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M. Jean-Claude Chesnais


L'EUROPE OU L'ILLUSION DE LA GRANDEUR:

DÉPRESSION DÉMOGRAPHIQUE ET DÉPENDANCE MIGRATOIRE

séance du lundi 18 octobre 2004



A l’occasion du Traité de Maastricht (1992), il était annoncé à cors et à cris que l’Union Européenne avait vocation à être la « première puissance mondiale ».


I) La fausse puissance

Malgré les divisions politiques, la récession économique, l’enlisement démographique, l’émiettement linguistique (20 langues officielles) et surtout l’impuissance militaire (cf les exterminations ethniques en Yougoslavie et la guerre civile algérienne), cette rhétorique n’a pas cessé. En 2000, au sommet de Lisbonne, on pérorait toujours sur la « puissance mondiale » (et le modèle d’organisation pour la planète ! ) ; on allait même jusqu’à annoncer que les pays membres s’engageaient à faire de l’Union Européenne « l’économie la plus compétitive et la plus dynamique du monde en 2010 ». En 2002, la voix de la Commission européenne se faisait entendre à nouveau, par l’intermédiaire d’Eurostat, qui classait l’Union Européenne au rang de la « troisième puissance démographique mondiale », derrière la Chine et l’Inde, comme si ces deux ensembles n’étaient pas les plus anciennes civilisations millénaires unifiées. Comme si, à l’époque, l’Union, encore réduite à Quinze, n’était pas distancée, en population, par l’ALENA, l’ASEAN et l’APEC !

Jetons un coup d’œil rapide sur les effectifs de population. En 2005, le nombre d’habitants de l’UE-25 est de 454 millions ; il a augmenté de 76 millions depuis 1960 ; aux Etats-Unis, en, 2005, la population franchit le cap des 300 millions, elle s’est accrue, dans le même temps, de 119 millions. A l’horizon 2050, la taille démographique de l’UE-25 sera retombée autour de son niveau de 1960 (400 millions), c’est-à-dire en deçà de celle des Etats-Unis à eux seuls.


II) La montée des Etats-Unis

A eux seuls, nous l’avons dit, les Etats-Unis seront plus peuplés que l’Union Européenne à 25, certains experts allant même jusqu’à annoncer un chiffre d’un demi-milliard d’hommes. Il y aura aussi une différence capitale : l’âge des habitants ; d’un côté de l’Atlantique, la « vieille Europe », où domineront les retraités et les préretraités, le conservatisme, la torpeur et le pacifisme (âge médian : 53 ans) ; de l’autre, le pays jeune, innovant, accueillant (âge médian : 36 à 40 ans). Le poids démographique de l’UE-25 dans le monde passera de 1/8e en 1960 à 1/20e en 2025.

Le contraste des mentalités est déjà là. Les Européens sont entrés dans une phase de torpeur, de pessimisme ; les Américains ont gardé leur goût de l’avenir, leur patriotisme, leur foi religieuse, leur volonté de renouvellement, de recherche de la diversité par l’immigration. Leur pays dispose de nombreux atouts : une triple façade : atlantique, asiatique, américaine ; une nation universelle où toutes les sociétés sont représentées dans l’immigration, figurent dans les « minorités ethniques », d’où un réseau d’influence potentiel couvrant toute la planète. Avec un budget de défense de près de 500 milliards de dollars, les Etats-Unis peuvent mener, où que ce soit, au moins deux guerres à la fois ; ce budget est supérieur à celui cumulé des huit puissances suivantes : (Royaume-Uni, France, Russie, Chine, etc…). La puissance culturelle et le rayonnement linguistique sont également sans équivalent, ils fascinent les élites et les classes moyennes du monde entier. Plus de la moitié de l’immigration des pays du Sud lors du demi-siècle est allée vers les Etats-Unis : quoi de plus éloquent que ce vote avec les pieds ?


III) Elargissement, affaiblissement

La fécondité européenne (1,4) est la plus basse du monde avec celle du Japon (1,3) et des îles chinoises (0,9). Malgré le rôle de l’immigration dans le freinage du tassement démographique en Europe, la population est entrée en phase de stagnation, avant de décroître plus ou moins rapidement : le nombre de jeunes en âge d’avoir des enfants (20 à 40 ans) commence à reculer. Les conséquences de ce déclin programmé seront lourdes en termes de puissance économique, militaire, politique (CIA, 2001). Contrairement à l’idée courante, le passage de 15 à 25 membres, politiquement souhaitable, n’a pas renforcé, mais affaibli économiquement l’ « union », car les nouveaux membres sont plus vieillis et plus pauvres ( la fécondité s’est effondrée depuis la « transition » vers l’économie de marché), quarante ans de bureaucratie socialiste y ont étouffé le dynamisme ; la réunification allemande est bien plus coûteuse et longue que prévu.


