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Mme Martine de Boisdeffre
LES ARCHIVES NATIONALES
séance du
lundi 21 mars 2005
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Mesdames et Messieurs les Membres de lInstitut,
Mesdames et Messieurs,
Cest un grand mais redoutable honneur que dêtre
conviée à mexprimer devant une telle assistance,
sur un sujet pour moi très rebattu, connu de la plupart
dentre vous et sur lequel je crains de ne pas vraiment
vous apporter déclairages bien nouveaux.
La fortune souriant aux audacieux, je vais pourtant my
essayer, en abordant successivement trois points qui jouent
de la polysémie dans notre langue du mot archives.
Ce mot désigne en effet aussi bien les documents darchives
que les bâtiments destinés à les conserver
et les administrations dont la vocation est de les collecter.
Je traiterai donc dabord des archives nationales, documents
constitutifs de la mémoire de la Nation, ensuite des
archives nationales bâtiments qui mettent
la mémoire en ses lieux. Enfin des archives nationales,
élément du réseau des Archives de France
et en France.
Mais pour commencer, quelques dates afin de rappeler lapparition
et le contenu originel de lappellation archives nationales,
puis son évolution.
Dès le 29 juillet 1789, lAssemblée réunie
à Versailles crée son propre service darchives
qui est transféré aux Tuileries le 10 avril.
Le 12 septembre 1790 sont créées les Archives
nationales. Le décret du 2 novembre 1793 place tous
les dépôts existants sous une autorité
unique, celle de lArchiviste de la République.
La loi du 25 juin 1794 (ou du 7 Messidor an II) fondamentale
pour les Archives, car elle fut la première loi et
demeura la seule jusquau 3 janvier 1979, prescrit un
contrôle centralisé des triages et de la conservation
des documents : larticle Ier dispose que les
archives établies auprès de la Représentation
nationale sont un dépôt central pour toute la
République . Larticle III précise
que tous les dépôts publics de titres
ressortissent aux archives nationales comme à leur
centre commun . Base de lorganisation des
archives nationales, la loi fonde aussi léquivocité
du mot archives en sa triple signification.
Le 26 octobre 1796 (brumaire an V) est décidé
le rassemblement dans les chefs-lieux des départements
des archives locales dAncien Régime qui allaient
devenir les Archives départementales. En 1808 Napoléon
installe les Archives impériales à Soubise.
Elles nen bougeront plus.
Ce bref résumé est déjà fort éloquent.
Les Archives nationales naissent de la Révolution,
et ne peuvent prétendre prendre la suite dun
service darchives royal ; celui-ci na jamais
existé en effet en tant que tel.
Les Archives nationales sont dabord en 1789 celles de
lAssemblée, ce qui ne manque pas de piquant lorsquon
sait quaujourdhui le Parlement verse assez peu
aux Archives nationales.
Mais le décret du 12 septembre 1790 précise :
Les Archives nationales sont le dépôt
de tous les actes qui établissent la constitution du
royaume, son droit public, ses lois, sa distribution en départements .
Comme le note Lucie Favier dans son remarquable ouvrage La
mémoire de lÉtat, Histoire des Archives
nationales , cest une institution centrale
de la France qui apparaît, dont la vocation est de conserver
les titres de lÉtat nouveau. Lintérêt
des archives pour la Révolution nest pas historique,
la notion de monuments historiques présente dans le
projet initial à linstigation de Camus na
dailleurs pas été retenue. Il tient à
leur valeur juridique, probatoire. Il sagit de fonder
les droits de la République naissante.
Et cest bien la théorie que propose Armand-Gaston
Camus, le premier archiviste, lorsque durant lan VI,
dans son Mémoire sur les dépôts
de chartes, titres et registres, documents et autres papiers
qui existaient dans le département de la Seine, et
sur leur état au 1er janvier 1789, sur les révolutions
quils ont éprouvées et sur leur état
au 1er nivôse de lan VI , tout
en soulignant lextraordinaire diversité et dispersion
des fonds, il développe lidée selon laquelle
les pièces anciennes, ayant perdu leur valeur juridique
et ne gardant quun intérêt historique,
iraient dans les bibliothèques ; les archives,
instruments pour lexercice du pouvoir, iraient ailleurs,
dans un ou plutôt plusieurs dépôts spécialisés.
