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Denis GAUTIER-SAUVAGNAC
Débrider le dialogue social
La capacité découte de votre Académie dans le domaine social mérite le respect.
En moins de trois mois, vous avez entendu une communication sur les entreprises et le modèle social français, deux autres sur les partenaires du contrat social, et vous vous apprêtez à en supporter une quatrième, sur un thème très proche des précédents.
Je ne doute pas que la compétence des trois premiers orateurs, comme " la racine langagière " de leur expression je cite textuellement le titre de la communication du 21 mai prochain , vous aura déjà permis de faire le tour du sujet. Je me dois donc dêtre pleinement convaincu de limportance de la question pour oser la traiter à nouveau devant vous, sous langle dun dialogue social à " débrider ", quitte à reprendre à mon compte quelques-uns des points de vue exprimés par mes trois éminents prédécesseurs, Madame Nicole Notat, Messieurs Ernest-Antoine Seillière et Bernard Brunhes. Ce ne sera après tout quune nouvelle manifestation de lavancement des idées dans le monde des partenaires sociaux.
La vérité, en tout cas ma conviction, est que nous arrivons à la fin dune époque : celle de la tutelle, et donc celle des administrés, redevables, et autres assujettis. Une autre époque se profile : celle qui implique une décolonisation de la société civile et qui conduit à passer d'une société de méfiance à une société de confiance.
Débrider, nous dit le Petit Robert, cest dabord " se dégager de ce qui serre comme une bride ". Lexpression est suffisamment parlante : le dialogue social devrait pouvoir " courir à bride abattue ", faire preuve daudace et de créativité, alors quil reste solidement tenu en bride par un Etat qui na point déquivalent ailleurs, et dont lorigine du pouvoir, très ancienne, marque toujours profondément notre société.
Débrider le dialogue social, cest ensuite élaborer une nouvelle répartition des pouvoirs, et donc des responsabilités, tant il est vrai que les uns ne sauraient aller sans les autres. Il sagit de faire en sorte que la loi et le règlement dune part, les accords et autres contrats issus de la négociation collective dautre part, jouent chacun, et chacun à sa place, sans contestation ni débordement, leur rôle dans lorganisation du monde du travail. Vaste programme, à réaliser dans le respect des prérogatives dun législateur qui serait par hypothèse une hypothèse qui reste à confirmer acquis à lidée dun rôle accru des partenaires sociaux, et donc de leur capacité à dire le droit dans leur domaine.
À ce jour, les premières avancées de ce nouveau dialogue, dans le domaine de lassurance-chômage, par exemple, comme dans celui des retraites, ont certes constitué des tests délicats. Elles témoignent néanmoins quà lépreuve des faits, la refondation sociale, car cest bien delle quil sagit, est capable de faire émerger une culture nouvelle qui conduit les partenaires sociaux à prendre toutes leurs responsabilités, à partir dun dialogue effectivement débridé.
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Le pouvoir dEtat, en France, est dessence religieuse. La figure du Roi, sacré à Reims, dépositaire du pouvoir miraculeux de guérir les écrouelles, est vénérée par ses sujets. Seul, le royaume de France a divinisé sa monarchie à ce point, et par elle, son Etat.
Dès lors, ce dernier sera partout, et partout il sera chez lui, sinsinuant dans les moindres rouages de la société civile. Tocqueville dans lAncien Régime et la Révolution, avait noté cette dérive : " Sous lAncien Régime, comme de nos jours, il ny avait ville, bourg, village, ni si petit hameau, hôpital, fabrique, couvent, ni collège qui pût avoir une volonté indépendante dans ses affaires particulières ni administrer à sa volonté ses propres biens ". Alain Peyrefitte rappelle dans Le Mal français, comment sest construite cette monarchie administrative sur lexemple romain, et comment sest, peu à peu, mis en place, un clergé dEtat coupé des réalités.