IV) Comparaison avec l’ALCA et l’ ASEAN

La véritable nature de l’UE est celle qui était affichée à son départ : une communauté économique ; sa géométrie n’a cessé de varier pour aller de 6 à 25 et peut-être 30. Il convient de raisonner de la même manière sur les autres ensembles transnationaux. L’ALCA (Association de Libre Commerce des Amériques) qui, malgré la réticence du Brésil, devrait bientôt voir le jour, comptera près de 850 millions d’habitants ; l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud Est), elle aussi appelée à un élargissement durant la prochaine décennie, en direction de la Chine, de l’Inde et du Japon, devrait dépasser sensiblement le cap des 3 milliards en 2015. Or la Chine et l’Inde sont les deux géants milliardaires (1,3 et 1,1 milliards d’habitants), en pleine renaissance économique. Depuis que la libéralisation économique y est entamée, les taux de croissance macroéconomique y sont les plus élevés de la planète (7 à 10 %), atteignant les records coréens et ceux du Japon d’avant 1973 (même si les risques de surchauffe, surtout en Chine, ne sont pas à écarter).


V) L’Europe à 25 et son pourtour musulman à 25, de 1950 à 2050

Rien n’est plus parlant que le parallèle entre l’UE-25 et sa périphérie musulmane à 25, mené par P. Demeny (2003). Le contraste en nombre est violent et plus fort encore en structure. Ainsi, en 1950, sur son territoire actuel, l’UE comptait 350 millions d’habitants et l’arc musulman proche (Afrique du Nord, Asie de l’Ouest), 163 millions soit 2,2 fois moins. Cinquante ans plus tard, la population européenne n’avait augmenté que de 100 millions, alors que le voisin du Sud s’était accru de plus de 220 millions (soit une multiplication par … 2,4 !). De 2000 à 2050, on assistera à une perte démographique de cinquante millions d’habitants dans l’UE-25, cependant que l’arrière-pays musulman enregistrera un gain de 700 millions : sa population devient alors trois fois supérieure à celle de l’UE-25.

Surtout, l’inversion de la pyramide des âges, déjà sensible au milieu du XXe siècle en Europe, se confirme et s’amplifie, au point qu’en 2050, les générations majoritaires sont celles de plus de 55 ans et que la jeunesse est minoritaire. Toute autre est l’allure de la structure par âges de la population musulmane dont les jeunes prédominent nettement et qui vont continuer à croître malgré la baisse de la fécondité en cours, ceci du fait de l’élan incorporé dans la pyramide des âges : en 2050, les jeunes de 25 ans seront 5 à 6 fois plus nombreux que leurs homologues européens (graphique 1, annexe).


VI) La faillite du monde arabe

Or le rapport du PNUD (2002) a souligné, depuis les années 1970, la faillite du monde arabe, incapable de générer la prospérité et la liberté. Malgré la rente pétrolière, dans les 22 pays concernés, la croissance économique est faible (avec de fréquentes chutes de niveau de vie, comme en Arabie Saoudite) ; en raison de la montée des nouvelles générations, le chômage s’est accru, la paupérisation s’est aggravée, le système de santé s’est délabré, quant à l’enseignement, il est plus théologique que classique ou professionnel ; on assiste à une fuite des cerveaux et des capitaux. Ce sont donc des foyers d’instabilité qui se créent, d’autant que la population se concentre dans les villes où manquent les logements, les infrastructures, les équipements et l’emploi, d’où des sources de mécontentement et des foyers d’instabilité politique, qui rendent les jeunes vulnérables à la propagande guerrière. Certes, la Malaisie, l’Indonésie, la Turquie sont plus orientées vers la démocratie et le développement. Mais le fossé est grand par rapport à la démocratisation en Europe du Sud, puis en Europe de l’Est, en Amérique Latine, en Asie du Sud-Est et surtout en Inde. La paupérisation de ces pays et de l’Afrique est d’autant plus frappante que, à l’échelle mondiale, de 1981 à 2001, l’extrême pauvreté a été divisée par deux.

La dérive, le repli identitaire du monde arabo-musulman va jusqu’à une volonté de croisade, souvent activée par l’existence de régimes autoritaires générant la frustration des jeunes, majoritaires ; le diagnostic d’esprits aussi différents que Bernard Lewis ou Samuel Huntington (1996) est clair. L’islamisme peut aller jusqu’à souhaiter la destruction de nos valeurs ; la civilisation occidentale est perçu comme décadente, molle et impie, seulement soucieuse de biens matériels. Les attentats terroristes ont, entre autres, pour vocation de repartir à la conquête d’espaces perdus, comme l’empire ottoman, voire l’Andalousie, fût-ce au prix de l’extinction, de l’élimination physique des « athées » ; du reste, l’assassinat d’un non-musulman n’est pas considéré comme un crime, car il ne fait pas partie de l’umma : c’est Allah qui arme le bras, c’est lui qui glorifie et réserve une place comme martyr au paradis.