Une telle conception retrouve à vrai dire celle qui
inspire les lettres de Philippe le Bel qui commettent, en
1309, Pierre dEtampes, alors greffier principal de la
Chambre des Comptes, à la garde des archives :
Quil voie, examine, mette en ordre et range
dans les armoires les lettres, chartes et privilèges,
afin de les conserver le mieux possible pour quils soient
le plus sûrement et le plus facilement utilisables lorsquil
sera nécessaire. Et quil fasse tout ce quil
faut pour les conserver sûrement et les retrouver rapidement.
Elle inspire encore Daunou en 1812 ou Félix Ravaisson
Mollien, membre de lAcadémie des sciences morales
et politiques et rapporteur de la commission instituée
en 1861 afin détudier les transferts de collections
souhaitables entre les Archives et les Bibliothèques.
Ce nest quau cours du XIXe siècle, sous
linfluence conjuguée, à lintérieur,
dun Michelet, puis de Laborde, à lextérieur
dhistoriens et de politiques, y compris des souverains
désireux dancrer leur règne et leur régime
dans la continuité de lHistoire de la France,
quémergea lidée des Archives comme
Mémoire de la Nation offerte aux citoyens. Les Grands
dépôts sont ainsi construits pour être
ouverts au public. Le marquis de Laborde crée le Musée
des Archives nationales, destiné lui aussi bien sûr
à être visité (1867).
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* *
LES ARCHIVES NATIONALES. MÉMOIRE DE LA NATION
Elles nen sont pas toute la Mémoire, mais elles
en représentent une part essentielle.
Les Archives nationales sont en effet constitutives de
la mémoire collective et nationale dans trois de ses
dimensions au moins.
Dans sa continuité dabord, dans la durée,
du VIIe siècle à nos jours, au delà de
nos si fréquents et multiples changements de régime.
Dans sa plénitude ensuite, sinon son exhaustivité.
Les Archives nationales gardent une trace de tous les moments
importants de lhistoire de notre pays.
Elles conservent aussi des documents relatifs aux éléments
constitutifs de lidentité de la Nation :
- à sa langue : naissance de la langue romane
à travers le Serment de Strasbourg, racontée
par Nitard dans son histoire des fils de Louis le Pieux,
fin IXe siècle ; ordonnance de Villers- Coteret
(août 1539) ;
- à sa géographie, dans ses subdivisions (rappelons-nous
le texte de 1790) ;
à travers ses routes (lAtlas routier de Trudaine
- 1747 à 1776, 2090 plans de routes, 14 000
kms de routes) ;
- à ses instruments de mesure (mètre et kilogramme
en platine) ;
- à sa monnaie (poinçons pour la fabrication
des assignats).
Dans la diversité de ses acteurs enfin : archives
des rois aux présidents (Valéry Giscard d
Estaing en 1981
) ; archives des premiers rôles
les grands ordres, les grands hommes , mais aussi
des seconds, avec les cahiers de doléance, les actes
commerciaux passés devant notaire, archives aussi des
groupements, associations ou entreprises.
Cest bien à ce titre, pour cette raison, que
le Ministre a décidé récemment que seraient
réunis aux Archives nationales les documents et objets
trouvés dans la statue dHenri IV au moment
de sa restauration.
Les Archives nationales sont également, les derniers
exemples cités le montrent, un élément
constitutif de notre histoire personnelle et familiale, de
notre mémoire individuelle.
Cela se comprend aisément bien sûr pour les grandes
familles dont les fonds sont rassemblés au sein des
Archives privés du Centre historique des Archives nationales.
De même que pour les papiers dhommes politiques,
de scientifiques, de militaires, dartistes.
Mais cela vaut aussi pour tout un chacun à travers
les dossiers de carrière, les décrets de naturalisation,
les décorations.
Traces de notre histoire passée, Les archives nationales
sont sources de lhistoire, en train de se faire, une
des premières et une des plus riches.
Archives et histoire de la Nation sont inséparables.
Les archives sont issues de notre histoire. LHistoire,
science, se fonde sur des sources, les appelle et les exige.
