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M. Bernard KERDELHUÉ
LA RECHERCHE BIOMÉDICALE
EN FRANCE ET AUX ÉTATS-UNIS
séance du lundi 24 septembre 2007
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Académiciens,
Je voudrais tout dabord remercier très vivement
le président de votre Académie, mon ami le professeur
Lucien Israël, de mavoir invité à
venir vous parler de la recherche biomédicale en France
et aux USA, un pays qui exerce une attraction incontestable
sur les scientifiques Français depuis le début
du 20ème siècle.
Avant de parler de la recherche biomédicale française
il est à lévidence nécessaire de
la replacer dans le cadre général du système
de recherche français.
Je tenterai de décrire, dune manière certainement
non exhaustive, lorganisation de la recherche biomédicale
française, puis celle de lorganisation américaine,
pour évoquer la réorganisation de notre système
de recherche qui découle logiquement dun certain
nombre de comparaisons.
Dans ce contexte, il est au préalable nécessaire
de sinterroger sur la finalité de toute recherche
innovante. La recherche a pour objectif la découverte
et, dans ce domaine, la compétition est impitoyable.
On est le premier ou lon nest pas
.
La recherche scientifique française est actuellement
organisée dune manière très compliquée.
Lorganisation en a été relativement simple
jusquen 1945. A cette époque, la recherche scientifique
était quasiment seulement effectuée au sein
des universités, sous la direction de professeurs qui
nétaient pas dénommés enseignants-chercheurs,
car cela coulait de source, et qui avaient pour mission denseigner
les connaissances du moment et de générer de
nouvelles connaissances. Les activités de recherche
se concentraient à lInstitut Pasteur, au Collège
de France, à lEcole Normale Supérieure,
à lEcole de lhôpital militaire du
Val de Grace, dans des laboratoires de lassociation
Claude Bernard, dans des hôpitaux et à lInstitut
National dHygiène.
Les Etats-Unis dAmérique avaient, à la
fin de la deuxième guerre mondiale, le même type
dorganisation et il est toujours en place aujourdhui.
Dune manière très générale,
ce pays conserve ce qui donne satisfaction
ou élimine
très vite, sans état dâme ni sans
accumulation de structures inutiles, ce qui ne donne pas satisfaction !
En France, à partir de 1945, un très grand nombre
dorganismes de recherche ont été développés,
à commencer par le CNRS, dont la création remonte
en fait à 1936. Il est intéressant de se remémorer
quune commission de médecine expérimentale
y a été introduite dès cette époque,
par le recteur Gustave Roussy, dans le but de combler le retard,
dont on était déjà conscient à
cette époque, de la recherche médicale.
Ce furent ensuite les créations de lINSTITUT
NATIONAL de la RECHERCHE AGRONOMIQUE (INRA) en 1947, puis
de lINSTITUT NATIONAL de la SANTE et de la RECHERCHE
MEDICALE (INSERM) en 1964, issu de la transformation de lInstitut
national dhygiène qui avait été
crée en 1941.
En 1968, est créé LOFFICE de la RECHERCHE
SCIENTIFIQUE DOUTRE-MER (ORSTOM), débaptisé
en 1998 pour devenir lINSTITUT de RECHERCHE pour le
DEVELOPPEMENT. Autant la mission de lORSTOM répondait
à une logique scientifique dans le cadre du territoire
national doutre-mer, autant la finalité de lINSTITUT
de RECHERCHE pour le DEVELOPPEMENT, dont la mission est de
contribuer au développement durable des pays du sud,
a une consonance plus politique que scientifique. Cest
dailleurs pour des raisons plus politiques que scientifiques
que le nom de cet organisme a été changé,
dans le but inavoué de changer le directeur général
de lépoque !
Le système de recherche français sest
ensuite littéralement atomisé, avec plus dune
vingtaine dorganismes de recherche, dépendant
dans la plupart des cas de plusieurs ministères, ce
qui en diminue à lévidence lefficacité.