Globalement, les islamistes exploitent donc un vide, des frustrations. Dans la plupart des pays, l’Islam est divisé entre la tradition et la volonté de modernisation, surtout chez les jeunes instruits et les femmes. Les prochaines décennies seront difficiles : d’après le Conseil Musulman de Grande-Bretagne, il existe déjà 1,5 milliard de musulmans, dépassant de loin toute autre confession (surtout si l’on s’en tient à une définition stricte : le nombre de pratiquants réguliers, même dans les pays nouveaux de la diaspora ; en France, il y a de plus en plus de pratiquants musulmans que de catholiques, en Angleterre, de même, les Anglicans sont dépassés ; en Italie, dans une ville comme Bologne, ancienne cité pontificale, où les églises ont la dimension de cathédrales, on ne rencontre plus que de vieilles dames habillées de noir). Dans toute l’Europe (y compris la Russie), la croissance de la population musulmane est forte, et ce groupe social est encore marginalisé, surtout privé des biens essentiels, souvent par refus d’activité ou de mixité.


VII) L’islam politique est vivace, la modernisation douteuse et fragile

L’idée que l’islam politique est déjà derrière nous, que le terrorisme appartient au passé est illusoire, tant elle sous-estime le décalage économique, politique et culturel avec l’Occident (conception théocratique de l’existence). La ligue Arabe prévoit que, à l’horizon 2015, le nombre de jeunes chômeurs atteindra 50 millions au lieu de 15 millions aujourd’hui. Mais la grande majorité des intellectuels d’Europe occidentale refuse de voir les réalités (Kagan, 2004). Les Etats-Unis ont mis en place une politique de sécurisation forte, indispensable, mais dénoncée en Europe ; chez eux, il existe un seul Ministère Fédéral de l’immigration et de la naturalisation, qui est en charge d’un territoire de 9 millions de km2. Les responsables de la sécurité savent qu’il y a une nucléarisation et un développement rapide des armes de destruction massive au Proche-Orient, aux portes de l’Europe : en Iran bien sûr, mais aussi en Arabie Saoudite, en Syrie, en Egypte, en Algérie et même sans doute en Turquie.


VIII) Menaces pour la sécurité et irénisme

L’Europe a une vision irénique, bureaucratique, molle, elle est sans défense, incapable de prendre des décisions ; elle est prête à se soumettre, lorsque la décision est prise (loi sur l’interdiction du port du voile islamique par les femmes dans les écoles publiques), la France, par exemple, a été menacée d’attentats terroristes. Le chantage n’a pas cessé ; la souveraineté nationale est en jeu.

Qui ose dire que les Palestiniens et les Saoudiens ont pratiqué des pogroms anti-juifs dès les années 1930, puis encouragé la Shoah, avant de se tourner vers le KGB ? La position méritoire d’Oriana Fallaci, annonçant que l’Europe devient une « province de l’Islam », désireux de convertir l’humanité par la force, devrait au moins de figurer dans les débats, plutôt que d’être occultée, au nom du « politically correct ».


IX) Entrée de la Turquie : la facture

Venons-en au cas turc, dont le pays n’a qu’un petit appendice européen, aujourd’hui entièrement islamisé. On comprend l’intérêt des milieux d’affaires allemands et turcs. On comprend l’intérêt de nombreux leaders de Bruxelles, qui raisonnent en termes de puissance : 70 millions d’habitants supplémentaires (bientôt près de 100 millions), cela amène au demi-milliard et cela casse le couple franco-allemand, pour lui substituer un couple turco-allemand, ceci en catimini (sans référendum). Sur le plan politique, la Turquie serait, du fait de sa population, prépondérante en poids électoral. Le paradoxe n’est pas mince quand on sait que, dans leur immense majorité, les habitants de la Turquie ne se sentent pas « Européens ».

On se garde bien de dire le coût pour le contribuable : la facture s’élève à 15 milliards d’euros par an. Surtout, l’héritage musulman que le régime laïc mis en place par Atatürk a voulu éradiquer est toujours en place : qu’on se contente d’observer les résultats des élections ou des sondages. Avec plus de 40 % des voix, le parti islamiste est, de loin, le parti le plus important du pays. Les militaires, garants de la laïcité, sont en position fragile. Les dernières élections turques (novembre 2002) ont consacré la victoire électorale du parti démo-islamiste.

