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M. Régis Debray
DIEU
séance du lundi 15 décembre 2003
En historien émérite
qu'il est, et quasiment éponyme, puisqu'il donne à l année
en cours le nom de ses héros de prédilection, M. Le Roy Ladurie
est peut-être un évhémériste. Ainsi appelle t-on l'adepte
du romancier grec Evhemeros, vivant au III siècle av. J.C.,
dont on sait fort peu de choses sauf qu'il voyait dans les
dieux de son temps des grands rois divinisés des hommes
de l'Histoire élevés par la piété de leurs successeurs à la
dignité d'un Ouranos ou d'un Zeus.
Notre Bible représenterait
d'après cette conception une biographie autorisée de l'Eternel
en deux volumes encore qu'y figurent maints passages assez
compromettants, notamment dans le premier , les prophètes
faisant alors fonction d'historiographes du Souverain de l
Univers. Qu'il me pardonne mais je n'imagine pas d'autre
explication à la présence un peu cocasse, au beau milieu de
votre galerie de portraits, de l'Etre Suprême dont il n'y
a pas de portrait, ni d'ailleurs d état-civil. Sa date de
naissance est très discutée -600 av. J-C, celle du Deutero-Isaïe
sa date de décès sujette à caution (tant on a connu de faire-part,
depuis celui de Nietzsche, régulièrement suivis de quelque
chose comme « la nouvelle de ma mort est très prématurée »).
Je plaisante bien
sûr. Car votre Président est trop avisé pour ne pas savoir
que les sciences des religions ne se satisfont plus depuis
longtemps de ces naïvetés historicistes qui tiraient l'Absolu
de l'exceptionnel, ou le transcendant de l'extraordinaire.
Car enfin, s'il n'y avait en la personne divine que du héros
politique transfiguré, pourquoi tant d'humbles gens ont-ils
pu et peuvent-ils encore y trouver leur compte ? Et ce, depuis
plus de deux mille cinq cents ans, et bien après la désacralisation
du politique ? Toutes les sociétés qui maîtrisent l'écriture,
car Dieu n'existe pas en société orale, se sont dotées de
chefs, rois ou « big man », la plupart ont ignoré notre
Dieu unique, l'évhémérisme ne rend pas compte de ce hiatus.
Exit Evhemeros.
« Ce grand mot ténébreux
tout gonflé de clarté », vous lui avez mis, par chance une
majuscule. D'un point de vue historique, quand on n'a que
36 minutes devant soi, c'est une aubaine car c'est un sérieux
raccourci. Cette nuance typographique nous permet en effet
d'enjamber les quelques cent mille années où les puissances
invisibles qui ordonnaient le monde s apparentaient plutôt
à des esprits mi-humains mi-animaux, comme chez les aborigènes,
ou bien au Soleil, puissance cosmique, comme en Egypte, ou
à des divinités mortelles et toujours en péril, comme chez
les Aztèques. Ce Créateur incréé, que vous avez faufilé dans
votre Panthéon laïque et dont j'ai naguère tenté de retracer
l'itinéraire, naissance et mutations, refuse l'article défini
comme l'indéfini. C est donc clairement un nom propre. Cette
majuscule solitaire est tard-venue dans l'histoire de l'humanité,
une création de dernière minute pour ainsi dire. Le D majuscule
désigne en effet plus qu'une entité, la pure intelligence
contemplative, le principe supérieur de qui dépend notre destinée
et auquel sont dus respect et obéissance. Dieu le Père, ce
n'est pas le Un platonicien, le Principe intelligible,
ni le théos d'Aristote, qui n'est qu'une fonction logique,
la cause des causes, le Premier Moteur immobile du monde.
(le otheos = l'homme = l'espèce humaine). Ce n'est
donc pas le Dieu des philosophes sans identité ni contours,
évasif et gazeux, le Dieu pensé de l'hénothéisme, qui
ne demande que l'acquiescement et non l'adhésion, qui n'intervient
pas dans l'histoire des hommes et ne prend à partie aucun
égaré. C'est le Dieu d'Isaac, d'Abraham et de Jacob, non plus
élusif mais intrusif, qui ne se contente pas de créer le monde
pour aller se reposer ensuite, comme les dieux d'Epicure,
qui nous regardent impassibles du haut d'un balcon. C'est
le Dieu romanesque et épique, interventionniste et dramatique
du monothéisme, qui fait rentrer l'Eternel dans l'histoire.
