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M. Jacques de Larosière


COMMENT L'EUROPE PEUT-ELLE RATTRAPER
L'ECONOMIE AMERICAINE ?

séance du lundi 6 décembre 2004


Le sujet, ainsi formulé, implique que l'économie américaine est plus avancée que l'économie européenne et qu'il est donc nécessaire, pour cette dernière, de se rapprocher de la première. Pour cela, comment procéder ?

Mais le problème est, en réalité, plus complexe dans la mesure d'abord où il dépasse les frontières de l'économie. On sait, en effet, que les bases du progrès économique trouvent leurs fondements dans des réalités institutionnelles et sociales. Bien que le sujet posé soit, en apparence, économique, il est, en fait, intimement lié à des aspects politiques et sociaux. Le problème que l'on ne pourra esquiver est donc de savoir si l'Europe souhaite se rapprocher également du modèle social des Etats-Unis. Cette question est complexe et mérite, comme on le verra plus loin, réflexion et réponses nuancées. Mais le sujet posé comporte une autre difficulté : la supériorité de l'économie américaine est favorisée par un certain nombre de facteurs spécifiques liés au statut du dollar et aux déséquilibres extérieurs des Etats-Unis, facteurs qui ne sont pas répliquables par l'Europe, à supposer que cela soit souhaitable.

Je vais m'efforcer d'évoquer le sujet en articulant mon propos autour de deux axes :

  1. En quoi et pourquoi l'économie des Etats-Unis est-elle "en avance" par rapport à l'économie de l'Europe ?

  2. Quelles sont les mesures ou les orientations qui permettraient à l'Europe de se rapprocher des performances américaines sans que soit sacrifié l'essentiel de son modèle social ?

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I.

EN QUOI ET POURQUOI L'ECONOMIE DES ETATS-UNIS EST-ELLE
"EN AVANCE" PAR RAPPORT A L'ECONOMIE DE L'EUROPE ?


L'Union européenne à Quinze, pourtant dotée de 380 millions d'habitants(1) (soit bien davantage que les 290 millions d'Américains), est significativement en retard par rapport aux Etats-Unis.

Quelques indicateurs en témoignent :

  • les Etats-Unis ont un PIB par tête (calculé en parités de pouvoir d'achat) supérieur de 39 % à celui de la moyenne de l'Europe des Quinze (32 % supérieur à celui de la France, 39 % à celui de l'Allemagne) ;
  • Les Etats-Unis disposent de 50 % des ressources financières mondiales ;
  • 51 firmes, parmi les cent plus grandes entreprises cotées du monde, sont américaines ;
  • la croissance potentielle (c'est-à-dire celle qu'un pays peut atteindre durablement, en moyenne, sur le cycle économique sans risques inflationnistes) est supérieure à 3,5 % aux Etats-Unis contre environ 2 % en Europe.

Pourquoi ces écarts ?

Je vais m'efforcer de répondre à cette question en évoquant les deux aspects suivants du problème :

  • l'économie américaine — la plus riche du monde — absorbe une part importante de l'épargne internationale et se développe en grande partie grâce aux capitaux en provenance de l'extérieur ;
  • mais le dynamisme et la flexibilité du marché du travail et des biens et services aux Etats-Unis expliquent que ce pays attire les investissements étrangers et réalise une forte croissance.

A.
L'ECONOMIE AMERICAINE ABSORBE UNE PART IMPORTANTE
DE L'EPARGNE MONDIALE :

1. Les déficits de la balance des paiements courants américains ont atteint une ampleur record :

C'est un phénomène ancien qui présente un caractère structurel. La balance des paiements courants des Etats-Unis a enregistré constamment un solde déficitaire sur la longue période (déficit moyen annuel de 330 milliards de dollars au cours des dix dernières années —1995-2004 —, avec une progression accentuée depuis 2000).

Or, on sait que le déficit courant -qui atteint aujourd'hui 630 milliards de dollars, soit 5 % du PIB américain- est la manifestation d'une insuffisance d'épargne face aux dépenses d'investissements.


2. Les taux d'épargne sont particulièrement faibles aux Etats-Unis :

Le soutien de l'économie américaine dépend, en grande partie, de la croissance de la consommation. La bonne tenue récente de la consommation aux Etats-Unis — malgré la baisse des marchés boursiers, le terrorisme et la guerre — a été le facteur le plus important qui explique que le monde n'ait pas connu depuis trois ans une récession globale et profonde.

De fait, les consommateurs américains ont accru leurs dépenses, sans discontinuer, trimestre après trimestre, de la fin de 1991 à la fin de 2003. Pendant cette période de douze ans, les dépenses de consommation se sont accrues de 55 % (déduction faite de l'inflation), alors que les chiffres correspondants sont de 23 % pour l'Eurozone et de 16 % pour le Japon. Il en résulte que le taux d'épargne des ménages américains est tombé au niveau inquiétant de 1,5 % du revenu disponible, soit très en dessous des chiffres européens et même inférieur à la moyenne américaine de 6 % sur le long terme.