Cette évolution, sans doute nécessaire quand il fallait rassembler les provinces, au début de notre histoire, va progressivement se révéler contraire aux intérêts bien compris de notre pays. Au fur et à mesure de la croissance des bureaux et du volume des archives, les corps intermédiaires sétiolent et disparaissent. Malesherbes pouvait affirmer : " On a interdit la nation et on lui a donné des tuteurs ". Funeste orientation, alors même que nos voisins fabriquent, commercent, voyagent, échangent, sans devoir en solliciter lautorisation. Ils développent lesprit dinitiative et de liberté, quand nous devons, nous, fut-ce pour un passeport, en référer au Roi. Dans les pays protestants, où le Pouvoir a fait très tôt lobjet, de contestation, un nouveau personnage apparaît, beaucoup plus vite que chez nous : lentrepreneur, animé par lesprit de conquête et de responsabilité. Des pays qui deviennent autant de foyers dhostilité à la France et à son Roi, depuis le malheureux édit de Fontainebleau, révoquant celui de Nantes.
En écartant le monarque, la Révolution ne fait que donner un nouveau maître au sujet qui se croit devenu citoyen, tandis que se met en place, ou plutôt se développe, une administration que le monde entier nous enviait encore, comme chacun sait
au début du siècle dernier.
Une administration qui a rendu et qui rend il faut le souligner clairement déminents services à notre pays. Sous lautorité et la responsabilité du pouvoir politique, son rôle demeure essentiel pour lexercice des activités régaliennes de lEtat, le maintien de la cohésion sociale et la pratique dune redistribution nécessaire à la mise en uvre de la solidarité nationale.
Doù vient alors ce prurit littéraire et cette multiplication de colloques et autres séminaires : pas un mois en effet sans que paraisse en librairie, voire à la Documentation française, un ouvrage consacré au devoir de réforme. Dernier en date, Notre Etat, une remarquable analyse critique et constructive du modèle français, sous la direction de Monsieur Roger Fauroux. La réforme, impossible hier, est-elle devenue indispensable aujourdhui ?
En vérité, à défaut de réformer, aux Finances, à lEducation nationale ou ailleurs, cest tout un système qui est susceptible dêtre fondamentalement remis en cause, sous la pression de la concurrence entre nations, dans un monde totalement ouvert.
Une entreprise est tenue pour son développement, voire pour sa survie, de procéder constamment à une chasse aux frais généraux qui brident sa compétitivité, elle-même essentielle pour garder ou conquérir les clients qui la font vivre. De même, lEtat et lensemble des collectivités publiques ne sauraient, au moment où lEuro met en pleine lumière les coûts respectifs des services publics dans lUnion européenne, maintenir une ponction sur la richesse nationale sensiblement supérieure à celle de nos principaux voisins et concurrents. À défaut, cest la compétitivité de toute léconomie française qui serait en cause.
Lexcès dadministration, et les prélèvements quil entraîne, crée par ailleurs dans notre société une fracture entre ceux qui sont constamment soumis à lexigence de compétitivité et les autres, que les premiers financent par leur activité. Et les services des seconds seront de plus en plus mesurés à laune de leurs coûts : les " classes productives ", pour prendre un vocabulaire dautrefois, supporteront-elles longtemps quun billet de banque revienne en France à 1 franc quand il coûte 25 ou 30 centimes dans les pays voisins ou dans le secteur privé ?
Réformer lEtat, en particulier renoncer à vouloir réglementer lensemble des activités humaines et rendre à linitiative privée ce qui est de son ressort, dans le cadre dune saine concurrence, demande un réel effort à la classe politique de notre pays. Benjamin Constant estimait déjà que " les hommes de parti, quelque pures que leurs intentions puissent être, répugnent toujours à limiter la souveraineté. Ils se regardent comme ses héritiers et ménagent, même dans la main de leurs ennemis, leur propriété future ".
LHistoire étant mutine, cest à un gouvernement à direction socialiste, réputé plus sensible à lintervention publique, quil revient de choisir entre freiner ou accompagner cette évolution vers une nouvelle organisation de la société, telle quelle existe dans de nombreuses démocraties européennes. LItalie vient encore de nous en donner un exemple : faut-il rappeler que dans ce dernier pays, gouvernement et Parlement ont finalement renoncé à traiter par la loi de la durée du travail, pour laisser judicieusement les partenaires sociaux prendre les responsabilités quils revendiquaient.