C'est déjà un Etre étonnamment ambigu puisqu'il allie, là
est le coup de génie si l'on peut dire, deux qualités en principe
incompatibles : la transcendance et la proximité. D'une
part, il est radicalement extérieur au monde créé, au point
que le nommer est déjà sacrilège, alors que tous ses prédécesseurs
putatifs (avec lesquels on le confond souvent), comme le Aton
d'Akhenaton ou le Président mésopotamien de l'Assemblée des
dieux, restent en continuité avec la nature ou la société.
Et d'autre part, cet Infini auquel la finitude humaine par
définition ne saurait s'élever par ses propres moyens personne
ne pouvant accéder au supra-humain par ses propres forces,
le monothéisme ne peut être que révélé ce Dehors
absolu, donc, va hanter du dedans l'intimité d'un peuple élu,
hébreu en l'occurrence, puis de tout le monde et de n'importe
qui, avec la révolution chrétienne de l'intime conviction,
ou de la foi personnelle. Dieu, ou le moi de l'Infini, comme
l'appelait Victor Hugo, auteur d'un poème théologique intitulé
L'âne, est un Il inaccessible pris dans une
relation de tu à toi avec son allié national,
ou ses adorateurs individuels. Cette sidérante synthèse du
plus proche et du plus lointain, de l éthéré et du ressenti,
a conféré à ce mythe pris au sens valérien du terme: « j'appelle
mythe tout ce qui n'a que la parole pour cause » un pouvoir
invasif considérable dans l'esprit des hommes. Pouvoir dont
rien ne permet de dire qu'il est inusable ou éternel mais
qui semble plus que jamais en service, au Proche et Moyen-Orient,
aux Etats-Unis d'Amérique, en Asie, en Amérique Latine pour
ainsi dire partout sur le globe sauf en Europe.
Il y a une différence
de taille, ou plutôt de nature entre cette diphtongue, ce
phonème passe-partout, et vos grands hommes. Dieu est au départ
un fait de langage. Ce que ne sont pas vos brillants orateurs
qui eurent tous un corps physique, un père et une mère, un
berceau et une tombe. Vos grands capitaines ont pu se servir
de l écrit, mais ils ne sont pas nés de l'écriture comme
celui qui doit sa conception en tant que Dieu portatif à la
cassure alphabétique des apparences sensibles, associé, en
l'occurrence, au nomadisme pastoral en milieu semi-désertique.
Vos images d'Epinal ont d'autres attestations documentaires
que des textes inspirés. L'existence de Celui dont vous avez
demandé une brève esquisse au moins qualifié pour le faire
(les clercs, porte-parole attitrés, étant infiniment plus
compétents) a pour première et ultime attestation les textes
bibliques de la tradition, auxquels il faut, bien sûr, ajouter
le Coran incréé, dictée surnaturelle d'Allah à son prophète
illettré, du moins selon la légende reçue en tradition. Dis-moi
quelle est ta langue, je te dirai quel est ton dieu. La personnalisation
de l'Absolu doit sans doute beaucoup à une structure de langage
qui ignore l'aoriste, ce passé au moment indéterminé, et le
neutre abstrait. Au contraire de la langue grecque qui peut
généraliser le singulier (to kalon, le beau, ou to
idéin, le voir), l'hébreu singularise la généralité et
détermine l'indéterminé. La rencontre du grec et de l'hébreu,
ou plutôt l'expression en grec de la pensée juive a permis
de fondre l'attirail d'une monolâtrie (comme s'appelle
le culte public d'une religion nationale), dans la logique
conceptuelle de l'hénothéisme. Cette rencontre d'un
récit avec un discours, ou d'une épopée nationale avec une
architecture intellectuelle d'une toute autre nature, a cristallisé
dans ce que nous appelons le credo monothéiste. Que serait
un Dieu qui ne fût pas Dieu des hommes et pour les hommes,
ces animaux doués de langage, et donc de Raison ? Vos têtes
de chapitre n'ont pas trouvé leur source dans le Logos, alors
qu'il est, pour notre sujet d'aujourd'hui (et qui fut en Occident,
jusqu'au XIIIe siècle, le seul sujet légitime des
lois, des événements et des institutions), proprement matriciel.