Elle les trouve très souvent dans les archives. Celles-ci
sont donc sans doute indispensables à lhistorien,
mais il ne suffit pas de les lire pour détenir la vérité
sur un événement ou un personnage. Lhistorien
doit leur appliquer sa méthode danalyse critique,
de recoupement, de confrontation pour accomplir au mieux sa
tâche et aider à létablissement
de ce que Paul Ricoeur appelle la juste mémoire .
Cette mémoire, enfin nest pas une mémoire
figée. Elle est au contraire, pleinement, une mémoire
vivante.
Vivante car toujours en cours de constitution, à travers
la collecte (4 kms/l/an en moyenne au Centre des Archives
Contemporaines), à travers donc des flux constants,
des flux si importants quil faut trier et sélectionner,
ce que contestent certains, mais qui est indispensable au
risque dêtre submergé par les archives
et finalement de perdre toute capacité de les conserver
et de les exploiter.
Mémoire vivante dont les supports changent, faisant
évoluer conséquemment, le rôle et le moment
dintervention de larchiviste : des papyrus,
parchemins et autres tablettes de cire, jusquaux papiers
de différentes qualités et aujourdhui
aux archives électroniques, les techniques de conservation
changent et donc le savoir de larchiviste qui doit désormais
intervenir très en amont de la mise en place des procédures
qui aboutiront à la production de documents dématérialisés.
Cest pourquoi larchivage électronique est
pour nous un enjeu essentiel. Cest une des principales
orientations que jai voulu donner à laction
de ma direction, dans un cadre interministériel (Adèle)
comme international.
Mémoire vivante aussi bien sûr parce que classée,
et donc communicable et communiquée, par les archivistes
et les services darchives selon les modalités
les plus diverses : classement et mise au point dinstruments
de recherche, publications, numérisation de documents,
mise en ligne dinventaires ou détat des
fonds, constructions de portails
Le temps ne me paraît cependant pas venu dune
mémoire totalement virtuelle : en toute
hypothèse les stocks existent et les flux pour le moment
restent de papiers pour lessentiel. Lespace donc
demeure pour Les Archives et les Archivistes une préoccupation
première.
*
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ARCHIVES NATIONALES.
LA MÉMOIRE EN SES LIEUX, LES LIEUX DE LA MÉMOIRE.
Lhistoire des Archives nationales est en effet aussi
celle de leur localisation, de leurs bâtiments.
Cette histoire apparaît comme une quête incessante
despace supplémentaire, dans laquelle les réponses
apportées à ce besoin reflètent à
la fois lintérêt porté aux Archives,
la conception que lon a delles, et plus largement
lidée que lon se fait des institutions
de notre pays.
Cette histoire se déroule chronologiquement en des
lieux différents.
Elle commence à Paris. Ou plutôt
à Versailles en 1789 et le transfert aux Tuileries
en 1790 reflète le souci de suivre le principal et
unique producteur dalors : lAssemblée.
Elle va, au début du XIXe siècle, de la dispersion
des dépôts à la centralisation des Archives
impériales à lHôtel de Soubise.
La centralisation est fixée pour les archives déjà
constituées par le décret du 15 mars 1805 qui
précise que toutes les archives existantes
à Paris sous quelque dénomination que ce soit
et disséminées dans plusieurs édifices,
dans les ministères et à la Bibliothèque
impériale seront réunies dans le même
local sous une même autorité . Le
décret organise aussi le versement obligatoire des
documents de plus de 50 ans. Le choix du local, lHôtel
de Soubise, est fait en 1808 et annoncé en 1809. Le
lieu nest pas des plus fonctionnels, mais il est superbe
et prestigieux.
Il semble toutefois insuffisant lorsque à partir de
1810, Daunou et ses collaborateurs sont chargés de
réunir à Paris les archives historiques, en
fait très contemporaines, des différents pays
de lEmpire, en vue de réaliser le rêve
de lEmpereur. Créer un palais destiné
aux Archives de lEmpire dans un quartier en projet,
le Quartier Napoléon, qui sétendra entre
les ponts de la Concorde et dIéna, sur lancienne
île aux Cygnes. La défaite tuera ce rêve
et dès le retour des Bourbons, les archives de pays
étrangers repartent vers ceux-ci.
Les Archives nationales quant à elles, sétendant
peu à peu, élargissent lemprise de Soubise
au quadrilatère, tout au long du XIXe et du XXe siècles.
