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Nicole NOTAT
Les relations sociales en France : le nouveau contexte, le rôle des différents acteurs, les perspectives
Il nest pas de date qui marque une rupture radicale avec celle qui la précède, le passage au nouveau millénaire ne faillit pas à cette règle. Mais, parce que leur charge symbolique est lourde, il est des dates qui, plus que dautres, se prêtent au regard sur le passé, même très proche, comme loccasion privilégiée dun bilan utile, dune analyse précise. Car, pour changer le présent, pour construire lavenir, nous ne pouvons nous exonérer de lanalyse du réel.
Ce regard, aujourdhui, nous permet dabord de saisir louverture du monde, un processus, certes inachevé, mais irréversible.
La mondialisation des échanges commerciaux, des circuits financiers, de la communication, sont autant de réalités qui simposent. Il est vain de les nier ou de les refuser, mais elles modifient naturellement et brutalement le cadre dans lequel les institutions publiques et privées, les individus et les groupes sociaux, vont devoir penser et agir.
Cette nouvelle donne, ou sa fantastique amplification, se traduit par une interdépendance accrue des économies, par la transformation internationale du travail, par le rôle croissant des firmes multinationales, face auxquels les gouvernements semblent perdre leur pouvoir de régulation. Ces phénomènes inquiètent et déconcertent au moins autant quils permettent dinnover et de créer. Le monde est certes devenu un village, mais trop nombreux en sont les habitants qui ne savent plus y retrouver chemins et repères.
Dans ce contexte le capitalisme néchappe pas à une formidable mutation. Il est marqué par un processus ininterrompu de fusions, de concentrations, de restructurations, dans lequel les marchés financiers, la Bourse, jouent un rôle de plus en plus important. La chronique sociale des semaines écoulées nous a fourni de nombreux exemples des situations auxquelles les salariés sont confrontés et qui apparaissent souvent comme autant de paradoxes.
Paradoxe dentreprises florissantes, annonçant avec fierté de confortables bénéfices, faisant valoir le rang et la place quelles occupent en Europe, dans le monde
et qui annoncent des plans sociaux aboutissant à des milliers de suppressions demploi.
La bonne santé dune entreprise ne la met certes pas à labri de la contrainte de la compétitivité dans une économie de plus en plus ouverte, de la nécessité délaborer une politique de développement global, dinnover pour intégrer de nouvelles technologies ou techniques de production. Autant déléments qui peuvent lamener à des ajustements de capacités de production et deffectifs. Mais, si le motif de ce type de décision, quil soit énoncé clairement ou suspecté justement, est la seule valorisation financière et boursière, alors ce motif est légitimement irrecevable pour les salariés. Lorsque les raisons avancées sont fondées, les entreprises ont des responsabilités dont elles ne peuvent sexempter.
Celle dabord de la qualité et de la transparence de linformation en direction de leurs salariés, de la qualité et de la réalité de leur consultation. Celle ensuite dintégrer dans leur stratégie les réponses quil convient quelles apportent aux conséquences quont leurs choix sur les hommes et les territoires.
Leur responsabilité, cest de passer de la seule contrainte qui leur soit imposée, celle du financement de la prime de licenciement, à celle quelles devraient simposer : la reconversion de leurs salariés que ce soit dans lentreprise, que ce soit à lextérieur, en utilisant largement la formation et les outils de la reconversion si cela est nécessaire, ainsi que la revitalisation des bassins demploi touchés par les mesures. Il en est heureusement qui conçoivent ainsi leur responsabilité.
Autre élément de la nouvelle donne : les acteurs changent dans lentreprise, les actionnaires y prennent une nouvelle place. Dans les relations sociales, au duo classique composé du manager et du salarié, se substitue un trio avec larrivée de lactionnaire. Les jeux de pouvoir se jouent désormais à 3, mais le nouvel acteur est moins tangible, plus difficilement identifiable, les salariés et leurs représentants nont aucune prise sur lui.La complexité saccroît encore lorsque les salariés eux-mêmes deviennent actionnaires de leurs entreprises. Si la majorité du salariat nest pas concernée à ce jour, le phénomène nen est pas moins réel. Mais en même temps, lorsquils sont actionnaires de leur entreprise, les salariés ne sont pas des actionnaires comme les autres. La relation entre capital et travail se complexifie, elle nest pas supprimée, simplement, et cest déjà beaucoup, de nouvelles frontières surgissent.