Le système a été relativement bien tenu,
jusquen 1984, par un organisme interministériel,
créé par le Général De Gaulle
en 1959, la Délégation Générale
à la Recherche Scientifique et Technique (DGRST), rattaché
directement au Premier ministre, et qui avait été
créé pour gérer lensemble du budget
de la recherche publique française. Cet organisme,
doté dune enveloppe financière substantielle,
permettait de faire une véritable politique scientifique
par le jeu de contrats non négligeables. A partir de
1959, La DGRST a lancé des « actions concertées »
destinées à privilégier des champs de
recherche identifiés comme prioritaires après
des expertises scientifiques. Sur les douze premières
actions concertées, cinq ont concerné la biologie
et la médecine : neurophysiologie et psychopharmacodynamie,
nutrition, applications de la génétique, cancers
et leucémie, biologie moléculaire. La DGRST
a été une véritable agence dobjectifs
et de moyens. Elle veillait aussi à ce que les missions
de recherche définies dans les actes fondateurs des
organismes de recherche soient respectées. Le délégué
général de la DGRST avait pratiquement rang
de ministre et exerçait une autorité sur les
directeurs généraux des organismes de recherche.
Lun dentre eux est dailleurs devenu ultérieurement
ministre.
Actuellement, et depuis la disparition de la DGRST, la création
simultanée des Etablissements Publics à Caractère
Scientifique et Technique (EPST) et la fonctionnarisation
des chercheurs en 1984, chaque organisme, chaque chercheur
de chaque organisme, fait pratiquement ce quil veut.
Cela a eu des conséquences redoutables et prévisibles
dans le domaine de la recherche biomédicale.
En France, la recherche biomédicale est essentiellement
effectuée à lINSERM, mais aussi à
lINRA, dans le département de biologie du commissariat
à lénergie atomique (CEA), dans une partie
du département des sciences de la vie du CNRS et dans
les universités à caractère biomédical,
quelles soient ou non associées à lun
ou lautre de ces organismes de recherche. Si lactivité
du CNRS est restée globalement conforme à sa
mission initiale, cest-à dire à celle
deffectuer de la recherche fondamentale, par contre
les activités de lINRA et de lINSERM se
sont souvent écartées des missions initialement
confiées à ces organismes.
LINRA, dans les années 1990, était à
la recherche dune politique scientifique. Il était
dit que lINRA devait effectuer des recherches sur la
qualité de lalimentation, lenvironnement,
le devenir de lagriculture Française (?)
,
non sans ressentir des difficultés à se situer
par rapport au département des sciences de la vie du
CNRS et à lINSERM.
Actuellement, un grand nombre des recherches effectuées
à lINRA, à lINSERM et même
dans le département de biologie du CEA, sont identiques
à celles effectuées dans le département
des Sciences de la Vie du CNRS. On parle de doublons ou de
redondance
Elle serait de lordre de 30 %.
Au fil des années, on a assisté à une
sorte de démédicalisation de lINSERM avec
une dérive vers des recherches en biologie fondamentale
peu susceptibles de générer des retombées
cliniques à moyen terme. Il est encore fait peu mention
des situations pathologiques dans les thématiques des
actuelles commissions scientifiques spécialisées
et dans les commissions transversales ou démergence.
Les intitulés des commissions scientifiques spécialisées
ont été changés au moins une dizaine
de fois depuis la création de lorganisme
!
Plus récemment, a surgi la question de la régionalisation.
Sous des pressions politiques diverses et variées,
des milliers de mètres carrés de locaux, ayant
vocation à devenir des laboratoires, ont été
construits, sans expertise scientifique préalable,
dans nombre de villes françaises. Généralement,
la superficie construite a été proportionnelle
au poids politique de la personnalité locale, quelle
que soit son appartenance politique. Des pressions ont été
ensuite exercées à tous les niveaux de lappareil
politique et, in fine, sur les directions des organismes
de recherche pour que ces bâtiments soient équipés
en laboratoires et pourvus en chercheurs au nom dun
équilibre entre Paris et les provinces françaises.
Dune manière générale, ces locaux
sont restés vides pendant des laps de temps plus où
moins longs si bien que des crédits de maintenance
ont souvent été affectés avant louverture
effective des laboratoires.
Le partage des structures de recherche entre Paris et la province
a souvent tenu lieu de politique de recherche au niveau des
instances dévaluation des organismes, au mépris
de la valeur intrinsèque des laboratoires et des chercheurs.
LINSERM compte actuellement 400 unités ou équipes
de recherche, réparties également entre Paris
et la province. Par contre, les 270 laboratoires du département
des sciences de la vie du CNRS sont, pour deux tiers dentre
eux, implantés en province.