Louis-Philippe construit le bâtiment qui porte son nom,
uvre de Dubois et Lelong dont la première tranche
est achevée en 1848 !
Napoléon III édifie les Grands Dépôts.
Parallèlement les hôtels mitoyens sont acquis :
Assy et Breteuil.
Au XXe siècle, les récupérations ou acquisitions
se poursuivent : lHôtel de Rohan récupéré
de haute lutte en 1927, lHôtel de Fontenay acquis
en 1946, lHôtel de Jaucourt en 1962.
De même que sont menés deux chantiers considérables :
- la construction de nouveaux dépôts par Charles
Braibant, ouverts en 1959 ;
- la création par Jean Favier et Lucie Favier dun
bâtiment reposant sur une conception moderne de la
communication, le Caran. Inauguré en 1988, il a connu
depuis, en dépit de son apport incontestable, désordres
et déboires, le dernier en date, lié à
la découverte damiante nétant
pas le moindre.
Trois observations méritent dêtre faites
à cet égard. Dune part, les périodes
de construction et dagrandissement ne sont pas le fruit
du hasard : elles correspondent à des moments
où le pouvoir politique conscient de limportance
des archives, à partir desquelles il cherche à
consolider sa légitimité, décide de les
mettre en valeur et de les ouvrir aux citoyens. Elles coïncident
aussi avec la présence de gardes ou de directeurs généraux
des Archives qui népargnent ni effort, ni pédagogie,
en vue de persuader les autorités publiques de la nécessité
dun nouveau bâtiment. La conjonction des deux
est indispensable pour que le processus aboutisse. Dautre
part, ces extensions ne sont pas une fuite en avant mais plutôt
un rattrapage permanent, car durant toute la période,
alors même que se précisent et saméliorent
les procédures de sélection, les flux ne cessent
de croître suscitant un intérêt grandissant
du public et des flots de lecteurs.
Enfin, lon se rend assez vite compte après la
guerre, et pour des raisons très simplement spatiales,
que lexpansion au cur du Marais est désormais
terminée.
Les Archives nationales commencent alors à se
déployer ailleurs, sur le territoire métropolitain.
La sortie de Paris se fait en plusieurs phases dont chacune
traduit une nouvelle étape de la politique archivistique,
sefforce de répondre à de nouveaux besoins.
Le centre des archives contemporaines est ainsi conçu
en 1967 comme un lieu de préarchivage. La première
unité est inaugurée en 1977. Si cette conception
ne résiste guère à lépreuve
des faits, le Centre savère très vite
comme la ressource indispensable et première en matière
de collecte et de conservation dabord, de communication
ensuite, des archives publiques contemporaines : le Centre
des archives contemporaines accueille et constitue pour les
historiens de demain la mémoire daujourdhui.
Parallèlement, la fin de lEmpire colonial conduit
à partir des années 1950 et jusquen 1962,
à organiser laccueil des archives revenant à
la France. Après des hébergements divers et
peu satisfaisants, louverture en 1966 de ce qui était
alors lannexe des Archives nationales à Aix en
Provence, apportait une réponse au problème
posé par la décolonisation. Cette réponse
fut parachevée lorsquen 1986 lensemble
des fonds dOutre-Mer présents aux Archives nationales
furent transférés à Aix. Cela nalla
pas sans mal. Le bâtiment fut ensuite agrandi.
Se posait aussi la question de la conservation des microfilms
originaux dans un site différent de celui ou ils étaient
utilisés. Lon décida en 1968 la construction
à Espeyran, dans le Gard, du dépôt central
de microfilms qui entra en service en 1973.
La dernière phase ne remonte quà une dizaine
dannées. Lon commençait alors à
sintéresser au patrimoine industriel sous toutes
ses formes, y compris archivistique. Lidée naquit
détablir sur lensemble du territoire cinq
centres destinés à accueillir les fonds du monde
du travail. Un seul vit le jour. Il ouvrit ses portes, à
Roubaix, en 1993 dans un lieu ô combien adapté
et emblématique : lancienne usine textile,
Motte-Bossut, véritable cathédrale industrielle
élevée par une dynastie du textile.
