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M. Jean-Claude Chesnais
L'EUROPE OU L'ILLUSION DE LA GRANDEUR:
DÉPRESSION
DÉMOGRAPHIQUE ET DÉPENDANCE MIGRATOIRE
séance du lundi 18 octobre 2004
A loccasion du Traité de Maastricht (1992), il
était annoncé à cors et à cris
que lUnion Européenne avait vocation à
être la « première puissance mondiale ».
I) La fausse puissance
Malgré les divisions politiques, la récession
économique, lenlisement démographique,
lémiettement linguistique (20 langues officielles)
et surtout limpuissance militaire (cf les exterminations
ethniques en Yougoslavie et la guerre civile algérienne),
cette rhétorique na pas cessé. En 2000,
au sommet de Lisbonne, on pérorait toujours sur la
« puissance mondiale » (et le modèle
dorganisation pour la planète ! ) ;
on allait même jusquà annoncer que les
pays membres sengageaient à faire de lUnion
Européenne « léconomie la plus
compétitive et la plus dynamique du monde en 2010 ».
En 2002, la voix de la Commission européenne se faisait
entendre à nouveau, par lintermédiaire
dEurostat, qui classait lUnion Européenne
au rang de la « troisième puissance démographique
mondiale », derrière la Chine et lInde,
comme si ces deux ensembles nétaient pas les
plus anciennes civilisations millénaires unifiées.
Comme si, à lépoque, lUnion, encore
réduite à Quinze, nétait pas distancée,
en population, par lALENA, lASEAN et lAPEC !
Jetons un coup dil rapide sur les effectifs de
population. En 2005, le nombre dhabitants de lUE-25
est de 454 millions ; il a augmenté de 76 millions
depuis 1960 ; aux Etats-Unis, en, 2005, la population
franchit le cap des 300 millions, elle sest accrue,
dans le même temps, de 119 millions. A lhorizon
2050, la taille démographique de lUE-25 sera
retombée autour de son niveau de 1960 (400 millions),
cest-à-dire en deçà de celle des
Etats-Unis à eux seuls.
II) La montée des Etats-Unis
A eux seuls, nous lavons dit, les Etats-Unis seront
plus peuplés que lUnion Européenne à
25, certains experts allant même jusquà
annoncer un chiffre dun demi-milliard dhommes.
Il y aura aussi une différence capitale : lâge
des habitants ; dun côté de lAtlantique,
la « vieille Europe », où domineront
les retraités et les préretraités, le
conservatisme, la torpeur et le pacifisme (âge médian :
53 ans) ; de lautre, le pays jeune, innovant, accueillant
(âge médian : 36 à 40 ans). Le poids
démographique de lUE-25 dans le monde passera
de 1/8e en 1960 à 1/20e en 2025.
Le contraste des mentalités est déjà
là. Les Européens sont entrés dans une
phase de torpeur, de pessimisme ; les Américains
ont gardé leur goût de lavenir, leur patriotisme,
leur foi religieuse, leur volonté de renouvellement,
de recherche de la diversité par limmigration.
Leur pays dispose de nombreux atouts : une triple façade :
atlantique, asiatique, américaine ; une nation
universelle où toutes les sociétés sont
représentées dans limmigration, figurent
dans les « minorités ethniques »,
doù un réseau dinfluence potentiel
couvrant toute la planète. Avec un budget de défense
de près de 500 milliards de dollars, les Etats-Unis
peuvent mener, où que ce soit, au moins deux guerres
à la fois ; ce budget est supérieur à
celui cumulé des huit puissances suivantes : (Royaume-Uni,
France, Russie, Chine, etc
). La puissance culturelle
et le rayonnement linguistique sont également sans
équivalent, ils fascinent les élites et les
classes moyennes du monde entier. Plus de la moitié
de limmigration des pays du Sud lors du demi-siècle
est allée vers les Etats-Unis : quoi de plus éloquent
que ce vote avec les pieds ?
III) Elargissement, affaiblissement
La fécondité européenne (1,4) est la
plus basse du monde avec celle du Japon (1,3) et des îles
chinoises (0,9). Malgré le rôle de limmigration
dans le freinage du tassement démographique en Europe,
la population est entrée en phase de stagnation, avant
de décroître plus ou moins rapidement :
le nombre de jeunes en âge davoir des enfants
(20 à 40 ans) commence à reculer. Les conséquences
de ce déclin programmé seront lourdes en termes
de puissance économique, militaire, politique (CIA,
2001). Contrairement à lidée courante,
le passage de 15 à 25 membres, politiquement souhaitable,
na pas renforcé, mais affaibli économiquement
l « union », car les nouveaux
membres sont plus vieillis et plus pauvres ( la fécondité
sest effondrée depuis la « transition »
vers léconomie de marché), quarante ans
de bureaucratie socialiste y ont étouffé le
dynamisme ; la réunification allemande est bien
plus coûteuse et longue que prévu.