La politique de bas taux d'intérêts poursuivie par la Fed depuis quelques années a évidemment contribué de façon décisive à ces phénomènes.

Lorsque, face à ces faibles taux d'épargne des agents économiques, s'ajoute une forte "désépargne" publique — sous forme de déficits budgétaires qui atteignent aujourd'hui plus de 3,5 % du PIB — on constate le phénomène des "déficits jumeaux" qui a souvent caractérisé l'économie des Etats-Unis.


3. Le "privilège" du dollar a, évidemment, facilité ce recours aux financements extérieurs :

On sait que, malgré l'abandon de la convertibilité du dollar en or en 1971 et le flottement des monnaies qui s'est généralisé à partir de 1973, la devise des Etats-Unis est restée la plus importante monnaie du monde. C'est en dollars qu'est investi l'essentiel des réserves des Banques Centrales (plus de 65 % contre 15 % pour l'euro), et c'est le dollar qui est la principale monnaie de facturation des échanges mondiaux. Il en résulte une plus grande liberté, pour les autorités américaines, dans la conduite de leur politique économique. Le fait d'emprunter en sa propre monnaie -qui est aussi la principale monnaie du système financier international- constitue une facilité. Cette facilité n'est pas illimitée (des déficits excessifs peuvent entraîner une trop forte baisse du dollar sur le marché des changes, ce qui peut avoir, à son tour, des répercussions négatives sur l'inflation, la crédibilité de la monnaie américaine et favoriser la hausse des taux d'intérêt), mais elle est un avantage non négligeable. On peut observer que le caractère massif des achats de dollars par les Banques Centrales asiatiques (qui couvrent, pour la première fois, la totalité du déficit courant américain, lequel était financé, en règle générale, par des investissements étrangers privés) ajoute, depuis deux ans, un élément de fragilité au système.


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Telle est la singularité — et elle pose problème — de l'économie américaine. Loin de constituer une source de financement pour le reste du monde -ce qui serait souhaitable- , l'économie la plus riche de la planète absorbe plus de 8 % de l'épargne mondiale.

Je ne pense pas que, à supposer que cela soit souhaitable, cette caractéristique de l'économie américaine soit répliquable par l'Europe — dont le taux d'épargne est satisfaisant et la balance des paiements globalement équilibrée —.



B.
MAIS LE DYNAMISME ET LA FLEXIBILITE DE L'ECONOMIE AMERICAINE EXPLIQUENT QUE CELLE-CI ATTIRE LES INVESTISSEMENTS ETRANGERS ET CONNAISSE UNE FORTE CROISSANCE :

Si la croissance potentielle des Etats-Unis (plus de 3,5 %) a cru plus vite que celle de l'Europe et est près de deux fois supérieure à celle de l'Union des 15, c'est qu'il existe outre Atlantique des facteurs puissants de développement avec lesquels notre continent est loin de pouvoir rivaliser.

Trois éléments me paraissent, à cet égard, déterminants pour expliquer l'"avance" américaine et pour comprendre le "retard européen".


1. La croissance démographique positive aux Etats-Unis fait contraste avec le déclin de la population européenne :

Depuis 1965, les Etats-Unis ont mené une politique d'immigration systématique alors que l'Europe a eu une approche plus restrictive. "Entretenue par l'importante immigration latino américaine, avec une moyenne de deux enfants par femme, la fécondité est restée très proche du seuil de renouvellement des générations depuis plus de vingt ans, alors qu'elle est descendue à 1,5 enfant par femme environ dans l'Union Européenne".(2)

Les perspectives de population aux Etats-Unis reposent sur le maintien de deux tendances :
- une fécondité légèrement supérieure à deux enfants par femme,
- une immigration annuelle de plus d'un million de personnes.

Il en résulterait qu'en 2025, la population croîtrait de plus de 20 % pour se situer à 335 millions de personnes environ.

La situation démographique de l'Europe des 15 est, malheureusement, très différente. La fécondité croîtrait -espère-t-on- de 1,5 à 1,7 enfants par femme. L'immigration resterait modérée (600.000 entrées par an). Il en résulterait, entre 2000 et 2025, une croissance de 4,5 % de la population qui atteindrait un chiffre de l'ordre de 395 millions. Mais ces prévisions d'Eurostat sont considérées comme optimistes (si la fécondité restait inférieure à 1,5 enfant par femme, la population se réduirait d'environ 10 % pour atteindre moins de 350 millions d'habitants en 2025).

Mais, plus grave encore, le vieillissement de la population européenne l'emportera sur les tendances projetées pour les Etats-Unis.

