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Pr. Georges David
RISQUES ET PRINCIPE
DE PRECAUTION
EN MATIERE MEDICALE
séance du lundi 19 février 2007
Permettez-moi tout dabord, Monsieur le Président,
de vous remercier pour votre invitation à présenter
une communication sur le thème du principe de précaution
dans le domaine médical. Cest un sujet qui a
fait lobjet dune réflexion approfondie
au sein de lAcadémie de médecine. Réflexion
à laquelle vous nous avez fait lhonneur de participer [1]
et qui a été à lorigine dun
rapport en 2000 dont jai eu lavantage dêtre
le coauteur [2].
Le principe de précaution est un concept relativement
récent il na pas plus dune vingtaine
dannées dont on pourrait dire quil
est le produit dune société moderne hantée
par le risque. Tout particulièrement en France. Mais
cette frilosité de notre pays est-elle si récente ?
On pourrait en douter à la lecture dun grand
témoin du 18e siècle, Voltaire. Revenant dun
long séjour quelque peu forcé en Angleterre,
il consacre une de ses lettres philosophiques à une
grande question médicale de lépoque, linoculation
de la petite vérole, cest-à-dire la forme
primitive de la vaccination contre la variole.
« On dit dans lEurope
chrétienne que les Anglais sont des fous et des enragés.
Des fous parce quils donnent à leurs enfants
la petite vérole pour les empêcher de lavoir ;
des enragés parce quils communiquent de gaieté
de cur une maladie certaine et affreuse dans le but
de prévenir un mal incertain. Les Anglais, de leur
côté, disent : les autres Européens
sont des lâches et des dénaturés :
lâches en ce quils craignent de faire un peu
de mal à leurs enfants ; dénaturés
en ce quils les exposent à mourir un jour de
la petite vérole. » [3]
Nous verrons tout à lheure
que ce problème a récemment resurgit dans le
paysage du principe de précaution appliqué à
la santé publique.
Mais une question préalable ne peut manquer dêtre
soulevée : le principe de précaution sapplique-t-il
au domaine médical ? Si lon se réfère
à ses références législatives
on peut en douter puisque ses deux mentions explicites ne
visent que le seul domaine de lenvironnement. Cest
tout dabord la Loi Barnier (art.200-1 du code rural)
qui énonce : « le principe de précaution,
selon lequel labsence de certitudes, compte tenu des
connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit
pas retarder ladoption de mesures effectives et proportionnées
visant à prévenir un risque de dommages graves
et irréversibles à lenvironnement à
un coût économiquement acceptable ».
Dautre part on retrouve le principe dans la Loi constitutionnelle
relative à la Charte de lenvironnement dont larticle
5 précise : « Lorsque la réalisation
dun dommage, bien quincertaine en létat
des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière
grave et irréversible lenvironnement, les autorités
publiques veillent, par application du principe de précaution
et dans leurs domaines dattribution, à la mise
en uvre de procédures dévaluation
des risques et à ladoption de mesures provisoires
et proportionnées afin de parer à la réalisation
du dommage ».
Lextension au domaine de la santé était
certes inévitable du fait que les dommages à
lenvironnement comportent ceux touchant à la
santé humaine. On pouvait toutefois penser que les
risques médicaux directs, cest-à-dire
ceux résultant de la mise en uvre de la médecine
curative ou préventive en seraient exclus. Cétait
sous-estimer la puissance séductrice de ce principe.
Son éminent attrait tient à ce quil renouvelle
totalement la gestion du risque puisquil prescrit de
se protéger non seulement contre la menace connue,
ce qui est le propre de la prévention, mais également
contre la menace possible, voire hypothétique. Le principe
de précaution se présente donc comme une super-prévention.
Comme le dit un de ses prosélytes de la première
heure, le Professeur de droit Gilles Martin : « Très
schématiquement la prévention consiste à
prendre les mesures nécessaires à la non-survenance
dun événement prévisible ou, en
tout cas, probabilisable
La précaution consiste
à aller plus loin, soit en multipliant, au-delà
de ce que la probabilité rend nécessaire les
mesures de protection, soit en adoptant des mesures de protection
à lencontre de risques qui ne sont même
pas probabilisables » [3].
Même avis dun magistrat de la Cour de cassation,
P. Sargos, spécialiste reconnu de la responsabilité
médicale : « Sous cette acception
de norme générale de comportement, aussi bien
dans son aspect classique que prospectif, le principe de précaution
doit sappliquer dans les relations du patient et de
son médecin » [4].