Nouveaux besoins donc, nés de lévolution
de nos institutions, inscrits dans lesprit des politiques
générales alors menées déconcentration
et aménagement du territoire , reflets enfin
de lextension des champs et des centres dintérêt
à la fois des acteurs de la culture et des historiens.La
réponse apportée au fil des années présente
des avantages certains : les Archives nationales, disposant
dune meilleure couverture territoriale, peuvent à
la fois toucher des publics différents et développer
des partenariats locaux, universitaires en particulier, sans
perdre leur vocation nationale. Les Archives nationales ont
pu aussi très fortement augmenter leur capacité
de conservation. Il nen reste pas moins quil en
résulte une dispersion géographique qui rend
plus difficile la coordination entre les différents
centres et la mise en place dune action concertée
et cohérente. Il nen reste pas moins que ce réseau,
nest pas loin de la saturation. Doù la
nécessité vitale dun nouveau centre.
Le nouveau centre des Archives nationales
Le Président de la République en a annoncé
le principe et les caractéristiques il y a un an.
Dune capacité de 320 km/l, il est destiné
à collecter, conserver et communiquer les archives
des administrations centrales de lÉtat depuis
1790 et pour les trente ans à venir. Il vient sajouter
aux centres parisien et bellifontain qui demeurent.
La localisation à Pierrefitte-sur-Seine, à proximité
immédiate de lUniversité de Saint-Denis
et à la sortie du métro Saint-Denis-Université
facilitera la venue du public. Elle est également symbolique
à plusieurs titres. Cette implantation à quelques
encablures de la basilique de Saint-Denis renoue avec les
très riches heures du Nord de Paris. Mais elle inscrit
aussi les Archives, trop souvent confondues avec le passé
et réduites à lui, dans un espace en plein mouvement
au sein dune population jeune, plurielle, à limage
de la France daujourdhui. Une telle situation
doit nous encourager à conquérir ou séduire
de nouveaux publics.
Depuis le 9 mars 2004, beaucoup a été fait :
une concertation est menée avec les collectivités
territoriales, avec les agents et leurs représentants,
avec un comité scientifique dont certains d'entre vous
font partie. Cinq équipes darchitectes ont été
choisies qui travaillent à la première esquisse.
Une équipe de projet se met en place, dirigée
par Isabelle Neuschwander, conservateur général
du patrimoine. Des groupes de travail ont réfléchi
à différents aspects de la mission du nouveau
centre. Le financement budgétaire pluriannel est défini.
Beaucoup reste à faire cependant. Larchitecte
lauréat sera choisi fin avril. Des questions importantes
devront être résolues : elles concernent
lorganisation du nouveau centre, larticulation
des centres franciliens, le statut juridique, lunité
des Archives nationales alors quapparaît un site
de plus, le système dinformation, sans parler
de la préparation des collections et de leurs transferts.
Vaste programme, difficile mission, mais chance extraordinaire
que davoir aujourdhui un tel projet à conduire.
Le nouveau centre devrait ouvrir fin 2009.
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LES ARCHIVES NATIONALES,
ÉLÉMENT DU RÉSEAU ARCHIVES DE ET EN FRANCE
Il ne faut jamais oublier en effet que les Archives nationales
sont un des maillons essentiel sans doute, mais un des éléments
seulement, du réseau que constituent les Archives en
France.
Pour certains, réseau est synonyme de dispersion et
éclatement et cela, en particulier depuis quen
1983 en droit et en 1986 en fait, les services publics départementaux
darchives ont été décentralisés.
Cela nest pourtant pas mon opinion. Bien sûr la
diversité des intervenants rend plus nécessaire
et plus difficile à la fois la coordination et la cohérence
de la politique archivistique menée sur le territoire.
Mais en même temps les liens qui unissent ce réseau,
très spécifique à la France, sont suffisamment
forts pour que cet ensemble soit surtout un atout pour les
Archives en France.
Comment sorganise ce réseau ?
Au niveau national, trois structures doivent être
signalées.
Dabord la Direction des Archives de France, direction
dadministration centrale, rattachée depuis 1959
au Ministère de la Culture.
