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Général Jean-René Bachelet
Saint-Cyr à l'épreuve des ruptures
séance du lundi 1er juillet 2002
En cette deuxième année du nouveau siècle, nous célébrons le bicentenaire de Saint-Cyr.
Saint-Cyr, grande école de formation des officiers de larmée de terre, emblématique du service de la France par les armes ; Saint-Cyr, casoar et gants blancs, frisson patriotique le 14 juillet au long des Champs Elysées, parfum de gloire, culte du sacrifice; frisson, parfum, culte, surannés pour certains, à limage du plumet rouge et blanc qui orne les shakos et du pantalon garance ; pour dautres, manifestation de vertus pérennes, oubliées parfois ici, cultivées là, en perspective de temps difficiles ; pour le plus grand nombre sans doute, indifférence, quelquefois curiosité.
Deux siècles dhistoire, cest bien long, du soleil dAusterlitz à léclair apocalyptique dHiroshima et plus encore peut-être à la toile électronique et à lémergence incertaine dune civilisation planétaire.
Pourtant, la chaîne des générations nest pas innombrable si lon considère hypothèse décole une suite ininterrompue dans une filiation de Saint-cyriens qui courrait des origines à nos jours : de lélève-officier en scolarité aujourdhui dans les landes de Coëtquidan à son ancêtre de 1803, on compterait environ huit individus ; son grand-père aurait commencé sa carrière à travers les terribles épreuves nationales et les déchirements de la Deuxième Guerre Mondiale pour la poursuivre dans les soubresauts de la décolonisation ; son arrière-grand-père aurait été lun des acteurs des affrontements titanesques de la Grande Guerre et, avec une probabilité supérieure à 50 %, lune des innombrables victimes des hécatombes de ce quasi-suicide de lEurope par quoi commence le XXe siècle ; le grand-père de celui-ci aurait été capitaine, peut-être à Sedan, qui ouvre en 1870, par un désastre, le chapitre tragique des guerres franco-allemandes ; et le grand-père de ce dernier, après avoir rejoint Fontainebleau avec les premiers élèves de lEcole spéciale militaire en 1803, aurait, sil eût survécu, pris sa part de lauriers et dépreuves dans lépopée napoléonienne, sur tous les champs de bataille dEurope, dIéna à Wagram, de la Moskowa à Waterloo.
Sublime continuité, pas seulement théorique, puisque la tradition saint-cyrienne se nourrit, aujourdhui autant quhier, de cet héritage de gloire et de sacrifices.
Sublime continuité, certes, mais qui se heurte désormais à un hiatus quillustrent les chiffres : depuis 1962 jusquà nos jours, donc en 40 ans, cinq Saint-cyriens sont « morts pour la France » sur environ 7800 officiers formés durant cette période, quand, dans lhistoire de Saint-Cyr, plus de 10 000 ont fait le sacrifice de leur vie sur 62 000, et ce, sans discontinuité. Il serait malvenu de le déplorer puisque cela traduit que, depuis lors, et pour la première fois de son histoire, la France a vécu durablement en paix. Toutefois, ces chiffres sont révélateurs : au regard des deux siècles passés, qui sont ceux de la France contemporaine et de la modernité, nous sommes, depuis bientôt un demi-siècle, entrés dans une ère nouvelle.
Cette ère nouvelle est dailleurs avant tout celle de la société civile : les courbes de lespérance de vie et de la mortalité infantile sont marquées par la même formidable discontinuité lévolution technologique sinscrit dans une exponentielle ; des valeurs longtemps largement communes à la société civile et à linstitution militaire telles le dévouement au bien public lemportant sur les inclinations individuelles, le primat de lesprit de sacrifice sur le culte du plaisir, le sens hiérarchique et lesprit de discipline prenant le pas sur le libre-arbitre, le travail et la disponibilité sur le goût des loisirs, lamour de la patrie sur luniversalisme ou les préférences communautaires, tout cela a cédé la place, dans la même période, au minimum au libre-service des valeurs, parfois à leur inversion, quand la société militaire sinscrit toujours dans le même référentiel.
Clairement, nous sommes là dans un processus de rupture historique sans précèdent. Cest dire si lévocation du bicentenaire de Saint-Cyr se prête à une réflexion sur les fondements mêmes du métier des armes au service de la France ; pour cela, cette, réflexion doit dabord sexercer sur lhéritage, qui contraste si fortement avec les données daujourdhui, alors même quil reste une source dinspiration.
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Lorsque Bonaparte, par la loi du 11 floréal an X (1er mai 1802) prescrit « quil sera établi dans une des places fortes de la République, une Ecole spéciale militaire (ESM) destinée à enseigner à une portion des élèves sortis des lycées les éléments de la guerre », il vise à encadrer une nouveauté historique : la nation en armes.