Ainsi, en Europe, les 65 ans et plus atteindraient 22 % de la population en 2025 (contre 16 % en 2000) alors que ce chiffre ne serait que de 17 % aux Etats-Unis.
Quant à la population en âge de travailler, elle augmenterait de 16 % aux Etats-Unis sur la période considérée alors qu'elle baisserait de 1 % en Europe.

L'indicateur-clé (pour la croissance future d'une économie) est celui du "ratio de dépendance moyen" (c'est-à-dire la proportion des 60 ans et plus par rapport aux personnes de 15 à 59 ans en âge de travailler). Or, l'évolution de ce indicateur se révèle préoccupante.

De 1960 à 2000, ce ratio est passé en Europe de 26 à 35. Pendant la même période, le ratio des Etats-Unis demeurait pratiquement constant autour de 25. Selon les statistiques des Nations-Unies, le ratio européen de dépendance pourrait atteindre 47 en 2020 (et 70 en 2050) .(3)

Ces considérations joueront un rôle décisif dans la croissance comparée des deux continents.


2. Les gains de productivité comparés sont nettement à l'avantage des Etats-Unis :

Les Etats-Unis ont connu, dans la période 1995-2002, des gains annuels de productivité du travail de plus de 2 % calculés par employé. Ces gains sont environ deux fois plus élevés que ceux des grands pays européens (1,2 % en France, 0,8 % en Allemagne, 1,3 % au Royaume-Uni, en moyenne annuelle pendant la même période). Les puissants investissements dans le domaine de l'informatique et la communication aux Etats-Unis sont, en grande partie, à l'origine de cette forte croissance de la productivité du travail.

On répond parfois que les gains de productivité américains (non plus calculés par tête mais par heure) sont beaucoup moins spectaculaires quand on les compare aux chiffres européens. C'est tout à fait exact (sur la période 1995-2002, les gains annuels de la productivité horaire aux Etats-Unis ont été de 2,2 %, de 1,9 % en France, de 2,1 % en Allemagne, de 2,6 % au Royaume-Uni). Mais ce qui importe, pour mesurer le dynamisme d'une économie, c'est moins la productivité horaire du travail que le taux d'emploi et le nombre des heures effectivement travaillées.

Or, de ce point de vue, la comparaison est malheureusement accablante pour l'Europe. Les employés (français et allemands) travaillent 17 % de moins que leurs homologues américains, les anglais 16 % de moins…. (4)

Ceci comporte une incidence claire sur la croissance et le chômage. Alors que, depuis 1990, le chômage structurel oscille entre 8 à 9 % de la population active en Europe, il tend, aux Etats-Unis, vers 5 %. Quant à la croissance, elle a été, en moyenne, plus élevée aux Etats-Unis qu'en Europe depuis les trois dernières décennies ( voir le tableau en annexe III).

On observe, en effet, que la croissance en Europe a été non seulement plus faible qu'aux Etats-Unis depuis 1970, mais qu'elle n'a cessé de s'éroder. On constate aussi que l'inflation a été moins élevée aux Etats-Unis qu'en Europe depuis les années soixante. On voit ainsi que l'Europe n'a guère bénéficié de sa plus forte inflation pour réaliser une croissance économique plus soutenue qu'aux Etats-Unis.


3. La flexibilité des réglementations américaines explique pour beaucoup ces meilleures performances :

Dès lors que les revenus réels s'améliorent, les individus ont le choix entre augmenter leur temps libre ou privilégier la croissance de leurs moyens financiers en continuant à travailler. Aux Etats-Unis, ce choix est libre. En Europe, le niveau relativement bas de la durée du travail est moins un choix individuel que le résultat de réglementations.

Si l'on ajoute à cette observation, l'incidence des départs à la retraite anticipée pour lutter contre le chômage, le résultat est que le taux d'activité des hommes de 55 à 64 ans est beaucoup plus élevé aux Etats-Unis qu'en Europe : 67 % aux Etats-Unis, contre 49 % en Europe avec de fortes différences entre pays (62 % au Royaume-Uni, 48 % au Allemagne et seulement 39 % en France).

Le résultat est aussi que la fréquence du chômage de longue durée (12 mois et plus) est significativement plus élevée en Europe (entre 40 et 50 %) qu'aux Etats-Unis (8 %).

Le résultat est aussi que les dépenses publiques de soutien à l'emploi (en pourcentage du PIB) sont beaucoup plus faibles aux Etats-Unis (0,7 %) qu'en Europe (3,4 % en Allemagne, 2,8 % en France, 2,5 % en Espagne….).


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II.

QUELLES SONT LES MESURES OU LES ORIENTATIONS QUI PERMETTRAIENT A L'EUROPE DE SE RAPPROCHER DES PERFORMANCES AMERICAINES SANS SACRIFIER L'ESSENTIEL DE SON MODELE SOCIAL ?

