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M. Raymond Barre
De Gaulle, l'Europe et l'adaptation
de la France au Marché Commun
1959 / 1969
séance du lundi 3 mai 2004
Au cours de la période 1959 / 1969, a été
mis en oeuvre le Traité de Rome créant la Communauté
Economique Européenne. Cette période a été
dominée par la puissante personnalité du Général
De Gaulle dont le Gouvernement a eu la responsabilité
dadapter la France au Marché Commun.
Cette communication traite dabord de la politique dadaptation
de la France qui conduisit à des transformations profondes
de son économie et à un progrès économique
et social indiscutable. Je me situe sur ce point dans la ligne
du thème retenu pour la réunion des cinq Académies
en 2003 : changement et progrès .
Je voudrais, dautre part, montrer comment la politique
européenne de la France entraî na des changements
dordre institutionnel par rapport au Traité et
aux conceptions de certains de ses auteurs et exerça
une influence sur lévolution ultérieure
de la Communauté.
Tels sont les objectifs de cette analyse qui ne peut décrire
évidemment dans le détail, la période
considérée.
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* *
Le 25 mars 1957 six pays européens : France,
Allemagne Fédérale, Italie, Belgique, Pays-Bas
et Luxembourg signent à Rome le Traité instituant
la Communauté Economique Européenne et celui
créant lEuratom. De longues et difficiles négociations
avaient préparé ces textes, mais leur nécessité
était apparue urgente à cause de deux événements
internationaux dramatiques : le 4 novembre 1956 les chars
soviétiques entrent à Budapest ; le 5 novembre,
lURSS envoie à la France et à la Grande-Bretagne
un ultimatum leur enjoignant de mettre fin à lopération
militaire menée avec Israël contre la nationalisation
du canal de Suez décidée par Nasser. Le Président
Eisenhower somme le Premier Ministre de Grande-Bretagne darrêter
lopération. Une relance de lEurope simpose.
Le 6 novembre, le Président Guy Mollet et le Chancelier
Konrad Adenauer se rencontrent à Paris et décident
de surmonter les conflits dintérêt et de
dissiper une certaine méfiance réciproque. LEurope,
déclare Adenauer, sera notre revanche .
Le 22 janvier 1957 la Chambre des Députés se
prononce en faveur des Traités, lopposition provenant
des Communistes et des Gaullistes, tandis que Pierre Mendès-France
prononce de sérieuses mises en garde.
Lannée 1958 verra se détériorer
jour après jour la situation de la France : opérations
militaires en Algérie, crise monétaire et financière
aiguë, fragi lité des gouvernements successifs.
En juin 1958 le Général De Gaulle revient au
Pouvoir.
André Malraux dans ses Anti-Mémoires retrace
une conversation quil a, à ce moment là,
avec le Général : La question
principale est de savoir si les Français veulent refaire
la France ou sils veulent se coucher. Il sagit
donc de refaire lEtat, de stabiliser la monnaie, den
finir avec le colonialisme .
A la veille de la mise en application des Traités Européens,
et notamment du Traité créant le Marché
Commun, la question se pose de savoir quelle sera lattitude
du Général De Gaulle à légard
de la Construction Européenne, car il a manifesté
dans les années précédentes son hostilité
à la CECA, à la CED et aux efforts dunion
des pays Européens.
Rien ne sera cependant changé par le nouveau gouvernement
en ce qui concerne les décisions prises concernant
le Marché Commun. Ce nest pas seulement parce
que De Gaulle respecte la signature de la France, mais parce
quil voit lutilité du Marché Commun
pour le développement des Six Etats de lEurope
et en particulier pour le développement de la France.
Dans les Mémoires dEspoir il écrit quil
entend sappliquer à certains points essentiels .
Il sagit de la compétition internationale parce
que cest le levier qui peut soutenir la marche de nos
entreprises, les contraindre à la productivité,
les amener à sassembler, les entraîner
à la lutte au dehors. Doù ma résolution
de pratiquer le Marché Commun qui nest encore
quun cadre de papier, daller à la suppression
des douanes entre les Six, de libérer largement notre
commerce mondial . (T.I p. 143).