Cette innovation sinscrit pourtant dans une continuité millénaire : celle qui fait du guerrier, puis du soldat, lun des piliers de la société et de lEtat. Dans le monde antique, selon ladage latin, il est « beau et doux de mourir pour la patrie » lEtat moderne se fonde par la force des armes et, quelles que soient les horreurs de la guerre, toujours ressentie comme lun des fléaux de lhumanité, la légitimité de sa pratique ne fait pas débat ; lEglise, porteuse de lidéal évangélique, sublime le chevalier, «défenseur de la veuve et de lorphelin» ni lhumanisme de la Renaissance, ni léquilibre de lâge classique, ni le rationalisme du Siècle des lumières ne modifient cette perspective ; Descartes écrit le « Discours de la méthode » au cours du siège de Maastricht dont il est lun des acteurs, et Voltaire voit dans le Grand Frédéric, chef de guerre sil en est, le modèle du souverain éclairé.
Puis survient la Révolution française et, à Valmy, le jeune Goethe voit souvrir « une nouvelle page de lhistoire du monde » bientôt Hegel croira discerner dans la guerre « laccoucheuse de lhistoire », avec Napoléon comme démiurge.
Celui-ci donne à lEcole spéciale militaire nouvellement créée, dabord à Fontainebleau, puis à Saint-Cyr en 1808, une devise quelle a gardée jusquà nos jours : « Ils sinstruisent pour vaincre ». Ainsi, demblée, le Premier consul, en digne fils du siècle des Lumières, marque-t-il sa création du sceau de la rationalité.
Encore faut-il préciser. Le colonel Titeux, auteur à la fin du XIXe siècle dun ouvrage de référence sur lhistoire de Saint-Cyr, écrit : « les instructions si précises de Napoléon à son ministre (7 mars 1809) montrent clairement que ce que lempereur demandait à son école militaire, ce nétait pas des officiers instruits, capables de devenir plus tard des hommes de commandement, mais uniquement de bons officiers subalternes, familiarisés avec tous les détails du métier, rompus aux fatigues et capables de simposer immédiatement à leurs soldats, au feu comme dans les marches ».
Dans le même temps, lempereur écrit son épopée avec le sang des hommes. « Notre but alors, écrit le Général de Brack1, cétait la gloire. Il était vaste, ce but, comme lépoque immense à laquelle vivait notre jeunesse, et cette ambition était promise à une carrière si chanceuse, où chaque jour la mort et la gloire pesaient également dans la balance ».
Et Musset, dans La confession dun enfant du siècle: « cétait lair de ce ciel sans taches, où brillaient tant de gloires, où resplendissait tant dacier, que les enfants respiraient alors. Ils savaient bien quils étaient destinés aux hécatombes ; mais ils croyaient Murat invulnérable, et on avait vu passer lempereur sur un pont où sifflaient tant de balles, quon ne savait sil pouvait mourir. Et quand même on aurait dû mourir, quétait-ce que cela ? La mort elle-même était si belle alors, si grande, si magnifique dans sa pourpre fumante ! Elle ressemblait si bien à lespérance, elle fauchait de si verts épis, quelle en était devenue jeune, et quon ne croyait plus à la vieillesse ».
Cet état desprit allait marquer Saint-Cyr dune marque indélébile. Par une ruse de lhistoire, lhéritage napoléonien ne serait pas celui de la rationalité du fils du siècle des Lumières, mais bien la marque romantique, la gloire, la bravoure, laudace folle, le mépris de la mort, le sacrifice, rejoignant en cela le vieux fond français féodal.
Le folklore saint-cyrien sy alimentera dun mépris séculaire de la « pompe » - la formation intellectuelle et théorique au bénéfice de la « mili ».
La geste aussi, et, quelques décennies plus tard, Sidi-Brahim durant la conquête de lAlgérie, Camerone au cours de la campagne du Mexique, Bazeilles en 1870, faits darmes, certes glorieux, mais marqués par lanéantissement dune troupe ayant combattu jusquà la mort, resteront jusquà nos jours comme des références mythiques, à la fois morales et festives, pour les Chasseurs, la Légion Etrangère et les Troupes de marine. De même, au XXè siècle, Saint-Cyr célébrera ses héros fauchés dans lélan de leur jeunesse généreuse, en la personne, notamment, du capitaine de Bournazel, du lieutenant Pol Lapeyre ou du lieutenant Tom Morel.
Jusquen 1870, lépopée napoléonienne fascinera de ses éclats, en dépit des aléas politiques on aura prêté serment à huit drapeaux différents en un demi-siècle et sur des champs de bataille exotiques où, à partir de 1830, la conquête de lAlgérie, puis, sous le Second Empire, lexpédition du Mexique, la campagne de Crimée, la guerre dindépendance de lItalie, ouvriront des espaces aux rêves daventure, de gloire et de sacrifice.