IV) Comparaison avec lALCA et
l ASEAN
La véritable nature de lUE est celle qui était
affichée à son départ : une communauté
économique ; sa géométrie na cessé
de varier pour aller de 6 à 25 et peut-être 30.
Il convient de raisonner de la même manière sur
les autres ensembles transnationaux. LALCA (Association
de Libre Commerce des Amériques) qui, malgré
la réticence du Brésil, devrait bientôt
voir le jour, comptera près de 850 millions dhabitants ;
lASEAN (Association des Nations dAsie du Sud Est),
elle aussi appelée à un élargissement
durant la prochaine décennie, en direction de la Chine,
de lInde et du Japon, devrait dépasser sensiblement
le cap des 3 milliards en 2015. Or la Chine et lInde
sont les deux géants milliardaires (1,3 et 1,1 milliards
dhabitants), en pleine renaissance économique.
Depuis que la libéralisation économique y est
entamée, les taux de croissance macroéconomique
y sont les plus élevés de la planète
(7 à 10 %), atteignant les records coréens
et ceux du Japon davant 1973 (même si les risques
de surchauffe, surtout en Chine, ne sont pas à écarter).
V) LEurope à 25 et son
pourtour musulman à 25, de 1950 à 2050
Rien nest plus parlant que le parallèle entre
lUE-25 et sa périphérie musulmane à
25, mené par P. Demeny (2003). Le contraste en nombre
est violent et plus fort encore en structure. Ainsi, en 1950,
sur son territoire actuel, lUE comptait 350 millions
dhabitants et larc musulman proche (Afrique du
Nord, Asie de lOuest), 163 millions soit 2,2 fois moins.
Cinquante ans plus tard, la population européenne navait
augmenté que de 100 millions, alors que le voisin du
Sud sétait accru de plus de 220 millions (soit
une multiplication par
2,4 !). De 2000 à
2050, on assistera à une perte démographique
de cinquante millions dhabitants dans lUE-25,
cependant que larrière-pays musulman enregistrera
un gain de 700 millions : sa population devient alors
trois fois supérieure à celle de lUE-25.
Surtout, linversion de la pyramide des âges, déjà
sensible au milieu du XXe siècle en Europe, se confirme
et samplifie, au point quen 2050, les générations
majoritaires sont celles de plus de 55 ans et que la jeunesse
est minoritaire. Toute autre est lallure de la structure
par âges de la population musulmane dont les jeunes
prédominent nettement et qui vont continuer à
croître malgré la baisse de la fécondité
en cours, ceci du fait de lélan incorporé
dans la pyramide des âges : en 2050, les jeunes de 25
ans seront 5 à 6 fois plus nombreux que leurs homologues
européens (graphique 1, annexe).
VI) La faillite du monde arabe
Or le rapport du PNUD (2002) a souligné, depuis les
années 1970, la faillite du monde arabe, incapable
de générer la prospérité et la
liberté. Malgré la rente pétrolière,
dans les 22 pays concernés, la croissance économique
est faible (avec de fréquentes chutes de niveau de
vie, comme en Arabie Saoudite) ; en raison de la montée
des nouvelles générations, le chômage
sest accru, la paupérisation sest aggravée,
le système de santé sest délabré,
quant à lenseignement, il est plus théologique
que classique ou professionnel ; on assiste à
une fuite des cerveaux et des capitaux. Ce sont donc des foyers
dinstabilité qui se créent, dautant
que la population se concentre dans les villes où manquent
les logements, les infrastructures, les équipements
et lemploi, doù des sources de mécontentement
et des foyers dinstabilité politique, qui rendent
les jeunes vulnérables à la propagande guerrière.
Certes, la Malaisie, lIndonésie, la Turquie sont
plus orientées vers la démocratie et le développement.
Mais le fossé est grand par rapport à la démocratisation
en Europe du Sud, puis en Europe de lEst, en Amérique
Latine, en Asie du Sud-Est et surtout en Inde. La paupérisation
de ces pays et de lAfrique est dautant plus frappante
que, à léchelle mondiale, de 1981 à
2001, lextrême pauvreté a été
divisée par deux.
La dérive, le repli identitaire du monde arabo-musulman
va jusquà une volonté de croisade, souvent
activée par lexistence de régimes autoritaires
générant la frustration des jeunes, majoritaires ;
le diagnostic desprits aussi différents que Bernard
Lewis ou Samuel Huntington (1996) est clair. Lislamisme
peut aller jusquà souhaiter la destruction de
nos valeurs ; la civilisation occidentale est perçu
comme décadente, molle et impie, seulement soucieuse
de biens matériels. Les attentats terroristes ont,
entre autres, pour vocation de repartir à la conquête
despaces perdus, comme lempire ottoman, voire
lAndalousie, fût-ce au prix de lextinction,
de lélimination physique des « athées » ;
du reste, lassassinat dun non-musulman nest
pas considéré comme un crime, car il ne fait
pas partie de lumma : cest Allah qui arme
le bras, cest lui qui glorifie et réserve une
place comme martyr au paradis.
