapplication croissante de larticle 10 de la Convention Européenne des Droits de lHomme adoptée en 1950 et qui fait désormais partie du droit positif français . Ce texte définit la liberté dexpression de façon plus large que les textes français. Il lui fixe certes des limites, mais en laissant au juge le soin de les préciser et à la condition fondamentale quelles soient " nécessaires dans une société démocratique ", cest-à-dire finalement quelles ne détruisent pas la liberté elle-même et ne favorisent pas une ingérence illégitime de lEtat dans lusage de la liberté dexpression . Une instance supra-nationale, la Cour Européenne des Droits de lHomme, qui siège à Strasbourg, a ainsi révisé de nombreuses décisions de tribunaux français. Le dernier en date, le 3 octobre 2000 a par exemple contredit un jugement français confirmé par la Cour de Cassation qui avait condamné le magazine LEvénement du Jeudi pour violation de la présomption dinnocence du directeur dun établissement public accusé dabus de biens sociaux. La décision des tribunaux français sappuyait sur une loi de 1931 qui interdisait toute information sur ce genre denquête dès quil y avait constitution de partie civile.
La Cour de Strasbourg a estimé quune interdiction aussi générale nétait pas " raisonnablement proportionnée à la poursuite des buts légitimes visés, compte tenu de lintérêt de la société démocratique à assurer et maintenir la liberté de la presse ". Cette jurisprudence simpose désormais aux tribunaux français et la loi de 1931 devra être abrogée.
Loriginalité du nouveau droit de la presse qui est ainsi en train de se superposer à celui de la loi de 1881 est double. Il laisse au juge une responsabilité plus grande et ce juge, au niveau suprême la Cour de Strasbourg, nest plus de culture seulement latine, mais aussi anglo-saxonne. Selon cette tradition anglo-saxonne, il fait de lexercice de la liberté de la presse un des éléments fondamentaux de la démocratie. La presse sy voit expressément confier le rôle de contrôler les pouvoirs politiques au nom de tous les citoyens.
La liberté dexpression nest plus seulement un droit naturel de la personne au sens de Jean-Jacques Rousseau, elle est un droit objectif et positif qui sapprécie par rapport à la société à laquelle il sapplique. Nous découvrons à peine les effets de cette mutation juridique. La presse britannique qui commentait récemment ladoption de ce droit européen par le Royaume Uni, parlait dun " tremblement de terre " et de la fin de la souveraineté du Parlement de Westminster. Si excessif quil soit, le propos souligne limportance du phénomène, mais aussi combien ce nouveau droit européen, qui ne se limite évidemment pas à la presse, réalise bien une synthèse du droit romain et de la " common law ", fondée sur la jurisprudence.
Parallèlement, le juge devient une sorte de tuteur du journaliste.
La prolixité de la législation sur la presse et lapplication de la Convention Européenne favorisent lélargissement de lintervention du juge dont la relation avec le journaliste est en France particulièrement complexe. Le premier fait respecter la loi qui garantit la liberté du second. Le second commente laction du premier devant lopinion publique. Dans les faits, ils travaillent souvent en associés, dans une parfaite méconnaissance de lobligation légale du secret de linstruction.
De nombreuses " affaires " ont illustré les effets de ce duo très spécifiquement français dans lequel chacun a envie de faire le métier de lautre. Lorsque de surcroît, le justiciable est un homme public, la situation devient explosive et conduit certains à parler de " gouvernement des juges ", traditionnellement de sombre mémoire dans lhistoire française, alors quil est symbole de liberté dans lhistoire américaine. Quoi quil en soit, le juge français, en appliquant la législation sur la presse en arrive à définir le comportement souhaitable des journalistes. Il définit le " sérieux ", la " discrétion ", la " sérénité ", le " sens des responsabilités " dans lexercice du journalisme. Il a même, à propos de la diffamation, élaboré une doctrine de la " bonne foi ", tout à fait intéressante et qui, de fait, ne figure dans aucune loi. Reprocher au juge français dintervenir dans un domaine qui, dans la plupart des pays, est défini par la déontologie professionnelle est toufefois difficile. Au-delà des textes qui ly invitent, il y est poussé par lattitude dune profession qui refuse de préciser officiellement ses règles déontologiques et surtout de les contrôler, à linverse de ce qui existe dans beaucoup de démocraties.
La grande timidité des règles de déontologie professionnelle publiquement affichées et la quasi absence dinstitutions professionnelles de contrôle est une regrettable spécificité française.
Depuis 1918, la presse française a rédigé divers codes de déontologie, mais ni les syndicats de journalistes, ni les éditeurs de presse nont souhaité, sauf exception, leur donner une force contraignante ni même trop indicative. La France ne connaît pas davantage les " conseils de presse " qui dans les pays dEurope du Nord par exemple constituent defficaces procédures dautorégulation professionnelle, avec la participation des diverses formes de pensée de la société .
Les quelques " médiateurs " de la presse française constituent à peine plus quun réceptacle du courrier des lecteurs. Selon une curieuse théorie, de nombreux professionnels de la presse française considèrent quun journaliste ne peut être jugé que par ses pairs, comme sil navait pas de compte à rendre à lopinion publique. Le résultat de cette situation est que le journaliste et, au-delà, léditeur de presse abdiquent une part de leur responsabilité entre les mains du législateur et celles du juge. Une certaine évolution est certes perceptible. Le débat public sur la déontologie professionnelle est ouvert, mais il faut savoir que parmi les grandes démocraties, la France est celle dans laquelle le mouvement dautorégulation est le moins avancé.
Une des conséquences est quau-delà de la perte de responsabilité du journaliste par rapport au juge, la presse fait lobjet dans lopinion, dun discrédit souligné par toutes les enquêtes sociologiques. Cette désaffection vient dune dégradation certaine de la qualité de linformation dont les causes sont nombreuses. On peut incriminer les techniques, qui conduisent à la pléthore de nouvelles, lillusion de linformation en direct, les effectifs dune profession multipliés par trois en trente ans et dont la formation et insuffisante, un certain abandon aussi de la responsabilité hiérarchique, sans préjudice dautres motifs. Aucune de ces difficultés ne sera résolue par un interventionnisme encore plus grand du législateur, ni même du juge. Si la profession veut garder son indépendance, elle doit mettre de lordre chez elle. Sinon, ce sont ses libertés qui seront menacées.
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Les relations entre lEtat et la presse ne se limitent évidemment pas aux aides publiques et à la définition de la liberté dexpression.
LEtat intervient aussi en acteur direct du monde des médias, comme on peut lobserver dans les difficultés actuelles des Messageries Parisiennes ou de lAgence France-Presse. Ces relations pourraient aussi être abordées sous dautres angles. Historiquement, à lopposé des Etats Unis ou de lAngleterre, notre presse ne sest pas construite contre lEtat, mais plutôt avec son aide. Juridiquement, la liberté, chez nous, ne préexiste pas à la loi. Cest au contraire la loi qui la garantit. Philosophiquement, et sans aller aussi loin quHannah Arendt qui souligne " laffinité indéniable du mensonge avec la politique ", la presse et lEtat sont rivaux sur la question de la vérité la première veut la dire, le second veut la faire. Langle choisi pour les remarques qui précèdent se veut à la fois plus économique et peut être plus politique . Louverture des marchés internationaux de linformation, et lémergence rapide dun droit européen des libertés rend nécessaire et urgente une analyse approfondie de la situation nouvelle. Lenjeu nest plus en effet la défense de tel ou tel particularisme. Il est celui de la capacité de lEtat et de la presse à servir la démocratie et nos libertés.
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