Quant à Romano Prodi, quand il annonce que les conditions sont remplies pour l’admission de la Turquie, il a oublié toute sa rigueur de professeur : en Turquie, le taux brut de scolarisation n’est que de 60 % ; au lieu de 88 % en moyenne dans les nouveaux pays membres ou candidats (Bulgarie, Roumanie) ; et le PIB en parité de pouvoir d’achat est deux fois moindre. Quid du Kurdistan et du respect des droits de l’homme ? Quid, plus encore, du monde turcophone, pour qui l’obtention de la nationalité turque est aisée ? Enfin, il est un révélateur discret et soigneusement dissimulé : quand l’URSS s’est démembrée, les autorités soviétiques se sont efforcées de la reconstituer sous le manteau de la CEI, sans succès. Peu après, la Turquie menait une diplomatie tout azimuts dans les cinq états turcophones d’Asie centrale, avec l’idée de former une… CEI turque !

Ajoutons un élément important : l’absence d’intégration des Turcs dans la société allemande, mesurée à l’aune des mariages mixtes : 2 % ( Todd, 1994). Les observateurs notent que la troisième génération revient à ses racines. L’Allemagne est sur une pente descendante, elle a perdu sa fierté ; la Turquie est une puissance montante qui, selon certaines stratèges, au lieu de venir troubler le semblant d’ordre européen, devrait prendre une place plus conforme à sa nature : servir de modèle au monde musulman dans sa région.


X) L’islamisation des périphéries ou des villes en Europe occidentale

Contrairement à une mode intellectuelle encore récente, selon laquelle, il existait un pacte implicite entre les Etats-Unis et le monde musulman pour affaiblir et isoler l’Europe, il est clair que l’Europe représente le droit sans la force, c’est-à-dire l’utopie politique, la vision Kantienne de la paix permanente. Divisée et sans volonté de recours à la force, elle est, en réalité, nue face à ce que le « politiquement correct » interdit d’appeler par son nom : « le choc des civilisations » (Huntington). Tous les grands pays d’Europe occidentale voient des quartiers et parfois des villes entières devenir majoritairement musulmans ; on voit alors se développer des ghettos hostiles impénétrables (zones grises), qui bourgeonnent comme des enclaves extraterritoriales et souvent refusent de se soumettre à la loi du pays d’accueil (lorsque, nous l’avons vu, la France a interdit le port du voile islamique dans les écoles publiques, elle a été menacée d’attentats terroristes). L’islamisation, mais aussi l’africanisation de l’Europe sont inscrits dans les tendances démographiques (Chesnais, 1995).

Rien de comparable aux Etats-Unis, il est vrai plus éloignés des zones d’instabilité et d’extrême pauvreté. L’immigration, plus forte, plus diversifiée, à dominante hispanique (la minorité hispanique a franchi le seuil de 40 millions, dépassant de loin la minorité noire, dès 2003). En croissance à un rythme voisin de 4 % par an, déjà majoritaires dans certains Etats très peuplés (dont la Californie), les Latinos ne menacent aucunement l’ordre public. Ils sont en voie d’assimilation ; nombre d’entre eux parlent un mauvais…Espagnol ; le bilinguisme n’est plus, au XXIe siècle un obstacle majeur à l’intégration (les nouvelles générations européennes sont, le plus souvent, trilingues) ; au fond, les Latinos sont chrétiens et massivement européens.


XI) Déficience des statistiques européennes

A l’échelle européenne, tout se passe comme s’il y avait une conspiration du silence. Eurostat ne publie quasiment aucun élément sur l’origine des migrants. C’est la politique de l’autruche, qui contraste avec le détail, la finesse, la volonté de savoir qui règnent aux Etats-Unis. Dans ce pays, l’appartenance religieuse figure parmi les toutes premières informations publiées dans l’Annuaire Statistique. Le « Connais-toi toi même », principe de bon gouvernement, est refusé par le vieux continent, ce qui peut amener à la construction de scénarios extrêmes. On peut raisonnablement penser que dans les principaux pays occidentaux (Allemagne, France, Royaume-Uni), l’ordre de grandeur de la fraction musulmane est compris entre 5 et 10 % ; mais les chiffres les plus divers circulent sur chaque pays séparément et sur l’UE globalement. La proportion des musulmans n’a rien à voir avec celle, bien connue, des Etats-Unis (1 %), qui ne devrait guère augmenter compte tenu du choc créé par les attentats du 11 septembre 2001. La faiblesse politique de l’Europe, la longueur des frontières maritimes (plus perméables à l’immigration clandestine) devraient faciliter la poussée de la ceinture musulmane. L’Italie, à elle seule, plongée en pleine Méditerranée, a douze kilomètres de frontières à contrôler, pour elle-même et pour l’espace commun. Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas d’ériger une forteresse, illusoire, mais de garder la maîtrise sur un phénomène structurel très puissant (lors des dix dernières années, des pays méditerranéens comme l’Italie, la Grèce et l’Espagne ont vu affluer chacun environ un million de migrants clandestins). Par ailleurs, pour leur propre gouvernement, tous les responsables gagnent à savoir la composition ethnique, la localisation géographiques et les autres caractéristiques des immigrants.