Des rivalités déplorables sexercent aussi
au niveau des directions des unités de recherche entre
chercheurs du CNRS, de lINSERM, universitaires, hospitalo-universitaires
.Des
directions tournantes sont souvent mises en place au moment
du renouvellement des unités. Elles font lobjet
dâpres discussions, préjudiciables à
la vie scientifique du laboratoire, longtemps à lavance.
Le problème majeur de lINSERM, qui est aussi
celui des autres organismes, est limportance de sa masse
salariale, qui sélève à 75 %
du budget des organismes. Sur les 25 % disponibles pour
financer les opérations de recherche, la majeure partie
est consacrée à ce que lon peut appeler
« le soutien de base obligatoire des laboratoires »,
qui est indépendant de la qualité de son activité
scientifique. On assiste à un saupoudrage des crédits.
En définitive, 10 % du budget financent des opérations
vraiment nouvelles ou servent à des opérations
qui pourraient être prometteuses. Actuellement, le budget
de lINSERM nest que de 600 Millions deuros,
mais un progrès potentiellement important pourrait
résulter de la mise en place de lAgence Nationale
de la Recherche.
Au delà des aspects financiers certes importants, la
recherche biomédicale française est engluée
dans ses commissions dévaluation. Elles sont
fortement dominées par les élus des syndicats
de chercheurs et lévaluation est souvent plus
politique que scientifique, décidée à
lavance, en dehors des réunions des commissions.
Trop de chercheurs ont été recrutés dans
ces conditions. Beaucoup dentre eux se révèleront,
au bout de 5 ans en moyenne, improductifs dans le meilleur
des cas, ou bien des « chercheurs à problèmes »,
selon lexpression consacrée, dans le pire des
cas : aux uns et aux autres, une partie importante de
lordre du jour des réunions des commissions est
réservée ! Heureusement, un nombre non
négligeable dentres eux aura une activité
de recherche très honorable, voir même excellente.
Un autre aspect est celui de lintervalle de temps qui
sécoule entre les décisions budgétaires
prisent par la représentation nationale et linitiation
effective dune recherche qui est souvent supérieur
à une année. Trop souvent, largent initialement
programmé sur un axe de recherche aurait dû être
réorienté sur un autre axe
Il servira,
dans le meilleur des cas, à confirmer des résultats
déjà publiés par dautres chercheurs,
ce qui nest pas négligeable !
La question la plus préoccupante est certainement celle
de lavenir des jeunes diplômés qui, après
avoir soutenu leur thèse duniversité,
ne trouvent pas de débouchés sur le territoire
national. Nous sommes actuellement dans une situation dramatique
où, au moins 80 % de nos jeunes diplômés
partent effectuer des stages post doctoraux dau moins
deux ans, si ce nest trois, dans des laboratoires étrangers,
essentiellement américains. Ils sont tentés
dy faire carrière faute de pouvoir obtenir, dans
peu de cas, soit un poste de chercheur statutaire à
lINSERM, ou dans le département des sciences
de la vie du CNRS, ou bien un poste denseignant chercheur
dans une université. Ceux qui le pourront, resteront
aux USA. Certains y effectueront des carrières très
brillantes.
Les autres rentreront en France, pour sinscrire au RMI,
ou pour les plus courageux dentre eux, exercer un tout
autre métier pour lequel une formation à BAC+2
serait amplement suffisante.
Les jeunes qui partent aux USA emportent avec eux, non seulement
le savoir acquis pendant leurs années de thèse,
mais aussi celui de lensemble de leur laboratoire. Ils
sont très appréciés aux USA et leur savoir
faire irrigue chaque jour la recherche américaine et
font que les concrétisations de nos travaux préliminaires
se réalisent Outre-Atlantique.
A lévidence, lexportation de nos jeunes
diplômés ne rapporte rien à la France
au contraire du bon vin et du fromage qui, pour prendre des
exemples non pas au ras du sol, mais au ras de la table, contribuent
de manière non négligeable à la balance
du commerce extérieur.
En définitive, les aspects uniques de notre individualisme
improvisateur et hautement non-conformiste, associés
à lorganisation américaine, contribuent
de manière significative aux découvertes scientifiques
faites sur le territoire américain.
Actuellement, tous les indicateurs montrent une régression
de la qualité de la recherche biomédicale Française.
Un indicateur incontournable est celui du nombre de prix Nobel.