Aux termes de larrêté en date du 25 mars
2002 qui la réorganisée, la Direction
des Archives de France conçoit, anime, oriente, évalue
et contrôle laction de lÉtat en matière
darchives publiques à des fins administratives,
civiques, scientifiques, et culturelles. Elle veille à
la sauvegarde des archives privées présentant
du point de vue de lhistoire un intérêt
public. Cette action est menée à travers quatre
départements :
- le département du réseau institutionnel
et professionnel anime le réseau, dans ses aspects
humains et financiers ;
- le département de la politique archivistique et
de la coordination interministérielle définit
les règles de gestion, dévaluation,
de sélection et de collecte des archives publiques,
coordonne la politique de communicabilité de ces
dernières et la politique de collecte des archives
privées ;
- le département de linnovation technologique
et de la normalisation est compétent pour toutes
les questions techniques bâtiments, archives
électroniques, instruments de recherche
;
- le département des publics définit et coordonne,
en liaison avec les centres darchives nationales la
politique envers les publics, à travers la diffusion
scientifique, laction éducative et culturelle.
Linspection générale des archives, placée
auprès du directeur, exerce une mission de contrôle
et dévaluation et suit les questions internationales.
Enfin, la Direction comprend la délégation aux
célébrations nationales qui est chargée
du suivi et de la coordination des actions entreprises dans
le cadre des célébrations nationales.
Ensuite viennent les Archives nationales, qui conservent
les archives des services centraux de lÉtat en
cinq sites différents :
- Paris, où se trouvent les fonds allant jusquà
1958, et les archives des présidents de la Ve République ;
- Fontainebleau qui accueille les archives ministérielles
depuis 1958 ;
- Aix-en-Provence qui rassemble donc les archives des anciennes
colonies ainsi que celles de ladministration centrale
des colonies ;
- Roubaix consacré aux archives privées, dentreprises,
de syndicats, de grandes associations ;
- Espeyran qui conserve les microfilms originaux.
A la tête de chacun des centres, il y a un directeur,
mais les centres ne sont pas dotés dun statut
juridique propre, même sils disposent dans les
faits dune relative autonomie de gestion financière.
La réflexion sur cette situation est à lordre
du jour.
Enfin les services autonomes, cest-à-dire, ceux
du Ministère des Affaires étrangères
et du Ministère de la Défense qui, depuis lAncien
Régime, disposent dune complète autonomie
pour lorganisation et la gestion de leurs archives.
Le Ministère des Finances lui ne bénéficie
que dune autonomie de conservation (centre de Savigny
le Temple).
Au niveau local
Les archives départementales sont des services décentralisés
depuis 1986. Financés par les conseils généraux,
ils sont dirigés par un conservateur du patrimoine,
fonctionnaire dÉtat mis à la disposition
de la collectivité. Ils accueillent pour les deux tiers
en moyenne des archives de lÉtat (services déconcentrés),
conformément à lobligation qui leur en
est faite par larticle L 1421-5 du code général
des collectivités territoriales. Ces services sont
soumis au contrôle scientifique et technique de lÉtat.
De même que les service darchives municipales,
qui sont au nombre de 400 environ en France et ne bénéficient
pas quant à eux de mise à disposition de fonctionnaires
dÉtat puisquils ne traitent que des archives
de la commune. Il est à noter quune commune peut
choisir de déposer des archives au service départemental.
Elle y est obligée si elle compte moins de 2000 habitants.
Il faut enfin signaler, quil existe des services régionaux
darchives et que commencent à se mettre en place
des services darchives auprès de certaines intercommunalités.
Mais il ny a, dans ces dernières hypothèses,
ni maillage systématique, ni évidemment mise
à disposition de fonctionnaires dÉtat.
Ces services, comme les services communaux, et comme en réalité
tous les services darchives publics sont soumis au contrôle
scientifique et technique de lÉtat exercé
dans ce cas par le directeur des archives départementales
au titre de ses missions dÉtat.
Il en va de même pour les services darchives des
organismes publics, établissements publics
Ce réseau se maintient grâce à trois
facteurs.
Premier facteur : les femmes et les hommes qui le
composent et laniment. Leur compétence reconnue
de tous, qui pour les directeurs darchives départementales
les aide à saffirmer dans des contextes parfois
peu aisés, leur qualité, leur mobilité
en font le ciment de cet ensemble. Je voudrais leur rendre
ici un hommage appuyé. Je voudrais aussi insister,
au-delà du personnel dÉtat, sur leffort
considérable accompli par beaucoup de collectivités
en vue daugmenter le personnel spécialisé.