XII) Une vision extrême : des Etats bi-nationaux

Certains experts, comme Kurt (2003), vont jusqu’à imaginer que, à long terme, les nations européennes se scinderont en deux : la partie européenne, laïque, riche, vieille, faible et la parti anti-européenne, islamique, pauvre, remuante. D’où l’apparition, d’ici quelques décennies, d’Etats bi-nationaux. Dernière religion révélée, l’islam prétend détenir la vérité : « notre Dieu (Allah) est grand », « c’est le plus grand » ; la démocratie n’est pas nécessaire car les lois divines sont parfaites (d’où l’inutilité d’un Parlement). L’entité étrangère, l’umma de l’Islam s’oppose à l’entité colonisée, l’Europe, qu’elle finit peu à peu à dominer.


XIII) Le drame de l’Afrique :
vers une importante recrudescence de la mortalité ordinaire

Les perspectives de l’Afrique sont encore plus sombres ; d’après les calculs des Nations-Unies (2003) qui, pourtant, tiennent compte de la mortalité par SIDA, le continent devrait atteindre 2 milliards d’habitants en 2050. Or, il est en paupérisation continue depuis un quart de siècle. La guerre ou les troubles civils touchent près d’un pays sur trois, la corruption atteint des sommets, les infrastructures sont à l’abandon ; les pays qui, longtemps servaient de modèle, comme la Côte d’Ivoire ou le Zimbabwe, sont à la dérive. Les plus peuplés, comme le Nigeria, le Congo-Zaïre ou l’Ethiopie, sont dans une situation politique et économique fragile, une grande partie de la population vivant au bord de la famine ; au Nigéria, pays producteur de pétrole, le n°1 en population, la situation économique s’est détériorée au point que vers 2000, le niveau de vie par habitant mesuré en Parité du Pouvoir d’Achat était cent fois inférieur à celui de l’Américain moyen. On se dirige vraisemblablement vers un scénario de remontée massive de la mortalité : non seulement les PEV (Programmes Elargis de Vaccination) lancés par l’OMS avec le concours de l’UNICEF sont de moins en moins appliqués, mais les budgets de santé publique diminuent, quand ils ne sont pas détournés par les responsables ; on assiste à une privatisation de la médecine : nombreux sont les Ministres de la santé qui annoncent qu’ils vont créer des « cliniques privées », qui, bien sûr, attirent les meilleurs médecins, quand elles ne dépouillent pas les structures publiques de leurs équipements et médicaments. Autrement dit, seules certaines élites urbaines aisées pourront se soigner et la très grande majorité de la population sera laissée à l’abandon. Autant d’éléments qui devraient encourager l’émigration. Pourtant les chiffres seront déjà accablants : en 2002, le poids de l’économie sub-saharienne dans le PIB mondial, mesuré en parité du pouvoir d’achat est de…2,4 % seulement.


XIV) L’inversion de la pyramide des âges

Dans certains pays européens, la population âgée pourrait, vers 2030, égaler voire dépasser la population active, en décrue constante. Or, une population vieillie est portée à ne voir que son pré-carré (les Européens ne s’intéressent guère à ce qui sort de leurs frontières), à refuser de s’engager pour de grandes causes (le SIDA a fait 20 millions de morts, mais qui s’en soucie en dehors des fondations privées américaines, notamment la fondation Bill Gates ?) ; elle s’enferme dans une idéologie de la paix perpétuelle. Les défis humanitaires, voire militaires risquent de reposer de plus en plus sous la responsabilité des Etats-Unis, ceci d’autant que l’accumulation des déficits sociaux va faire exploser la dette publique qui pourrait, vers 2030, dans des pays comme l’Allemagne et la France, être deux à trois fois supérieure au PIB (au lieu du critère recommandable de 60 %). Contrairement à l’idée commune, ce n’est pas l’augmentation des dépenses de retraites qui pourrait être le principal facteur d’aggravation, car il existe un curseur, un mécanisme autorégulateur (l’âge de la retraite, ou plutôt la durée cotisée), mais les dépenses de santé, tirées par différents lobbies (professions médicales, industries pharmaceutiques, collectivités territoriales, etc.) et surtout par une croissance exponentielle des coûts de dépendance (entre 2000 et 2050, le nombre de personnes de plus de 80 ans sera multiplié par cinq à dix).