Dès lors quil apparaissait justifié dans
le champ clos de la médecine individuelle, il était
inévitable que les deux autres grands secteurs de la
médecine, celui de la santé publique et celui
de la recherche soient à leur tour concernés.
Nous aurons donc à examiner, parce quils ont
leurs spécificités, le problème du principe
de précaution dans les trois domaines.
1. Le principe de précaution dans
la médecine de soin : une contradiction avec le
code de déontologie
Depuis toujours, le risque sest trouvé
au cur de la médecine de soin. On peut dire que
la médecine est risque. Doublement. Tout dabord
parce quelle est liée indissolublement à
la maladie qui est elle-même constitutive du risque.
Dautre part parce que son intervention comporte elle-même
des risques. Lerreur serait de penser que ses progrès
peuvent atténuer cette double servitude. En effet les
avancées techniques, dont les bénéfices
sont aussi remarquables quindubitables, comportent en
elles-mêmes une augmentation des risques.
La médecine est et restera toujours liée au
risque. Cette constatation soulève une question trop
rarement posée et cependant essentielle : quest-ce
que le risque ? On en trouve deux définitions.
Lune commune, que donne tout dictionnaire, par exemple
le Robert : « danger éventuel plus
ou moins prévisible ». Et celle que
donne le spécialiste, lépidémiologiste :
« le risque dun événement
est la probabilité quil se produise » [5].
Remarquons que pour lépidémiologiste le
terme de risque est indépendant de la caractéristique
de lévénement, heureux ou malheureux.
Pour lui le terme sera aussi bien utilisé pour quantifier
des chances de guérison que des risques de complications.
Le fait important est que le risque, pour être utilisable,
doit sexprimer en termes de pourcentage. Cest
bien cette notion fondamentale qui a marqué la médecine
moderne, la nécessité de probabiliser les risques
de la maladie et ceux, bénéfiques ou adverses,
de la thérapeutique.
Le choix de la thérapeutique repose sur un calcul faisant
intervenir trois ordres de probabilités : celle
des risques de la maladie, celle des effets bénéfiques
escomptés de la thérapeutique, mais aussi celle
des effets indésirables de cette thérapeutique.
Les probabilités sont fournies pour chacun des trois
facteurs par des référentiels résultant,
pour la maladie des données épidémiologiques
et pour la thérapeutique des données des essais
cliniques. On ne peut dans un tel calcul quintroduire
les événements les plus probables : pour
la maladie, ceux connus dans lévolution habituelle,
corrigés éventuellement par des facteurs de
risques propres au cas considéré, et, pour le
traitement, les effets habituels et les risques les plus fréquents.
Il ny a pas dautre solution pour établir
le rapport bénéfices/risques que de faire ce
raisonnement probabiliste et, dans ce raisonnement probabiliste,
pas dautre possibilité que de prendre en compte
les événements les plus courants. Prendre en
compte lévénement exceptionnel, à
plus forte raison le risque non avéré, tel que
lentend le principe de précaution est incompatible
avec cette démarche probabiliste. Ce serait ne pas
tenir compte du code de déontologie qui exige du médecin
« dassurer au patient des soins consciencieux
dévoués et fondés sur les données
acquises de la science » (art. R.4127-32 du
Code de la santé publique).
Ces objections, lorsquelles sont entendues des adeptes
du principe de précaution, les conduisent alors à
le ramener à une « norme générale
de comportement » fondée sur le devoir
de prudence et de diligence. Mais cette notion de prudence
fait déjà lobjet dans le code de déontologie
de tant de références, implicites ou explicites,
comme la si justement fait remarquer un ancien Président
de lOrdre [7], que lon
peut sinterroger sur lutilité dentretenir
une ambigüité avec le principe de précaution
surtout lorsquil est ainsi défini dans ses conséquences
générales : « Ce principe
de précaution nous paraît imposer un devoir que
lon serait tenté dappeler de prévision
de limprévisible, ou plus exactement du peu prévisible »
[4] .
2. Le principe de précaution en santé publique :
des risques de dérive.
Dans ce domaine, où la décision
relève de lautorité de lEtat il
est plus difficile de récuser lapplication du
principe de précaution. Le médecin ne peut intervenir
quau titre de lexpertise dans lévaluation
des risques et des mesures à prendre.
Cette mise en uvre intervient dans deux circonstances
nettement distinctes en fonction du degré de connaissance
de la menace appelant une action de la part de lautorité
publique.
Si la menace est identifiable dans ses trois paramètres,
nature, gravité, et probabilité de survenue,
on est dans le cadre classique de la prévention. La
décision dintervention relève dune
double évaluation ; sous langle sanitaire,
celle du rapport bénéfices/risques et, sous
langle économique, celle du rapport coût/efficience.