Ce qui est en jeu alors, pour chaque salarié concerné, cest léquilibre entre le salaire direct et les rémunérations annexes, entre la performance de son entreprise et son emploi. Il nous apparaît que le syndicalisme, ce contrepouvoir porteur des intérêts des salariés, ne peut sexonérer dun examen attentif et dune intervention appropriée dans le domaine jusquici réservé des actionnaires
Dautres bouleversements interviennent encore. Sans équivalent depuis la révolution industrielle, ils sont introduits par les nouvelles technologies de linformation et de la communication, et, au-delà de ce que lon nomme " nouvelle économie ", par leur diffusion dans tous les secteurs dactivités.
Celles-ci redessinent les formes d organisation des entreprises, elles font émerger de nouvelles formes de travail, demploi.
Dans les entreprises, le fonctionnement en réseau se substitue de plus en plus souvent au fonctionnement pyramidal, ce qui bouleverse lorganisation traditionnelle du travail.
La réalité des formes demploi devient plus que jamais multiple : je pense aux formes demploi intermédiaires entre travail salarié et travail indépendant, aux salariés ayant plusieurs employeurs, à ceux des entreprises de sous-traitance. Ces changements affectent le lien de subordination qui découle traditionnellement du contrat de travail, il fait place dans certains cas à des rapports de type commercial, il évolue parfois vers une plus grande individualisation. Ils affectent aussi la protection sociale qui est étroitement liée au contrat de travail à durée indéterminée. Or la mobilité, qui saccroît sous toutes ses formes, entraîne de plus en plus fréquemment leur dissociation.
Le défi qui est devant nous aujourdhui, cest précisément la reconstruction déléments de continuité de garanties et de protection sociale dans des parcours professionnels de plus en plus hachés, de façon à ce que mobilité ne rime pas avec précarité, mais sarticule avec sécurité .
Comment ne pas voir que, dans ces conditions, la formation, lentretien et le développement des compétences et des qualifications deviennent pour les salariés un élément décisif de prévention face aux changements auxquels ils sont de plus en plus confrontés ? Des changements qui peuvent conduire à la marginalisation, voire à lexclusion pour les moins qualifiés.
Cest pourquoi la formation tout au long de la vie ne peut plus être seulement un beau slogan. Seuls 25 % des salariés en bénéficient. Elle doit devenir une réalité pour tous, en même temps quelle constitue un formidable investissement pour les entreprises.
La sphère du travail connaît dautres changements décisifs, de nature socio-culturelle ceux-là. Je pense ici aux aspirations individuelles grandissantes, à un équilibre entre vie professionnelle, vie familiale, vie sociale.
Je pense ici plus particulièrement à la place irréversible que les femmes ont prise dans le monde professionnel. Une révolution silencieuse, à bien des égards inachevée elle aussi, particulièrement en termes dégalité professionnelle, mais une révolution aux multiples effets. Les femmes ont été les premières, parce que la répartition historique des rôles entre hommes et femmes quil fallait bousculer les y a poussées, à souhaiter sinvestir pleinement dans une activité professionnelle, mais aussi dans leur famille, dans toute une série dactivités, et dy réussir.
Des hommes, de plus en plus nombreux, partagent ces aspirations. Elles débouchent tout naturellement sur la demande dun autre équilibre des temps, temps de travail, temps familiaux, temps sociaux, cest-à-dire sur la demande dune plus grande maîtrise individuelle des choix de vie. Cest ce que les femmes ont porté, tout particulièrement, dans les négociations sur la réduction de la durée du travail .
Il est un dernier changement dimportance que je souhaite relever devant vous, cest celui de la segmentation du salariat.
Les points communs sont peu nombreux entre une caissière de supermarché qui na pas eu dautre choix que celui daccepter un temps partiel, et le jeune graphiste dune start-up, ne comptant pas son temps, se souciant moins pour lheure de son statut et de ses droits. Que dire aussi de la différence entre un salarié actionnaire dans une multinationale et un salarié employé dans une PME de la restauration ?
