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M. Henri Pigeat
LE JOURNALISTE ET L'HISTORIEN
séance du lundi 9 mai 2005
Faut-il faire confiance au journaliste ? La question
nest pas tout à fait celle qui guide cette année
les travaux de votre Académie, mais le rapprochement
entre journaliste et historien est assez naturel, indépendamment
du fait que le crédit du journaliste est sans doute
plus contesté encore que celui de lhistorien.
En tentant ici de confronter la démarche journalistique
à la démarche historique, mon propos nest
pas détablir quelque délimitation corporatiste,
mais dutiliser ce parallèle pour apprécier
les méthodes et les finalités du journalisme
et son influence sur notre société. Lintérêt
de cette comparaison est aussi avivé par le moment
que nous vivons. Depuis trente ans, les télécommunications,
les chaînes de télévision bientôt
innombrables, lInternet, le téléphone
portable et quelques autres techniques transforment en profondeur
nos façons de communiquer et relèguent progressivement
lécrit au second rang. Parallèlement aux
nombreuses conséquences sociales, politiques et culturelles
qui en découlent, cest un véritable changement
de nature et denjeux qui sopère dans le
journalisme.
En fait, contrairement à ce quAlbert Camus écrivait
en 1945 dans Combat, le journalisme na jamais été
véritablement « lhistorien de linstant ».
Lévolution technique et économique des
médias ne fait au contraire quaccroître
la divergence entre les deux métiers, mais leur comparaison
souligne un peu plus combien lévolution du journalisme
affecte notre société.
***
Le journaliste na
jamais été véritablement lhistorien
de linstant.
Certaines méthodes rapprochent apparemment les deux
métiers.
Au début des deux démarches est « listoriè ».
Pour Hérodote dHalicarnasse, ce mot ne désignait
rien dautre que lenquête, la relation de
ce quil avait vu ou connu. LAthénien Thucydide
mit la priorité sur la vérité, recherchée
par une systématisation de la vérification.
Il distinguait ainsi définitivement le genre du champ
des aèdes qui racontant la guerre de Troie, nisolaient
guère les faits de la légende. Au XVIIème
siècle, Théophraste Renaudot voulut surtout
aider ses concitoyens à prendre conscience du monde
qui les entourait. Il noubliait pas la nécessité
de vérification, sauf pour les « nouvelles »
que lui fournissaient directement le Roi et le Cardinal, puisque
par définition, ceux-ci ne pouvaient dire que la vérité
A la fin du XIXème siècle, le journaliste devenu
professionnel systématisera le principe cartésien
« De omnibus debitandum ».
Lhistorien et le journaliste partagent enfin la même
forme dexpression. A lopposé dune
simple juxtaposition de nouvelles, leur récit est construit
pour distinguer lessentiel de laccessoire, pour
dégager un sens, pour raconter une histoire. En ce
sens, le journaliste comme lhistorien participent à
une herméneutique, à un effort de traduction
et dexplication. Telle est bien la problématique
de lhistoire que Polybe, grec émigré à
Rome, avait précisée dès le second siècle
avant JC, en soulignant que « lhistoire nétait
vraiment intéressante et instructive que si elle permettait
dobserver lensemble des événements
dans leur indépendance, avec leurs similitudes et leurs
différences » (1).
Au-delà de ces analogies, la recherche historique comme
lacte journalistique ont cependant des finalités
qui font apparaître leurs différences.
Le journaliste et lhistorien se distinguent par leur
nature même.
Lhistorien travaille sur le passé, sur des faits
souvent révolus. Les archives sont sa matière
première, une bibliothèque protégée,
son lieu de travail naturel. A labri des pressions du
public, il peut en principe agir avec distance, sérénité
et neutralité. Le journaliste, à lopposé,
travaille dans le siècle, au milieu du chaos des événements
auxquels il est directement soumis, lorsquil ne contribue
pas à les développer. Au-delà de la pression
des sources, il subit celle du public, comme le montrèrent,
après le 11 septembre 2001, des médias américains
pourtant traditionnellement réputés pour leur
sang froid.
Les deux métiers diffèrent aussi par leurs objectifs.