Le réveil sera brutal : le désastre de 1870 a valeur délectrochoc ; on découvre dans une défaite humiliante que la bravoure ne fait pas tout.
Cest que le vainqueur prussien, tirant au long de plus dun demi-siècle les enseignements de son propre écrasement par Napoléon, à Iéna en 1806, avait appliqué à lart militaire toutes les ressources de lesprit, avec Clausewitz pour théoricien et Moltke en praticien. Dans le même temps, comme lécrit le général Trochu en 18792 , « nos institutions militaires
restèrent un demi-siècle dans lindifférence, peut-être même dans lignorance de ce menaçant travail, dans la contemplation de la légende, dans lapplication obstinée des méthodes vieillies de la tradition ».
Le sursaut, entretenu peu ou prou sur un nouveau quasi demi-siècle, sera celui de la nation toute entière et de son armée. Il est dabord celui de lintelligence : création de lEcole de Guerre, transformation profonde de lenseignement et du régime de Saint-Cyr avec notamment luvre du général Hanrion qui commande lécole de 1871 à 1880 et lui imprime profondément sa marque, faite de sagesse et de détermination.
Mais ce sursaut est aussi celui du cur. Lamour de la patrie meurtrie est alors porté à lincandescence ; il trouve à sexprimer dans la préparation résolue de la revanche, mais aussi dans la constitution de lempire colonial, vécue comme luvre civilisatrice dune France à la vocation universelle, avec, notamment, Gallieni ou Lyautey comme figures emblématiques, ou Psichari comme chantre inspiré.
La vocation de lofficier sélargit aussi dans un rôle social, accompagnant en cela létablissement de la conscription obligatoire et universelle en 1905 ; Lyautey sen fait le promoteur dans un ouvrage3 qui connaît un grand retentissement ; dans le même temps, des officiers, tels Albert de Mun, Saint-cyrien de la promotion 1860-1862, tirant les leçons des tragiques événements de la commune de Paris, uvrent pour le rapprochement des classes sociales ; cest la création du Sillon qui préfigure en France le christianisme social du XXe siècle.
Saint-Cyr participe très largement au renouveau et de Gaulle, Saint-cyrien de la promotion 1909-1912, pourra écrire plus tard : « larmée était alors la plus belle chose du monde ».
Le mouvement est si profond que les graves crises nationales du début du siècle, pourtant porteuses de ferments de dissociation entre la France et son armée, telles laffaire Dreyfus, celle des congrégations larmée reçoit alors mission dexpulser les ordres religieux celle encore des fiches, nen infléchissent pas véritablement le cours, si ce nest une baisse significative, mais temporaire, des vocations saint-cyriennes dans ces années-là.
Le sursaut de lintelligence nest pas non plus sans faille ; car, dans le même temps, celui du cur ressuscite les vieux démons ; ainsi larmée française entrera-t-elle en guerre avec une doctrine de loffensive à outrance qui fait fi de laccroissement considérable de la puissance de feu permise par les évolutions technologiques.
Mais, en 1914, lheure de la revanche, si ardemment et longtemps espérée, a sonné la trentaine de Saint-cyriens des promotions Montmirail et Croix du Drapeau qui paient de leur vie le serment quils avaient fait de monter au premier assaut en casoar et gants blancs, ne savent pas alors, pas plus que lensemble des belligérants, quils ouvrent véritablement une ère nouvelle ; on entrait dans la guerre, on sy était préparé, dans lesprit des temps anciens : la guerre était la « continuation de la politique par dautres moyens »4 ; nul navait alors perçu que la révolution industrielle, conjointement avec lexacerbation des nationalismes et avec les effets pervers du rationalisme clausewitzien (« celui qui ne recule devant aucune effusion de sang prendra lavantage sur un adversaire si celui-ci nagit pas de même »5), avait changé la nature de la guerre. Nous étions alors entrés dans une logique de guerre totale, qui deviendrait inexpiable un quart de siècle plus tard face aux abominations nazies, et dont, au-delà des apparences, nous ne sommes pas sortis aujourdhui ; et cela en rupture avec lhéritage des siècles antérieurs, depuis lapparition des premières armées permanentes au XVe siècle.
Dans cette lutte titanesque, les Saint-cyriens allaient payer, comme jamais auparavant et jamais depuis lors, le prix du sang ; ainsi, parmi les 1763 jeunes officiers des trois promotions jetées simultanément dans la fournaise en 1914, 970, soit plus dun sur deux, tombent-ils « au champ dhonneur ».
