 |  |
Pierre VELLAS
Pour les années 2000, un État à réformer ou à réinventer ?
Les profonds changements intervenus ces dernières années dans la vie économique et sociale posent la question de savoir comment lÉtat sadaptera à cette évolution. Problème essentiel pour lavenir du pays. Si bien quil ny a pas une personnalité politique importante qui névoque la nécessité dune réforme de lÉtat :
- En France avec les propositions, pour un État moderne présentées au premier ministre par Jean Michel Charpin Commissaire Général au Plan en cette fin mai 2000 " Les Perspectives de la France ", proposition qui a été précédée par de nombreuses initiatives, depuis une dizaine dannées, notamment :
- de Michel Rocard le 22 Janvier 1990 sur le dispositif interministériel dévaluation des politiques publiques devenu le Service dÉvaluation et de Modernisation de lÉtat au Commissariat Général du Plan.
- dAlain Juppé avec la création dun Commissariat à la Réforme de lÉtat que Lionel Jospin a transformé, en 1998, en Délégation Interministérielle à la Réforme de lÉtat, et, parmi dautres décisions, la création de la conférence régulière des hauts fonctionnaires dévaluation.
- A létranger, on peut citer notamment les propositions de Tony Blair, de Jose Maria Aznar, de Bill Clinton, du chancelier Gherardt Shroeder qui déclarait récemment que lAllemagne doit se doter dun État moderne.
Quen est il résulté à ce jour, en France ?
Avant de répondre à cette question, quelques considérations paraissent nécessaires concernant les changements intervenus au plan international et national dans la notion dÉtat, ses missions et sa structure.
Au préalable, il convient de rappeler deux définitions classiques qui servaient de référence dans la pratique internationale de la reconnaissance dÉtat :
- lune socio-juridique : lÉtat est composé dune population, fixée sur un territoire déterminé, poursuivant une idée dentreprise spécifique, étatique, et disposant pour cela des moyens nécessaires notamment budgétaires.
- lautre plus formelle : lÉtat est un ordre juridique immédiatement soumis à lordre international, ce qui le différentie des États fédérés membres dun État fédéral, et des collectivités territoriales dun État unitaire.
Étaient seuls reconnus internationalement, ceux qui satisfaisaient à ces critères, notamment au critère socio-juridique que la Société des Nations a confirmé à plusieurs reprises pour refuser la qualité de membre à différents États exigus ou à des territoires placés sous mandats parce quils ne disposaient pas des moyens nécessaires à lexercice des compétences étatiques.
La situation a bien changé depuis laccession aux Nations Unies de nombreux nouveaux membres, qui doivent être nécessairement des États souverains au sens de lart. 4 de la Charte des Nations Unies. Ils sont plus de 180 aujourdhui, et seront bientôt 200, alors que beaucoup dentre eux ne disposent pas des ressources économiques budgétaires, administratives, voire démographiques nécessaires. Il suffit de citer, parmi beaucoup dautres, les îles Maldives ou les Seychelles avec une population de quelques dizaines de milliers dhabitants, ou des Etats continentaux dépourvus des ressources économiques indispensables.
Sils ont pu accéder à la qualité de membres des Nations Unies, et donc dÉtat, cest parce que laide internationale et lassistance technique -bilatérale ou multilatérale- leur apportent les moyens dont ils sont dépourvus.
Ainsi la société internationale, et les États qui la composent, ont changé de nature. Sil y a certes " beaucoup plus dÉtats, il y a aussi moins dÉtat ".
Bien des facteurs permettent de penser quaprès lémergence dun grand nombre dÉtats provoquée par le processus de décolonisation, puis déclatement de lURSS, ce phénomène va se poursuivre à la suite des revendications de nombreuses minorités de se constituer en État, quitte à ce que ce soient des micro-États.
Quant aux États qui satisfont aux critères anciennement exigés, ils ont accepté soit des aliénations plus ou moins importantes de leur souveraineté en devenant membres dune organisation régionale à caractère superétatique ou préfédérale comme lUnion Européenne, soit des limitations de leur souveraineté en étant membres dOrganisations Internationales interétatiques ou parce quils sont parties à des traités internationaux, de plus en plus nombreux, qui limitent leurs compétences dans des domaines déterminés mais de plus en plus étendus (Organisation Mondiale du Commerce, Organisation de lAviation Civile, Internationale, Fond Monétaire International, par exemple).