Les historiens grecs voulaient avant tout sauver de loubli
ce qui est humain et donc mortel. Lhistorien moderne
veut plus généralement chercher les leçons
du passé. Le propos du journaliste, peut-être
inconsciemment disciple de Kant, est seulement daider
son public à se situer dans « lapparence
souvent absurde du cours des affaires humaines ».
La différence la plus décisive tient à
ce que le journalisme nest quun « noble
artisanat » développé depuis deux
siècles en même temps que lécole
pour tous et une certaine forme de démocratie, tandis
que lhistoire, infiniment plus ancienne, sinscrit
dans une démarche scientifique. A limage des
sciences physiques par exemple, elle observe les faits pour
tenter den dégager un sens et den prévoir
la répétition éventuelle.
Sans doute la mémoire sur laquelle travaille lhistorien
est elle par nature aléatoire et sélective,
comme sont plus ou moins subjectives les hypothèses
dinterprétation quil retient. Dans sa décantation
de la vérité, il a cependant lavantage
de nêtre pas subordonné au temps, ni aux
émotions changeantes de lopinion publique.
Lhistoire « du temps présent »
renforce paradoxalement ces différences, loin de lespoir
de synthèse quelle avait parfois pu faire naître.
La tentation décrire lhistoire sans délai
nest pas nouvelle. Thucydide écrivait la guerre
du Péloponèse alors quelle se déroulait.
Michelet soulignait que les hommes ont à tout moment
besoin dun « dipe » qui
leur explique leur propre énigme dont ils nont
pas le sens et qui leur apprenne ce que veulent dire leurs
paroles et leurs actes (2).
Ainsi se sont ouvertes de nouvelles recherches historiques,
hier sur la Seconde Guerre Mondiale, plus récemment
sur la guerre dAlgérie. Lhistorien engagé
dans une telle démarche ne se transforme pas, pour
autant, en journaliste. Aucune heure de « bouclage »
ne limite son enquête.
Dans une telle histoire, les sources orales sont plus nombreuses
et plus riches que les seules archives écrites dautrefois.
Elles sont aussi plus aléatoires car elles sexpriment
dans les passions du moment, avec des « trous »
de mémoire, des craintes, et des tabous. Le phénomène
nest pas nouveau. Dès 1699, Saint-Simon, méchante
langue mais bon chrétien, sinquiétait
des règles applicables pour « dire scrupuleusement
la vérité tout en respectant les préceptes
de charité chrétienne qui défendent de
blesser son prochain ». Il sen ouvrit auprès
dune des plus hautes autorités morales de lépoque,
lAbbé de Rancé, qui sut apparemment trouver
la réponse convenable.
Lobstacle principal rencontré par lhistorien
du temps présent est ainsi moins le caractère
inachevé des événements quil décrit,
que la survivance de leurs acteurs et de leurs témoins.
Le débat organisé en mai 1997 par le journal
Libération autour des époux Aubrac à
propos dun livre sur larrestation de Jean Moulin
en 1943, dégénéra en une querelle publique
qui ne fit que souligner le risque, pour lhistorien,
de se transformer en juge ou en accusateur sur un événement
qui était pourtant vieux de plus dun demi siècle.
Ce contre-exemple ne détruit pas lintérêt
de la méthode historique qui est de dépasser
lactualité, de mettre en perspective lévènement.
Peut-être est-ce justement cette capacité qui
risque désormais de faire le plus défaut au
journaliste.
Lévolution technique et
économique des médias
ne fait quaccroître la divergence entre le journaliste
et lhistorien.
La nature même de linformation est transformée
par les techniques de communication.
La pléthore toujours accrue des nouvelles naméliore
en rien la qualité de linformation et la quantité
change, en fait, le fond. Limmédiateté
répond peut-être à un besoin durgence,
mais réduit ou supprime lanalyse des faits. La
nouvelle, lorsquelle est image, a moins pour effet détablir
la vérité que de donner une visibilité.
Son approximation, son inexactitude éventuelle ne portent
guère à conséquence, puisquune
autre version pourra sy substituer dans le flux continu
des diffusions.
La nouvelle devient élément dun spectacle.