Cette évolution est encore compliquée par les transferts de souveraineté qui découlent dune intégration européenne croissante, au détriment de la compétence des pouvoirs nationaux. Déjà, notre Parlement passe une bonne partie de son temps à transcrire en droit français les directives européennes, tandis que le pouvoir symbolique de battre monnaie échappe à la Banque de France. Quant à la politique fiscale, il reste certes quelques scories nationales qui conduisent à lémigration de " jeunes " audacieux ou quelques ménages fortunés, sans que la Nation en retire évidemment le moindre bénéfice. Mais peut-on raisonnablement imaginer que notre système fiscal reste figé dans un marché de plus en plus " commun " ? Notre Ministre des Finances pouvait-il, lété dernier, tenir un autre discours que celui dannoncer de futurs allégements fiscaux, au moment même où son collègue doutre-Rhin programmait 300 milliards de baisse dimpôts ? Avec un transfert de responsabilités aux partenaires sociaux, lEtat serait cette fois, comme le disait le rapport Picq " contourné par le haut, par le bas, et sur le côté ".
Et pourtant, lévolution semble inéluctable, comme le montre dailleurs, dans lordre économique, laccélération des privatisations. Qui aurait dit, quand Sartre montait sur son tonneau devant la forteresse de Billancourt, que cette usine, symbole de toutes les luttes depuis 50 ans, ne serait plus bientôt quun vaisseau abandonné ? Qui aurait dit, il y a quelques années seulement, au temps des PTT, que, malgré ses à-coups récents, laction France Télécom serait une vedette de la Bourse de Paris et que la SNCF passerait de quelques rares informations aux usagers à une politique de conquête de nouveaux clients ? En attendant louverture au marché dEDF et de Gaz de France !
Dans lordre social, il sagit maintenant de savoir sil appartient aux partenaires sociaux, lordre public étant fixé par la loi, den déterminer les modalités dapplication à des niveaux aussi décentralisés que possible. Ou bien, si les parlementaires doivent continuer, par exemple, à débattre longuement de limputation des temps dhabillage ou de déshabillage sur le temps de travail effectif, sans faire de distinction entre la jeune femme qui se déguise en Blanche Neige à Euro Disney, le technicien qui revêt longuement un équipement particulier pour une réparation dans une centrale nucléaire, ou le chercheur en sciences humaines qui porte une blouse pour travailler dans sa bibliothèque.
Cette nouvelle répartition des tâches, cest tout lobjet de lexercice de refondation auquel se sont attelés les partenaires sociaux.
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Linitiative de la refondation sociale revient au Président du Mouvement des Entreprises de France, Ernest-Antoine Seillière, et à son Vice-président délégué, Denis Kessler. LUnion des Industries Métallurgiques et Minières y apporte son plein concours, par ses hommes, par ses idées et sa tradition contractuelle. Cest son Président, M. Dewavrin, qui est en charge des questions relatives à lencadrement. Ce sont des membres de son Bureau, Mme Clément, MM. Mer et Lacroix qui travaillent sur légalité professionnelle ou sur la formation professionnelle. Le succès de lentreprise exige de réaliser un consensus le plus large possible avec les organisations syndicales, partenaires incontournables dune refonte de notre système de relations sociales, et de son acceptation par les autorités politiques. À défaut, le MEDEF aurait au moins semé, en attendant que soient réunies les conditions du succès.
Les voies et moyens de lapprofondissement de la négociation collective sont au cur de lexercice de refondation qui sapparente sur ce point à lélaboration dun " discours de la méthode " pour redéfinir les champs de la loi et du règlement dune part, et de la négociation collective dautre part.
Une caractéristique relativement peu connue de la fameuse " exception française " est que la principale source de droit, pour lélaboration de la politique sociale, réside dans la loi, et non dans les accords collectifs, contrairement à ce qui se passe dans la plupart des pays développés.