Il définira en une formule synthétique la politique
de rénovation économique quil entend mener :
" expansion, productivité, concurrence,
concentration, voilà bien évidemment les règles
qui doivent dorénavant simposer à léconomie
française traditionnellement circonspecte, conservatrice,
protégée et dispersée .
A partir de 1959 le Gouvernement de la nouvelle Vème
République va mener une politique européenne
active en étroite concertation avec lAllemagne
Fédérale de Konrad Adenauer. Trois hommes y
contribueront avec constance et talent. A Paris, Maurice Couve
de Murville, Ministre des Affaires étrangères
et Olivier Wormser Directeur des affaires économiques
au Quai dOrsay, à Bruxelles Robert Marjolin qui
a été nommé, en 1958, Vice-Président
Français de la Commission de la Communauté Economique
Européenne.
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* *
Pour réaliser les changements considérables
qui simposent à léconomie française,
si lon veut remplir le cadre de papier
du Traité, ladaptation doit être conduite
à partir dune conception densemble et de
manière globale : de simples interventions ponctuelles,
non coordonnées, ne sauraient suffire. De plus, ladaptation
doit se faire sans retard, car la concurrence européenne
et internationale se présentera bientôt à
léconomie française. Enfin la politique
dadaptation doit être conduite dans la durée :
la Constitution de la Vème République qui assure
la continuité et la stabilité de lExécutif,
le permet et le garantit.
Quels sont les principaux axes de cette politique dadaptation ?
- Dabord fournir au développement de léconomie
une base saine. Cest lobjet des mesures prises
à la fin de 1958 sur la base du rapport du Comité
Rueff : réduction du déficit budgétaire ;
limitation des emprunts du Trésor pour financer le
déficit ; dévaluation du franc.
- Puis abandonner le triptyque caractéristique de
lévolution passée de léconomie
française : inflation pour stimuler la croissance ;
protection ; dévaluation et lui substituer un
nouveau triptyque : maîtrise des prix ;
libération des échanges ; stabilité
du taux de change.
- Donner ensuite au Plan de modernisation et déquipement,
qui devient un Plan indicatif, la responsabilité
détablir les tendances lourdes de léconomie,
didentifier les problèmes à moyen terme,
de dé finir les conditions dun équilibre
économique et financier global, en bref, délaborer
une stratégie.
- Stimuler la recherche et favoriser les programmes de
développement dactivités nouvelles.
Un Délégué général à
la Recherche, assisté dun Haut Conseil Scientifique
est créé.
- Mener enfin les actions sectorielles qui tiennent compte
de la création du Marché Commun.
Une loi dorientation agricole définit une politique
vigoureuse destinée à moderniser lagriculture
et à lui permettre de tirer profit de la politique
agricole commune, à laquelle le gouvernement français
est attaché, parce quelle doit compenser louverture
du marché français de produits industriels.
Dans le domaine de lénergie, un plan progressif
de réduction de la production charbonnière est
engagé, lindustrie nucléaire est développée ;
Elf Aquitaine est créé pour gérer le
pétrole saharien.
Dans les secteurs des banques et des assurances une restructuration
est entreprise pour accroître la dimension des unités
et la compétitivité du marché financier.
Toutes ces actions sont menées avec détermination
par les gouvernements de Michel Debré et de Georges
Pompidou. Seules des réformes dites structurelles ne
sont pas mises en oeuvre ; elles avaient été
recommandées par un second Comité Rueff mais
elles apparaissent devoir susciter trop dopposition
de la part des secteurs concernés. Le rapport Rueff
II sera donc discrètement écarté.
Il y a en effet des résistances qui se manifestent
dès 1959, comme on peut sy attendre dès
que les mentalités et les comportements des acteurs
de léconomie sont bousculés. Contenues
au départ par la volonté de lopinion de
laisser au Général De Gaulle résoudre
le problème algérien et par lautorité
dont jouit le chef de lEtat, elles se manifesteront
surtout à la fin du premier septennat et à partir
de lélection présidentielle de 1965.