Elle vise dabord à séduire, à choquer
ou à mobiliser. La vision des noyés emportés
par le raz de marée dAsie en décembre
2004 présentait évidemment un intérêt.
La répétition à satiété
de ces images avait tout aussi manifestement moins pour but
dapprofondir une information que dentretenir une
émotion propre à garder le public devant les
écrans.
Dans un très humaine contradiction, la logique de marché,
condition nécessaire à la liberté et
à lindépendance des médias, peut
aussi conduire à laffaiblissement de linformation.
Devenue une marchandise, celle-ci semble désormais
avoir pour objet premier le rassemblement de la plus large
audience susceptible dêtre commercialisée
auprès dannonceurs publicitaires.
Enfin, contrairement à ce que lon pourrait croire,
la multiplication des nouvelles nélargit pas
la liberté de choix dun public peu armé
pour cela. Celui-ci subit en fait, la sélection plus
ou moins apparente imposée par le média, sur
des critères au demeurant plus souvent commerciaux
que sociaux ou politiques.
Le rôle du journaliste change et se diversifie.
Après le colporteur bavard et lécrivain
sensible à lactualité, le journaliste
sest fait spécialiste du fait. Pour dégager
la réalité des apparences, il sest affirmé
progressivement enquêteur, chercheur de vérité,
rédacteur, metteur en forme, et fournisseur de sens.
Aujourdhui, la multiplication des médias diversifie
la profession en genres multiples, même si les principes
de fond restent plus ou moins communs. Le journaliste de télévision,
du moins celui que lon voit sur lécran,
est de plus en plus un simple accompagnateur de spectacle.
Le journaliste de radio ne fait guère quannoncer
des titres avant de donner la parole à quelque témoin.
La presse écrite garde certes une obligation décriture
organisée, mais sous la contagion des médias
audiovisuels et par peur de lasser ses lecteurs, elle est
de plus en plus souvent tentée par des informations
brèves, des schémas sommaires et des photos
spectaculaires.
La nouvelle logique économique des médias impose
de multiplier les « informations de services »,
comme les prévisions météorologiques
ou la circulation routière. Si appréciées
soient-elle, ces rubriques nincitent évidemment
guère à lenquête, ni au sens critique.
Savoir séduire a toujours fait partie de la panoplie
obligatoire du journaliste, mais la logique du spectacle télévisé
en fait désormais un objectif prioritaire. Présentateur
dabord, amuseur si possible, le journaliste voit son
rôle traditionnel sédulcorer. Il sexpose
à la concurrence dautres professionnels souvent
plus qualifiés pour la fantaisie. En 2004, la fâcheuse
affaire de murs utilisée pour mettre en cause
un ancien maire de Toulouse, avait été lancée
non par un journaliste mais par un « animateur »
de télévision, avant dêtre trop
rapidement relayée par beaucoup de médias.
Lutilité même du journaliste se trouvant
mise en doute, certains systèmes dinformation,
sur Internet ou dans des journaux gratuits, en ont tiré
les conséquences en diffusant désormais des
informations par sélection automatique de dépêches
dagences ou dinformations déjà publiées
par dautres médias.
Le service proposé par les médias sadresse
désormais plus au consommateur quau citoyen.
Le succès de la télévision et des écrans
de toutes sortes a fait de limage loutil dominant
de linformation. Un événement existe dautant
plus quil est vu en direct. Peu importe que la caméra
soit souvent moins objective que la plume et que le flux continu
dimages à profusion constitue le contraire dun
processus dorganisation et de compréhension des
faits. Il serait évidemment absurde de contester la
puissance dévocation et de transmission de limage,
mais nous sommes désormais loin de la tradition des
icônes. Limage est aujourdhui utilisée
dabord pour le choc et lémotion quelle
procure. Elle est fréquemment présentée
dans un flot mouvant qui en interdit de fait lanalyse.
Rares sont au demeurant les apprentissages à la « lecture
de limage », à la différence
de ce qui existe depuis des siècles pour lécrit.