La situation qui en découle est en revanche très connue : notre système délaboration des normes sociales savère à la fois inadapté et contre-productif dans un contexte économique fondamentalement transformé : la prolifération législative et réglementaire a réduit le champ de la négociation. Le système est rigide, ignore les spécificités des diverses catégories dentreprises et de leurs secteurs dactivité et conduit à la confusion des rôles de lEtat et des partenaires sociaux.
Pour construire un système de relations sociales fécond, cest-à-dire décentralisé, autonome, élargi et adapté aux aspirations des salariés comme aux besoins des entreprises et des évolutions technologiques, il nous faut donner au contrat une place centrale tout en respectant lordre public social et les prérogatives du législateur. Promouvoir, en somme, lEsprit des Lois, sans entraver pour autant lespace du contrat.
Lexercice est difficile, car dans notre pays, il nest guère possible de prendre cette initiative sans froisser le monde politique on la dit ni inquiéter les organisations syndicales, certes soucieuses de dialogue, mais souvent sensibles à la protection tutélaire de lEtat. Et si la démarche est légitime, elle est nouvelle et séloigne de la tradition royale et jacobine qui fait de lEtat le pourvoyeur de toute sécurité. Elle sadresse à la responsabilité collective des employeurs et des salariés dans les domaines quils considèrent de leur compétence, pour conjuguer efficacité et solidarité.
La refondation sociale doit donc permettre aux partenaires sociaux, patronat et syndicats, de se réapproprier lespace social et de lorganiser à partir du dialogue social et de la politique contractuelle qui en découle, plutôt que de sen remettre à lintervention permanente de lEtat, de ses lois, et de ses règlements.
Loin de nous, pour autant, lidée de transformer les partenaires sociaux en " Constituants ", qui imposeraient leur discours au Législateur. Respectueux des prérogatives des pouvoirs publics, nous élaborons une position commune dont il conviendra, avec lEtat, de tirer les conséquences pour une meilleure organisation sociale.
De fait, la refondation sociale ne poursuit rien dautre que la mise en uvre du principe de subsidiarité, ou si lon préfère, du principe de responsabilité : la compétence de chaque échelon, loi, règlement, accords collectifs interprofessionnels, de branche ou dentreprise, doit être définie, chaque échelon étant doté des moyens et de la légitimité propres à exercer dans la confiance les missions qui lui sont attribuées.
De cette orientation découlent logiquement les trois objectifs de lapprofondissement du rôle de la négociation collective.
Le premier, inhérent à lesprit même de la négociation, vise à conforter le rôle du dialogue social, en définissant clairement le champ respectif de la négociation collective et celui de la loi ou du règlement.
Prenons lexemple des 35 heures, dont les difficultés dapplication illustrent hélas parfaitement notre besoin de refondation.
Admettons que la durée légale hebdomadaire du travail relève de lordre public défini par la loi, ce qui reste à démontrer si notre pays se compare aux autres pays dEurope : ceux qui nont jamais ressenti le besoin de fixer une durée légale, comme le Danemark, ou ceux qui lont fait, il y a fort longtemps, et qui lont oublié pour sen tenir désormais à des durées du travail fixées par des conventions collectives de branche, comme lAllemagne.
Mais admettons quil sagit bien, en France, aujourdhui, de lordre public. Alors la loi Aubry naurait jamais dû comporter 37 articles, couvrir 44 pages du Journal Officiel, saccompagner de 12 décrets, dailleurs contestés devant les tribunaux, et être suivie de 2 circulaires de respectivement 165 pages, et 25 pages, annexes comprises. Il suffisait de sen tenir à larticle 34 de la Constitution, selon lequel la loi détermine les principes fondamentaux du droit du travail, de fixer la durée légale hebdomadaire à 35 heures, et de renvoyer aux partenaires sociaux, le soin de définir les modalités dapplication de cet ordre public.
Chaque branche dactivité se serait adaptée en fonction de ses caractéristiques propres, dans le cadre dune négociation équilibrée entre partenaires responsables. LEtat naurait pas dû revenir par une deuxième loi sur des accords signés, en entrant dans un détail de prescriptions pratiquement inapplicables qui risquent de mettre des entreprises dans lillégalité ce serait le règne de la triche ou les inciter à se développer ailleurs que sur notre territoire comme on le verra lorsque le manteau de la croissance ne dissimulera plus aussi largement les effets les plus néfastes de cette loi.