Globalement, les islamistes exploitent donc un vide, des frustrations.
Dans la plupart des pays, lIslam est divisé entre
la tradition et la volonté de modernisation, surtout
chez les jeunes instruits et les femmes. Les prochaines décennies
seront difficiles : daprès le Conseil Musulman
de Grande-Bretagne, il existe déjà 1,5 milliard
de musulmans, dépassant de loin toute autre confession
(surtout si lon sen tient à une définition
stricte : le nombre de pratiquants réguliers,
même dans les pays nouveaux de la diaspora ; en
France, il y a de plus en plus de pratiquants musulmans que
de catholiques, en Angleterre, de même, les Anglicans
sont dépassés ; en Italie, dans une ville
comme Bologne, ancienne cité pontificale, où
les églises ont la dimension de cathédrales,
on ne rencontre plus que de vieilles dames habillées
de noir). Dans toute lEurope (y compris la Russie),
la croissance de la population musulmane est forte, et ce
groupe social est encore marginalisé, surtout privé
des biens essentiels, souvent par refus dactivité
ou de mixité.
VII) Lislam politique est vivace,
la modernisation douteuse et fragile
Lidée que lislam politique est déjà
derrière nous, que le terrorisme appartient au passé
est illusoire, tant elle sous-estime le décalage économique,
politique et culturel avec lOccident (conception théocratique
de lexistence). La ligue Arabe prévoit que, à
lhorizon 2015, le nombre de jeunes chômeurs atteindra
50 millions au lieu de 15 millions aujourdhui. Mais
la grande majorité des intellectuels dEurope
occidentale refuse de voir les réalités (Kagan,
2004). Les Etats-Unis ont mis en place une politique de sécurisation
forte, indispensable, mais dénoncée en Europe ;
chez eux, il existe un seul Ministère Fédéral
de limmigration et de la naturalisation, qui est en
charge dun territoire de 9 millions de km2. Les responsables
de la sécurité savent quil y a une nucléarisation
et un développement rapide des armes de destruction
massive au Proche-Orient, aux portes de lEurope : en
Iran bien sûr, mais aussi en Arabie Saoudite, en Syrie,
en Egypte, en Algérie et même sans doute en Turquie.
VIII) Menaces pour la sécurité
et irénisme
LEurope a une vision irénique, bureaucratique,
molle, elle est sans défense, incapable de prendre
des décisions ; elle est prête à
se soumettre, lorsque la décision est prise (loi sur
linterdiction du port du voile islamique par les femmes
dans les écoles publiques), la France, par exemple,
a été menacée dattentats terroristes.
Le chantage na pas cessé ; la souveraineté
nationale est en jeu.
Qui ose dire que les Palestiniens et les Saoudiens ont pratiqué
des pogroms anti-juifs dès les années 1930,
puis encouragé la Shoah, avant de se tourner vers le
KGB ? La position méritoire dOriana Fallaci,
annonçant que lEurope devient une « province
de lIslam », désireux de convertir
lhumanité par la force, devrait au moins de figurer
dans les débats, plutôt que dêtre
occultée, au nom du « politically correct ».
IX) Entrée de la Turquie :
la facture
Venons-en au cas turc, dont le pays na quun
petit appendice européen, aujourdhui entièrement
islamisé. On comprend lintérêt des
milieux daffaires allemands et turcs. On comprend lintérêt
de nombreux leaders de Bruxelles, qui raisonnent en termes
de puissance : 70 millions dhabitants supplémentaires
(bientôt près de 100 millions), cela amène
au demi-milliard et cela casse le couple franco-allemand,
pour lui substituer un couple turco-allemand, ceci en catimini
(sans référendum). Sur le plan politique, la
Turquie serait, du fait de sa population, prépondérante
en poids électoral. Le paradoxe nest pas mince
quand on sait que, dans leur immense majorité, les
habitants de la Turquie ne se sentent pas « Européens ».
On se garde bien de dire le coût pour le contribuable :
la facture sélève à 15 milliards
deuros par an. Surtout, lhéritage musulman
que le régime laïc mis en place par Atatürk
a voulu éradiquer est toujours en place : quon
se contente dobserver les résultats des élections
ou des sondages. Avec plus de 40 % des voix, le parti
islamiste est, de loin, le parti le plus important du pays.
Les militaires, garants de la laïcité, sont en
position fragile. Les dernières élections turques
(novembre 2002) ont consacré la victoire électorale
du parti démo-islamiste.
Quant à Romano Prodi, quand il annonce que les conditions
sont remplies pour ladmission de la Turquie, il a oublié
toute sa rigueur de professeur : en Turquie, le taux
brut de scolarisation nest que de 60 % ; au
lieu de 88 % en moyenne dans les nouveaux pays membres
ou candidats (Bulgarie, Roumanie) ; et le PIB en parité
de pouvoir dachat est deux fois moindre. Quid du Kurdistan
et du respect des droits de lhomme ? Quid, plus
encore, du monde turcophone, pour qui lobtention de
la nationalité turque est aisée ? Enfin,
il est un révélateur discret et soigneusement
dissimulé : quand lURSS sest démembrée,
les autorités soviétiques se sont efforcées
de la reconstituer sous le manteau de la CEI, sans succès.