La vigilance du Général De Gaulle ne faiblira
pas. Cest ainsi quen 1963, alors quapparaît
le risque dune poussée inflationniste, il demande
au gouvernement dadapter une politique rigoureuse à
légard de laquelle le Premier Ministre et le
Ministre des Finances sont réservés, dans le
souci de maintenir la croissance et lemploi.
Le ballottage de lélection présidentielle
de 1965 est dû, à la fois, au mécontentement
à légard dune politique économique
opposée aux facilités et aux conséquences
de la politique du Général De Gaulle à
légard de la Commission Européenne de
Bruxelles.
Capables dun effort pour surmonter une crise, les Français
se lassent rapidement dun effort continu que requiert
notamment une politique dadaptation à des changements
extérieurs ou intérieurs.
En mai-juin 1968 ce sera lexplosion étudiante,
qui entraînera une grève générale
et de fortes revendications salariales susceptibles de compromettre
les résultats jusquici acquis. La crise sociale
surmontée, la secousse subie par léconomie
française entraînera des sorties de capitaux
et des remous sur le marché des changes. Une dévaluation
du franc est souhaitée dans certains milieux économiques
et politiques. Le Général De Gaulle la refuse
et demande au gouvernement de mettre en uvre des mesures
budgétaires rigoureuses qui simposaient. Le soir
de la non-dévaluation de novembre 1968, le Général
De Gaulle me confia sa déception : jai
voulu me dit-il, redonner à la France une monnaie.
Mais cest bien difficile dans un pays qui traîne
un boulet agricole et dont les chefs dentreprise ne
peuvent pas produire des machines à laver aussi bien
que leurs concurrents Italiens.
En 1969 une page va se tourner, mais en dix ans léconomie
française se sera rénovée et modernisée.
Elle est désormais en mesure daffronter la concurrence
extérieure. Les droits de douane sont abolis dans le
Marché Commun, une baisse du tarif extérieur
commun est engagée. Cette ouverture sur lextérieur
aura été favorable à la croissance de
léconomie française et à la hausse
du niveau de vie. Les déséquilibres de 1958
ont été surmontés. Les appréhensions
ont été dissipées. Les résistances
traditionnelles dans notre société ont été,
dans une certaine mesure, réduites. La politique dadaptation
aura été largement couronnée de succès.
Dans le même temps, le Marché Commun sest
consolidé. LUnion douanière est en place,
la politique agricole commune commence à fonctionner.
La France est donc en mesure de participer à de nouveaux
développements de la Communauté Economique Européenne.
Au Sommet de La-Haye en décembre 1969, les Chefs dEtat
et de Gouvernement décident douvrir les négociations
relatives à ladhésion de la Grande-Bretagne
et de trois autres pays candidats. Ainsi samorce un
processus délargissement qui conduira la Communauté
des Six à lUnion Européenne à 25.
Pour remédier aux conséquences fâcheuses
pour le Marché Commun et notamment pour le Marché
Commun agricole , de linstabilité des changes,
les Chefs dEtat et de Gouvernement décident la
création, à terme, dune Union Economique
et Monétaire. Celle-ci sera réalisée
trente ans après et lUnion Européenne
sera dotée dune monnaie : lEuro.
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* *
Au delà dune adaptation économique pour
les pays membres, la mise en oeuvre du Traité de Rome
impliquait aussi une adaptation politique au mode de gouvernance
de la Communauté déterminé par les nouvelles
institutions.
Si un accord existait entre les pays membres sur les dispositions
économiques du Traité, il ny avait pas,
en ce qui concerne lévolution institutionnelle
de la Communauté, un accord entre les arrière-pensées.
Les inspirateurs du Traité, certains Etats, certains
milieux européens voyaient dans les institutions de
Bruxelles, la préfiguration dun système
fédéral dans lequel la Commission jouerait progressivement
le rôle dun gouvernement responsable devant un
Parlement Européen élu au suffrage universel,
le Conseil des Ministres devenant une Chambre Haute. Les Etats-Membres
conservaient cependant une certaine prudence à légard
dune telle évolution.