Le second objectif est daméliorer lefficacité de la négociation collective en affirmant le principe dautonomie des différents niveaux de négociation, tout en déterminant les domaines où les négociations interprofessionnelles ou de branche auraient non seulement un rôle subsidiaire en cas déchec de la négociation au niveau le plus décentralisé, mais aussi un rôle dencadrement, dès lors que les partenaires sociaux auraient fixé à ce niveau, ne serait-ce que pour des motifs déquilibre entre les parties, le lieu délaboration dune norme collective.
Ici aussi, lexemple des 35 heures est très parlant. Le respect de lordre public, quencore une fois aucun partenaire social ne met en cause, suppose que la fixation dune durée légale du travail saccompagne dun contingent maximum dheures supplémentaires, sans lequel la durée légale naurait quune signification très atténuée.
Cest à la branche que revient tout naturellement cette responsabilité, les conditions du travail, les difficultés de recrutement, les variations de lactivité sur lannée étant très différentes dans la Métallurgie, le Bâtiment, la Banque, le Textile, lHôtellerie, etc
La branche jouerait ici pleinement son rôle dencadrement des négociations dentreprise. Et si les négociateurs de branche échouent à trouver un accord, alors et alors seulement, une règle de droit public garantirait lapplication de la loi en fixant un contingent dheures supplémentaires. Cest lexacte illustration du principe de subsidiarité que jévoquais tout à lheure, assorti dun mécanisme assurant en toutes circonstances le respect de lordre public.
Le même raisonnement vaut naturellement pour une disposition relevant dun accord dentreprise. En cas déchec à ce niveau, cest laccord de branche qui jouerait en quelque sorte le rôle de règlement subsidiaire, garantissant aux salariés de lentreprise concernée les droits attribués par laccord de branche.
Cest aussi au nom de cette efficacité de la négociation collective que les partenaires sociaux débattent troisième objectif de la reconnaissance des interlocuteurs, dun développement de leffectivité de la représentation collective dans les entreprises, et dun mode de conclusion des accords qui renforce leur légitimité.
Vouloir faire du dialogue social la pierre angulaire de notre système de régulation sociale suppose en effet que les partenaires se respectent et sen remettent à la négociation plutôt quau conflit collectif ou à la contrainte législative pour régler leurs éventuelles divergences dintérêt. Un certain nombre de mesures concrètes sur le déroulement de carrière des représentants des salariés, sur lorganisation dun droit de saisine des organisations syndicales pour que la négociation, dans des conditions à déterminer, porte bien sur les sujets qui les intéressent, etc
peuvent contribuer à cette évolution.
Développer leffectivité de la représentation collective dans les entreprises conduira à confirmer la reconnaissance du fait syndical adapté, le cas échéant, à la spécificité des PME et des très petites entreprises qui verront le plus souvent dans la branche le bon niveau de négociation. Elle devrait aussi amener les organisations syndicales à admettre, dans des conditions à déterminer, un rôle plus large des élus du personnel qui tire directement leur représentativité de la confiance des salariés de lentreprise.
Quant à la légitimité des accords, il sagit de garantir que leur contenu correspond bien aux attentes des salariés au nom desquels les signataires se sont engagés. Est-ce une question de majorité, est-ce laffaire de modes de conclusion diversifiés selon le niveau de négociation (entreprise, branche, interprofession) sans pour autant remettre en cause la capacité dune organisation syndicale représentative à négocier ? Limportant est quau bout du compte, la légitimité dun accord signé ne soit pas contestable.
Faute datteindre ces objectifs, la société civile déclinera, et avec elle la démocratie sociale. Chacun en a conscience. De Bruxelles, Madame Anna Diamantopoulo, commissaire européenne chargée de lemploi et des affaires sociales, envoie ce message : " Les grands sujets qui sont prioritaires, partout en Europe la formation tout au long de la vie, la modernisation de lorganisation du travail, la garantie de retraites équitables, la lutte contre les exclusions, ne se prêtent pas au " tout législatif ". Et Madame Diamantopoulo dévoquer " la volonté des partenaires sociaux européens de progresser dans leur dialogue sur les thèmes liés à la modernisation des relations du travail ".