Mais l’inversion de la pyramide des âges, c’est surtout la chute de l’investissement, par manque de raison d’investir (en logement, en équipement et en infrastructure : la baisse du nombre de jeunes ménages) et le passage à une mentalité de renoncement, de vote dépensier (très tôt, la majorité des bulletins de vote, déposés dans les urnes sera celle des retraités et préretraités, dont on peut penser qu’elle sera portée à taxer la population active).


XV) L’efficacité de la politique de l’enfance

La basse fécondité n’est pas une fatalité. L’esprit dominant veut que rien ne peut être fait pour redresser la fécondité et la ramener près de l’équilibre ; or les mêmes experts admettent qu’en sens inverse, toute politique de limitation des naissances est assurée de succès. Ce présupposé ne résiste pas à l’analyse. Tout comme dans les pays pauvres, il existe une demande latente de planning familial, dans les pays riches, il existe une demande latence de soutien familial. Il existe, en effet, trois Europe de la fécondité : l’Europe « atlantique », avec des indicateurs conjoncturels de fécondité proche du remplacement des générations (1,6 à 1,9) : France, Royaume-Uni, Benelux, pays nordiques ; l’Europe germanique (Allemagne, Autriche, Suisse) : 1,3 à 1,4 enfants en moyenne par femme ; l’Europe périphérique du Sud et de l’Est : 1,1 à 1,2 enfants par femme.

Or ce découpage correspond précisément à l’effort public déployé en faveur des jeunes parents : là où les dépenses sociales consacrées à l’enfance sont de l’ordre de 1 % du PIB voire moins (Italie, Espagne, Etats Baltes, Russie), la fécondité est la plus basse du monde ; inversement, là où elles dépassent 4 % du PIB, la fécondité se trouve dans la première catégorie. On connaît l’effort, exceptionnel, de la Suède qui, dès 1974, a mis en place le congé parental, pour l’étendre à 18 mois, à une hauteur quasi-équivalente du salaire antérieur et qui, parallèlement, a installé sur tout son territoire un réseau de places de garde sans équivalent au monde et un système de « flexitime », lui aussi, unique. Après avoir culminé vers 1990 et baissé ensuite, sous la pression des autorités bruxelloises (la Suède, dans la perspective de l’entrée dans l’Union et de l’adoption supposée de l’Euro) était considérée comme trop dépensière ; elle a dû restreindre son train de dépenses sociales, surtout familiales, limitant les recrutements dans la fonction publique, d’où un double effet négatif sur la natalité : baisse du niveau de vie des jeunes familles, augmentation du chômage des jeunes. A la fin des années 1990, avec le renoncement à l’euro et la relance de la politique socio-économique, la fécondité est revenue à son niveau structurel. Les autres pays scandinaves ont adopté des dispositifs similaires et les trois dimensions principales du coût de l’enfant (argent, espace, temps) sont prises en considération.

L’Europe germanique, honteuse de son passé nazi (politique nataliste, eugéniste, raciste et anti-féministe) ne va guère au-delà de la compensation monétaire partielle. Quant à l’Europe méridionale et orientale, elle est frappée par un fort taux de chômage et de paupérisation des jeunes, l’absence de politique de logement pour les familles, l’inexistence de prestations familiales et de déductions fiscales quand il ne s’agit pas, pour les pays de l’ex-sphère soviétique, du choc de la conversion à l’économie de marché (déstabilisation économique, laïcisation des esprits).

Un autre facteur confirme l’efficacité des politiques de fécondité : l’écart entre le nombre désiré et le nombre réel d’enfants, très stable pour la moyenne et pour chacun des pays pris individuellement à l’occasion des trois enquêtes d’Eurobaromètre en 1979, 1989 et 2001 (TESTA, 2002). Le désir d’enfant est là : 2,1 enfants en moyenne par femme, mais le nombre effectif est de 1,4 seulement ; cet écart exprime l’idéal non accompli, la marge de manœuvre politique pour revenir à l’équilibre ; dans chaque pays, les enquêtés énumèrent les facteurs qui les empêchent les jeunes couples de réaliser leur projet familial. L’écart entre le nombre souhaité et le nombre réalisé est faible (moins de 0,5) là où il existe quelques mesures de soutien aux jeunes parents et à l’activité féminine ; il est, par contre, maximal (1 environ) là où la politique familiale est inexistante. Il s’agit donc de rétablir les conditions d’un libre choix du nombre d’enfants, autrement dit d’une volonté politique.