Lheure de la victoire, le 11 novembre 1918, est marquée par une funeste ambiguïté : le prestige de larmée, de ses unités délite, de ses généraux vainqueurs, de Saint-Cyr, est sans égal ; mais les terribles hécatombes consenties ont généré dans lopinion un pacifisme profond (« plus jamais ça »), dans le même temps où vont manquer pour la génération à venir tant de jeunes talents fauchés au printemps de leur vie.
Aussi, lorsque face à la violence déchaînée de cette régression de civilisation quest laventure nazie, il est patent, en 1939, quil nest que la force pour sy opposer on redécouvrira cette évidence aujourdhui sous dautres formes -, le ressort est-il cassé. Les Saint-cyriens de la promotion Marne et Verdun, sortis en 1939, démentent, par le sacrifice de 102 dentre eux pour 391 à leffectif, le mythe mensonger dune armée qui ne se serait pas battue. Pour autant, le désastre est sans égal depuis la guerre de Cent Ans ; il frappe au cur des fondements mêmes de la nation et de son expression emblématique quest larmée ; au nom du même amour de la patrie asservie et de léthique militaire, on sera légitimiste derrière les glorieux vainqueurs dantan, Pétain ou Weygand, on se ressaisira des « tronçons du glaive » derrière de Gaulle ou Leclerc, on allumera et on entretiendra la flamme de la Résistance intérieure avec Frenay et les généraux Frère ou Delestraint, tous Saint-cyriens de diverses générations ; on vivra des affrontements fratricides à Dakar, au Levant et en Afrique du Nord.
Grâce soit rendue à de Gaulle, qui incarne limage séculaire dune France fidèle à ses valeurs comme à son destin et qui impose la vision dune parenthèse de légitimité de lEtat français, à Leclerc, qui fait renouer larmée française avec lépopée, à Juin, qui restaure le renom militaire français auprès des alliés, à de Lattre qui réalise en 1944-1945 lamalgame des forces issues de larmée dAfrique, des Français libres, de la Résistance et des classes nouvelles, à tous ceux enfin qui, tel Tom Morel, figure emblématique du jeune Saint-cyrien, chef du maquis des Glières dans la première bataille de la Résistance en mars 1944, sont porteurs de lhonneur de nos armes et du nom français dans la nuit de loccupation et jusque dans lenfer des camps ! Par eux, tous Saint-cyriens et voués au service de la France par les armes, la France est aux côtés des vainqueurs le 8 mai 1945, restaurée, au moins formellement, dans son statut de grande puissance parmi les alliés.
Mais pourquoi faut-il quà peine les plaies très profondes sont couturées en surface, la défense de lempire, en Indochine dabord, en Algérie ensuite, en ouvre de nouvelles ? LIndochine devient le théâtre dune expression renouvelée des mythes fondateurs : laventure, lhéroïsme, le sacrifice, se cristallisent sur la R.C. 4, à Caobang, à Dien-Bien-Phu, au-delà des fulgurances éphémères du « roi Jean »6 ; le lieutenant Bernard de Lattre, tragiquement disparu en 1951 est lune des figures emblématiques du nouveau Saint-cyrien, pur produit dune école de Saint-Cyr, recréée par son père à Coëtquidan, dans lamalgame de la jeunesse de France venue de tous horizons et dans une conception dynamique, sportive, ouverte et non-conformiste de la formation. Rien ne manque à la tragédie, pas même le sentiment dabandon, fruit dune désaffection de lopinion, à la fois recrue dépreuves et travaillée en profondeur par laffrontement idéologique qui oppose le monde libre à lempire soviétique.
LAlgérie sera le dernier carré. Cette fois, larmée vaincra, coûte que coûte ; les promotions de Saint-Cyr qui sy engouffrent année après année, avec la jeunesse de France qui constitue, par ses contingents, limmense majorité des effectifs, sy engagent corps et âme. Au-delà des débats récurrents, passionnels, souvent superficiels, injustes et partiaux sur la torture, quand écrira-t-on la réalité des cruels dilemmes auxquels sont alors exposés les officiers, notamment les plus jeunes ? Quand montrera-t-on quon a là le plus récent avatar, pour larmée française, de la logique de guerre totale qui est celle dans laquelle sest enfoncé le XXe siècle ? Logique à juste titre stigmatisée lorsquelle a pu se traduire, ici et là, par des déviances inacceptables au regard de nos valeurs de civilisation, mais bénéficiant dune étonnante indulgence, si ce nest complaisance, lorsquelle sexprime, hier, dans lapocalypse nucléaire effective, aujourdhui dans la transformation à distance, en lumière et chaleur, de centaines et de milliers dinnocents.