Pourtant la prise en compte de la diversification des situations ne peut conduire à léclatement de lexistence de garanties pour tous. Or, celles-ci ne fonctionnent pas avec efficacité face à la diversité des situations, face à la diversité des demandes, parce que les droits ne sappliquent pas mécaniquement par le seul fait quils existent. Il est nécessaire dassurer leur effectivité pour tous et, pour cela, de construire les réponses adaptées au nouvel environnement.
Cette nécessité, on la retrouve dans un brûlant dossier dactualité : les retraites. Notre attachement à la retraite par répartition est intact. Basée sur un contrat entre générations, elle fait de la solidarité le socle de la cohésion sociale. Mais les critères standard daccès à la retraite à taux plein, avoir 60 ans et avoir cotisé 40 ans, sont-ils encore pertinents ?
Ceux qui ont commencé à travailler à 16 ans cotisent plus longtemps que ceux qui sont entrés plus tard dans la vie active. La solidarité joue certes mais
à lenvers. Lintroduction de critères, qui prennent en compte ces données, ne mettrait pas à mal le principe général. Elle lui donne au contraire plus de force, particulièrement aux yeux des plus jeunes. Elle donne aussi une souplesse qui devrait permettre, dans les entreprises, de répondre de façon plus satisfaisante aux problèmes de pyramide des âges.
Cest cette même nécessité qui nous a guidés lors de la négociation Unedic, dans lélaboration du nouveau dispositif, le Pare ( Plan daide au retour à lemploi), qui a fait couler tant dencre et donné lieu à tant de polémiques.
Nous avons soutenu deux positions. Dune part, les missions de lassurance chômage doivent pleinement intégrer la préoccupation du retour à lemploi. Dautre part, celle-ci se traduit par laccès de tous les demandeurs demploi à un droit collectif, celui à laccompagnement dans la recherche demploi pour tous les chômeurs. Mais, il na de sens que sil se décline selon des modalités personnalisées adaptées à la situation de chacun. Car, fournir à chacun un paquetage tout prêt, identique, de prestations obligatoires, se révèle non seulement peu efficace, mais aussi producteur dinégalités.
Le contexte dans lequel sont appelés à vivre et agir les entreprises et les salariés est, on le voit, profondément modifié. Cette nouvelle donne, dans lenchevêtrement et la complexité de ses manifestations interroge lacteur syndical. Le contrat social implicite des 30 Glorieuses a volé en éclats.
Nous avons besoin dun nouveau contrat social, explicite, à la fois réaliste et ambitieux, socle dune société plus solidaire. Saccrocher au statu quo, lorsque tout change et évolue, refuser de voir les évolutions et dy répondre, cest condamner le modèle lui-même et les valeurs quon veut sauver.
Ce nouveau contrat social se construira à partir de nouvelles articulations entre la contrainte économique et limpératif social que nous saurons inventer. La nécessaire recherche de loptimisation économique ne conduit pas mécaniquement à loptimisation des réponses sociales, la nouvelle croissance, pour précieuse quelle soit, nest pas mécaniquement orientée au service dun nouveau progrès social, léconomie de marché nassure pas mécaniquement léquité des salaires, la juste répartition de la croissance, légalité des chances. Cela relève de choix fondamentaux, de la volonté que les pouvoirs publics, les corps intermédiaires, ont de les faire et de les assumer, car ce sont eux les acteurs des nouvelles régulations à construire. Cest aussi lenjeu majeur pour le modèle social européen. Parce que lEurope a su, au fil des années, faire la démonstration que la performance économique devait aller de pair avec la cohésion et la justice sociale, son modèle est, à ce jour, envié par de nombreux pays. Un modèle qui a certes des imperfections, qui sest constitué dans chaque pays avec ses spécificités, mais qui reflète partout les mêmes valeurs. Ce modèle est latout majeur pour que lEurope puisse jouer un rôle irremplaçable dans la nécessaire régulation mondiale.
Mais parler de régulation, de justice sociale, en France, cest le plus souvent se tourner spontanément, voire exclusivement vers lEtat, un Etat tutélaire. Cette survalorisation du politique est sans conteste un résultat de notre histoire.