Vos personnages,
dont nul ne peut mettre en doute l'existence, font l'objet
d'un savoir. Le mien, si j'ose dire, même s'il peut soutenir,
en produit dérivé, un discours rationnel, la théologie, est
le complément d'un verbe spécifiquement humain, le verbe croire;
et plus précisément, de l'application de ce verbe à des paroles
consignées et gravées sur du papyrus, du parchemin ou du papier.
Le Dieu à majuscule, à vrai dire, est le complément d'objet
du verbe « lire ». Louis XIV, sans Saint-Simon, existerait
encore, et De Gaulle ou Churchill mériteraient notre admiration
s'ils n'avaient pas écrit leurs Mémoires. En revanche, sans
les Ecritures saintes, pas de Dieu unique. Même le Christ,
Verbe incarné en deuxième lecture pour ainsi dire, doit s'entendre
selon les Ecritures. Les déesses-mères étaient vues, offertes
au regard, plastiquement épanouies. En revanche, il n'est
de Dieu que lu, déchiffré et glosé.
Par sa généalogie,
en amont, Dieu relève donc en propre de l'Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres ; par ses exercices et son influence, il
ne manque pas d'intérêt pour les Sciences morales et politiques.
J'imagine que la psychologie et les agissements du personnage
qui introduit la réflexivité dans l'Infini, vous intéresse
plus que les conditions de possibilités de son émergence dans
la vie des sociétés. Mieux connaître le tout-Puissant, ce
serait déjà entrer dans les secrets de la Puissance. Tous
les noms propres qui figurent sur votre liste (pour Jeanne
d'Arc avec quelques nuances) correspondent à des gens de pouvoir.
Leurs contemporains ont eu à ressentir, en bien ou en mal,
les effets pratiques de leur ascendant. Et sans doute vous
êtes-vous dit qu'il y aurait, en la personne du Très-Haut,
un archétype ou un portrait-robot de l'homme des hautes sphères,
l'homme d'exception, dominateur et sûr de lui. Et de fait,
notre Dieu biblique, c'est le moins qu on puisse en dire,
a du caractère. Il est complexe, haut en couleurs, avec des
traits on ne peut plus contrastés, étant à la fois, Seigneur
de la Paix et de la Guerre, promoteur de la Croisade pour
Dieu et de la Trêve de Dieu.
Je dirais même que
notre Fregoli céleste a une plasticité, une ouverture de compas,
une capacité de métamorphose au regard de quoi vos têtes d'affiche
font figure de psychorigides un peu trop programmés. Lui,
il peut jouer tous les rôles. Lui, le tueur miséricordieux,
le jaloux charitable, le colérique tendre, le vindicatif qui
sait pardonner. Et il a eu autant d'identités que la situation
l'exige, et la demande sociale. Le Dieu des Armées, le Sabaoth
du peuple hébreu n'est pas le Dieu d'intimité et de consolation
du chrétien classique, qui n est pas le Dieu de justice et
des petits artisans du quaranthuitard romantique. Le principe
d'ordre et de résignation auquel en appelle aussi bien Voltaire
que Napoléon Ier (qui a écrit à Roederer: « Quand
un homme meurt de faim à côté d'un autre qui regorge, il faut
une autorité qui lui dise " Dieu le veut ainsi "),
n'est certainement pas celui que priait Charles de Foucault
au désert (« Mon père, je m'abandonne à toi, fais de moi ce
qu'il te plaira »). Lequel n'est pas non plus le Dieu qu'invoque
au Brésil la communauté chrétienne de base pour qu'il « renverse
les potentats de leur trône, élève les humbles, rassasie les
affamés et renvoie les riches les mains vides » . Il y a un
Dieu de cour, un Dieu de ville, un Dieu des banlieues ; il
y a le protecteur des gens de bien et le vengeur des gens
de rien. Tout cela est trivial et a été dit mille fois.