Toujours est-il que si la victoire militaire est bien là au terme de huit années dengagements qui voient se succéder la totalité des 4 234 Saint-cyriens recrutés et formés dans la période et 243 des leurs y laisser leur vie, cest une victoire à la Pyrrhus, car lâme même est atteinte au plus profond par laffaire algérienne, jusquà la faute majeure des soldats perdus de la sédition de 1961. Sans doute fallait-il alors la haute figure historique du général de Gaulle pour transcender une telle épreuve ; cest à quoi désormais larmée française allait satteler à partir de 1962, avec, comme toujours, Saint-Cyr aux avant-postes, dans la vision inspirée du même de Gaulle recherchant pour la France le premier rang dans le contexte dun monde bipolaire sous menace danéantissement nucléaire.
Mais nous entrons là dans lère nouvelle identifiée initialement. Jusque-là, au cours dun siècle et demi dune histoire de France chaotique et tumultueuse, au-delà et en dépit des chaos et des tumultes, lESM de Saint-Cyr est marquée par lexceptionnelle continuité de son inspiration à la faveur du renouvellement périodique des mythes fondateurs à lépreuve des faits : le culte de la bravoure, la générosité sans limites dans le don de soi jusquau sacrifice de la vie, lattrait du panache et de la gloire, fût-ce au prix derreurs tragiques, tout cela en référence à une image sublimée, quasi-mystique, dune France porteuse de valeurs universelles qui donne sens à laction et qui vaut bien que lon se donne à elle corps et âme.
En cela, longtemps, jusquà la Grande Guerre, Saint-Cyr nest pas, le plus souvent, en décalage avec la société de son temps ; elle en épouse les mouvements profonds ; mais les hécatombes de la Première Guerre mondiale, les fractures des années 40, lidéologisation des conflits, lévolution des modes de vie introduisent en revanche des éléments de dissociation de plus en plus marqués, si ce nest lorsque lévidence des périls devient telle que larmée soit à nouveau perçue comme lultime recours.
Qui pourrait nier quaujourdhui un tel héritage paraît sinscrire très largement à rebours de lair du temps ? Telle est désormais la question.
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Embrasser en un tout les 40 dernières années peut sembler hasardeux. Cette période nest-elle pas celle de toutes les ruptures ? Rupture culturelle qui nous fait entrer, après mai 68, dans le libre-service des valeurs ; rupture économique qui voit, après le premier choc pétrolier, sinstaller un sous-emploi chronique et de profondes remises en cause dans le tissu productif et sociologique, contrastant fortement avec les temps de croissance et deuphorie des années 60 ; rupture technologique avec lentrée dans « lère de linformation » au tournant des années 80 ; rupture géopolitique, marquée, dans les années 90, par la fin du monde bipolaire, le leadership en tous domaines dune unique hyperpuissance et les phénomènes de mondialisation. Encore faudrait-il mentionner la construction continue dune Europe de plus en plus solidaire et, symétriquement, la remise en cause de la capacité, pour la France, à conduire une politique planétaire en toute autonomie.
Pour les armées, rupture tout aussi considérable, véritablement historique, avec en 1996, la fin du service militaire obligatoire et la professionnalisation ; avec le retour à une logique demploi dans la gestion de crises multiformes à travers le monde, le plus souvent dans un cadre international, après létrange parenthèse de trois décennies dune « drôle de paix » à lombre de la dissuasion nucléaire face au péril soviétique ; avec des évolutions technologiques, enfin, qui introduisent une véritable révolution dans les systèmes darmes et dans leur emploi.
Pourtant, cest bien au regard de lensemble de cette période dinflexion majeure de lhistoire que doit se conduire une nécessaire réflexion sur les finalités de Saint-Cyr et sur le sens même du métier des armes, à la fois pour ceux qui en font profession et pour la nation dont ils sont les délégataires.
En effet, à partir de 1962, pour la première fois depuis des lustres, le recrutement et la formation de jeunes officiers à Saint-Cyr ne sont plus soumis à lurgente priorité davoir à renouveler lencadrement de base de la troupe, jusque-là demblée soumis à lépreuve du feu, comme cela avait été le cas depuis plus dun demi-siècle, dans une similitude frappante avec lépoque napoléonienne fondatrice.
Il apparaît alors que si la période initiatique dencadrement de la troupe au contact simpose de toute nécessité cela avait été lun des enseignements du désastre de 1870, partagé par toutes les armées du monde la véritable finalité de Saint-Cyr est bien de constituer lindispensable vivier qui fournira plus tard lencadrement de haut niveau dans le vaste champ de compétences que requiert la complexité des armées modernes.
La dialectique bi-séculaire de « la pompe » et de la « mili » sen trouve profondément reformulée et ce thème reste dune brûlante actualité.