Cette double évaluation traduit la reconnaissance,
en matière de prévention, dune double
limite. Dune part dans le degré de protection
visé qui demande à être proportionné
à la gravité du risque. Dautre part dans
le coût de la mesure qui doit être proportionné
au bénéfice sanitaire attendu.
Le principe de précaution répond, au contraire,
à un risque incertain, soit parce quil est impossible
de déterminer la nature de la menace, soit parce quil
est impossible détablir la probabilité
de lévénement. Or la formulation du principe
de précaution énonce habituellement que les
mesures de protection qui découlent de son application
doivent répondre à une double obligation de
proportionnalité et de coût acceptable. Mais
comment satisfaire ces exigences lorsque le risque est hypothétique ?
De cette comparaison entre prévention et précaution
il apparaît que la première obéit à
des contraintes que la seconde est dans limpossibilité
de concrétiser. Dautre part la prévention
se fixe des limites dans la protection, en particulier en
fonction du coût des mesures. Il est au contraire dans
la logique du principe de précaution, dans sa recherche
du plus haut degré possible de protection, dêtre
plus ambitieux. Il se défend, certes, de poursuivre
lobjectif du risque nul, reconnu comme irréaliste,
mais la promesse dune protection maximale contre toute
menace, fût-elle hypothétique, nest pas
loin de le créditer, dans lopinion publique,
dun tel objectif et dun tel pouvoir. Cest
bien ce qui fait son attraction, mais aussi lexpose
à des excès. À commencer par une mise
en concurrence avec la prévention.
Théoriquement cette concurrence na pas lieu dêtre.
Les deux territoires sont bien balisés ; la prévention
répondant à une situation de risques prouvés
et admettant une limite dans létendue de la protection ;
la précaution répondant à une situation
de risques supposés, ce qui la fait forcément
plus généreuse dans létendue de
la protection. La tentation du décideur est de substituer
lattitude de précaution plus laxiste dans ses
limites à la classique prévention qui, elle,
est soumise à des obligations de limite dans la couverture
des risques. On peut parler alors de dérive sécuritaire.
On en citera ici deux exemples concrets.
La première éventualité, refus daccepter
une limite raisonnable à létendue de la
protection, sest produite dans le domaine de la sécurité
virale en transfusion sanguine. En 1998, dans le but de renforcer
encore la sécurité transfusionnelle en matière
de risque viral, obsession résultant du drame du sang
contaminé des années 80, les autorités
sanitaires se sont posé la question de recourir à
une technique encore plus puissante de dépistage des
trois virus transmissibles par voie sanguine (VIH, VHB et
VHC), technique moléculaire dénommée
diagnostic génomique viral. Cette technique présentait
lavantage par rapport aux techniques antérieures
de réduire encore la période dimpossibilité
de détection dans le sang du donneur dun début
dinfection virale. Les experts interrogés se
sont livrés à une évaluation des rapports
bénéfice/risque et coût/efficacité,
sur la base de données en loccurrence parfaitement
précises. Leur conclusion a été défavorable
à lapplication du diagnostic génomique
viral, largument majeur étant celui du coût
jugé prohibitif (305 millions deuros par décès
évité et 49 millions deuros par année
de vie gagnée) par rapport au nombre dinfections
évitables (moins de cinq par an). Malgré cette
conclusion négative les autorités sanitaires
ont pris la décision en octobre 2000 de mettre en application
la nouvelle technique, en invoquant le principe de précaution.
Le recul dont on dispose maintenant permet de juger, grâce
aux données publiées par lunité
dhémovigilance de lAgence française
de sécurité sanitaire des produits de santé,
des effets de cette décision [7].
En fait le nombre de contaminations constatées avant
la mise en uvre du diagnostic génomique viral,
déjà très faible (pas plus de 3 par an
de 1996 à 1999) na que très légèrement
baissé (1 ou 2 par an depuis 2000).
On voit dans cet exemple lopposition entre deux démarches,
celle conforme à la prévention recommandé
par les experts, qui aurait évité un coût
financier disproportionné avec ses bénéfices
sanitaires et celle sappuyant sur le principe de précaution
ayant guidé les décideurs politiques.
Ces derniers ont, à lévidence, été
inspirés par la crainte de ne pas faire preuve, à
légard dune opinion publique profondément
marquée par le drame du sang contaminé, dune
prudence extrême en matière de risque viral.