En France, le Président de la République lui-même a pris position : " Il faut que lEtat admette aujourdhui, sans nostalgie ni réticence, que la décision doit être prise, pour une large part, au niveau des acteurs sociaux, que la société progresse mieux par le dialogue que par la contrainte ou la réglementation ". Il nest pas le seul. Lancienne, comme lactuelle Ministre de lEmploi et de la Solidarité, signaient voilà peu, un texte qui va dans le même sens. " La loi, seule, ne peut pas tout et na pas vocation à tout organiser. Le dialogue social doit sépanouir et la négociation collective doit disposer des espaces nécessaires pour impulser des réformes au plus près des réalités des entreprises et des besoins des salariés "
Des propos qui devraient nous inciter à loptimisme, et qui semblent montrer que les pouvoirs publics ont bien pris conscience des craintes quexprimait en 1804 Portalis, lors de la rédaction du Code civil " On gouverne mal, quand on gouverne trop
loffice de la loi est de nous protéger
mais non pas de nous dispenser de faire usage de notre propre raison. Sil en était autrement, la vie des hommes, sous la surveillance des lois, ne serait quune longue et honteuse minorité
". Peut-on mieux dire ?
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Sans doute inspirés par de tels propos, les partenaires sociaux, lecteurs attentifs de ce précieux Code, y ont lu que " les conventions légalement formées, tiennent lieu de loi entre ceux qui les ont faites " (article 1134 du Code civil). Dans cet esprit, ils ont signé, outre laccord sur la santé au travail, deux accords novateurs, symboles de lautonomie de leur volonté. Le premier sapplique à lassurance-chômage, le second, concerne les retraites.
Laccord sur lassurance-chômage et laide au retour à lemploi est le fruit dun long débat entre partenaires sociaux eux-mêmes, dabord. Entre lEtat et les parties signataires, ensuite.
Sans doute a-t-il fallu procéder à des exercices dassouplissement pour quun texte recueille finalement lassentiment des trois organisations demployeurs (CGPME, MEDEF, UPA) et de trois organisations syndicales (CFDT, CFE-CGC, CFTC).
Mais toutes négociations, sociales ou non, supposent des concessions réciproques dès lors quelles ne remettent pas en cause lessentiel du but poursuivi en commun.
Fondé sur une logique de contrat, laccord repose sur un équilibre entre les droits des chômeurs, leurs devoirs ou leurs engagements et les obligations du régime dassurance-chômage à leur égard. Avoir cotisé est certes indispensable, comme auparavant, pour être indemnisé. Mais le demandeur demploi doit aussi sengager très clairement dans la recherche rapide dun nouvel emploi. Il bénéficie à cet effet dune batterie de concours (bilan de compétence, formations complémentaires, aide à la mobilité) dans le cadre du plan daide au retour à lemploi et du plan daction personnalisé, auxquels sajoute une prise en compte des préoccupations des créateurs dentreprises.
PARE et PAP ont été très injustement décriés, alors quils permettent une mobilisation de moyens sans précédent pour faciliter la réinsertion professionnelle des chômeurs les plus en difficulté. Il est évident, dans la situation de lemploi daujourdhui, que ce nest pas linformaticien que tout le monde recherche qui aura besoin de cet arsenal de mesures. Il en va de même pour louvrier qualifié, le technicien de bon niveau, le cadre opérationnel qui, toujours dans la situation daujourdhui, pourront se réinsérer sans trop de difficultés.
En revanche, PARE et PAP trouveront leur pleine raison dêtre pour tous ceux et toutes celles que le train dune évolution technologique permanente rejette trop souvent sur les bords du chemin.
En apportant une prise en charge personnalisée de leurs difficultés, en mettant en place dimportants moyens dadaptation, la nouvelle convention dassurance-chômage, contrairement à ce qui a pu être dit ici ou là, vise clairement à aider dabord ceux qui en ont le plus besoin.