Nous poursuivons le même objectif encore plus généralement
pour tout service darchives constitué. La professionalisation
de ceux-ci, la formation initiale et continue de leurs responsables
et de leurs agents sont un gage defficacité,
une garantie de sauvegarde, dans de bonnes conditions, des
archives. Car conserver des archives et les communiquer appelle
des conditions techniques précises, obéit à
des règles scientifiques et juridiques données.
Il est difficile de faire de larchivistique, comme M.
Jourdain faisait de la prose.
Deuxième facteur : le contrôle scientifique
et technique de lÉtat mis en uvre sur le
plan national par lInspection générale
des Archives de France, sur le plan local par les personnels
dÉtat en poste. Ce contrôle vise à
vérifier si les règles évoquées
ci-dessus sont respectées et ce faisant aide à
lunité de laction. Ce système a
inspiré celui qui est en train de se mettre en place,
dans le cadre de la décentralisation de linventaire.
Troisième facteur qui concerne plutôt les
collectivités territoriales : le partenariat avec lÉtat
à travers laide à la construction de bâtiments,
laide à la mise en uvre de politiques dacquisition
darchives privées, de numérisation darchives
présentant pour nos concitoyens un intérêt
particulier état-civil de plus de 100 ans, cadastre
Ce réseau, aussi cohérent soit-il encore, ne
peut vivre refermé sur lui-même.
Il est étroitement dépendant en amont de ceux
qui lalimentent et en aval de ceux qui lutilisent,
les deux fonctions pouvant être cumulées.
En amont, le réseau doit vivre en bonne intelligence
avec les producteurs darchives.
Et, en tout premier lieu, les producteurs darchives
publiques dont la définition est donnée par
larticle 3 de la loi du 3 janvier 1979. Car la collecte
et la conservation de ces archives constituent notre vocation
première, le cur de notre métier.
La bonne intelligence suppose dabord la bonne compréhension
de lorganisation institutionnelle de notre pays et la
capacité à sadapter à ses évolutions
: par exemple lapparition de nouvelles missions (partenariat
avec la délégation à la ville), ou bien
la décentralisation (travail en cours avec le ministère
de lÉquipement). La bonne intelligence suppose
ensuite le travail ensemble : la présence de missionnaires
dans les ministères en offre un exemple permanent,
lélaboration de tableaux de gestion, la coopération
avec le Ministère de lIntérieur sur la
dématérialisation du contrôle de légalité
ou avec celui des Finances sur les marchés publics
électroniques en donnent des illustrations plus conjoncturelles.
La bonne intelligence signifie enfin la sensibilisation et
la responsabilisation des administrations, quil sagisse
de la gestion des archives courantes et intermédiaires
(circulaire du 2 novembre 2001) ou plus fondamentalement de
la prise de conscience de limportance des archives comme
outil dune administration efficace et moderne.
En deuxième lieu, nous sommes liés, dans un
esprit et des conditions juridiques bien sûr très
différents, aux, ou du moins, à des producteurs
darchives privées. Il y a en effet de plus en
plus de ces archives dans nos services. Elles arrivent selon
des voies juridiques diverses acquisitions, dons, dations,
dépôts , qui entraînent ou non transfert
de propriété. Elles illustrent le souci des
archivistes, exprimé surtout à partir de Charles
Braibant, de sauvegarder des fonds qui sont parfois des compléments
extraordinaires aux fonds publics.
Le même souci inspire la relance, que jai voulue,
de la politique de classement darchives privées
comme archives historiques.
En aval, notre réseau dépend bien sûr
étroitement, pour sa survie et son maintien, de ses
utilisateurs. Notre réseau se doit donc dêtre
au service des Français, à prendre désormais
dans un sens très large.
Aux historiens et aux étudiants sont venus sajouter
en effet, dune part les généalogistes
ou les simples curieux à la recherche de leur histoire
familiale et spatiale, dautre part des citoyens en quête
de documents faisant preuve ou établissant des droits.
Les archives demeurent donc sources de lHistoire, mais
deviennent de plus en plus des sources du Droit, des lieux
de preuve. Aux Archives nationales, cela concerne surtout
les questions de spoliation des biens juifs (archives du Commissariat
général aux questions juives) et de nationalité
(décrets de nationalisation). Reflet bien sûr
de deux problématiques essentielles de notre actualité.