Parce que le spectacle des nouvelles en images distrait plus
souvent quil ninforme, les médias, notamment
audiovisuels, semblent engagés dans une nouvelle fonction,
celle doffrir au public un monde de fiction qui se substitue
au réel. Le documentaire télévisé
devient un « docu-drama » dans lequel
les faits réels sont romancés. Les débats
politiques, voire les interventions des plus hauts personnages
de lEtat sont scénarisés dans des décors
de spectacles de variétés. On devient une vedette
de lactualité souvent plus par son image que
par ses actes. Les « reality shows » ainsi nommés
parce tout y est absolument faux, deviennent sujets dinformation,
voire denquêtes, au même titre quune
décision publique ou une grande découverte scientifique.
Linformation, comme le reste des programmes de télévision,
devient ainsi peu à peu un service daccompagnement
pour calmer les enfants agités, distraire ceux qui
rentrent fatigués de leur travail, offrir lillusion
dune présence aux personnes esseulées.
***
La comparaison entre
les deux métiers souligne combien lévolution
du journalisme affecte directement notre société.
Le jugement individuel nest plus nourri de la même
façon par les médias audiovisuels.
En devenant un produit de grande consommation, linformation
ne semble plus avoir pour priorité lincitation
au jugement. La rumeur a retrouvé une place que la
professionnalisation de la presse lui avait fait perdre au
milieu du XIXème siècle, lorsque les journaux
ont commencé à devenir dignes de foi. Face à
la liberté quil offre à tous, lInternet
a en effet limmense faiblesse de noffrir aucune
distinction entre le ragot et linformation.
Les diffusions se multiplient, mais la puissance des grands
réseaux de télévision installe une certaine
uniformité dans les nouvelles comme dans les angles
offerts au public. Les mêmes sujets, les mêmes
images et les mêmes propos se retrouvent dun programme
à lautre, à lexception de chaînes
spécialisées qui sadressent, par définition,
à des publics restreints. En même temps se réduit
lincitation au débat et soublie le respect
du point de vue de lautre.
Les médias soucieux dinformation plus élaborée
sont non seulement de moins en moins nombreux mais dans une
position défensive. Dans un océan de facilité
et dans une culture de passivité, ils appellent un
effort auquel le public nest plus prêt. Dans linformation,
comme dans la monnaie, la mauvaise qualité peut chasser
la bonne.
Sans doute faut-il nuancer lidée généralement
reçue selon laquelle les médias conditionnent
le public. En partie vrai pour le choix des nouvelles et pour
la diffusion des modes, cela lest beaucoup moins sur
la perception de chaque sujet. En perdant confiance dans les
médias et en doutant de leur crédibilité,
lindividu prend en effet facilement une attitude critique
sur ce qui est écrit et montré.
Lopinion publique perd certaines des aides qui lui
permettaient de se structurer.
De Kant à Habermas, on saccorde à reconnaître
un « espace public » virtuel qui rassemble
la communauté des citoyens. Là se forme un «
sens commun » plus ou moins clairement exprimé
en « opinion publique », avant que ne
se dégage une majorité, qui en démocratie,
exerce le pouvoir.
Aussi familière que difficile à définir,
lopinion publique est très antérieure
à la démocratie. « Vox populi, vox
Dei » disait-on à Rome. Complexe par nature,
on sait que cette opinion publique est faite dapproximations
successives sous des influences diverses et des interactions
permanentes de points de vue. Par nature paradoxale, elle
est instable superficiellement, tout en sappuyant sur
des structures de fond souvent très durables.
La presse a contribué depuis plus dun siècle
à la formation de lopinion publique. La liberté
dexpression a été reconnue comme une condition
nécessaire de la démocratie. La méthode
journalistique traditionnelle fondée sur une forme
de rationalité et sur une invitation au jugement a
ainsi été un élément formateur
de la citoyenneté et du débat public. Elle a
permis à côté du livre et de lécole
un filtrage progressif des idées entre les intellectuels
qui les produisent et le peuple qui les fait plus ou moins
siennes.
Le phénomène est plus confus et plus aléatoire
aujourdhui. Léchange nest plus égalitaire
entre un journaliste et un lecteur. Il est profondément
déséquilibré entre un spectateur perdu
dans la masse et des émetteurs dimages puissants
qui proposent moins un échange quils nimposent
un message souvent essentiellement consumériste.