Cette double évolution, bien connue, que je me borne à rappeler, montre que la notion dÉtat a changé sous linfluence de nécessités internationales, changement qui saccomplit inéluctablement, dont il convient de tenir compte par delà bien des résistances y compris des cours suprêmes, pour préserver au mieux les intérêts nationaux, dans le cadre de lintérêt général et du respect des traités.
Par ailleurs la mondialisation, cest à dire la circulation, sans limite territoriale et en temps réel, des biens, des capitaux, des services, des idées, des connaissances constitue pour lÉtat, à la fois de nouvelles possibilités de croissance économique, de création de richesses et demplois, mais aussi un nouveau défi. Comment, cest à dire par quels moyens et par quelles procédures de décision, pourra-t-il à la fois protéger son ordre public et ses intérêts, assurer lexécution de ses règles - par exemple pour lutter contre la prostitution ou la pédophilie, pour protéger la santé de sa population face aux risques de pollution nucléaire ou chimique - et donner à sa population, à ses entreprises, à son administration, les moyens, rapidement mis en oeuvre, qui assureront leur compétitivité, leur réactivité en initiatives, en investissements, en innovation ? Alors que lon sait quil faut en moyenne dix ans pour que les décisions de programme et leur financement soient adoptées et exécutées !
Une réforme simpose donc pour que lÉtat soit compétitif, comme elle sest imposée aux entreprises parce quelles sont en première ligne dans la compétition mondiale. Avec une différence importante. Lorsquune entreprise ne sadapte pas, lorsquelle ne modifie pas sa stratégie, sa structure, sa gestion, elle disparaît, concurrencée par dautres plus compétitives, tandis que lÉtat demeure, avec une structure, des moyens, des procédures de décision inadaptés qui handicapent le potentiel productif du pays.
*
* *
A cet argument en faveur dune réforme de lÉtat, sajoutent tous ceux qui concernent les graves dysfonctionnements que nous constatons depuis quelques années et qui gangrènent notre État.
Un État terni par la corruption jusquaux plus hautes autorités du pays. Par exemple dans le domaine bien connu des permis de construire concernant les ensembles dhabitations, les hypermarchés, les établissements sanitaires et sociaux, dans les procédures dadjudication ou de négociation des marchés publics.
Un État qui na pas pu empêcher la paupérisation, la clochardisation dramatique dune population de plus en plus nombreuse, présente presque partout dans les rues de nos villes. Alors que le poids des prélèvements obligatoires est excessif comparé aux pays concurrents.
Un État qui nassure plus la sécurité des citoyens dans de nombreux quartiers, dans les centres villes, dans les écoles, dans les transports en commun, dans les logements.
Un État qui tolère des espaces de non droit sur son territoire, dans des quartiers de nos villes où la vie économique et sociale est sous le contrôle de bandes organisées ; espaces dans lesquels il ny a pas de services publics, pas de présence policière parce quelle est trop risquée ou parce quelle est génératrice de troubles, démeutes, de guérillas urbaines que lon veut éviter ; espaces de non droit, dès lors que les jugements qui sanctionnent les infractions commises ne sont pas exécutés parce que leur exécution troublerait lordre public, inexécution qui nest plus exceptionnelle et momentanée.
Un État surdimensionné, omniprésent, avec 5 millions de fonctionnaires qui constituent le corps le plus nombreux des pays démocratiques industrialisés, avec une durée effective du travail qui selon le rapport Roché de lInspection des Finances (2 Février 1999) est entre 29 heures et 38 h 30 par semaine, dont les intérêts corporatifs bloquent toutes les réformes, même modestes, comme bien des ministres en ont maintes fois porté témoignage, Roger Peyrefitte, Claude Allègre notamment.
Des coûts excessifs pour les actes effectués et les services rendus ; à titre dexemple lInspection Générale des Finances a montré (rapport du 5 Avril 1999) que le coût de la collecte des impôts est trois fois plus élevé en France quaux États-Unis et en Suède.
Un État prolifique en législation, en réglementation, dont la pléthore a été maintes fois stigmatisée. Il suffit de citer le Rapport Public du Conseil dÉtat de 1991 " la surprodution normative, linflation des prescriptions et des règles, ne sont pas des chimères mais une réalité... par ailleurs, cest moins au nombre des textes quà leur volume quil faut sattacher pour obtenir une juste évaluation de la " poussée normative " actuelle... Pire, la multiplication des normes, leurs raffinements byzantins, limpossibilité où lon se trouve de pénétrer leurs couches de sédiments successifs, engendrent un sentiment dangoisse diffuse ; le droit napparaît plus comme une protection mais comme une menace. Enfin, rien nest plus contraire au principe dégalité entre les citoyens que de laisser proliférer un droit si complexe quil nest accessible quà une poignée de spécialistes... Si lon y prend garde, il y aura demain deux catégories de citoyens : ceux qui auront les moyens de soffrir les services des experts pour détourner ces subtilités à leur profit, et les autres, éternels égarés du labyrinthe juridique, laissés-pour-compte de lÉtat de droit ".