Sans oublier pour autant le double souci daméliorer les conditions dindemnisation des chômeurs et de réduire les charges qui pèsent sur lemploi.
La convention permet ainsi de relever de 20 à 30 % les indemnités de chômage, par la suppression de la dégressivité de lindemnisation qui était appliquée depuis 1992, dans un contexte économique, il est vrai, beaucoup moins favorable.
Quant aux entreprises et aux salariés, lapplication de la convention se traduit au total, au cours des trois années 2001, 2002 et 2003, par une baisse de cotisations de lordre de 25 milliards de francs, diminuant ainsi les charges qui pèsent sur lemploi et améliorant le pouvoir dachat des salariés.
Cet accord est bien celui dune nouvelle époque : fondé sur une conception commune de plusieurs partenaires sociaux à légard du chômage, il dynamise un mécanisme ancien en passant de la seule assurance-chômage à laide au retour à lemploi.
Il reste à souhaiter que les non-signataires y trouvent finalement suffisamment déléments pour apporter leur concours à une action commune au service des chômeurs.
Il reste aussi à souhaiter que lEtat, après avoir en décembre dernier agréé laccord, rendant ainsi obligatoire une levée de cotisations qui relève effectivement du pouvoir régalien, complète le dispositif par la loi, en validant lévolution de lobjet social de lUnedic dont les ressources sont désormais affectées non seulement à lindemnisation des chômeurs, mais aussi à laide au retour à lemploi.
Dans cet esprit, le gouvernement shonorerait en utilisant les contributions quil a obtenu de lUnedic en 2001 et 2002 pour la seule satisfaction des besoins des chômeurs qui nont pu, faute de cotisations, entrer dans le système dindemnisation, ou qui en sont sortis. Une autre utilisation, en particulier pour le financement des 35 heures, rencontrerait lopposition résolue de tous les partenaires sociaux.
Laffaire des retraites est dune autre nature. Dans ce domaine, la plupart des décideurs sen tiennent à limmobilisme dans les faits, même si les discours évoquent les nombreuses mesures qu'il faudra prendre ... le moment venu, généralement le plus tard possible, en évitant de citer les moins populaires.
Les partenaires sociaux signataires de laccord du 10 février 2001 sur les retraites complémentaires ont voulu, eux, prendre leurs responsabilités, répondant ainsi à Georges Clemenceau qui parlait des " gens qui se donnent pour règle de navoir point dhistoires "
et qui " organisent la complicité générale du silence quand il faut mettre lintérêt du pays au-dessus de sa propre tranquillité. "
Les données sont connues : le nombre de nouveaux retraités augmente et augmentera très fortement à partir de 2005, avec pratiquement chaque année un nombre de nouveaux retraités supérieur de moitié au nombre actuel de départs ; la durée de vie des retraités sallonge, accroissant dautant le coût des retraites dans les années à venir. Inversement, le rapport du nombre de cotisants à celui des retraités se réduit régulièrement, ce qui conduit inéluctablement au déficit les régimes par répartition.
Sans doute, la croissance et la diminution du chômage qui en découle, améliorent-elles quelque peu la situation en décalant dans le temps le moment de la rupture déquilibre des régimes.
Mais les lois de la démographie sont des lois dairain, et au décalage précité près, tout le monde sait que les régimes de retraites complémentaires gérés par les partenaires sociaux, tout comme le régime général où les régimes du secteur public, doivent se réformer. La plupart des pays dEurope ont déjà eu le courage de prendre les mesures qui simposeront à nous tôt ou tard. Dautant quil ne faut cesser de rappeler quen répartition, les cotisations des actifs financent immédiatement les pensions des retraités, quil ny a pas dépargne accumulée utilisable ultérieurement, et que même laccroissement du nombre des cotisants, par exemple par une réduction du chômage, si elle améliore la trésorerie des régimes, crée aussi de nouveaux droits à pension quil faudra bien satisfaire le jour venu.