Dans notre pays lacteur politique se considère, est considéré, comme lacteur exclusif du changement. Le changement politique est vécu comme un préalable indispensable à tous les autres changements, économiques ou sociaux. Dès lors, et fort logiquement, la loi est perçue comme seule protectrice et efficace, et prime sur la négociation.
Il y a là une empreinte forte de lhéritage de la Révolution française et de la méfiance quelle a ancré à légard des corps intermédiaires depuis la loi le Chapelier, symbole de cette lutte contre les corporatismes.
Pour beaucoup lélu du suffrage universel, dépositaire de la souveraineté du peuple, apparaît donc comme le seul garant de lintérêt général, lui seul a un lien direct avec lélecteur, et la loi est lexpression de la volonté générale. Tout le reste ne relève, aux yeux de ceux-là, que du jeu des intérêts particuliers.
La marque du marxisme sur notre histoire sociale est venue en surimpression. Et avec elle la suprématie de la culture du conflit sur celle du contrat, ainsi que la conception du syndicat réduit au rôle de courroie de transmission dun parti.
Les conséquences en sont claires : la prééminence du législatif sur le contrat, de la loi sur la négociation. Le résultat en est cette exception française, qui intrigue tant nos voisins, nos partenaires, dans la construction de lEurope.
Il nest pas sûr que cette spécificité française soit encore pertinente. Cest pourquoi nous plaidons pour la reconnaissance du rôle des acteurs sociaux, du champ dans lequel sexerce leur responsabilité. Nous le faisons au nom dune certaine idée de la démocratie et au nom de lefficacité.
Au nom dune certaine idée de la démocratie, parce qu à nos yeux celle-ci gagne en qualité quand elle gagne en participation, quand la démocratie sociale ne se dissout pas dans la démocratie politique.
Et cette conception se nourrit dune relation renouvelée entre lEtat et la société civile.
Elle passe par la reconnaissance des corps intermédiaires, de la nécessité de leur implication dans la construction des nouveaux équilibres à construire entre performance économique et impératif social.
Mais elle peut emprunter deux voies. Dans la première, la construction des équilibres est confiée à lEtat. Les corps intermédiaires viennent alors apporter leurs doléances, reflet de leurs intérêts particuliers, à la puissance publique qui, seule, arbitre au profit de lintérêt général. Le résultat en est le développement de groupes de pression, défenseurs légitimes dintérêts particuliers (oserai-je, dans une telle enceinte, prononcer le mot de lobby ?). Ils laissent lEtat seul face à la diversité des demandes, tenu dassurer la cohésion sociale dans une société dominée par léclatement des jeux dintérêts.
La deuxième voie, cest celle de lexistence dacteurs collectifs qui organisent, dans le cadre de la loi, la confrontation de leurs intérêts respectifs et qui sont capables dassurer leur propre régulation. Ils participent ainsi, à un moment donné, dans un cadre donné, à la construction dintérêts collectifs eux-mêmes constitutifs de lintérêt général. Nous voyons là un des meilleurs antidotes à lépanouissement des corporatismes. Mais, nous y voyons aussi une réponse à la demande croissante, et sans issue, faite à lEtat de tout résoudre, alors même que les interrogations sur son efficacité se multiplient.
Et cest cette deuxième raison, celle justement de lefficacité, qui nous amène aussi à plaider pour limplication des acteurs sociaux.
Si la puissance publique est pour nous, sans conteste, le garant de larticulation entre le développement économique et la performance sociale, elle en sera de moins en moins lacteur direct et efficace. Comment pourrait-il en être autrement ? La rapidité des mutations, la complexité grandissante des économies et des sociétés saccommodent mal dune uniformité de la règle, qui débouche sur une distorsion grandissante entre le prescrit et le réel, qui accroît en fait les inégalités.
Nous avons besoin de penser la diversité des réponses dans un cadre de valeurs et de références communes qui leur donne cohérence ; mais, entre lEurope qui se construit et la décentralisation qui chemine, le rôle de lEtat ne peut être le même. Il ne peut se traduire dans les mêmes formes dans un monde globalisé, interdépendant, complexe, où les individus aspirent à plus dautonomie, plus de responsabilités. Il est donc nécessaire de faire bouger une philosophie qui empêche de penser et de renouveler les espaces de laction.