*
* *
Sajoutent à ces dysfonctionnements les problèmes posés par lévolution récente de notre société auxquels lÉtat doit apporter les solutions nécessaires. Trois problèmes devraient retenir lattention, parmi dautres, parce quils remettent en cause la structure de lÉtat.
Le premier problème est posé par le passage dune société monoculturelle à une société pluriculturelle, par delà lexistence des cultures régionales.
Il est la conséquence, au delà des revendications régionales, de limmigration dune population qui nest pas de culture européenne, qui demeure attachée à sa culture, à sa religion, à ses coutumes, comme cest son droit fondamental. Dans la mesure où la politique dintégration ne parviendrait pas à fondre lensemble de ces populations dans lunité culturelle nationale, il sera nécessaire de tenir compte de leurs spécificités culturelles, dans lenseignement, dans la pratique religieuse, les habitudes de vie, les coutumes (le droit coutumier ?). Lorsque, dans des quartiers à forte population immigrée, des associations sont créées, souvent financées sur fonds publics, pour aider la population à faire face aux difficultés quelle subit, pour accéder à de meilleures conditions de vie, de travail - ce qui est tout à fait louable - on ne pourra pas éviter que certaines dentre elles fassent lobjet dune conquête du pouvoir associatif, puis que soit revendiquée une représentation au niveau local de lassociation, de ses membres, de la population du quartier, avec progressivement, le passage à une société multiculturelle sans doute compliqué par les revendications régionalistes du type corse, basque, breton et autres.
Comment lÉtat sadaptera-t-il à cette évolution ?
- En reconnaissant les droits culturels des minorités, puis en les garan-tissant? Par quelles autorités, suivant quelle procédure ? Lexpérience du droit des minorités napporte pas de solution comme par exemple en Europe centrale avec léchec des traités de Sèvres et de Saint Germain après la première guerre mondiale, ou avec limpossible application de la constitution de Chypre dans les années 60/70.
- Ou par lévolution, progressive, dune structure dÉtat unitaire à celle dun État fédéral ? Evolution difficile pour un État qui na pas de tradition fédérale.
Un deuxième problème est consécutif au vieillissement de la population. Comment une population peut elle avoir le dynamisme indispensable à sa compétitivité et à sa croissance, si la plus grande partie du patrimoine est détenue par les plus de 70 ans, peu disposés à prendre des risques, risques qui font partie intégrante de lesprit dentreprise ? Bien des décisions devront être adoptées pour y porter remède.
Par exemple, il sera nécessaire de favoriser la transmission du patrimoine le plus tôt possible par un régime très incitatif des donations. Des progrès ont été accomplis dans ce sens, quil faut poursuivre, notamment dans le domaine de la transmission des entreprises aujourdhui très lourdement fiscalisée.
Une autre mesure concerne le déroulement des carrières pour quarrivent au sommet du pouvoir de décision des hommes et des femmes de quarante à cinquante ans, ayant à leurs côtés, à titre consultatif, les plus âgés. Cest fréquemment le cas aujourdhui dans les entreprises. Ce devrait lêtre aussi dans les services publics, avec toutes les adaptations utiles.
Enfin dernier exemple, la croissance économique dans notre " nouvelle économie ", est déterminée par la possibilité de fournir rapidement des emplois en travail qualifié. On comprend mal dès lors que la France soit le pays occidental dans lequel le pourcentage de personnes de 55 ans et plus, occupant un emploi fut-ce à temps partiel, est le plus faible, alors que lespérance de vie en bonne santé, cest à dire avec lusage des capacités fonctionnelles, ne cesse daugmenter.
Les réformes indispensables, sur lesquelles lOCDE attire lattention des gouvernements pour que le vieillissement de la population ne compromette pas les possibilités de croissance économique, se heurtent à des résistances et à une inertie lourdes de conséquences.
Le troisième et dernier problème que je me bornerai à évoquer, concerne linteractivité administration-administrés dans la gestion des affaires publiques, par Internet. Après la banque à domicile, le travail à domicile, lenseignement à domicile, le commerce et lapprovisionnement, chacun attendra que soit organisée un État " interactif " dont les services seront ouverts à un dialogue, en temps réel, avec les administrés.