Le Sommet de Lisbonne a, en 2000, établi comme objectif pour l'Europe en 2010 de devenir "l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde".

Force est de reconnaître que les mesures prises à cette fin depuis quatre ans sont notoirement insuffisantes et qu'entre-temps l'écart entre l'Europe et les Etats-Unis s'est creusé à l'avantage de ces derniers. L'Europe, qui n'avait pas bénéficié à plein de la période de forte croissance de la fin des années 90 a, en revanche, été en tête de la récession. Aujourd'hui, face aux 4 % de croissance du PIB aux Etats-Unis, l'Europe peine à cheminer sur une pente de 1,5 à 2 %.

Si l'on cherche à s'inspirer des leçons de l'exemple américain en s'efforçant de n'en retenir que les meilleures et celles qui sont applicables en Europe, on peut, très schématiquement, résumer le sujet en trois rubriques :

- travailler davantage ;
- réduire le poids des prélèvements obligatoires ;
- encourager l'éducation et la recherche.

J'évoquerai brièvement chacun de ces points.



A.
TRAVAILLER DAVANTAGE :


L'analyse que j'ai présentée précédemment l'a souligné : on travaille près de 20 % de moins en Europe qu'aux Etats-Unis. Là est, à mon sens, une des sources essentielles du retard de notre continent.


1. Les causes de l'insuffisance de l'emploi en Europe tiennent, avant tout, à la politique poursuivie :

Ces causes sont multiples et je ne puis les traiter aujourd'hui en détail. Mais, il y a une explication générale qui rend compte de l'ensemble. Comme l'a écrit Jean-Philippe Cotis : "La faiblesse du taux d'emploi observé en Europe s'explique dans une large mesure par des politiques visant à décourager l'offre de travail".(5) Ces politiques sont fondées sur le concept que l'offre d'emploi étant limitée, il convient de la répartir entre le plus grand nombre par des mesures réglementaires.

Ces politiques cherchent ainsi à redistribuer le travail au profit des plus jeunes, en multipliant les départs en préretraite des 50 à 55 ans. Elles visent, aussi, (notamment en France) à abréger la durée légale du travail afin de répartir les emplois sur un plus grand nombre de demandeurs. D'où la retraite à 60 ans, d'où les 35 heures hebdomadaires… Ces politiques, essentiellement "malthusiennes", — et dont le fondement économique est de plus en plus largement contesté par les économistes — ont lourdement échoué. Comme l'écrit Jean-Philippe Cotis : "elles ont contribué à déprimer l'emploi total et donc l'assiette financière des régimes sociaux sans réduire le chômage qui reste très élevé dans les grands pays de l'Europe continentale"(6). Il faut ajouter à ces politiques l'effet de désincitation au travail résultant des taux marginaux élevés des impôts sur le revenu.

La recherche économique la plus récente montre que la "protection" de l'emploi tend à réduire l'emploi et à allonger le chômage, ce qui décourage les travailleurs et réduit en conséquence le taux de participation(7). Ainsi, l'indice de protection de l'emploi publié par l'OCDE (sur une échelle de 0 à 6) est inversement corrélé au taux d'emploi. Aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, l'indicateur se situe au-dessous de 1.5, et c'est pourtant dans ces pays que le taux d'emploi est le plus élevé (plus de 65 %). Dans les quatre plus grands pays de l'Eurozone, l'indicateur est au-dessus de 2.5 alors que le taux d'emploi oscille entre 48 % (Espagne) et 65 % (Allemagne).

Si l'on ajoute que le faible écart entre l'indemnisation du chômage et du "non travail" sous toutes ses formes, d'une part, et le salaire minimum, d'autre part, constitue une désincitation à retrouver un emploi, on a une idée de l'ampleur des erreurs qui ont été commises, souvent avec d'excellentes intentions, au cours des dernières décennies.


2. Il convient d'assouplir le marché du travail et de réduire le poids des réglementations :

Il convient donc de revoir ces politiques en profondeur(8), de "préférer l'emploi à l'assistance" comme le suggère le rapport Camdessus, et de permettre aux agents économiques de travailler davantage si tel est leur désir. On pourrait ainsi s'inspirer de l'expérience des pays scandinaves qui, eux, savent, par exemple, employer les plus de 55 ans. Le mot d'ordre devrait être : "instituer une plus grande flexibilité des marchés du travail et faire en sorte que les réglementations sociales et les prélèvements soient orientés vers l'incitation au travail et non vers la protection des situations acquises". A quoi il faut ajouter que le chômage — important — des jeunes les moins qualifiés ne pourra être résorbé que par une diminution, pour les entreprises, du coût du travail et des prélèvements obligatoires.