Peu après, la Turquie menait une diplomatie tout azimuts
dans les cinq états turcophones dAsie centrale,
avec lidée de former une
CEI turque !
Ajoutons un élément important : labsence
dintégration des Turcs dans la société
allemande, mesurée à laune des mariages
mixtes : 2 % ( Todd, 1994). Les observateurs notent
que la troisième génération revient à
ses racines. LAllemagne est sur une pente descendante,
elle a perdu sa fierté ; la Turquie est une puissance
montante qui, selon certaines stratèges, au lieu de
venir troubler le semblant dordre européen, devrait
prendre une place plus conforme à sa nature :
servir de modèle au monde musulman dans sa région.
X) Lislamisation des périphéries
ou des villes en Europe occidentale
Contrairement à une mode intellectuelle encore récente,
selon laquelle, il existait un pacte implicite entre les Etats-Unis
et le monde musulman pour affaiblir et isoler lEurope,
il est clair que lEurope représente le droit
sans la force, cest-à-dire lutopie politique,
la vision Kantienne de la paix permanente. Divisée
et sans volonté de recours à la force, elle
est, en réalité, nue face à ce que le
« politiquement correct » interdit dappeler
par son nom : « le choc des civilisations »
(Huntington). Tous les grands pays dEurope occidentale
voient des quartiers et parfois des villes entières
devenir majoritairement musulmans ; on voit alors se
développer des ghettos hostiles impénétrables
(zones grises), qui bourgeonnent comme des enclaves extraterritoriales
et souvent refusent de se soumettre à la loi du pays
daccueil (lorsque, nous lavons vu, la France a
interdit le port du voile islamique dans les écoles
publiques, elle a été menacée dattentats
terroristes). Lislamisation, mais aussi lafricanisation
de lEurope sont inscrits dans les tendances démographiques
(Chesnais, 1995).
Rien de comparable aux Etats-Unis, il est vrai plus éloignés
des zones dinstabilité et dextrême
pauvreté. Limmigration, plus forte, plus diversifiée,
à dominante hispanique (la minorité hispanique
a franchi le seuil de 40 millions, dépassant de loin
la minorité noire, dès 2003). En croissance
à un rythme voisin de 4 % par an, déjà
majoritaires dans certains Etats très peuplés
(dont la Californie), les Latinos ne menacent aucunement lordre
public. Ils sont en voie dassimilation ; nombre
dentre eux parlent un mauvais
Espagnol ; le
bilinguisme nest plus, au XXIe siècle un obstacle
majeur à lintégration (les nouvelles générations
européennes sont, le plus souvent, trilingues) ;
au fond, les Latinos sont chrétiens et massivement
européens.
XI) Déficience des statistiques
européennes
A léchelle européenne, tout se passe
comme sil y avait une conspiration du silence. Eurostat
ne publie quasiment aucun élément sur lorigine
des migrants. Cest la politique de lautruche,
qui contraste avec le détail, la finesse, la volonté
de savoir qui règnent aux Etats-Unis. Dans ce pays,
lappartenance religieuse figure parmi les toutes premières
informations publiées dans lAnnuaire Statistique.
Le « Connais-toi toi même », principe
de bon gouvernement, est refusé par le vieux continent,
ce qui peut amener à la construction de scénarios
extrêmes. On peut raisonnablement penser que dans les
principaux pays occidentaux (Allemagne, France, Royaume-Uni),
lordre de grandeur de la fraction musulmane est compris
entre 5 et 10 % ; mais les chiffres les plus divers
circulent sur chaque pays séparément et sur
lUE globalement. La proportion des musulmans na
rien à voir avec celle, bien connue, des Etats-Unis
(1 %), qui ne devrait guère augmenter compte tenu
du choc créé par les attentats du 11 septembre
2001. La faiblesse politique de lEurope, la longueur
des frontières maritimes (plus perméables à
limmigration clandestine) devraient faciliter la poussée
de la ceinture musulmane. LItalie, à elle seule,
plongée en pleine Méditerranée, a douze
kilomètres de frontières à contrôler,
pour elle-même et pour lespace commun. Entendons-nous
bien. Il ne sagit pas dériger une forteresse,
illusoire, mais de garder la maîtrise sur un phénomène
structurel très puissant (lors des dix dernières
années, des pays méditerranéens comme
lItalie, la Grèce et lEspagne ont vu affluer
chacun environ un million de migrants clandestins). Par ailleurs,
pour leur propre gouvernement, tous les responsables gagnent
à savoir la composition ethnique, la localisation géographiques
et les autres caractéristiques des immigrants.