Lopinion publique devient plus ainsi plus volatile et
passionnelle. Elle tend à prendre ses distances avec
les pouvoirs lorsquelle nentre pas en résistance,
avec ou sans loccasion dune consultation électorale.
Faute de trouver sa place dans une démocratie qui est
de moins en moins un dialogue, le citoyen peut alors se réfugier
dans lindividualisme et parfois dans le communautarisme.
La mémoire collective nourrie par une information
en majorité orale devient superficielle et fragile.
Toute communauté, la famille comme la nation, se nourrit
du recueil et de la transmission de la mémoire. Les
Grecs en avaient fait une déesse. Les philosophes lont
tôt identifiée comme un élément
critique de la conscience collective. Socrate, à travers
Platon, sinquiétait de ce que linvention
de lécriture ne risque den affaiblir lexistence
même et ne compromette lacquisition et la transmission
du savoir.
Les médias actuels relancent dune certaine façon
le débat. Ils offrent un plus grand nombre de faits
mais en suppriment, comme on la vu, la hiérarchie
et la profondeur. Les Français, prompts à défendre
leur identité culturelle peut-être menacée
par la mondialisation du commerce laissent paradoxalement
leurs médias et leurs écoles oublier leurs racines.
La télévision na, sauf exception, ni le
temps, ni lenvie dinscrire lactualité
dans la durée. Seule compte limage du jour. Devenue
sans mémoire, la société dite « de
linformation » vit dabord dans linstant,
perpétuellement renouvelé, avec peu de passé
et guère de perspective.
Lindividu peine à trouver ses repères
et encore moins une conscience commune face à une « culture
de masse » qui est désormais moins un échange
libre et conscient didées entre individus que
la conséquence de modes dhabillement ou dhabitudes
alimentaires. Coca-cola et McDonald deviennent « les »
références pour des médias dominés
dabord par la publicité.
***
Le système dinformation que nous connaissons
depuis un siècle approche de sa fin, avant que lon
puisse clairement discerner celui qui lui succèdera.
En déduire la mort de la civilisation serait sans doute
excessif, même si le risque de rupture est réel.
Le désir de connaître et comprendre nest
cependant pas affaibli. Les générations nouvelles
ne sont pas moins informées que celles qui les ont
précédées. Elles le sont différemment
et il reste à en mesurer les conséquences.
Malgré certaines alertes, lévolution en
cours des médias ne signifie sans doute pas davantage
la mort du journalisme. Tel le buisson ardent, dans le désert,
le journalisme demeure nécessaire pour que la monotonie
et la fatigue du chemin ne nous fassent pas oublier, au sens
le plus quotidien du terme, le « pourquoi ? »
qui caractérise notre espèce. Encore faut-il
quil assume réellement sa mission. Sil
veut survivre, le journalisme doit revenir à ses sources.
Sa raison dêtre est de dépasser le divertissement
pour réveiller la curiosité, de décaper
les apparences pour approcher les réalités,
de surmonter la facilité pour faire accéder
à la réflexion. Il na aucune vocation
à devenir une science, mais il appelle une rigueur
professionnelle constante, car sil traite souvent de
la futilité des choses et des êtres, il alimente
aussi les courants profonds de la communauté. Cette
exigence professionnelle est dautant plus nécessaire
que la nouvelle logique technique et économique des
médias ne favorise pas toujours, tant sen faut,
le journalisme de qualité.
Nul doute que pour préserver et conforter de telles
valeurs, la presse écrite reste plus que jamais un
média nécessaire. La puissance des médias
audiovisuels la rend aujourdhui plus vulnérable
, mais cest elle qui peut offrir la référence
la plus sûre en matière dinformation parce
quelle oblige à un minimum de rigueur de pensée.
Peut-être est-ce là un des aspects finalement
les plus précieux quéclaire la comparaison
entre lhistorien et le journaliste.
(1) Polybe, Histoire (préface
de l'auteur), Gallimard Quarto, Paris 2003. (retour
au texte)
(2) Peut-on faire l'histoire du
temps présent, hommage à François Bédarida,
CNRS Editions, Paris, 2003. (retour au texte)
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