A linstar du système français des « grandes écoles » qui recrute et forme lessentiel de ceux qui ont vocation à constituer les cadres supérieurs de la nation dans tous les domaines dactivités, Saint-Cyr doit donc recruter dans le même vivier et former à un niveau équivalent. Ainsi voit-on les traditionnelles « corniches » saligner, dès 1964, puis se confondre aujourdhui, avec les classes préparatoires aux grandes écoles ; ainsi, en 1982, la scolarité passe-t-elle à trois ans, avec un diplôme dingénieur comme sanction pour les scientifiques ; ainsi, désormais, comme cela se fait ailleurs, ouvre-t-on des recrutements complémentaires à luniversité et vise-t-on lobtention dun master en fin de scolarité.
Certains voient là une banalisation du métier dofficier, les uns pour le déplorer, les autres pour sen réjouir.
Or, si banalisation il devait y avoir, ce serait une grave erreur.
En effet, de fait, la finalité de Saint-Cyr est marquée par une dualité : certes les élèves doivent constituer le vivier des cadres supérieurs évoqués précédemment ; mais, outre que ces cadres supérieurs seront aussi des chefs militaires ce qui nest pas sans conséquence sur les capacités à développer le Saint-cyrien sera dabord un lieutenant, puis un capitaine. Ceci implique quen parallèle à dindispensables compétences techniques, il devra aussi être un meneur dhommes pour des situations extrêmes, avec tout ce que cela suppose de charisme et de caractère mais aussi de courage, dabnégation et de dévouement dans un juste équilibre entre des capacités intellectuelles, physiques et morales.
Dès lors, autant et plus que jamais, Saint-Cyr vise à développer, non seulement un savoir, mais aussi un savoir-être.
Cest pourquoi lhéritage mis en évidence initialement, pour autant quil ne soit pas vécu comme un enfermement stérile, reste une puissante source dinspiration pour le développement de ce savoir-être.
Survient alors lobjection : le monde a radicalement changé la France ne se connaît plus dennemi au sens classique du terme ; dailleurs, la guerre, si guerre il y a, est devenue aujourdhui résolument technologique ; et puis, depuis la chute du mur de Berlin et depuis le 11 septembre 2001, ne voit-on pas que laction militaire dantan, conçue comme celle de la force militaire au service de la nation pour des luttes à mort, doive céder la place à des capacités de police internationale ?
Cette objection pose, là comme ailleurs dans notre société « post moderne », la question du sens. Il faut y répondre. Remarquons dabord quil serait hautement improbable quon envisage la question en ces termes en Inde, en Chine, en Iran, en Turquie ou en Israël et même aux Etats-Unis ; cest dire si nous devons nous défier des effets de perspective, dans lespace et dans le temps.
Cette précaution prise, nul ne peut disconvenir que là où, après la chute du mur de Berlin, certains voyaient souvrir, avec « la fin de lhistoire », une ère nouvelle où « il ny aurait plus jamais de guerre », ont explosé, de fait, des violences longtemps contenues dans le monde bipolaire. On a redécouvert cette étrangeté tragique de la condition humaine quest la violence, injustice suprême portée à lencontre dautrui, de sa dignité, de son intégrité, de sa vie, individuellement et collectivement ; on a redécouvert du même coup quil est des seuils à partir desquels, face à cette violence, le dialogue et les pressions diplomatiques sont inopérants et que seule la force est appropriée, une force nécessaire et légitime. Une force qui soit la force, cest-à-dire capacité de prendre lascendant sur le violent, donc capacité de coercition, donc, si nécessaire, dinfliger la destruction et la mort, sauf à être condamnée à limpuissance, comme nous lont appris les errements tragiques des opérations dinterposition des années 90, notamment en Bosnie ; mais une force qui ne soit pas elle-même pure violence, à moins de trahir ce qui demeure aujourdhui véritablement lultime valeur fondatrice et fédératrice du monde occidental : luniversalité de lêtre humain, le respect qui est dû à sa dignité et à sa vie, valeurs formalisées aujourdhui dans les droits de lhomme ; donc une force juste, appropriée et maîtrisée.
En cela, on redécouvrait de fait un héritage multi-séculaire qui trouve sa source dès le Ve siècle lorsque, face à linvasion des Vandales, Saint-Augustin, évêque dHippone, est confronté à la même problématique ; cet héritage se formalisera plus tard au Moyen-age, dans le « jus ad bellum » et le « jus in bello », dont notre actuel droit des conflits armés nest jamais que la traduction moderne.
Remarquons à ce stade le caractère pervers dune conception manichéenne de la force qui prévaut souvent aujourdhui, notamment outre-Atlantique : laction militaire se placerait dans lalternative entre une action quasi-désarmée, dans le cadre « dopérations de paix » qui seraient le fait de lONU, et une action nécessairement paroxysmique qui serait la guerre, la vraie, inexpiable, efficiente et dévastatrice, fût-elle réputée désormais chirurgicale. Or, dans un cas comme dans lautre, on trahit la cause même que lon veut défendre, dans le premier par défaut, dans le second par excès. Clairement, on a là lexpression contemporaine de la logique de guerre totale qui est celle du XXe siècle, en rupture avec lhéritage des siècles précédents.