XVI) L’illusion migratoire : l’importation de bébés

Il est difficile de prévoir l’importance et l’intégration des vagues migratoires à venir, mais ce que l’on peut d’ores et déjà prévoir, c’est le creusement du déficit démographique interne et des déséquilibres internationaux par rapport à l’arc musulman et à l’ Afrique noire qui fera de l’immigration un facteur décisif de la dynamique démographique et de la recomposition du paysage social et religieux. La coopération transméditerranéenne (Maghreb, Egypte, Turquie) est essentielle pour créer une zone tampon entre l’Europe et la grande périphérie ; les pays concernés deviennent des pays de transit pour les migrants plus lointains, mais cette coopération technique, commerciale (libre échange) est encore trop faible ; l’Europe reste mal préparée à une immigration majoritairement islamique et le discours sur la société multiculturelle, très en vogue, encore récemment, par exemple aux Pays-Bas, a été un échec flagrant, entraînant un éclatement social et une radicalisation politique ; la leçon a été comprise. On ignorait tout bonnement que le mot Islam désigne à la fois la religion et la civilisation et qu’il ne suffit pas que la fécondité baisse ou que l’instruction féminine monte pour affirmer que la modernité est là.

Surtout, seul le redressement démographique est la réponse au déficit démographique. Le déficit se manifeste par le creusement de la base de la pyramide des âges ; c’est par le comblement de ce creux qu’il se répare. Il n’existe donc pas d’autres solutions que le relèvement de la natalité, sauf à supposer le recours massif à une importation de nouveau-nés et jeunes adoptés, qui ne tardera pas à être dénoncée, à juste titre, comme une nouvelle traite.

Considérons l’incidence de l’immigration à partir d’une étude de cas (figure 2), le plus réaliste possible : celle de l’Allemagne, étudiée sur la période 2000-2050. La fécondité à venir est supposée constante au niveau des trois dernières décennies (1,4 enfants en moyenne par femme) et l’immigration nette future équivalente en moyenne à ce qu’elle a été au cours du demi siècle 1950-2000 (220 000 par an). Malgré l’apport migratoire, en 2050, le déficit de population est d’autant plus profond qu’il s’agit d’âges jeunes. La réponse politique est immédiate et sans appel : à défaut de mesures de relèvement de la fécondité, le rééquilibrage de la pyramide des âges suppose une immigration…massive…d’enfants…sans leurs parents. Autant dire une utopie.


XVII) La transition migratoire, un mécanisme économique universel

L’immigration n’est qu’un remède économique partiel aux insuffisances de main-d’œuvre sectorielle, qui s’amplifient avec la sous-fécondité. C’est le phénomène, universel, de la transition migratoire : des pays, qui, longtemps, du fait de leur forte fécondité, étaient des bassins d’emploi pour les pays plus riches et inféconds, deviennent à leur tour des pays d’immigration lorsque leur fécondité chute. Le cas le plus manifeste est celui des pays d’Europe du Sud (Italie, Espagne, Portugal, Grèce), depuis les années 1990 : leur taux d’immigration nette est le plus élevé de la zone euro. Le même mécanisme est à l’œuvre en Asie orientale (Japon, Corée du Sud, Taiwan, Thaïlande, etc.) et les premiers signes se manifestent dans plusieurs régions occidentales de l’ex-sphère soviétique et dans les pays proches de la rive sud de la méditerranée. Le Mexique lui même, gros fournisseur de main-d’œuvre aux Etats-Unis (en 2003, les remises des migrants ont contribué pour 13 milliards de dollars à la balance des paiements) reçoit des migrants en provenance des pays plus féconds et plus pauvres de son Sud (Amérique Centrale : Guatemala, Nicaragua, Amérique du Sud : pays andins).

L’énorme poussée urbaine à venir, l’augmentation du chômage visible, la mécanisation et la mise aux normes internationales vont occasionner une mobilité sans précédent : pour la Chine, l’OMC prévoit que la modernisation d’une agriculture et d’une industrie « improductives », devrait chasser de leur emploi un nombre de paysans de 150 millions et d’ouvriers de 50 millions. D’où des menaces pour la stabilité politique, déjà ébranlée par des inégalités extrêmes (plus fortes qu’en Inde), et d’où une pression migratoire que les réseaux de passeurs ne se priveront pas d’exploiter.


XVIII) La mesure de la xénophobie

Mais il faut être conscient de la difficulté à absorber l’immigration ; l’opinion est réactive ; dans tous les pays, quels qu’ils soient (Eurobaromètre, 1997), l’opposition est la même. Un tiers des enquêtés se déclarent « ouvertement racistes », un tiers « plutôt racistes » et un tiers indifférent. La classe politique craint la montée des partis nationalistes et ne s’avance qu’avec une extrême précaution, sur un terrain qui ne fâche pas : l’immigration qualifiée.