Mais si lon replace ce risque viral dans le cadre des
risques globaux qui grèvent encore la transfusion,
comme le permettent les données de lhémovigilance,
on mesure encore mieux le caractère déraisonnable
de cette polarisation sur le risque viral. Les contaminations
bactériologiques, beaucoup plus fréquentes que
les contaminations virales (plus de 20 par an) et surtout
les accidents encore plus graves dus à des erreurs
dattribution (de 20 à 25 par an dont une proportion
notable de décès) nont pas fait lobjet
dun même souci et de mêmes mesures de protection.
On constate par cet exemple que le principe de précaution,
en se substituant indûment au processus de prévention,
peut faire sauter les limites légitimes quimplique
une gestion équilibrée et juste des ressources
budgétaires affectées à la santé.
Cet aspect déthique collective nest que
trop rarement considéré, lorsque, sous la pression
médiatique, le principe de précaution vient
cautionner des mesures dun coût disproportionné
avec les résultats attendus.
Le deuxième exemple deffet nocif dune application
du principe de précaution se situe dans le domaine
de la vaccination contre lhépatite B. Lutilité
de cette vaccination dans la protection dune maladie
qui entraîne un pourcentage notable de complications
graves (hépatite fulminante, cirrhose et cancer du
foie) a été parfaitement établie. Or
cette mesure de protection sest trouvée ébranlée
dans les années 1990 par le signalement dun certain
nombre de complications nerveuses aiguës susceptibles
davoir été provoquées par la vaccination.
Bien que cette relation ait paru demblée discutable
à la majorité des experts, le ministère
de la santé sappuyant sur le principe de précaution
a suspendu en 1998 les campagnes scolaires de vaccination
contre lhépatite B. Cette décision politique
a été déplorée par la majorité
des spécialistes français et totalement incomprise
des autres pays, en particulier des États-Unis fermement
engagés en faveur du maintien de la vaccination du
fait du caractère peu probant de la relation avec les
complications nerveuses évoquées. De fait de
nombreux travaux ont permis déliminer cette hypothèse
et les pouvoirs publics se sont prononcés pour une
reprise généralisée de la vaccination,
tout particulièrement chez les nourrissons, âge
auquel aucune complication navait jamais été
signalée. Mais le mal était fait dans lopinion
publique et la chute du taux de vaccination vient encore dêtre
récemment confirmée [8].
En effet, à lâge de 2 ans seulement, 24 %
des enfants sont correctement protégés.
Lanalyse a posteriori des raisons de la décision
politique a bien mis en évidence le rôle décisif
joué par lintroduction dans le raisonnement bénéfice/risque
dun risque non prouvé, celui de complications
nerveuses, qui sest révélé non
fondé. Ainsi a-t-on basculé dune démarche
de prévention dans une démarche de précaution
dont on constate maintenant la gravité des conséquences
puisquelle laisse sans protection à légard
de risques majeurs une large partie de la population.
Ces deux exemples malheureux permettent de souligner une faille
majeure du principe de précaution : labsence
habituelle dévaluation de ses conséquences
dans les cas où il a été mis en application.
Le principe de précaution, un obstacle majeur à
la recherche médicale et au don déléments
humains
Le principe de précaution est, en
matière de recherche, dans une situation bien paradoxale,
paraissant à la fois nécessaire et néfaste.
Nécessaire car on ne peut nier que, même précédé
dune expérimentation animale suffisante et rassurante,
le passage à la phase humaine de toute recherche comporte
bien des incertitudes quant à son innocuité.
Néfaste car, en raison des risques possibles non compensés
par des bénéfices, en particulier lorsque lon
recourt à des volontaires sains, lapplication
du principe de précaution devrait interdire lexpérimentation
humaine.
Le meilleur exemple de cette situation est le médicament.
Après la phase expérimentale animale, les essais
sur lhomme comportent 4 phases dont la première
prévoit la vérification dinnocuité
du produit. Elle doit être pratiquée sur des
volontaires sains. Cest dire que cette phase ne comporte
aucun avantage, et que, malgré toutes les indications
de lexpérimentation animale, on ne peut éliminer
des effets indésirables non prévisibles. Il
est clair que le principe de précaution prescrirait
ici labstention. La phase 2 vise à établir,
sur des patients, une présomption defficacité.
La phase 3 est destinée à obtenir une preuve
defficacité rigoureuse, par des essais thérapeutiques
contrôlés qui comparent deux groupes de patients,
lun recevant le produit à tester, lautre
recevant un produit déjà connus comme efficace,
ou sil nen existe pas encore un placebo. Il est
évident que dans cette phase également le principe
de précaution recommanderait labstention. La
phase 4 vise à reconnaître sur une plus grande
échelle des effets indésirables. Ce qui, indirectement,
constitue la reconnaissance que malgré toutes les mesures
précédentes un accident est toujours possible.