XII) Une vision extrême : des Etats bi-nationaux
Certains experts, comme Kurt (2003), vont jusquà
imaginer que, à long terme, les nations européennes
se scinderont en deux : la partie européenne,
laïque, riche, vieille, faible et la parti anti-européenne,
islamique, pauvre, remuante. Doù lapparition,
dici quelques décennies, dEtats bi-nationaux.
Dernière religion révélée, lislam
prétend détenir la vérité :
« notre Dieu (Allah) est grand », « cest
le plus grand » ; la démocratie nest
pas nécessaire car les lois divines sont parfaites
(doù linutilité dun Parlement).
Lentité étrangère, lumma
de lIslam soppose à lentité
colonisée, lEurope, quelle finit peu à
peu à dominer.
XIII) Le drame de lAfrique :
vers une importante recrudescence de la mortalité ordinaire
Les perspectives de lAfrique sont encore plus sombres ;
daprès les calculs des Nations-Unies (2003) qui,
pourtant, tiennent compte de la mortalité par SIDA,
le continent devrait atteindre 2 milliards dhabitants
en 2050. Or, il est en paupérisation continue depuis
un quart de siècle. La guerre ou les troubles civils
touchent près dun pays sur trois, la corruption
atteint des sommets, les infrastructures sont à labandon ;
les pays qui, longtemps servaient de modèle, comme
la Côte dIvoire ou le Zimbabwe, sont à
la dérive. Les plus peuplés, comme le Nigeria,
le Congo-Zaïre ou lEthiopie, sont dans une situation
politique et économique fragile, une grande partie
de la population vivant au bord de la famine ; au Nigéria,
pays producteur de pétrole, le n°1 en population,
la situation économique sest détériorée
au point que vers 2000, le niveau de vie par habitant mesuré
en Parité du Pouvoir dAchat était cent
fois inférieur à celui de lAméricain
moyen. On se dirige vraisemblablement vers un scénario
de remontée massive de la mortalité : non
seulement les PEV (Programmes Elargis de Vaccination) lancés
par lOMS avec le concours de lUNICEF sont de moins
en moins appliqués, mais les budgets de santé
publique diminuent, quand ils ne sont pas détournés
par les responsables ; on assiste à une privatisation
de la médecine : nombreux sont les Ministres de
la santé qui annoncent quils vont créer
des « cliniques privées », qui,
bien sûr, attirent les meilleurs médecins, quand
elles ne dépouillent pas les structures publiques de
leurs équipements et médicaments. Autrement
dit, seules certaines élites urbaines aisées
pourront se soigner et la très grande majorité
de la population sera laissée à labandon.
Autant déléments qui devraient encourager
lémigration. Pourtant les chiffres seront déjà
accablants : en 2002, le poids de léconomie
sub-saharienne dans le PIB mondial, mesuré en parité
du pouvoir dachat est de
2,4 % seulement.
XIV) Linversion de la pyramide des âges
Dans certains pays européens, la population âgée
pourrait, vers 2030, égaler voire dépasser la
population active, en décrue constante. Or, une population
vieillie est portée à ne voir que son pré-carré
(les Européens ne sintéressent guère
à ce qui sort de leurs frontières), à
refuser de sengager pour de grandes causes (le SIDA
a fait 20 millions de morts, mais qui sen soucie en
dehors des fondations privées américaines, notamment
la fondation Bill Gates ?) ; elle senferme
dans une idéologie de la paix perpétuelle. Les
défis humanitaires, voire militaires risquent de reposer
de plus en plus sous la responsabilité des Etats-Unis,
ceci dautant que laccumulation des déficits
sociaux va faire exploser la dette publique qui pourrait,
vers 2030, dans des pays comme lAllemagne et la France,
être deux à trois fois supérieure au PIB
(au lieu du critère recommandable de 60 %). Contrairement
à lidée commune, ce nest pas laugmentation
des dépenses de retraites qui pourrait être le
principal facteur daggravation, car il existe un curseur,
un mécanisme autorégulateur (lâge
de la retraite, ou plutôt la durée cotisée),
mais les dépenses de santé, tirées par
différents lobbies (professions médicales, industries
pharmaceutiques, collectivités territoriales, etc.)
et surtout par une croissance exponentielle des coûts
de dépendance (entre 2000 et 2050, le nombre de personnes
de plus de 80 ans sera multiplié par cinq à
dix).
Mais linversion de la pyramide des âges, cest
surtout la chute de linvestissement, par manque de raison
dinvestir (en logement, en équipement et en infrastructure :
la baisse du nombre de jeunes ménages) et le passage
à une mentalité de renoncement, de vote dépensier
(très tôt, la majorité des bulletins de
vote, déposés dans les urnes sera celle des
retraités et préretraités, dont on peut
penser quelle sera portée à taxer la population
active).
XV) Lefficacité de la politique de lenfance
La basse fécondité nest pas une fatalité.