Plus intéressant
que ses variations socioculturelles, nous paraît l'invariant
dualiste du Dieu unique. Il ne relève pas du changement de
décor mals du rôle lui-même. Le Très-Saint n'échappe pas,
et comment le pourrait-il, à la bipolarité du sacré, du sacer
romain, fascinosum et tremendum, repoussant
et effrayant, attirant et redoutable. Le sacré, chacun le
sait, est à l'image du pouvoir profane, et cette ambivalence
même est sans doute ce qui donne ici-bas un halo de sacralité
au pouvoir suprême. Le sacré est un monde de forces de nature
opposée, bienfaisantes et malfaisantes, fastes et néfastes.
Le contact avec le pouvoir rend impur (comme dans le judaïsme
le contact avec les livres saints rend les mains impures).
Le pouvoir aussi est contagieux et impur, comme le sacré.
Il faut toujours, avant ou après qu'on l'aborde, se laver
les mains.
Je ne reprendrai
pas ici ce que j'ai exposé à loisir dans Le feu sacré (bis
repetita non placent), à savoir l'insoutenable
ambiguïté de l'Etre Suprême, qui fait en l'occurrence sa capacité
d'emprise aussi paradoxale qu'imparable. Facteur d'unification
et responsable de division. Objet d'amour et inspirateur de
haine. Incitant à la paix et cause de guerres. Lumière et
ténèbres. Euphorie et dysphorie. Ses incohérences même rendent
Dieu plausible aux yeux des humains, puisqu'ils ont
les mêmes. Le feu brûle et réchauffe. Il civilise et il dévaste.
C'est la nature crucifiante du religieux en général, que de
produire un nous, une intégration collective, et donc
un eux, une exclusion. C'est la dialectique entre l'individuation
collective, qui forge une identité et garantit aux adeptes
une sorte de communion, et la dissociation discriminante puisque
le nous, comme le moi, se pose en s'opposant à un eux.
Les fidèles s opposent aux infidèles, les baptisés aux
mécréants, et chaque religion s'est construite sur et contre
ses antécédentes ou rivales. Tel serait l'effet pervers du
Bien, ou le fond diabolique de Dieu. Pour représenter la double
nature d'une divinité à la fois cannibale et protectrice,
les grecs ont inventé le Dieu dithyrambique, sous la forme
d'un monstre cornu, corps d'homme et tête de bête. Le Dieu
de nos théologies a expulsé le Diable de lui-même pour en
faire un Adversaire, l'Ennemi indispensable, car ce qui vaut
pour les hommes vaut aussi pour les dieux: on ne sait plus
qui on est quand on ne sait plus à quoi on s'oppose. Le Dieu
sans diable des philosophes manque singulièrement de capacité
d'attraction et de cohésion. Sans popularité lui-même, il
ne polarise aucune ferveur collective. Comment se situer par
rapport à un Dieu incapable lui-même de se situer dans un
champ de forces reconnaissable axe du Bien, axe du Mal?
Il ne faut pas faire
porter au monothéisme la responsabilité d'un dédoublement
qui existait bien avant Lui. La Grèce aussi avait double visage.
Il y a l'Hellade lumineuse et sereine d'Athéna et la Grèce
labyrinthique et ténébreuse du Minotaure. Et c'est là même.
Apollon et Dionysos se côtoient. Mais il ne faut pas non plus
s'imaginer qu'avec le Dieu unique on peut se débarrasser des
envers d'ombre de la Lumière. Les sociétés monothéistes, peuples
élus ou nations saintes, pensons aux Etats-Unis d'Amérique
d'aujourd'hui, sont des parangons d'ambivalence, et il n'est
pas étonnant qu'elles inspirent, y compris chez leurs alliés,
des sentiments également ambivalents. C'est un rendu pour
un prêté. Paranoïaques et généreux, les Américains ont toujours
exigé des Européens qu'ils soient à la fois Européens et pseudo-américains,
qu'ils soient autonomes et serviles, vertueux et corrompus,
qu'ils leur fassent faire des affaires tout en en faisant
de bonnes eux-mêmes. Cela correspond à leur propre caractère,
puisque la nation avec une âme d'Eglise aussi est double :
à la fois conquérante du monde extérieur, et incapable d'imaginer
qu'il puisse exister un autre monde que l'Amérique. Matérialistes
et évangélisateurs, légalistes et bandits de grands chemins,
bellicistes et pacifistes, ainsi sont les craignant-Dieu.