Ce que je viens d'analyser n'est pas, en soi, une mauvaise nouvelle. Inciter les entreprises à embaucher (en continuant à réduire le coût du travail peu qualifié), tenir compte de la productivité et des conditions locales dans la formation des salaires, améliorer l'éducation, développer la formation continue, encourager les plus âgés à travailler davantage…, constituerait, en fait, une source considérable de "rattrapage" par rapport aux Etats-Unis et un facteur-clé pour la hausse de la croissance potentielle de notre continent à démographie déclinante.


B.
REDUIRE LE POIDS DES PRELEVEMENTS OBLIGATOIRES 

:
1. L'Europe a laissé se dégrader ses comptes publics depuis trois décennies :


La dérive budgétaire de l'Europe, depuis trente ans, pourrait faire l'objet d'une conférence spéciale. J'ai analysé ce phénomène — qui n'est pas propre à la France — dans une étude récente et je ne reviendrai pas, faute de temps, sur le détail de cette évolution.

Qu'il me soit seulement permis de rappeler quelques données essentielles :

  • L'ensemble des pays de la zone euro atteignent en moyenne, par rapport à leur PIB, un taux de dépenses publiques de 49 % (55,4 % pour la France), contre 30 à 35 % pour les Etats-Unis ;

  • Les prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales) pour la zone se situent autour de 45 % du PIB (50 % en France) ;

  • Comme l'expansion des dépenses publiques n'a pas été entièrement financée par les prélèvements obligatoires, les Etats ont, depuis le début des années 1980, accumulé des déficits chroniques (moyenne annuelle des soldes budgétaires : - 3,5 % du PIB en France, - 2,5 % en Allemagne) ;

  • Ces déficits chroniques ont été financés par l'emprunt. Mais, comme — et c'est heureux —l'inflation ne constitue plus le recours, trop souvent utilisé dans le passé par les gouvernements pour spolier l'épargnant, la dette publique a eu tendance à gonfler en valeur réelle. On considère qu'au-delà de 40 à 50 % du PIB, le poids de la dette publique d'un pays entraîne des conséquences négatives sur la stabilité financière et la croissance. Qu'il suffise de rappeler que la dette publique de la France -évaluée à 20 % du PIB en 1980- s'élève aujourd'hui à 65 %, de même qu'en Allemagne (50 % aux Etats-Unis).


2. Les conséquences de cette dégradation sont lourdes pour la croissance économique.

Au-delà d'un certain niveau de fiscalité et de parafiscalité, l'expérience montre que l'investissement tend à se réduire, que les contribuables les plus aisés cherchent à se délocaliser et que les arbitrages en matière d'implantations d'usines ou de services visent à privilégier des sites moins imposés. La concurrence, dans le monde globalisé qui est le nôtre, ne concerne pas seulement le commerce des biens et des services : elle s'exerce également en matière d'attractivité des investissements.

La surcharge dont souffrent les finances publiques de nombre de pays européens a atteint ses limites. Il est grand temps que le débat quitte le terrain de la recherche illusoire d'une plus grande "flexibilité" du Pacte de Stabilité et de Croissance pour se replacer sur celui de la question fondamentale : "Comment réduire les prélèvements obligatoires à un niveau qui permette à l'économie de respirer et aux investissements de repartir ?"

Sait-on, par exemple, que le service de la dette publique, en France, absorbe -malgré des taux d'intérêts peu élevés- près de 3 % du PIB (1,7 % aux Etats-Unis) et constitue les trois quarts de notre déficit budgétaire ? Une économie qui peine à croître au rythme de 2 à 2,5 % par an ne saurait prospérer dans un tel carcan.

La réponse à ces questions réside dans l'aptitude de l'Etat à se réformer, à augmenter sa productivité, à éliminer les dépenses inutiles, à réorienter ses efforts vers les pôles de recherche et d'innovation, de telle sorte que les dépenses publiques atteignent un niveau et une qualité compatibles avec le retour à une croissance plus satisfaisante et plus en ligne avec celle des pays à fort dynamisme économique. Le cercle à engager est, du reste, vertueux : plus l'économie se redressera, plus le rythme de croissance s'élèvera, plus la charge de la dette et des prélèvements sera soutenable.



C.
ENCOURAGER L'INNOVATION ET LA RECHERCHE :

On a vu qu'une des forces de l'économie des Etats-Unis réside dans la recherche et l'innovation. C'est-là une des clés de leurs gains de productivité. J'évoquerai, à la lumière de l'expérience américaine, les deux questions de l'enseignement supérieur et de la recherche.


1. L'enseignement supérieur européen pourrait s'inspirer de — ou du moins réfléchir à — certains points forts du système américain :

Les travaux de l'OCDE montrent que les ressources (en % du PIB) allouées à l'enseignement supérieur (lequel joue un rôle central dans la recherche aux Etats-Unis), sont en moyenne deux fois plus faibles en Europe qu'en Amérique du Nord. C'est un constat d'une gravité extrême.