De fait, face à la violence, laction militaire est une ; cest lexpression dune capacité de mise en uvre de la force, tout étant question de dosage dans lemploi de cette force, mais adaptée et maîtrisée.
Au-delà des concepts, il revient à larmée de mettre en uvre cette même force ; loin dêtre fauteuse de guerre, larmée apparaît ainsi pour ce quelle est : une invention de la civilisation pour faire pièce à la violence, car, comme lécrivait Bernanos, « pour un soldat de moins, on a cent tueurs de plus ».
Telle saffirme alors la véritable spécificité militaire : ce nest pas la propension au sacrifice, si longtemps mise en avant, mais bien le fait de détenir la redoutable capacité de mettre en uvre la force, comme définie précédemment, fût-ce, il est vrai, au risque de sa vie.
Ce constat est véritablement générique. En découle lensemble des vertus, des us et des coutumes militaires, marqués, non pas par la désuétude, mais bien par une indispensable pérennité à la mesure des situations extrêmes et complexes auxquelles expose, par nature, laction militaire : dévouement sans limites, abnégation, force morale, primat du sens collectif sur les inclinations individuelles, fraternité darmes sans laquelle une nécessaire discipline est vaine, éthique forte de maîtrise des comportements.
Quant au chef, lofficier, le voilà projeté, à tous les niveaux, dans des situations dune extrême complexité où il lui faut trouver, souvent dans lurgence et, au-delà des ordres et des règlements, en puisant dans son fonds propre, dans ses capacités de discernement et de décision, la solution à des exigences antagonistes, la traduire en ordres, obtenir de ses hommes le meilleur deux-mêmes, payer dexemple, en bref commander.
« Homme de guerre mais « soldat de la paix », spécialiste rompu aux techniques les plus élaborées mais jardinier des âmes et des curs, tour à tour diplomate averti et acteur résolu de lemploi de la force, homme de réflexion et homme daction, chef à lautorité sans faille mais serviteur du bien commun, militaire soumis à des codes spécifiques mais citoyen de son temps, patriote ouvert sur luniversel »7, ainsi se dessine le cahier des charges pour la formation du Saint-cyrien.
Encore cette armée et ses chefs, de par lextravagance même de leur mission, doivent-ils trouver inspiration et légitimité. La pratique systématique des interventions dans un cadre international et au sein de coalitions pourrait donner à penser que la légitimité serait, par exemple, procurée par lONU et que linspiration découlerait tout naturellement de la charte de cette organisation et de la Déclaration universelle des droits de lhomme. Or, lhomme est ainsi fait, que dans les situations ultimes, celles qui sollicitent son être tout entier, seule une référence incarnée est susceptible de le hausser au-delà de lui-même. On peut sen étonner, certains le déploreront, mais cest un fait dexpérience : pour quoi meurt-on si nécessaire, lorsque lon est soldat ? Encore et toujours pour sa patrie, et, sagissant du soldat français, pour la France. Cette affirmation est marquée au sceau de lévidence, par exemple, pour nos camarades américains ou britanniques. Ce constat nest pas contradictoire avec lexigence davoir à agir au sein de coalitions ni avec lambition duvrer pour de plus grandes solidarités européennes.
Cest, aujourdhui comme hier, le service de la France qui donne sens et légitimité à notre action. En Bosnie, au Kosovo, en Afghanistan, en Afrique, partout où nous appellent nos missions, cest la France que nous servons. De surcroît, cette référence doit nous mettre à labri des dérives chauvines et nationalistes dès lors que lon prend conscience que notre « vouloir vivre ensemble », selon lexpression de Renan pour définir la nation, exprime les valeurs universelles mêmes qui inspirent notre engagement ; elles figurent dans le préambule de notre constitution ; elles sont résumées dans la devise de la République. Fort dune telle inspiration, le soldat français a vocation à promouvoir une conception de laction militaire qui rompe avec la logique de guerre totale qui sest imposée au XXe siècle jusquà labsurde ; une conception qui sinscrive dans les voies militaires de lhumanisme tracées notamment par Gallieni ou Lyautey, dans le lointain héritage de Vauban ou du maréchal de Saxe.
Mais cette référence à la France serait vaine si elle était purement mythique et si larmée se concevait comme une citadelle refuge des valeurs dantan, en rupture avec la société environnante. En effet, larmée nest jamais que la délégataire de la nation, elle y puise ses ressources humaines et financières, elle y recueille sa légitimité. Il est vrai, on la vu, que les valeurs cultivées dans larmée de toute nécessité contrastent souvent avec les grandes tendances sociologiques daujourdhui ; il est vrai aussi que lidentité française elle-même est soumise à de fortes tensions entre les replis communautaristes et les dilutions dans le vaste monde, que ce soit vers plus dEurope ou dans le cadre de ce quil est convenu dappeler la mondialisation.