Lesprit dominant veut que rien ne peut être fait
pour redresser la fécondité et la ramener près
de léquilibre ; or les mêmes experts admettent
quen sens inverse, toute politique de limitation des
naissances est assurée de succès. Ce présupposé
ne résiste pas à lanalyse. Tout comme
dans les pays pauvres, il existe une demande latente de planning
familial, dans les pays riches, il existe une demande latence
de soutien familial. Il existe, en effet, trois Europe de
la fécondité : lEurope « atlantique »,
avec des indicateurs conjoncturels de fécondité
proche du remplacement des générations (1,6
à 1,9) : France, Royaume-Uni, Benelux, pays nordiques ;
lEurope germanique (Allemagne, Autriche, Suisse) :
1,3 à 1,4 enfants en moyenne par femme ; lEurope
périphérique du Sud et de lEst :
1,1 à 1,2 enfants par femme.
Or ce découpage correspond précisément
à leffort public déployé en faveur
des jeunes parents : là où les dépenses
sociales consacrées à lenfance sont de
lordre de 1 % du PIB voire moins (Italie, Espagne,
Etats Baltes, Russie), la fécondité est la plus
basse du monde ; inversement, là où elles
dépassent 4 % du PIB, la fécondité
se trouve dans la première catégorie. On connaît
leffort, exceptionnel, de la Suède qui, dès
1974, a mis en place le congé parental, pour létendre
à 18 mois, à une hauteur quasi-équivalente
du salaire antérieur et qui, parallèlement,
a installé sur tout son territoire un réseau
de places de garde sans équivalent au monde et un système
de « flexitime », lui aussi, unique.
Après avoir culminé vers 1990 et baissé
ensuite, sous la pression des autorités bruxelloises
(la Suède, dans la perspective de lentrée
dans lUnion et de ladoption supposée de
lEuro) était considérée comme trop
dépensière ; elle a dû restreindre
son train de dépenses sociales, surtout familiales,
limitant les recrutements dans la fonction publique, doù
un double effet négatif sur la natalité :
baisse du niveau de vie des jeunes familles, augmentation
du chômage des jeunes. A la fin des années 1990,
avec le renoncement à leuro et la relance de
la politique socio-économique, la fécondité
est revenue à son niveau structurel. Les autres pays
scandinaves ont adopté des dispositifs similaires et
les trois dimensions principales du coût de lenfant
(argent, espace, temps) sont prises en considération.
LEurope germanique, honteuse de son passé nazi
(politique nataliste, eugéniste, raciste et anti-féministe)
ne va guère au-delà de la compensation monétaire
partielle. Quant à lEurope méridionale
et orientale, elle est frappée par un fort taux de
chômage et de paupérisation des jeunes, labsence
de politique de logement pour les familles, linexistence
de prestations familiales et de déductions fiscales
quand il ne sagit pas, pour les pays de lex-sphère
soviétique, du choc de la conversion à léconomie
de marché (déstabilisation économique,
laïcisation des esprits).
Un autre facteur confirme lefficacité des politiques
de fécondité : lécart entre
le nombre désiré et le nombre réel denfants,
très stable pour la moyenne et pour chacun des pays
pris individuellement à loccasion des trois enquêtes
dEurobaromètre en 1979, 1989 et 2001 (TESTA,
2002). Le désir denfant est là :
2,1 enfants en moyenne par femme, mais le nombre effectif
est de 1,4 seulement ; cet écart exprime lidéal
non accompli, la marge de manuvre politique pour revenir
à léquilibre ; dans chaque pays,
les enquêtés énumèrent les facteurs
qui les empêchent les jeunes couples de réaliser
leur projet familial. Lécart entre le nombre
souhaité et le nombre réalisé est faible
(moins de 0,5) là où il existe quelques mesures
de soutien aux jeunes parents et à lactivité
féminine ; il est, par contre, maximal (1 environ)
là où la politique familiale est inexistante.
Il sagit donc de rétablir les conditions dun
libre choix du nombre denfants, autrement dit dune
volonté politique.
XVI) Lillusion migratoire :
limportation de bébés
Il est difficile de prévoir limportance et
lintégration des vagues migratoires à
venir, mais ce que lon peut dores et déjà
prévoir, cest le creusement du déficit
démographique interne et des déséquilibres
internationaux par rapport à larc musulman et
à l Afrique noire qui fera de limmigration
un facteur décisif de la dynamique démographique
et de la recomposition du paysage social et religieux. La
coopération transméditerranéenne (Maghreb,
Egypte, Turquie) est essentielle pour créer une zone
tampon entre lEurope et la grande périphérie
; les pays concernés deviennent des pays de transit
pour les migrants plus lointains, mais cette coopération
technique, commerciale (libre échange) est encore trop
faible ; lEurope reste mal préparée
à une immigration majoritairement islamique et le discours
sur la société multiculturelle, très
en vogue, encore récemment, par exemple aux Pays-Bas,
a été un échec flagrant, entraînant
un éclatement social et une radicalisation politique ;
la leçon a été comprise. On ignorait
tout bonnement que le mot Islam désigne à la
fois la religion et la civilisation et quil ne suffit
pas que la fécondité baisse ou que linstruction
féminine monte pour affirmer que la modernité
est là.