Le Gouvernement français pour sa part manifesta rapidement
son hostilité à une interprétation supranationale
du Traité et, à plus long terme, à une
organisation fédérale de lEurope. A son
avis, la géographie et lhistoire ne pouvaient
conduire à la création des Etats-Unis
dEurope . Les nations européennes
étaient profondément attachées à
leur personnalité ; les Etats responsables devant
leurs peuples étaient seuls habilités à
prendre des décisions au sein de la Communauté,
la Commission ne saurait être considérée
comme un gouvernement implicite de la Communauté. En
revanche, la méthode communautaire nétait
pas mise en question. La commission propose des mesures dintérêt
commun, le Conseil des Ministres les décide, le Parlement
donne un avis consultatif, la Commission met en oeuvre les
décisions du Conseil des Ministres. Lintergouvernemental
prévalait donc sur un fédéralisme tendanciel.
Ces divergences dinterprétation donnèrent
lieu à des conflits entre le Gouvernement français,
les Etats membres et la Commission. Deux événements
les illustrent : en 1962 , léchec de lEurope
politique , en 1965 la crise de " la
chaise vide .
I/ Les signataires du Traité de Rome considéraient
tous que la Communauté Economique nétait
quun premier pas de la construction européenne
et quil serait plus tard nécessaire de progresser
sur le plan politique.
Le Général De Gaulle souhaite, pour sa part,
agir vite. Il déclara dès 1960 : ma
politique va à linstitution du concert des Etats
européens afin quen développant entre-eux
des liens de toutes sortes, grandisse leur solidarité.
Rien nempêche de penser quà partir
de là, et surtout sils sont un jour lobjet
dune même menace, lévolution puisse
aboutir à une Confédération.
Aussi propose-t-il à ses partenaires quils discutent
régulièrement ensemble de défense, de
politique étrangère, de culture. Le Général
qui était hostile à la participation de la Grande-Bretagne
au Marché Commun parce quelle avait toutes chances
de provoquer sa dilution du Marché Commun en une zone
de libre-échange, pensait que sa proposition, indépendante
du Traité de Rome et des institutions du Marché
Commun, pouvait intéresser la Grande-Bretagne hostile
à toute forme de supranationalité.
Considérée avec intérêt par les
partenaires de la France, cette proposition fut lobjet
dune négociation conduite par M. Christian Fouchet,
qui aboutit à ce que lon a appelé le Plan
Fouchet . Les domaines de la défense, de
la politique étrangère, de la culture, de la
protection des libertés, seraient gérés
par des institutions communes sur une base intergouvernementale,
sous lautorité dun Conseil de Chefs dEtat
et de Gouvernement. Un accord sétant manifesté
sur ce plan, une conférence des ministres des affaires
étrangères des Six se réunit à
Paris en janvier 1962. Mais une nouvelle version du projet,
amendée par le Général, fut soumise aux
ministres. Les ministres Belge (Spaak) et Italien (Segni)
sy opposèrent. Leur attitude hostile sexpliquait
fondamentalement par la crainte quils avaient de voir
le Marché Commun et la Commission isolés et
progressivement affaiblis et par le refus de lentrée
de la Grande-Bretagne dans la Communauté Economique.
Et puis, quelle serait lattitude de cette Europe politique
à légard des Etats-Unis ?
Une belle occasion avait été perdue par les
Six. Plus tard, il y aura dans beaucoup de pays européens
une nostalgie discrète du reflet du Plan Fouchet. Les
gouvernements sefforcèrent à petits pas
de faire émerger une coopération politique.
Il faudra attendre décembre 1974 pour voir la création,
de façon informelle, du Conseil Européen des
Chefs dEtat et de Gouvernement. Le projet de Constitution
Européenne, aujourdhui débattu, en fait
une Institution de lUnion Européenne. Avec laccord
des membres de lUnion y compris la Grande-Bretagne,
ce Conseil devra fonctionner sur une base intergouvernementale.