Sans avoir la prétention de formuler des recommandations sur ce sujet que nombre de mes confrères connaissent bien mieux que moi, je ferai quelques simples remarques tirées de l'observation du système d'enseignement supérieur aux Etats-Unis.

La réussite de ce système résulte notamment :

  • de l'indépendance et du statut privé des plus grandes universités (statut qui s'accompagne du paiement des frais d'études(9) par les étudiants mais aussi de l'attribution de bourses(10) aux meilleurs candidats dont les familles ne disposent pas des ressources nécessaires) ;

  • de l'ouverture de ces universités au monde économique ;

  • de l'importance des financements privés(11) dont elles bénéficient (notamment de fondations, d'entreprises ainsi que de leurs anciens étudiants dont la fidélité et l'attachement à "l'alma mater" sont fortement ancrés dans la culture américaine) ;

  • de la vive concurrence qui règne aussi bien entre les universités qu'au sein du corps enseignant (chaque université s'efforçant d'attirer les universitaires et les chercheurs les plus reconnus au moyen de salaires élevés, de laboratoires, d'équipes de recherche….) ;

  • du recrutement systématique des meilleurs étudiants, notamment en provenance des pays émergents ;

  • d'une culture de l'excellence fondée sur l'évaluation impartiale des résultats.

Les Européens — qui ont des universitaires remarquables — peuvent-ils, sans nécessairement remettre en cause les bases de leur système, s'inspirer de certaines des caractéristiques américaines, notamment dans les disciplines scientifiques ?(12)

Le fait qu'un projet tendant à instituer une plus grande autonomie des universités en France n'ait pu être présenté, en raison de la sensibilité du sujet, ne constitue pas un signe favorable à cet égard.


2. La recherche et le développement doivent être revitalisés en Europe :

La dépense allouée par l'Europe à la recherche et au développement n'atteint que 2 % du PIB contre 3 % aux Etats-Unis(13). Or, on sait que la recherche est au cœur du processus de développement et de croissance.

Mais, il ne s'agit pas seulement d'augmenter les fonds publics alloués à la recherche en les répartissant sur des structures inchangées.

Il convient surtout de promouvoir entre universités, centres de recherche (le plus souvent universitaires aux Etats-Unis), pouvoirs publics et entreprises, de véritables réseaux interactifs.

Comme l'écrit Christian Blanc(14) : "L'initiative privée aux Etats-Unis est à la source de tous les succès majeurs. L'Etat intervient comme client des entreprises dans le cadre de ses activités régaliennes, mais pas comme intervenant direct dans la création ou la gestion d'entreprise… La dynamique d'ensemble du "cluster" (réseau) est celle d'un cercle vertueux où excellence académique et dynamisme économique se renforcent mutuellement. La transversalité est une notion absolument capitale au cœur du modèle : recherche, enseignement, entreprise sont étroitement mêlés, au point que les mêmes personnes peuvent être, à des moments successifs de leur carrière, chercheurs, entrepreneurs, consultants et investisseurs".

Il faut ajouter que la politique américaine active d'immigration s'accompagne d'une forte présence aux Etats-Unis de chercheurs étrangers notamment asiatiques. Comme l'a écrit Jérôme Fourel(15) : "Après la mondialisation de la production dans la période 1970-1999, la décade 2000-2010 s'annonce comme la mondialisation du savoir…. Les gagnants seront certainement les nouvelles élites américaines et asiatiques engagées depuis vingt ans dans des logiques très fécondes de co-développement".(16)

A l'Europe de s'inspirer de ce modèle, de redéfinir l'action de l'Etat en matière de recherche, de développer le champ du mécénat privé, de favoriser fiscalement la création de fondations académiques, de faire jouer la concurrence entre les équipes en acceptant de remettre en cause les situations acquises, de mieux assurer le lien entre recherche, université (17) et entreprise, de revoir le statut des "enseignants-chercheurs" financés sur fonds publics dont les rémunérations correspondent aux tâches d'enseignement, mais les incitations à la recherche restent très insuffisantes….

Une récente proposition(18) tendant à créer une quinzaine de "Groupements universitaires européens" de très haut niveau dans le domaine des sciences mériterait sérieuse considération. L'idée serait de soutenir par des financements publics et privés la formation de "fédérations de trois à cinq établissements regroupant des universités/grandes écoles et des centres de recherche". Ces pôles d'excellence auraient pour ambition de remédier à l'insuffisante attractivité des universités du continent européen à l'échelle mondiale.

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Au total, on peut résumer la situation en observant :

  • Que les Etats-Unis sont une grande et forte économie qui reste la "locomotive" du monde.

  • Que ses fondements démographiques sont plus sains que ceux de notre continent.

  • Que la flexibilité des marchés incite les Américains à entreprendre et à travailler et non à réclamer des "redistributions"' budgétaires systématiques.

  • Que la recherche et l'innovation sont la clé de la croissance américaine.