Le dernier prix Nobel de physiologie ou médecine attribué
à un Français remonte à 1980. Jean Dausset
fut couronné pour ses travaux sur les facteurs dhistocompatibilité
qui ont permis une avancée majeure dans le domaine
des greffes. En 1965, le prix Nobel fut partagé par
François Jacob, André Lwoff et Jacques Monod
pour leurs travaux sur le code génétique. Le
prix Nobel de 1977 décerné à Roger Guillemin,
pour ses travaux sur lisolement et la caractérisation
des hormones du cerveau dont Claude Bernard avait prédit
lexistence un siècle plus tôt, nest
pas comptabilisé comme français, avec juste
raison. Il avait quitté la France en 1964 (année
de la création de lINSERM !) pour rejoindre
un laboratoire du Baylor College of Medecine à Houston
aux USA. Roger Guillemin a pris, un an plus tard, la nationalité
américaine, preuve de sa reconnaissance envers son
pays daccueil, mais il nen publiait pas moins
prioritairement ses travaux avant leur publication in extenso
ultérieure dans une revue américaine, dans les
Comptes Rendus de lAcadémie des Sciences de Paris,
preuve de son attachement à son pays natal. Curieusement,
les chercheurs Français ne publient pas dans cette
revue qui a été pourtant rénovée
de manière intelligente par Alfred Jost.
Il faut ensuite remonter à 1928 pour trouver le Français,
Henri Nicolle, dans la liste des prix Nobel, pour la découverte
du vecteur du typhus, le pou. Il avait été précédé
par Robert Richet en 1913, pour la découverte de lanaphylaxie,
par Alexis Carrel en 1912, pour ses travaux sur la chirurgie
thoracique et sur la culture des tissus, et par Alphonse Laveran
en 1907, pour ses travaux sur la transmission du paludisme
par les anophèles.
Alphonse Laveran fut le premier Français a être
honoré par ce prix. Alexis Carrel apparaît avec
la double nationalité, française et américaine,
car les travaux qui lui ont valu le prix Nobel ont été
effectués sur le territoire américain où
il sest expatrié de 1904 à 1939. Il est
aussi de ce fait le premier prix Nobel américain !
Au total, seulement 9 Français ont reçu cette
prestigieuse distinction scientifique, dont 7 seulement pour
des travaux financés par la France. 4 furent obtenus
avant 1928
Lécart sest définitivement creusé
après 1945, ou la France faisait à peu près
jeu égal, pour le nombre des prix Nobel attribués,
avec lAllemagne, lAngleterre et les USA.
Actuellement, nous occupons sur la base dindicateurs
crédibles, tels que le nombre de publications dans
des revues scientifiques de très bon niveau, la 5ème
place dans le monde, loin derrière les Etats-Unis,
après lAngleterre, lAllemagne et le Japon.
Néanmoins, ce classement doit être relativisé
car les grandes revues scientifiques sont devenues le monopole
incontournable du monde anglo-saxon. Les articles qui leurs
sont soumis ne sont pas assurés dêtre tous
traités avec la même impartialité, tant
les intérêts en jeu sont immenses
Le brevet
reste aujourdhui la seule façon irréfutable
détablir la priorité dune découverte,
si elle peut déboucher sur des applications relevant
de la propriété intellectuelle.
Quelles sont maintenant les raisons du succès de la
recherche biomédicale américaine ?
Les raisons en sont certainement multiples mais limportance
du budget consacré à cette recherche, 26 milliards
de dollars, le deuxième après celui de la défense,
et le type dorganisation de cette recherche sont certainement
les raisons les plus importantes...
Lorganisation de la recherche scientifique américaine
est très simple. Elle repose sur deux grandes agences
dobjectifs et de moyens : la Fondation Nationale
pour la Science ( National Science Foundation, NSF )
et les Instituts Nationaux de la Santé ( National
Institutes of Health, NIH ).
La Fondation Nationale pour la Science subventionne les recherches
exclusivement fondamentales, y compris la recherche biologique.
Les Instituts Nationaux de la Santé subventionnent
exclusivement les recherches biomédicales. Ils sont
actuellement au nombre de 20 avec 7 centres nationaux qui
font aussi partie intégrante de lensemble implanté
à Bethesda, une petite ville proche de Washington,
mondialement connue par toute la communauté biomédicale.
Lensemble, représente le campus biomédical
le plus important du monde.