A lheure où la conscription nétablit plus un lien organique entre larmée et la société, il est donc dune impérieuse nécessité que sentretienne entre elles un courant déchanges permanent, dans une connaissance et reconnaissance mutuelles.
Larmée participe fortement dun indispensable lien social ; elle est emblématique de notre « vouloir vivre ensemble » qui se définit notamment au-delà des considérations de peuple, de race ou de religion, dans une conception commune de lhomme et de sa destinée, et dans une aspiration collective à la liberté. Au-delà des apparences, et des différences à assumer mais ne sommes-nous pas dans une société qui, plus quhier, accepte les différences ? lopinion y est réceptive, dans la mesure où lantimilitarisme du siècle passé fait aujourdhui figure de curiosité historique et où elle aspire bien souvent à une revivification du lien social et des repères collectifs. Tel est particulièrement le cas avec léducation nationale, cet autre pilier de la communauté nationale.
Saint-Cyr participe aujourdhui très largement de ces échanges, dans son recrutement, dans lorganisation même de sa scolarité et dans les activités de ses promotions. Dans ce cadre, sa spécificité sy affirme en cohérence avec la spécificité du métier des armes, sans que cela soit contradictoire avec une nécessaire ouverture.
La formation qui y est dispensée doit, en effet, couvrir un large registre de savoirs et de savoir-faire à la mesure de la complexité des situations auxquelles seront exposés les futurs officiers, bientôt projetés au cur de conflits multiformes à divers niveaux dintensité : compétences pluridisciplinaires, intelligence des situations, capacités de jugement et de discernement.
Toutefois, cette formation serait vaine, si elle ne développait pas simultanément, aujourdhui autant sinon plus quhier, un savoir-être : celui du soldat, impavide et résolu dans les plus extrêmes difficultés, maître de sa force, prodigue de ses efforts, généreux et fraternel ; celui du chef, fédérateur des énergies, homme de caractère et de décision, simposant par lexemple de sa force dâme ; en bref, le savoir-être de lofficier, totalement dévoué au service public et porteur des valeurs dune communauté nationale qui se reconnaît en lui et dont il a conscience dexprimer le meilleur pour les temps difficiles.
Face à la violence du monde, qui ne voit que nous avons là limpérieuse condition du développement des capacités mêmes que nos concitoyens attendent de son armée et de ses chefs ? Cest pourquoi, au-delà des ruptures et des incertitudes du temps présent, simpose la pérennité du « savoir-être » saint-cyrien.
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Lhistoire de Saint-Cyr sinscrit ainsi entre deux fractures de lhistoire de France et de lhistoire du monde ; la première, paroxysmique, fut celle de la Révolution française ; celle de ce temps, moins radicale en apparence, est peut-être plus profonde. Lentre deux fut le plus souvent orchestré par le fracas des armes, bien loin des aspirations fondatrices du siècle des Lumières. Témoin inspiré de la fracture initiale, Chateaubriand écrit, dans les Mémoires doutre-tombe : « je me suis rencontré entre deux siècles, comme au confluent de deux fleuves ; jai plongé dans leurs eaux troublées, méloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue ».
Pour nous, les eaux sont à nouveau tumultueuses, mais nous nous éloignerons sans regret des errements funestes dun siècle de fer, de feu et de sang. Il reste à cultiver lespérance, celle de lédification dun monde meilleur à la faveur dun humanisme renouvelé.
Dans cette édification, le soldat, avec le Saint-cyrien comme figure emblématique, a son rôle à jouer, lui dont la condition nest jamais que lexpression de la grandeur tragique de la condition humaine.
Pour cela, qui mieux que le général de Gaulle a pu exprimer ce que doit être notre espérance ? A Oxford, le 25 novembre 1941, il invitait le monde libre, alors dans des abîmes de détresse, à « construire un ordre tel que la liberté, la sécurité, la dignité de chacun soient exaltées et garanties au point de lui paraître plus désirables que nimporte quels avantages offerts par son effacement. On ne voit pas dautre moyen dassurer en définitive le triomphe de lesprit sur la matière. Car, en dernier ressort, cest bien de cela quil sagit ».
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1 Général de Brack - Avant-postes de cavalerie légère.
2 Général Trochu - Larmée française en 1979.
3 Général Lyautey - Le rôle social de lofficier.
4 Clausewitz De la guerre.
5 Clausewitz De la guerre.
6 Surnom donné au général de Lattre.
7 J-R. Bachelet « Un sens au métier des armes » Revue Etudes février 2002.
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