Surtout, seul le redressement démographique est la
réponse au déficit démographique. Le
déficit se manifeste par le creusement de la base de
la pyramide des âges ; cest par le comblement
de ce creux quil se répare. Il nexiste
donc pas dautres solutions que le relèvement
de la natalité, sauf à supposer le recours massif
à une importation de nouveau-nés et jeunes adoptés,
qui ne tardera pas à être dénoncée,
à juste titre, comme une nouvelle traite.
Considérons lincidence de limmigration
à partir dune étude de cas (figure 2),
le plus réaliste possible : celle de lAllemagne,
étudiée sur la période 2000-2050. La
fécondité à venir est supposée
constante au niveau des trois dernières décennies
(1,4 enfants en moyenne par femme) et limmigration nette
future équivalente en moyenne à ce quelle
a été au cours du demi siècle 1950-2000
(220 000 par an). Malgré lapport migratoire,
en 2050, le déficit de population est dautant
plus profond quil sagit dâges jeunes.
La réponse politique est immédiate et sans appel :
à défaut de mesures de relèvement de
la fécondité, le rééquilibrage
de la pyramide des âges suppose une immigration
massive
denfants
sans
leurs parents. Autant dire une utopie.
XVII) La transition migratoire, un mécanisme
économique universel
Limmigration nest quun remède économique
partiel aux insuffisances de main-duvre sectorielle,
qui samplifient avec la sous-fécondité.
Cest le phénomène, universel, de la transition
migratoire : des pays, qui, longtemps, du fait de leur
forte fécondité, étaient des bassins
demploi pour les pays plus riches et inféconds,
deviennent à leur tour des pays dimmigration
lorsque leur fécondité chute. Le cas le plus
manifeste est celui des pays dEurope du Sud (Italie,
Espagne, Portugal, Grèce), depuis les années
1990 : leur taux dimmigration nette est le plus
élevé de la zone euro. Le même mécanisme
est à luvre en Asie orientale (Japon, Corée
du Sud, Taiwan, Thaïlande, etc.) et les premiers signes
se manifestent dans plusieurs régions occidentales
de lex-sphère soviétique et dans les pays
proches de la rive sud de la méditerranée. Le
Mexique lui même, gros fournisseur de main-duvre
aux Etats-Unis (en 2003, les remises des migrants ont contribué
pour 13 milliards de dollars à la balance des paiements)
reçoit des migrants en provenance des pays plus féconds
et plus pauvres de son Sud (Amérique Centrale :
Guatemala, Nicaragua, Amérique du Sud : pays andins).
Lénorme poussée urbaine à venir,
laugmentation du chômage visible, la mécanisation
et la mise aux normes internationales vont occasionner une
mobilité sans précédent : pour la
Chine, lOMC prévoit que la modernisation dune
agriculture et dune industrie « improductives »,
devrait chasser de leur emploi un nombre de paysans de 150
millions et douvriers de 50 millions. Doù
des menaces pour la stabilité politique, déjà
ébranlée par des inégalités extrêmes
(plus fortes quen Inde), et doù une pression
migratoire que les réseaux de passeurs ne se priveront
pas dexploiter.
XVIII) La mesure de la xénophobie
Mais il faut être conscient de la difficulté
à absorber limmigration ; lopinion est
réactive ; dans tous les pays, quels quils soient
(Eurobaromètre, 1997), lopposition est la même.
Un tiers des enquêtés se déclarent « ouvertement
racistes », un tiers « plutôt
racistes » et un tiers indifférent. La classe
politique craint la montée des partis nationalistes
et ne savance quavec une extrême précaution,
sur un terrain qui ne fâche pas : limmigration
qualifiée.
XIX) Pour des quotas universalistes reflétant les besoins
nationaux
Dans plusieurs pays universalistes, dont la France, le mot
« quota » évoque la fermeture,
alors quil sagit précisément du
contraire : la diversification, luniversalisation,
donc louverture à des pays qui échappent
à la sphère dinfluence ou à lemprise
de la diplomatie. Bien conçue, limmigration est
une composante de lenrichissement des pays darrivée
(Suisse, Luxembourg, Etats-Unis, etc.), des pays de départ
(Portugal, Irlande) et des immigrants eux-mêmes ;
elle doit sinscrire dans luniversalisme dont prétend
se revendiquer la France, donc souvrir au monde confucéen,
au monde hindou, où léconomie est en pleine
effervescence, où léthique du travail
et les diasporas renforcent les chances de réussite
de limmigration. Au sein de lUE-25, limmigration
concernera, chaque année, à moyen terme, un
à deux millions de personnes en quête de survie
et se dirigeant vers des secteurs délaissés,
bien connus, des économies riches : BTP, hôtellerie,
restauration, café, sécurité privée,
services à la personne (garde denfants et de
personnes âgées), personnel médical et
paramédical, domesticité, services de nettoyage,
etc.