*
* *
Par delà ces problèmes importants, une question essentielle se pose : De quel État avons nous besoin dans la société de demain ?
" Les rapports entre lÉtat et la société civile se modifient, nécessitent une redéfinition du rôle de lÉtat " (J.M. Charpin, Mai 2000 in " Les Perspectives de la France "). Après avoir connu successivement lÉtat Régalien, puis lÉtat Providence et lÉtat Entrepreneur nous avons besoin dun État qui assure efficacement quatre missions : la protection des intérêts essentiels du pays, la régulation de la vie économique et sociale, la stimulation des initiatives et de lesprit dentreprise, le développement social. Un État plus efficace quaujourdhui, plus simple, plus économe, plus transparent. " Un État arbitre " comme le propose le rapport de J.M. Charpin ?
Comment y parvenir ? alors que la plupart des réformes échouent parce quelles se heurtent aux obstacles, jusquici insurmontables, didéologies irréalistes, de corporatismes très vivaces, du poids de 5 millions de fonctionnaires (parmi lesquels un million pour léducation nationale), de linertie administrative.
Comment sétonner que les projets de réforme naient pu aboutir dans le passé récent malgré tous les moyens mis en oeuvre depuis 1990 ? Que les rapports de la Cour des Comptes ne soient pas suivis deffets alors que les gouvernements sont directement concernés sur des points essentiels pour la démocratie comme les dissimulations budgétaires ? Pas plus que les rapports du Conseil dÉtat sur les dangers de la prolifération législative et réglementaire, ou les plans pluriannuels de modernisation des ministères, ou de modernisation de la gestion des ressources humaines dans la fonction publique, ou les nombreux programmes dévaluation ministériels ou parlementaires. " Il faut bien relever, a écrit récemment Nicolas Tenzer, chef du service dévaluation et de la modernisation de lÉtat au Commissariat Général du Plan que les suites ont été souvent réduites et même, le plus souvent, nulles, alors même que lévaluation a mobilisé des moyens humains et parfois financiers conséquents ".
*
**
Par quelles voies, dès lors, une réforme de lÉtat peut-elle avoir quelques chances daboutir ?
Il convient dabord déviter des erreurs :
- en ne procédant pas à des réformes sans concertation suffisante, comme lont montré les échecs récents des réformes de Claude Allègre dans léducation nationale ou de Christian Sautter dans ladministration des finances.
- en ne diluant pas un projet de réforme dans une concertation trop élargie, trop étendue dans le temps ;
- en ne tombant pas dans la tentation, trop fréquente, de convoquer des états généraux comme cela a été fait pour lécole, pour les banlieues, pour la sécurité, pour les personnes âgées.
- en ne succombant pas à une autre tentation, qui nous est familière, de croire que pour résoudre un problème il faut prendre un papier, un crayon et élaborer un projet de loi ou de décret, sans se soucier par ailleurs de son exécution, mais dont on tirera une grande satisfaction intellectuelle ou politique, même si elle nest quéphémère.
- en élaborant des projets riches didées certes tels que " donner du sens à laction des services, responsabiliser, donner aux services le sens de lengagement, de la mobilisation, de la nécessité de communiquer " (Marc Cabanne, chef de mission à la délégation ministérielle à la réforme de lÉtat) mais projets pauvres en moyens et en réalisations. Ou encore " une société plus autonome ...moins inégalitaire... des individus plus libres... un État arbitre, moins omniprésent... " (rapport de J.M. Charpin au premier ministre, mai 200).
Mieux vaudrait procéder de façon progressive, empirique, par décisions concrètes qui auront pour objet de mettre un terme aux principaux dysfonctionnements de lÉtat :
- En donnant effet aux rapports de la Cour des Comptes et de lInspection des Finances concernant la transparence des comptes de lÉtat, le nombre de fonctionnaires et agents publics, et leur rémunération, létablissement dune véritable comptabilité patrimoniale de lÉtat, la réduction du coût, intolérable pour léconomie du pays, du fonctionnement, de nombreux services, notamment du prélèvement des impôts.
- En réduisant la prolifération des textes législatifs et réglementaires, génératrice dinéquités, dinégalité et dinertie.
- En ne tolérant plus lexistence de zones de non droit sur le territoire de la République.
- En assurant à chacun la protection effective de son droit fondamental à la sécurité dans son domicile, dans la profession quil exerce, dans lécole ou le lycée, dans les rues de la ville quil habite.