Les créations de ces instituts se sont déroulées
entre 1937 et 2000.
En fait, tout comme en France, ces Instituts sont nés
de la transformation dun organisme de recherche qui
existait depuis 1887, le laboratoire dhygiène
de lhôpital de la marine situé à
Staten Island, dans lEtat de New-York. Cet hôpital
de la marine est maintenant implanté en face des Instituts
Nationaux de la santé à Bethesda. Il est léquivalent,
à tous égards, de notre hôpital du Val
de Grace. Le premier institut créé a été
linstitut national du cancer en 1937.
La plupart dentre eux ont été créés
entre 1946 et 1950, soit immédiatement après
la fin de la deuxième guerre mondiale.
La création de chaque Institut a, à chaque fois,
fait lobjet denquêtes approfondies pour
établir le bien fondé de sa nécessité.
En définitive, cela a toujours correspondu à
une nécessité thérapeutique, du fait
de lémergence de nouvelles maladies ou de lamplification
de maladies anciennes. Dans chaque cas, lintitulé
de linstitut énonce clairement son domaine de
recherche. Au cours du temps, les missions de chaque institut
ont pu être renforcées ou étendues, comme
pour le cas de la maladie dAlzheimer dont létude
revient à linstitut du vieillissement.
Les intitulés des trois derniers instituts créés
témoignent néanmoins dune nécessité
pluridisciplinaire. Ce sont :
En 1989, linstitut de recherche sur le génome
humain pour déterminer la localisation des gènes
humains pour comprendre, diagnostiquer et éventuellement
traiter le cancer, les maladies de Parkinson, dAlzheimer,
ainsi que des maladies rares.
En 1999, le centre national pour létude des méthodes
complémentaires et alternatives, telle que la médecine
chinoise traditionnelle, dans un contexte scientifique rigoureux.
En 2000, linstitut dimagerie médicale et
de génie biologique associe des recherches faisant
appel aux moyens physiques, chimiques, mathématiques
et informatiques, qui prennent de plus en plus dimportance
pour la recherche biomédicale.
Trois entités, créées très tôt,
sont les clefs de voûte de lensemble du système :
- Le centre pour lexpertise scientifique des demandes
de subventions parvenant aux instituts nationaux de la santé,
créé dès 1946,
- Le centre de recherche clinique, crée en 1953.
Il a pour mission dorganiser la recherche clinique
de la meilleure qualité possible, à partir
des données expérimentales obtenues dans lun
ou lautre institut. Des malades y sont journellement
adressés de lensemble des Etats Américains,
- La bibliothèque nationale de médecine,
créée en 1956 qui collecte, organise, et met
à la disposition de la communauté biomédicale
mondiale, les publications parues quelque part dans le monde.
Le budget des Instituts Nationaux est réparti entre
les différents instituts, en fonction des urgences
biomédicales du moment.
Actuellement, les recherches sur la maladie de Alzheimer,
la maladie de Parkinson, le diabète, le syndrome métabolique,
le cancer de la prostate, le cancer du sein, font lobjet
de dotations financières importantes pour les instituts
concernés par ces recherches.
Chaque institut soutient une recherche intra muros
et une recherche extra muros.
La recherche intra muros est effectuée à
Bethesda dans les laboratoires propres de linstitut
où travaillent environs 6000 personnes. Cette recherche
bénéficie approximativement de 10 % du
budget total. Le nombre des laboratoires des instituts peut
être très variable. Il peut être au nombre
de 20 dans linstitut du cancer et de 11 dans linstitut
du vieillissement. Ce nombre atteste généralement
de limportance de leffort qui veut être
fait dans la recherche sur une pathologie donnée. Néanmoins,
à lintérieur de chaque laboratoire, les
recherches sont conduites par des petites équipes de
quelques personnes.
Les recherches effectuées dans les laboratoires propres
implantés à Bethesda sont la clef de voûte
de lensemble du système.
La recherche extra muros est effectuée dans
nimporte quel laboratoire des universités des
50 Etats du pays ou même, mais rarement, dans des laboratoires
étrangers.