Personne nenvisage de baisser le montant des retraites. Même si un régime complémentaire de la fonction publique a dû sy résoudre, il y a quelques semaines du fait de son manque de réserves et de la diminution du nombre de ses cotisants. À noter que le silence qui a entouré cette opération paraît bien assourdissant quand on sait quelle sest traduite, pour certains ménages de fonctionnaires par des baisses de retraite de plusieurs milliers de francs par an.
Reste à augmenter les cotisations ou à allonger la durée des cotisations.
Si certaines organisations syndicales prônent laugmentation des cotisations du salarié et de lemployeur, voire seulement de lemployeur en oubliant encore une fois la situation de concurrence ouverte dans laquelle se trouvent les entreprises françaises et les effets sur lemploi de laugmentation de son coût tous les esprits raisonnables savent bien quil faudra en passer par un allongement de la durée des cotisations, sans pour autant exclure un système de retraites à la carte, qui permettrait de partir un peu plus tôt ou un peu plus tard, chacun assumant les conséquences financières de ses choix.
Le jeu de la durée des cotisations est en outre le seul qui permette, au nom de la justice sociale, de prendre en compte la situation de ceux qui ont commencé à travailler très jeune et dont lâge de départ en retraite à taux plein pourrait être dautant plus avancé, dans une limite raisonnable, quils auront connu dans leur carrière les conditions de travail les plus difficiles.
Laccord du 10 février, sil ne sest pas traduit par une décision ferme quant à la date à laquelle des mesures devront être prises pour éviter à terme une faillite des régimes de retraite, a au moins le mérite davoir alerté lopinion et les pouvoirs publics en plaçant en pleine lumière tous les éléments dun débat inéluctable pour tous les régimes de retraite, et en fixant un nouveau rendez-vous pour le 31 décembre 2002.
Cest encore un des rôles de la refondation sociale et un mérite des partenaires sociaux signataires, lorsquun blocage interdit une décision immédiate, de semer, en attendant que se dissolve la complicité générale du silence, dont parlait Clemenceau, et que les uns et les autres mettent effectivement lintérêt du pays au-dessus de leur propre tranquillité.
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Débrider le dialogue social, cest promouvoir par la négociation les réformes nécessaires en dépit des archaïsmes et des blocages qui subsistent dans toute société humaine.
Depuis un siècle, lUnion des industries métallurgiques et minières a pour objet de contribuer à créer lenvironnement social le plus favorable au développement des entreprises.
Elle la toujours fait en préférant la négociation à laffrontement, se référant ainsi, implicitement au chapitre VI du testament politique de Richelieu " qui fait voir quune négociation continuelle ne contribue pas de peu aux bons succès des affaires ".
Et Richelieu dajouter : " Jose dire hardiment que négocier sans cesse, ouvertement ou secrètement, en tous lieux, encore même quon nen reçoive pas un fruit
, et que celui quon en peut attendre à lavenir ne soit pas apparent, est chose tout à fait nécessaire pour le bien des Etats. " Oserai-je ajouter : pour le bien des Etats, comme pour la paix sociale.
Vous noterez que si Colbert et son interventionnisme semble avoir fait son temps, Richelieu reste dactualité, avec un sens de lintérêt général au moins comparable à celui du Ministre de Louis XIV, et un souci du dialogue quon ne lui a pas toujours reconnu, sans omettre sa capacité à affronter ladversité quand les voies du dialogue naboutissent pas.
Le souci du dialogue, cest le nôtre, qui fait de la politique contractuelle la base de notre action, et donc limplication de lUIMM dans une refondation sociale, assise sur le double respect de lEtat pour les partenaires sociaux, et des partenaires eux-mêmes les uns pour les autres.
Léconomie de marché à laquelle nous croyons est la seule qui assure de manière durable le progrès social.
Encore faut-il que la société civile, retrouve, dans le respect de lordre public, toute sa liberté de manuvre, source dinitiative, dinnovation, et de vocation entrepreneuriales, à même de créer de nouvelles richesses pour le bien commun.
Ancien élève de l'É.N.A., vice-Président directeur général de l'Union des Industries Métallurgiques et Minières, membre du Conseil exécutif du Medef (depuis 1998) et, en alternance, Président ou vice-Président de l'Unedic.
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