- En nadmettant pas que dans un État moderne, développé, des hommes, des femmes, des enfants puissent mendier et vivre dans les rues.
- En luttant efficacement contre la corruption, à tous les niveaux des services de lÉtat, notamment grâce à laction dun pouvoir judiciaire suffisamment indépendant pour cela, et qui sera sans doute, à ce titre, lun des piliers essentiels de la réforme de lÉtat, malgré les réserves ou les critiques exprimées à son propos.
- En adoptant les décisions qui permettront au pays de résoudre les problèmes qui pose le vieillissement de la population, notamment en prenant en compte les recommandations de lOCDE afin de pouvoir poursuivre la croissance économique et le développement socio-économique nécessaires.
- En favorisant le dynamisme économique, lesprit dentreprise et linnovation par toutes les mesures appropriées dincitation économique et non dassistance financière.
- En tenant compte, dans lévolution du régime représentatif, de cette forme nouvelle de concertation et de participation qui résulte de lutilisation dInternet dans la préparation de lordre du jour, des délibérations et de lexécution des décisions des collectivités territoriales et sans doute demain au niveau national. Il en résultera sans doute, dans une première phase, une nouvelle forme de déconcentration des services de lÉtat, et de décentralisation des services locaux, déjà commencée avec, par exemple, la diffusion sur Internet des délibérations du conseil municipal dAmiens complétée par des questions en direct posées par les administrés au maire de la ville, ou le site web de la ville de Lyon qui met en ligne les travaux préparatoires des délibérations, les projets de décision, les comptes-rendus, ou encore la mise à la disposition de la population de la ville de Brest de points daccès public à Internet (PAPI) pour que chacun puisse participer à la vie communale.
Dans une phase ultérieure nest ce pas le régime représentatif lui-même qui pourrait faire lobjet dune réorganisation avec des formes renouvelées de démocratie directe, une nouvelle conception de lorganisation politique, un nouveau rôle pour les parlementaires, si ce nest de nouvelles fonctions ? Cest à dire un État interactif qui reste à concevoir.
- En mettant en place des observatoires locaux et nationaux de la vie sociale pluriculturelle sous ses différents aspects, et ses différentes manifestations ou expressions, afin dêtre en mesure de suivre, dorienter, de contrôler, dorganiser une société de plus en plus pluriculturelle. Afin danalyser, dévaluer les effets des programmes et des politiques mises en oeuvre, dêtre ainsi mieux à même de prévoir lévolution et de prendre, en conséquence, les mesures utiles, locales, nationales, au cas par cas, mais aussi à long terme, structurelles, si elles savèrent nécessaires.
*
* *
Si ces réformes progressives, empiriques, naboutissaient pas du fait des difficultés, et des obstacles rencontrés, dun manque de volonté daboutir et dun enlisement, alors sans doute une autre approche pourrait être tentée qui sappuierait sur une prise de conscience de lopinion - particulièrement utile dans une société de linformation - et sur une volonté collective à laquelle les élus sont particulièrement sensibles.
Il conviendrait pour cela de favoriser lexpression de points de vue, didées et dopinion sur lopportunité la nature et lampleur dune réforme de lÉtat et sur son objet.
De libres opinions pourraient être exprimées dans la presse, dans des revues spécialisées de sciences politiques, de droit administratif, de droit public, de droit constitutionnel, de sciences économiques, de droit social.
Dans ce débat, des Universités, des sociétés scientifiques, les groupes parlementaires, les partis politiques les organisations professionnelles, les syndicats pourraient prendre linitiative de réunions, de colloques ; le Conseil Économique et Social pourrait adopter des propositions et recommandations.
Dans lexpression de ces opinions, une Académie aussi prestigieuse que lAcadémie des Sciences Morales et Politiques, réunissant, de façon pluridisciplinaire, tant de connaissances et dexpériences, pourrait apporter un concours essentiel.
Ainsi prendrait corps, par delà un ensemble, très épars, didées, dopinions, de propositions, une prise de conscience en faveur dune réforme de lÉtat, sans que cela puisse nuire à la qualité des initiatives qui doivent être prises par les autorités compétentes et les services créés à cette fin.
Réforme dont laboutissement dépendra de la volonté, du réalisme, de lesprit de décision des autorités compétentes. Pour que lÉtat des années 2000 soit mieux adapté par sa mission, sa structure, son fonctionnement, et son personnel, à une société ouverte, concurrentielle, compétitive, interactive.
|  |  |