Autrement dit lacceptation délibérée
dun certain niveau de risques est une condition de linnovation
thérapeutique.
On pourrait rapprocher de la situation de la recherche celle
du don de sang et dorganes. Là aussi, il ny
a aucun bénéfice direct pour compenser chez
le donneur léventualité de risques et
lapplication du principe de précaution devrait
entraîner larrêt de ce progrès majeur.
Au total, la mise en application du principe de précaution
ne pourrait conduire quà une régression
des acquis médicaux et à une paralysie de linnovation
thérapeutique.
Le principe de précaution, une réponse dangereuse
à lexigence sécuritaire de la société :
une autre voie lanticipation par la veille sanitaire.
On peut déplorer la sensibilité
particulière de la société française
à légard du risque. Mais force est de
constater que cest elle qui a pesé pour lextension
du principe de précaution du domaine de lenvironnement
à celui de la médecine. Avec les inconvénients
majeurs que lon vient dévoquer qui, en
bonne logique, devrait faire abandonner cette utopie. Encore
faut-il proposer une autre voie.
La perception de lexigence sécuritaire a conduit
il y a une dizaine dannée à une réponse
beaucoup plus raisonnable. Elle repose sur le principe dune
veille sanitaire permanente et conçue pour réagir
avec rapidité à la constatation dun effet
nuisible imprévu. Cela nécessite la mise sur
pied dun dispositif dalerte et dexpertise
extrêmement réactif. La loi 98-535 du 1er juillet
1998 relative au renforcement de la veille sanitaire et du
contrôle de la sécurité sanitaire des
produits destinés à lhomme en a fournit
le cadre.
Cette loi a en effet donné un schéma cohérent
fondé sur la création dune structure spécialement
adaptée, lInstitut national de veille sanitaire
(InVS), complété par trois agences, lAgence
française de sécurité sanitaire des produits
de santé (AFSSAPS), lAgence française
de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) et
lAgence de sécurité sanitaire de lenvironnement
(AFSSE). Ce dispositif coordonne les différentes vigilances
spécialisées, telles que la pharmacovigilance,
l hémovigilance et la biovigilance pour ne citer
que les plus anciennes ou les plus importantes. Par ailleurs
il sappuie sur des échelons régionaux
et se coordonne avec des instances internationales, en particulier
européennes, de même vocation. La preuve de lefficacité
de cet ensemble a été apportée par différentes
mises à lépreuve, en particulier lépidémie
du Sras (Syndrome respiratoire aigu sévère)
en 2003, celle de la grippe aviaire en 2004 et celle du Chikungunya
en 2006.
Cette nouvelle voie, qui a totalement intégré
la nécessité dune réponse rapide
mais fondée sur des faits identifiés et des
pratiques épidémiologiques éprouvées,
devrait permettre de refouler le principe de précaution
dans son domaine initial, celui de lenvironnement qui
lui offre, encore, loccasion dune utilité
quil perd de plus en plus dans le domaine médical.
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
[1] ISRAEL
L.- Judiciarisation du principe de précaution et relation
médecins malades dans le champ des maladies graves
à issue incertaine. Quelques propositions. Bulletin
de lAcadémie nationale de médecine,
2000, 184, 945-950
[2] DAVID G, NICOLAS G , SUREAU
C. La médecine et le principe de précaution.
Bulletin de lAcadémie nationale de médecine,
2000, 184, 1545-1568.
[3] VOLTAIRE - Lettres philosophiques.
Editions Mille et une nuits, 1999, 48.
[4] MARTIN G.J. - Précaution
et évolution du droit. In Le principe de précaution
dans la conduite des affaires humaines, 1997, 331-351.
[5] SARGOS P.- Approche judiciaire
du principe de précaution en matière de relation
médecin /patient. La semaine juridique, 2000,184,843-849.
[6] SCHWARTZ D.- Le risque en
épidémiologie et en santé publique. Revue
du Palais de la découverte, 1998, 258, 47--65.
[7] AFSSAPS Rapport
annuel dHémovigilance, données nationales
2003.
[8] ANTONA D., FONTENEAU L.,
LEVY-BRUHL D., et al.. Couverture vaccinale des enfants et
des adolescents en France : résultats des enquêtes
menées en milieu scolaire, 2001-2004. Bulletin épidémiologique
hebdomadaire, 2007,6, 45-49.
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