Paradoxalement les partisans les plus farouches de linterventionnisme étatique sont aujourdhui les plus sûrs promoteurs de lEtat minimum parce quils condamnent lEtat à linefficacité .
Il ne sagit pas de plaider pour moins dEtat, mais pour mieux dEtat. Nous avons besoin dun Etat qui éclaire lavenir, dun Etat garant de lintérêt général, dun Etat efficace.
La puissance publique retrouvera sa pleine légitimité en faisant évoluer les lieux et la nature de son action. Cest pourquoi nous appelons une réforme de lEtat : la seule référence à la souveraineté populaire fondatrice de notre conception de la démocratie nest plus suffisante.
Pour réelle quelle puisse être, la régulation étatique nest pas unique. La loi est un élément structurant essentiel de la régulation sociale. Pour autant lintérêt général quelle traduit est, par essence, évolutif. Il est le résultat dun arbitrage à un moment donné, sur un sujet précis, et peut être modifié par une autre loi, car la loi sélabore aussi sous la pression du débat, des évolutions de la société .
La négociation sociale nest pas en compétition avec la loi. Le droit social quélaborent les partenaires sociaux complète, améliore la loi. Voire en suggère les nécessaires évolutions, à partir de la connaissance de certaines réalités. Les partenaires sociaux ne font pas la loi, mais la loi doit leur ménager un espace contractuel où ce droit social puisse sélaborer.
Le pouvoir politique nest pas le seul acteur du progrès social. Les acteurs sociaux et lEtat sont tenus dinventer de nouveaux arbitrages et créer de nouveaux espaces de responsabilité.
Ces nouveaux espaces, que les acteurs sociaux revendiquent avec raison, ils ne pourront utilement les occuper quà deux conditions.
La première, qui peut paraître une évidence, mais la division et la faiblesse du syndicalisme français, sa tradition aussi, nous obligent à y insister, est quils soient représentatifs et légitimes. Les organisations syndicales, par leur action, par leur signature, sengagent sur les conditions de vie et de travail des salariés, et par là même les engagent. Leur légitimité doit donc être incontestable. Elle est fondée sur leur représentativité. Or, aujourdhui la validité dun accord ne dépend pas de cette représentativité.
La deuxième, cest que ces acteurs, qui réclament à juste titre plus dautonomie et de reconnaissance, soient prêts à assumer engagements et responsabilités. Larchitecture actuelle de notre système de relations professionnelles ne les y incite pas. Le système français ne développe ni engagement ni adhésion.
Tout cela rend plus difficile lindispensable édification dun nouveau contrat social, horizon tangible dune société plus solidaire. Or, il y a urgence pour le maintien de la cohésion sociale dans notre pays.
Cest pourquoi nous nous sommes engagés dans le grand processus de négociation entamé depuis maintenant un an , et quon connaît sous le nom de refondation sociale. Trop dacquis sociaux ne sont plus adaptés, nont plus de réalité pour un nombre croissant de salariés. Il faut retrouver les voies de cette alchimie complexe qui articule développement économique et social. Qui, dans le cadre législatif et légal, peut mieux le faire que les représentants des salariés et ceux des entreprises ? Nous avons là un formidable défi à relever . .
Renoncer, serait enlever toute crédibilité à des partenaires sociaux qui nauront pas su produire les résultats que la nouvelle donne exige.
Renoncer serait accepter que de plus en plus nombreux soient ceux qui paieront au prix fort les dégâts du progrès.
Jai conscience que la démarche que je viens de vous présenter nest pas spontanément partagée par bien des acteurs. Cest une raison supplémentaire pour organiser débats et confrontations. Ils doivent avoir lieu rapidement, largement, et se développer en toute liberté, sans a priori et sans tabou, sans naïveté ni diabolisation, à partir de diagnostics sérieux et rigoureux.
Car, comme le disait Jaurès, il convient de " partir du réel pour aller à lidéal ".
Secrétaire général de la CFDT.
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