2/ Une autre crise va conduire en 1965 à lenterrement,
si lon peut dire, de la conception fédérale
de la Communauté Economique Européenne.
En mars 1965 le Président allemand de la Commission
Européenne, M. Hallstein, présente à
lAssemblée Parlementaire de Strasbourg des propositions
concernant le financement de la politique agricole commune
pour les cinq années suivantes. Mais il ne sagit
pas seulement de mesures financières et techniques.
Le Président de la Commission, soutenu par le néerlandais
à lagriculture, M. Mansholt, a greffé
sur sa proposition des développements institutionnels
qui peuvent modifier le fonctionnement et la nature de la
Communauté :
- réalisation du Marché Unique le Ier juillet
1967 plus de six ans avant léchéance
prévue par le Traité de Rome ;
- attribution à la Communauté de ressources
propres se substituant aux contributions des
Etats-Membres et directement perçues et gérées
par la Commission ;
- reconnaissance à lAssemblée de Strasbourg
dune certaine initiative financière, dun
pouvoir damendement au budget que la Commission pourrait
accepter ou refuser, et le pouvoir de contrôles semblables
à ceux dun Parlement national.
Cette proposition, qui sinspire dune interprétation
supranationale du Traité, entend créer une relation
fondamentale entre la Commission et le Parlement Européen,
se substituant à celle qui existait entre la Commission
et le Conseil des Ministres. Les institutions européennes
prennent le pas sur les Etats.
Le Benelux, lItalie, lAllemagne, favorables en
principe à la supranationalité, font preuve
de réserve, car ils ne veulent pas aller aussi loin.
La France pour sa part va lancer une offensive contre la Commission.
Nayant pu obtenir la dissociation du règlement
financier nécessaire au financement de la politique
agricole commune (proposition quil accepte) des autres
dispositions dordre institutionnel (quil rejette),
le gouvernement français décide le Ier juillet
1965 de ne plus siéger à Bruxelles et de retirer
son Représentant permanent auprès de la Communauté
Européenne. Le 9 septembre 1965 le Général
De Gaulle annonce quà compter du Ier janvier
1966, le Gouvernement français refusera le passage
à la règle de la majorité dans les décisions
du Conseil des Ministres. Ainsi se trouve contesté,
pour la première fois, un article essentiel du Traité
dont la renégociation est demandée.
Aucun partenaire de la France nest prêt à
remettre en cause cette disposition du Traité. Cest
limpasse.
Les réactions de lopinion en France, le ballottage
de lélection présidentielle à la
fin de 1965, vont conduire le Général De Gaulle
à assouplir sa position et à accepter de reprendre
les négociations avec les partenaires de la France
. En janvier 1966 interviendra le Compromis de
Luxembourg . Le Traité ne sera pas modifié,
le vote à la majorité restant la règle ;
mais lorsque des intérêts importants, dun
ou de plusieurs partenaires seront en jeu, le Conseil des
Ministres devra poursuivre les négociations jusquà
parvenir à une solution acceptée par le pays
concerné. Une décision ne peut donc pas être
imposée à un pays par un vote majoritaire sur
une question que celui-ci juge dintérêt
fondamental. De plus, la Commission ne pourra plus rendre
publiques ses propositions avant den avoir saisi le
Conseil. Léchec du Président Hallstein
aura pour effet de maintenir définitivement la Commission
dans un rôle non-gouvernemental car le Compromis de
Luxembourg na jamais été remis en question
après 1965 par aucun Etat-Membre de la Communauté
ou de lUnion Européenne.
Il est intéressant de constater quà légard
du projet de la Constitution Européenne, les discussions
relatives au vote à la majorité qualifiée,
et les résistances de lEspagne et de la Pologne,
sembleraient conduire à un compromis
qui rappelle le Compromis de Luxembourg ; dans le cas
où il sagirait dune décision relative
à un intérêt important dun Etat-Membre,
il serait possible de revenir au système de pondération
retenu par le Traite de Nice.