Si bien que plus de deux cents ans après la Révolution,
on retrouve cette valeur juridique des Archives mais qui désormais
intéresse une majorité de citoyens, et non une
minorité. Nest-ce pas là une autre preuve
de la démocratisation de notre société,
des phénomènes de masse toutes proportions
gardées quelle connaît
?
Je naurais garde enfin doublier de vous
préciser que ce réseau national est en prise
étroite avec la communauté archivistique internationale.
Et cela de trois manières au moins. Le Quadrilatère
de Soubise abrite le secrétariat général
du Conseil international des Archives dont jai lhonneur
de présider la branche européenne depuis 2001.
De façon ancienne et régulière, historiens
et chercheurs fréquentent pour leurs travaux Archives
nationales mais aussi territoriales : Paxton pour son
Histoire de Vichy, Steve Kaplan pour sa somme sur le pain.De
façon plus nouvelle et croissante, sont réalisées
des opérations de coopération bilatérales,
classiques (guides des sources symétriques avec la
Pologne) ou plus innovantes (portail France-Canada, état
civil de lAlgérie). Sont aussi menées
des actions multilatérales (base de données
Eurbica).
*
* *
Ce panorama même rapide, au regard du sujet traité,
suffit à montrer lampleur du champ couvert par
les Archives en France et tout particulièrement par
les Archives nationales. Il laisse aussi deviner limportance
des attentes quelles suscitent. Cela nest point
étonnant puisque sont en cause les documents darchives,
cest-à-dire aux termes de la définition
donnée par larticle 1er de la loi du 3 janvier
1979 lensemble des documents, quels que
soient leur date, leur forme et leur support matériel,
produits ou reçus par toute personne physique ou morale,
et par tout service ou organisme public ou privé, dans
lexercice de leur activité .
Cette ampleur du champ, même si on le réduit
au domaine public, explique, quen dépit de tous
les efforts, des secteurs ne soient pas couverts, des pans
non contrôlés. Quelle folle présomption
serait la nôtre si nous prétendions ou voulions
le contraire ? Cest la vie publique même
quil sagirait darchiver. Il paraît
plutôt préférable dessayer de faire
relayer notre action par des correspondants mieux formés
et informés, de veiller aussi à ce que des initiatives
spontanées prises par les uns ou les autres, en matière
darchives, obéissent aux règles de base
de larchivistique, en particulier le respect de lunité
du fonds. Il faut piloter et animer, encadrer ce qui est fait.
Il est impossible de tout faire.
De telles orientations sont dautant plus nécessaires
que nous vivons dans un contexte demplois publics de
plus en plus difficile.
Dautant plus nécessaires aussi que laccroissement
de lintérêt pour les archives peut avoir
des conséquences perverses : tout le monde veut soccuper,
parfois nimporte comment, darchives. Limportance
sociale et politique des archives peut avoir, en matière
douverture, les effets les plus opposés :
tout ouvrir réclament certains,
qui fustigent des archives interdites ;
bien clore pensent dautres,
pour qui la transparence ne va pas
jusque là. Sexplique peut-être ainsi le
difficile cheminement du projet de loi sur les archives, en
cours depuis plusieurs années déjà, que
jespère voir aboutir cette année.
Les documents darchives ne sont donc pas des objets
inanimés, sans valeur. A ceux qui me parlent vieux
papiers sans importance, je pourrais rétorquer
ce qui se passe actuellement en Roumanie, où louverture
des archives de la Sécuritate est réalisée
et vécue comme une avancée de la démocratie,
avant lentrée programmée dans lUnion
Européenne.
Dans cet événement, comme dans dautres,
je trouve confirmation du bien fondé du but que je
poursuis, dans la lignée de mes prédécesseurs,
avec laide du ministre de la Culture, et que notre réseau
ne pourra atteindre quen renforçant encore les
liens noués avec ceux qui lenrichissent, ceux
qui sy intéressent et ceux qui sen servent.
But ambitieux et simple à la fois : faire des
Archives, grenier de lHistoire et arsenal
de lAdministration , disait Charles Braibant
en soulignant la deuxième dimension, faire des Archives
donc le bien des citoyens, le bien de tous les Français.
Je vous remercie.
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