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L'Europe, on l'a vu, peut s'inspirer des éléments les plus performants de ce modèle, notamment en matière de flexibilité des marchés, de réduction des charges publiques, de recherche et d'innovation.

Mais le modèle est loin d'être parfait. On a vu que la croissance américaine est relativement fragile dans la mesure où elle repose sur un certain nombre de déséquilibres -budgétaires et de balance des paiements- dont l'accumulation pose des problèmes importants pour la stabilité financière mondiale.

On peut ajouter, sur un plan plus général, que l'inégalité des revenus est plus forte aux Etats-Unis qu'en Europe(19), et que les soins de santé auxquels ont accès les couches les plus défavorisées de la population américaine sont d'une qualité considérablement moindre que ceux qui sont disponibles en Europe. De fait, il semble que la philosophie sociale des deux continents soit assez différente. Aux Etats-Unis, on a tendance à mettre l'accent moins sur les inégalités des revenus(20) (et sur la nécessité de les corriger par une redistribution fiscale(voir tableau en Annexe IV) ) que sur l'égalité des chances. En Europe, on estime qu'il convient de protéger les faibles, tout au cours de la vie, contre les aléas de l'existence et de l'environnement économique au prix de systèmes de Sécurité Sociale de qualité et d'une politique délibérée de transferts publics(21).

La question est de savoir si le modèle de l'"égalité des chances" est réellement mis en oeuvre aux Etats-Unis. Des analyses de plus en plus convergentes et nombreuses montrent que certains segments (notamment ethniques) de la population ont de moins en moins accès à un enseignement et à des soins de qualité par rapport aux segments "intermédiaires" ou "supérieurs". Il est à souligner, par exemple, que le taux de mortalité infantile aux Etats-Unis (6,6/1000 en 2002) est nettement supérieur à celui de l'Europe. La question est aussi, pour nous, de savoir si le modèle social européen- qui s'est remarquablement développé pendant les "Trente Glorieuses"- est soutenable sans un certain nombres de reformes, dans les nouvelles conditions caractérisées par les effets d'une démographie déclinante, de la faible croissance et d'une concurrence internationale de plus en plus vigoureuse.


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Le moment est venu, pour les Etats-Unis, comme pour l'Europe, de réfléchir à leurs modèles, de s'inspirer de ce qui est le meilleur chez l'autre. Le moment est venu pour l'Europe, tout particulièrement, de chercher moins à rigidifier les "avantages acquis" qu'à engager ou parachever les réformes de structure indispensables (discipline budgétaire, maîtrise des dépenses de santé, réforme des retraites, politique de flexibilité des marchés, soutien de la formation professionnelle et de la recherche…) qui permettront d'adapter son "paradigme" préféré afin de lui donner une chance de survivre. Certaines mesures ont déjà été prises qui vont dans la bonne direction. Mais, l'essentiel reste à faire.

Ce ne sont pas quelques recettes-miracle qui pourront nous faire "rattraper" notre retard. C'est un état d'esprit, une capacité à expliquer et à engager des réformes en profondeur, en galvanisant les énergies de tous autour de ce vaste projet.

J'ai la conviction que ces réformes sont possibles. Le Royaume-Uni, au début des années 80, le Canada, l'Irlande, les Etats scandinaves, parmi d'autres, ont réussi à changer leur attitude face aux problèmes économiques et à mettre un terme à leur déclin ; je ne vois aucune raison pour que les autres pays européens, et la France en particulier, ne puissent faire de même.

Pour atteindre cet objectif, il faudra vision, lucidité, pédagogie, courage, et persévérance.

Comme le disait Sénèque : "Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que nous n'osons pas ; c'est parce que nous n'osons pas qu'elles sont difficiles".

 



Annexe III

Production et inflation aux Etats-Unis et en Europe

USA 1961-1970 1970-1980 1980-1990 1992-2000

Croissance du PIB, moyenne annuelle (en termes réels)
4,2 % 3,3 % 3,2 % 3,6 %
Inflation
moyenne annuelle
2,8 % 7,4 % 4,7 % 2,1 %
EUROPE DES 15        
Croissance du PIB, moyenne annuelle (en termes réels)
4,8 %
3 % 2,4 % 2,1 %
Inflation
moyenne annuelle
3,9 % 10,8 % 6,7 % 2,4 %

 

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Annexe IV

Ratios d'inégalités de revenus
Les 5 % de revenus les plus imposés / les 20 % de revenus les moins imposés

  1985 1995
  Avant taxes Net après taxes Avant taxes Net après taxes
EUROPE DES 15 3,49 1,51 4,14 1,66
USA 5,12 2,42 4,97 2,43


On voit par ce tableau que l'inégalité des revenus est plus grande aux Etats-Unis (et le phénomène s'est aggravé depuis les dernières années) qu'en Europe, et que l'impact de la correction de ces inégalités par l'impôt est plus faible aux Etats-Unis qu'en Europe.