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* *
Dans les années suivantes, les progrès de
la Construction Européenne feront reconnaître
à la Commission des pouvoirs spécifiques de
caractère quasi fédéral :
- fixation des prix agricoles et gestion du FEOGA ;
- mise en uvre de la politique commerciale commune
et représentation des Etats-Membres dans les négociations
commerciales internationales ;
- décisions au titre de la politique de concurrence ;
- conduite de la politique daide au développement
à travers le Fonds Européen de Développement.
Si au cours du développement de la Communauté
Européenne, puis de lUnion Européenne,
la Commission ne sera plus considérée comme
un futur Gouvernement de lEurope, son rôle de
proposition, de médiation, de gestion sera sans cesse
affermi, son Président participera à côté
des Chefs dEtats et de Gouvernement, au Conseil Européen.
Depuis les discussions enflammées sur la supranationalité
et le fédéralisme européen on a vu ainsi
sétablir progressivement un équilibre
entre la défense des intérêts nationaux
et les nécessités dune gestion efficace
de la Communauté ou de lUnion. Les positions
théoriques, trop éloignées des réalités
européennes, se sont assouplies pour tenir compte des
exigences du progrès de lUnion. Si la future
Constitution de lUnion donne la prédominance
à lintergouvernemental, qui peut nier quau
sein de lUnion Monétaire, la Banque Centrale
Européenne nest pas une institution de type fédéral ?
Mais cest le Conseil des Ministres de lEconomie,
qui garde la responsabilité de la coordination des
politiques économiques et budgétaires.
*
* *
Cinquante ans après le début du processus
de Construction de lEurope, à la Communauté
des Six va succéder lUnion des 25. Le temps des
adaptations nest donc pas fini pour les membres de cette
Union.
La France, comme ses partenaires, se trouve devant trois défis :
- le défi de lélargissement :
comment participer et contribuer au fonctionnement dune
Union hétérogène par la taille, par le
niveau de développement, par les structures des divers
Etats-Membres. La France devra faire face aux modifications
qui se produiront dans des domaines auxquels elle avait marqué
son attachement : la politique agricole commune, le financement
de lUnion, le rôle des fonds structurels notamment.
Dune manière générale les Etats-Membres
devront donner aux institutions de lUnion des moyens
de gérer avec efficacité leurs intérêts
communs dans la concurrence mondiale.
Cependant lélaboration et la mise en uvre
des politiques communes sera sans doute plus difficile. Sera-t-il
possible de parvenir dans les domaines de la politique étrangère
et de la défense à cette Europe
Européenne capable de mener une action
qui fasse valoir ses intérêts ? A lheure
actuelle, la diversité des conceptions des Etats-Membres
à légard des relations avec les Etats-Unis
nincite pas à un grand optimisme.
- le défi de lunion économique et monétaire.
La création de lEuro exige des Etats qui ont
voulu entrer dans la zone euro des efforts économiques
et financiers importants. Il sagit maintenant de faire
fonctionner correctement lUnion Monétaire et
dassurer la force de lEuro en pratiquant, dans
chaque Etat-Membre, une discipline budgétaire et des
adaptations de la politique économique qui soient compatibles
avec celles des pays partenaires et avec la politique monétaire
de la Banque Centrale Européenne.
- le défi de la mondialisation : le développement
de marchés mondiaux des produits, des services, des
capitaux intensifie la concurrence extérieure à
laquelle doit faire face lUnion ainsi que chacun de
ses membres. Leffort de compétitivité
devra sacccroître et se réaliser par les
voies de la recherche et de linnovation, de la formation
des hommes, de linterpénétration des activités
de production et des investissements sur les marchés
de lUnion et sur les marchés extérieurs.
La concurrence ne sera plus désormais entre des entreprises
et des nations, mais entre des grands ensembles. A la concurrence
Europe / Etats-Unis viendra sajouter la concurrence
croissante de la Chine, de lInde et, demain, après
son redressement, de la Russie.
Même si les problèmes actuels ont changé
de nature et de dimension par rapport à ceux des années
Cinquante et Soixante, lévocation du passé
peut utilement servir à faire face aux exigences du
présent et de lavenir.
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