Bien que très coûteuses pour les migrants (2000
à 5000 dollars), les filières sont, aujourdhui
comme hier, souvent prédominantes (lexpérience
montre que limmigrant illégal daujourdhui
est le résident permanent de demain).
Compte tenu de la gamme des besoins, les employeurs sont de
toute nature : entrepreneurs, collectivités, institutions,
particuliers. Chacun y trouve son compte, doù
lhypocrisie sociale qui règne sur le sujet, comme
sur le travail « noir ».
En fait, pour faire reculer la xénophobie et réconcilier
les décideurs avec lopinion publique, il faut
mettre en place une politique qui relève de la subsidiarité
et qui a fait sa preuve en Amérique du Nord et en Australie.
Cest notamment le cas du Québec, qui a une autonomie
de décision sur ce plan : le pays a une quinzaine
de bureaux dimmigration dans le monde, tous chargés
de recruter les futurs migrants, en fonction des besoins évalués
sur cinq ans, modulables, en tenant compte de la nécessité
de soutenir la francophonie.
XX) Et lesprit dentreprise ?
Chacun sait que la France souffre dune pénurie
de PME-PMI, en particulier par rapport à lItalie
du Nord ; cest lun des pays où le
secteur public est le plus lourd et où linitiative
privée est la plus pénalisée. Surtout,
mesuré en équivalent temps plein, lemploi
na pas varié depuis
1896. Des mesures spécifiques
devraient être prises pour re-dynamiser léconomie,
comme cela se pratique couramment en Australie ou aux Etats-Unis.
Ladmission des jeunes entrepreneurs, créateurs
demplois, protégés contre les corporatismes
et exemptés, au moins temporairement, dune fiscalité
dévorante est impérative ; cest aussi
lentrée des détenteurs de capitaux quil
faudrait encourager, plus facile à dire quà
faire dans un pays comme la France, foncièrement conservateur,
rentier, et opposé à la réussite financière
individuelle, surtout quand elle vient de létranger
(non francophone).
Tableau 1 :
lUnion Européenne, les Etats-Unis et le monde :
population et fécondité, 1960-2050
|
Population moyenne, 1960-2050 (millions)
|
| |
1960 |
1970 |
1980 |
1990 |
2000 |
2005 |
2050 |
|
Monde
|
3040 |
3708 |
4454 |
5276 |
6079 |
6454 |
8919 |
|
UE-25
|
378 |
407 |
427 |
439 |
452 |
454 |
380-400 |
|
Etats-UnisUE-
|
181 |
205 |
228 |
250 |
282 |
300 |
410-450 |
|
25/Monde (%)
|
12,4 |
11,0 |
9,6 |
8,3 |
7,4 |
7,0 |
4,5 |
|
Fécondité (enfants par
femme)
|
|
|
1960-64
|
1970-74
|
1980-84
|
1990-1994
|
2000-2004
|
|
Monde
|
4,95
|
4,48
|
3,58
|
2,93
|
2,67
|
|
UE-25
|
2,66
|
2,22
|
1,79
|
1,57
|
1,46
|
|
Etats-Unis
|
3,31
|
2,02
|
1,82
|
2,05
|
2,05
|
Sources:
- Commission Européenne, Eurostat, 2004 : Statistiques
de population, Luxembourg
- United Nations, 2003, World population prospects. The
2002 revision, vol.2 : Comprehensive tables,
- New York, United Nations
- US Census Bureau
Bibliographie
- Abbasi-Shavasi M.I., et Jones G.W., 2001, « Socio-economic
and demographic setting of muslim population ».
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n° 86
- CIA ( Central Intelligence Agency), juillet 2001, Long
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landscape, Washington, 92 p.
- Chesnais J.C., 1987, La revanche du tiers-monde,
Paris, Laffont, 336 p.
- Chesnais J.C., 1995, Le crépuscule de loccident,
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- Demeny P., mars 2003, « Population policy
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- Eurobarometer 56,2, 2002 (M.R. Testa), Attitudes of
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Bruxelles, 75 p.
- Eurobarometer 47,1, 18-19 déc. 1997, Racisme
et xénophobie en France, Luxembourg, 8 p.
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Luxembourg, 455 p.
- Fallaci O., 2004, La Forza della Ragione, Feltrinelli,
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- Huntington S., 1996, The clash of civilisations and
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- Kagan R., 2003, Of paradise and power in the New World
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158 p.
- Kurch J., 2003, « Migrations and the dynamics
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- Nye J.S., 2002, The paradox of American power: why
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Oxford University Press, 4e ed., 303 p.
- Population reference bureau, 2004, World population
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- Rigoulot J.P., et Taubmann M. (dir.), 2004, Irak :
un autre regard sur le monde en guerre, Edition du Rocher,
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- Todd E., 1994, Le destin des immigrés, Paris,
Seuil, 400 p.
- UNDP, 2002, Arab Human Development Report, New
York
- United Nations, 2003, World population prospects as
assessed in 2002, New York, vol 1-2
http://pwt.econ.upenn.edu
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