Elle est uniquement financée sur proposition de projets
présentés après des appels doffre
très précis. Après une expertise effectuée
par les membres de commission choisis dans les différents
Etats du pays, des financements très importants, de
lordre de 1 Million de dollars par an, sont accordés
pour des périodes de 5 ans. Ces financements couvrent
lachat des équipements, le fonctionnement, le
salaire dun ou de plusieurs étudiants en thèse,
dun étudiant ou de plusieurs étudiants
« post doctoraux », de techniciens,
dune secrétaire,
et même dune
partie du salaire du responsable du projet !
Lexpertise des demandes est aussi méticuleuse
pour les laboratoires propres que pour les laboratoires extérieurs.
Les renouvellements de contrats sont fonctions des résultats
publiés et il nest pas rare de voir disparaître
des laboratoires qui nont pas donné satisfaction.
Il faut ajouter quune petite partie des crédits
attribués à la défense est consacrée
à des recherches biomédicales telles que des
recherches sur le cancer de la prostate ou le cancer du sein.
Finalement, force est de constater le rôle important
des fondations qui, après une expertise scientifique
rigoureuse, peuvent soutenir des laboratoires universitaires
et même aussi créer leurs propres laboratoires
dans un certain nombre de cas. Citons, entres autres, les
fondations Rockfeller, Howard Hughes, Komen
La fondation Komen, dédiée au cancer du sein,
a un budget annuel de 650 millions de dollars.
Les sommes allouées aux laboratoires bénéficiaires
de ces Fondations peuvent êtres proches de 1 million
de dollars par an, pendant trois ans.
Quel est maintenant le cursus des jeunes américains
qui veulent se consacrer à la recherche biomédicale ?
Le plan de carrière est simple, mais hautement compétitif,
pour ceux qui veulent parvenir au plus haut niveau de luniversité.
Une thèse sera effectuée, après éventuellement
des études de médecine, dans un laboratoire
qui disposera de crédits obtenus par contrat et suffisants
pour assurer un salaire très convenable pendant la
réalisation de la thèse.
Puis un stage post doctoral, dune durée de deux
à trois ans, sera effectué dans un autre laboratoire,
généralement dans un autre Etat.
Ensuite, ce sera la recherche dun poste de professeur
assistant dans encore une autre université. Finalement,
les meilleurs dentre eux obtiendront un poste de professeur
associé et, au bout du parcours, un poste de professeur
à part entière, en fonction des découvertes
scientifiques réalisées. Lactivité
de recherche, qui est la clef de voûte du système,
ne sera possible que si des contrats sont obtenus. Si cela
nest pas le cas, seule une activité denseignement
sera effectuée, avec éventuellement une réduction
du salaire, si une partie de celui-ci provenait dun
contrat.
Les universités américaines sont autonomes depuis
toujours et le plus grand soin est accordé par le collège
professoral au recrutement des nouveaux professeurs, sur la
base pratiquement exclusive de leurs publications scientifiques.
A lévidence, un professeur ayant réalisé
dimportantes découvertes attirera les meilleurs
étudiants dans son université.
Les jeunes scientifiques qui réussissent à obtenir
leur thèse de doctorat sintégreront dans
lorganisation universitaire américaine, ou bien
ils trouveront un poste dans un laboratoire de recherche privé
ou dans une entreprise privée.
Lorganisation universitaire américaine, comme
lorganisation universitaire française, na
pas lobligation de fournir des emplois à ceux
qui suivent leur enseignement, mais en fait elle en fourni
de manière pratiquement automatique.
En définitive, les instituts nationaux de la santé
qui soutiennent et encadrent des recherches biomédicales
dans leur propres laboratoires (avec un budget ne dépassant
pas 10 % de lensemble du budget total des instituts
nationaux), dans les universités, dans les hôpitaux
et dans les facultés de médecine sont les piliers
de la recherche biomédicale américaine.
Les découvertes de plus de 100 récipiendaires
du prix Nobel de physiologie ou médecine ont été
soutenus par des contrats concluent avec les instituts nationaux
de la santé.
Quelles conclusions peut-on tirer de la comparaison de ces
deux organisations de recherche ?
A lévidence la recherche biomédicale américaine
est florissante et la recherche biomédicale française
peine de plus en plus à se maintenir à un niveau
honorable.
Comment en sommes nous arrivés à cette situation ?
Une première tentative dexplication résiderait
dans la date tardive de création de lINSERM.
LINSERM na été créé
quen 1964, date à laquelle 9 des 20 Instituts
Nationaux de la Santé existaient déjà
aux USA.