XIX) Pour des quotas universalistes reflétant les besoins nationaux

Dans plusieurs pays universalistes, dont la France, le mot « quota » évoque la fermeture, alors qu’il s’agit précisément du contraire : la diversification, l’universalisation, donc l’ouverture à des pays qui échappent à la sphère d’influence ou à l’emprise de la diplomatie. Bien conçue, l’immigration est une composante de l’enrichissement des pays d’arrivée (Suisse, Luxembourg, Etats-Unis, etc.), des pays de départ (Portugal, Irlande) et des immigrants eux-mêmes ; elle doit s’inscrire dans l’universalisme dont prétend se revendiquer la France, donc s’ouvrir au monde confucéen, au monde hindou, où l’économie est en pleine effervescence, où l’éthique du travail et les diasporas renforcent les chances de réussite de l’immigration. Au sein de l’UE-25, l’immigration concernera, chaque année, à moyen terme, un à deux millions de personnes en quête de survie et se dirigeant vers des secteurs délaissés, bien connus, des économies riches : BTP, hôtellerie, restauration, café, sécurité privée, services à la personne (garde d’enfants et de personnes âgées), personnel médical et paramédical, domesticité, services de nettoyage, etc.

Bien que très coûteuses pour les migrants (2000 à 5000 dollars), les filières sont, aujourd’hui comme hier, souvent prédominantes (l’expérience montre que l’immigrant illégal d’aujourd’hui est le résident permanent de demain).

Compte tenu de la gamme des besoins, les employeurs sont de toute nature : entrepreneurs, collectivités, institutions, particuliers. Chacun y trouve son compte, d’où l’hypocrisie sociale qui règne sur le sujet, comme sur le travail « noir ».

En fait, pour faire reculer la xénophobie et réconcilier les décideurs avec l’opinion publique, il faut mettre en place une politique qui relève de la subsidiarité et qui a fait sa preuve en Amérique du Nord et en Australie. C’est notamment le cas du Québec, qui a une autonomie de décision sur ce plan : le pays a une quinzaine de bureaux d’immigration dans le monde, tous chargés de recruter les futurs migrants, en fonction des besoins évalués sur cinq ans, modulables, en tenant compte de la nécessité de soutenir la francophonie.


XX) Et l’esprit d’entreprise ?

Chacun sait que la France souffre d’une pénurie de PME-PMI, en particulier par rapport à l’Italie du Nord ; c’est l’un des pays où le secteur public est le plus lourd et où l’initiative privée est la plus pénalisée. Surtout, mesuré en équivalent temps plein, l’emploi n’a pas varié depuis…1896. Des mesures spécifiques devraient être prises pour re-dynamiser l’économie, comme cela se pratique couramment en Australie ou aux Etats-Unis. L’admission des jeunes entrepreneurs, créateurs d’emplois, protégés contre les corporatismes et exemptés, au moins temporairement, d’une fiscalité dévorante est impérative ; c’est aussi l’entrée des détenteurs de capitaux qu’il faudrait encourager, plus facile à dire qu’à faire dans un pays comme la France, foncièrement conservateur, rentier, et opposé à la réussite financière individuelle, surtout quand elle vient de l’étranger (non francophone).


Tableau 1 :
l’Union Européenne, les Etats-Unis et le monde : population et fécondité, 1960-2050

Population moyenne, 1960-2050 (millions)
  1960 1970 1980 1990 2000 2005 2050
Monde
3040 3708 4454 5276 6079 6454 8919
UE-25
378 407 427 439 452 454 380-400
Etats-UnisUE-
181 205 228 250 282 300 410-450
25/Monde (%)
12,4 11,0 9,6 8,3 7,4 7,0 4,5


Fécondité (enfants par femme)
1960-64
1970-74
1980-84
1990-1994
2000-2004
Monde
4,95
4,48
3,58
2,93
2,67
UE-25
2,66
2,22
1,79
1,57
1,46
Etats-Unis
3,31
2,02
1,82
2,05
2,05

 

Sources:

  • Commission Européenne, Eurostat, 2004 : Statistiques de population, Luxembourg
  • United Nations, 2003, World population prospects. The 2002 revision, vol.2 : Comprehensive tables,
  • New York, United Nations
  • US Census Bureau


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  • Chesnais J.C., 1987, La revanche du tiers-monde, Paris, Laffont, 336 p.

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  • Demeny P., mars 2003, « Population policy dilemmas in Europe at the down of the 21th century » , Population and development review, vol. 29, n°1, p. 1-28.

  • Eurobarometer 56,2, 2002 (M.R. Testa), Attitudes of Europeans towards fertility : ideals, desires and realizations, Bruxelles, 75 p.

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  • Fallaci O., 2004, La Forza della Ragione, Feltrinelli, 280 p.

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  • Population reference bureau, 2004, World population Data sheet, Washington

  • Rigoulot J.P., et Taubmann M. (dir.), 2004, Irak : un autre regard sur le monde en guerre, Edition du Rocher, 424 p.

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  • UNDP, 2002, Arab Human Development Report, New York

  • United Nations, 2003, World population prospects as assessed in 2002, New York, vol 1-2


    http://pwt.econ.upenn.edu