Elle est sans doute
dans ce noir-et-blanc, la raison d'invoquer parmi les figures
de proue de l'agir humain le Seigneur des Mondes, le Maître
du Jour du Jugement, comme nec plus ultra du pire et
du meilleur propres aux fils d'Adam. Le Dieu unique, c'est
le tout en Un de
l'ambivalence humaine.
C'est en quoi la formule monothéiste, à bien des égards la
plus élégante, expédiente et exportable qui soit, si elle
pose moins de problèmes théologiques qu'elle n'en résout,
en pose encore de graves. L'unicité de Dieu, créateur de toutes
choses, le rend directement comptable du Mal dans sa Création
ce à quoi les théologiens ont dû trouver des parades qui
font toujours débat, même si Satan, Lucifer ou le Diable furent
là, dès le début, pour répondre aux objections. A ce problème
moral, qu'on appelle la théodicée, ou Justice
de Dieu, s'ajoute le problème plastique de la représentation.
Sous quels traits représenter Celui qui est à la fois jeune
et vieux, guerrier fougueux et arbitre serein, colérique et
miséricordieux, et certains ajoutent: masculin et féminin
? La réponse ici s appelle l'aniconisme, qui consiste,
au fond, à interdire ce qui serait de toute façon impossible
à concrétiser: la figuration ou la physionomie. Ces deux problèmes
ne se posent pas aux cultures qui ont eu la sagesse de ventiler
les diverses fonctions spécialisées nécessaires à la vie d'une
société complexe sur plusieurs figures divines. Le compactage
monothéiste des attributs oblige à une certaine invisibilité
ou abstraction, celle du tétragramme biblique, doublées de
quelques maux de tête, ceux de Job sur son fumier.
Les effets politiques
sont incontestablement une montée aux extrêmes, des deux côtés,
amour et haine. En matière de violences et de guerres, les
faits témoignent d'un aggravant monothéiste. Sans aller jusqu'à
dire que le monothéisme est un polythéisme imparfait ou déficient
(la Trinité, la Vierge Marie et le culte des Saints, dans
le christianisme, ont comblé à leur manière ce déficit de
pluralité), il apparaît sage, sous cet angle, de modérer
les enthousiasmes enthousiasme, l état de ceux qui portent
Dieu en eux, en theos et, qui parce qu ils portent l Unique en
eux-mêmes, en arrivent facilement aux dernières extrémités
puisque si mon Dieu est le vrai et le seul, les autres sont
des faux et s ils sont des faux, je dois les éradiquer si
je crois en mon Dieu. Ce fut la conclusion en tout cas que
Justinien en a tiré, le devoir de persécution. Quoi qu il
en soit, un Churchill du monothéisme l aurait peut-être qualifié
comme la pire des solutions apportée au sentiment du divin,
à l exception de toutes les autres.
Comment résumer en
quelques mots cette démarche cavalière s il en est ?
Vous aviez conçu que la gageure était de taille. Comment résumer
d un mot ? Je dirai que, clivé comme il est, notre Dieu
abrahamique fait un bon réflecteur pour l homme de la rue.
Plus l astrophysicien s éloigne, avec ses télescopes, du
système solaire, plus il remonte dans le passé de l univers
jusqu à rêver de pouvoir photographier un jour son point
zéro ; de même plus et mieux nous scrutons l être
de Dieu, plus nous pénétrons les secrets embarrassants de
l homo sapiens, par quoi l histoire des religions
peut faire figure d archéologie des dessous ambigus du phénomène
humain et peut-être même de plongée dans l inconscient collectif.
C est peut-être ce qui fait de la théologie une voie royale
vers l anthropologie ou l inverse, c est selon.
Ou l inverse, disais-je
en pensant à Voltaire, déiste anti-clérical. « Dieu,
écrit-il, a fait l homme à son image et l homme le lui a
bien rendu. » Un humaniste respectueux des divins mystères
serait plutôt tenté de renverser la formule. L'homme a fait
Dieu à son image, et le Dieu de Moïse et de Josué, de Saint
Vincent de Paul et de la Saint Barthélemy, de IB'n Arabi et
de Ben Laden le lui a bien rendu. Parfois même au centuple.
Je vous remercie.
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