Source : Rapport Sapir (déjà cité)

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Notes

(1) 450 millions pour l'Europe des "25". (retour)

(2) Claude Vimont: "Compétitivité et vieillissement", Institut Montaigne, Septembre 2003. (retour)

(3) Voir le Rapport d'un groupe indépendant à haut niveau présidé par M. André Sapir, établi en juillet 2003 pour la Commission Européenne. (retour)

(4) Voir "La Productivité du Travail : une Perspective Internationale", Conjoncture -BNP Paribas, Juin 2003, par Raymond Van den Putten et Eric Vergnaud. (retour)

(5) Jean-Philippe Cotis : "Comment réveiller la croissance eu Europe ? L'Europe a des réserves de croissance", Revue Sociétal n° 43 (retour)

(6) Jean-Philippe Cotis : ibidem. (retour)

(7) Voir Philippe d'Arvisenet : "Euroland : potential growth, labor market and structural reform", ICBE Conference, Chicago, 9 juillet 2004 (retour)

(8)Le Sommet de Lisbonne a fixé comme objectif en 2010 un taux d'emploi de 70 % (contre 63 % en 2000), ce qui impliquait une progression de l'emploi de 1 % par an en moyenne. Quatre ans après, en 2004, le taux d'emploi est seulement de 64 %. Si l'objectif de Lisbonne était maintenu, cela supposerait un taux de rattrapage de 1.5 % par an d'ici 2010… (retour)

(9) Les frais d'études à Harvard s'élèvent, au total, à 38 000 $ par an et par étudiant (logement et nourriture compris), Graham Bowley, Financial Times du 16 octobre 2004. (retour)

(10) 40 % des étudiants à Harvard bénéficient de bourses et de prêts (ibidem). (retour)

(11) L'université de Harvard a recueilli plus de 500 millions de $ l'an dernier. Le fonds de l'université, accumulé depuis 1925, s'élève aujourd'hui à environ 20 milliards de $. Le budget de fonctionnement de l'université est de 2,5 milliards de $. (ibidem) (retour)

(12) La désignation de quelques "pôles d'excellence" (Grenoble pour l'électronique, Toulouse pour l'aéronautique, Saclay pour le nucléaire) devrait permettre, en France, une certaine concentration de moyens et une meilleure synergie entre l'enseignement et la recherche. (retour)

(13) Voir Jean-Philippe Cotis : voir supra. (retour)
.
(14) Christian Blanc : "Pour un écosystème de la croissance", Rapport au Premier Ministre, 30 mars 2004 (retour)

(15) Jérôme Fourel (Annales des Mines :"Réalités Industrielles", Décembre 2003). Dès 1990, plus du tiers des ingénieurs/chercheurs de la Silicon Valley étaient des immigrants. (retour)

(16) Depuis l'instauration de contrôles de plus en plus stricts aux frontières des Etats-Unis -dans le cadre de la lutte contre le terrorisme- on constate une baisse des inscriptions d'étudiants étrangers dans les universités américaines (- 2,4 % en 2003-2004 par rapport à l'année antérieure). Dans le même temps, les universités du Royaume-Uni, d'Australie et de Nouvelle Zélande attirent un nombre croissant d'étudiants étrangers. (voir Christopher Grimes, Financial Times, 10 novembre 2004). (retour)

(17) Alors que les grandes universités américaines financent une part importante de la recherche aux Etats-Unis, les ressources -principalement publiques- des universités européennes ne permettent à celles-ci de financer qu'un effort modeste en la matière. (retour)

(18) "Cinq ans après Lisbonne, comment rendre l'Europe plus compétitive ?", par François Scheer, Amelie Castéra, et Jean-Pierre Tran Thiet, Institut Montaigne, Novembre 2004. (retour)

(19) Le pourcentage de la population considérée comme "pauvre" (dont le revenu disponible est de moins de 50 % du revenu disponible median) était, en 1999, de 17 % aux Etats-Unis et de 9 % en Europe.
Voir : "Is it Possible to Preserve the European Social Model ", par Guillermo de la Dehesa, G30-Occasional Paper 69, Washington DC, 2004. (retour)

(20) 1% des Américains seraient propriétaires de 40 % du total des actifs détenus par les ménages. (retour)

(21) Le total des dépenses sociales de caractère public (santé et retraite) représente actuellement environ 17 % du PIB de l'Europe des 15 contre 10,3 % aux Etats-Unis. En 2050, -en l'absence de réformes en profondeur- la dépense publique sociale s'élèverait à 24 % du PIB européen contre 14 % aux Etats-Unis. On voit l'importance du défi qui se pose au "modèle social européen".
Voir aussi, pour cette analyse : Guillermo de la Dehesa, cité plus haut. (retour)