Il semblerait que des luttes dinfluence aient conduit
à retarder la transformation de lInstitut National
dHygiène en INSERM, alors que certains souhaitaient
la fusion de lInstitut National dHygiène
avec le CNRS dans lequel existait déjà une section
de thérapeutique et de médecine expérimentale.
Le plus important nest peut être pas là.
Deux années, entres autres, ont été particulièrement
néfastes pour lInstitut : 1968 et 1984.
Les événements de 1968, quatre années
tout justes après la création de lINSERM,
ont eu pour conséquence négative de modifier
la répartition des responsabilités entre le
conseil scientifique et les commissions scientifiques spécialisées.
Ces dernières vont désormais pratiquement décider
du recrutement et des carrières des chercheurs, des
ingénieurs, des techniciens et des administratifs et
le conseil scientifique est réduit au rôle dune
chambre denregistrement ou dun comité paritaire.
En 1984, la création des EPST et la fonctionnarisation
des chercheurs, réalisée sous des pressions
politiques et syndicales, a achevé de désorganiser
lINSERM et les autres organismes de recherche.
Aussi, en 2000, lintroduction des 35 heures a lourdement
handicapé la compétitivité de toute la
recherche biomédicale alors que nos concurrents Américains,
Anglais, Allemands et Japonais travaillaient 50 ou 6O heures
par semaine pour être les premiers à découvrir
En définitive, nous navons fait, depuis 1968,
que de changer ou de supprimer des structures qui étaient
relativement satisfaisantes.
Que faudrait-il faire maintenant pour essayer de redonner
à la recherche biomédicale française
le rang qui a été le sien pendant très
longtemps ?
Le budget de la recherche biomédicale doit sans aucun
doute être fortement augmenté mais une profonde
réorganisation doit préalablement être
faite, dans le cadre dune simplification de lorganisation
de la recherche française.
LINSERM pourrait devenir, sur le modèle des instituts
nationaux de la santé américain, une agence
dobjectifs et de moyens, pour piloter une recherche
dans ses laboratoires propres mais essentiellement dans des
structures hospitalières ou universitaires. A lévidence
les contrats attribués après des expertises
rigoureuses devraient être dun volume important,
permettant de payer des salaires, et dune durée
suffisamment longue, dau moins 5 ans, pour que le projet
puisse être mené à bien.
Pourquoi aussi ne pas créer des instituts dédiés
spécifiquement aux recherches sur une pathologie précise,
dans lesquels de nombreuses petites équipes indépendantes
pourraient bénéficier de moyens lourds mis en
commun ? Quelques instituts de renom existent déjà
sur le territoire Français
Ils pourraient être
les premiers dun ensemble dinstituts qui couvriraient
peu à peu tous les aspects de la recherche biomédicales !
Aussi, le retour à un statut unique duniversitaires
chercheurs, comme cela a existé en France jusquen
1945, et comme cela a toujours existé aux USA, permettrait
de recréer une harmonie au sein de lenseignement
supérieur. Le recrutement dun nombre important
de professeurs assistants, après la réalisation
dun stage posdoctoral, permettrait de mieux répartir
les heures denseignement et de libérer des heures
pour effectuer des travaux de recherche. La loi sur lautonomie
des universités devrait intégrer ce volet important
de lactivité universitaire.
Des propositions similaires ont déjà été
faites dans plusieurs études, dont celle effectuée
en 1986 sous la direction du Professeur Gérard Milhaud,
qui proposait de transformer le CNRS et lINSERM en agence
de moyens dispensant contrats et moyens à ses laboratoires
propres et aux laboratoires universitaires. A cette même
époque, un projet de loi reprenant ces propositions
avait été déposé, sans succès,
par Monsieur Jean Foyer.
Nous sommes peut-être à laube dun
nouveau départ pour la recherche biomédicale
française qui dispose des talents nécessaires,
mais à laquelle il manque un cadre approprié
pour que ces talents puissent sexprimer et que la France
retrouve le rang qui a été le sien au 19ème
siècle, à lépoque ou René
Laennec, Louis Pasteur et Claude Bernard ont apporté
leurs contributions décisives pour lavenir de
lhumanité.
Bernard Kerdelhué, Directeur de recherche
émérite au CNRS, UFR Biomédicale des
Saints-Pères, Paris 5 et Adjunct Research Professor,
Eastern Virginia Medical School, Norfolk, USA
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