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Pr. Jean LANGLOIS
LA DEMOGRAPHIE MEDICALE
AUJOURDHUI ET DEMAIN
( 2005 2025 )
séance du lundi 11 juin 2007
Les effectifs et la compétence des médecins
tiennent une place importante parmi les principaux facteurs
qui permettent de répondre à la demande de soins
des patients.
Longtemps les pouvoirs publics ont été peu attentifs
aux travaux démographiques. Pourtant, leur étude
chaque année a lintérêt de montrer
et de comprendre nombre de difficultés présentes
et dentrevoir ce que pourrait être le corps médical
dans le futur.
La déontologie médicale reprise par la loi dite
des droits des malades (loi 2002-303 du 4 mars 2002) fait
de cette réponse du médecin une obligation intangible.
Mais, quand le médecin nest plus là, il
va de soi que le service attendu est défaillant. Là,
souvre une réflexion éthique qui, dépassant
la déontologie médicale conduit à celle
des personnes qui ont en charge lorganisation des moyens.
LES SOURCES DE LA DEMOGRAPHIE MEDICALE
La connaissance des effectifs médicaux
est rendue possible par les études répétées
de quatre organismes :
- LORDRE NATIONAL DES MEDECINS qui chaque année
, depuis trente ans, dresse létat du corps
médical français, conformément à
sa mission de service public,
- La DIRECTION DE LA RECHERCHE DES ETUDES DE LEVALUATION
ET DES STATISTIQUES (DREES ), organisme gouvernemental,
- La CAISSE NATIONALE DASSURANCE MALADIE (CNAM),
- LOBSERVATOIRE NATIONAL DE LA DEMOGRAPHIE DES PROFESSIONS
DE SANTE (ONDPS) qua créé le Ministre
Jean-François MATTEI.
I - LES EFFECTIFS EN 2005
Les chiffres présentés sont ceux comptabilisés
par lOrdre National des médecins le 1er janvier
2006, correspondant à la population médicale
de lannée 2005.
Un premier constat simpose : Jamais la FRANCE
na compté autant de médecins quactuellement !
au 1er janvier 2006 , les chiffres (tableau 1) étaient
les suivants :
- 212 972 docteurs en médecine en activité
en France, Ensemble de la métropole et des DOM et TOM
- 207 277 pour la seule métropole
(tableau 2)
Parmi ces 207.277 médecins de métropole (tableau
2 ),
Dans cet ensemble de 207 277 médecins métropolitains,
119 289 soit 51 % sont des Hommes
,
72 718 sont des femmes (49 %).
II LE SOLDE DES ENTREES ET DES SORTIES
Les effectifs sont sous la double dépendance, chaque
année, du recrutement des nouveaux médecins
et de larrêt dactivité professionnelle
des plus âgés.
LES ENTREES
La FORMATION des MEDECINS EN FRANCE
Le recrutement de nouveaux médecins se fait normalement
en France par la voie des facultés de médecine
qui délivrent le diplôme de Doctorat et qualifient
les postulants dans les différentes disciplines.
LUniversité est en charge de leur formation.
Les moyens humains alloués à la santé
sont sous lautorité du ministère concerné.
Les deux Ministres arrêtent chaque année le nombre
des étudiants admis en médecine, et de ceux
qui entreront dans chaque spécialité.
Indirectement, ils fixent les effectifs en médecins
des années futures.
Lorganisation est soumise à un système
complexe qui génère de très grandes difficultés.
Celles-ci sont dues à :
1°- Au cadre dans lequel sinscrit cette formation
Hospitalo-Universitaire et qui est un vase clos.
Les études durent 10 à 12 ans, parfois jusquà
14 années pour certaines spécialités
et deux concours assurent la sélection :
Le concours dentrée en deuxième année
comporte un NUMERUS CLAUSUS fixé pour chaque
année et qui a varié au fil des temps. Il commande
les effectifs en étudiants et indirectement, celui
des futurs médecins (tableau n° 4).
Le concours dentrée en 3ème cycle, lINTERNAT
qualifiant remplacé maintenant par un examen classant
qui répartit les étudiants dans les différentes
spécialités.
LENSEMBLE constitue un système RIGIDE qui aboutit
à lINERTIE. Toute modification souhaitée
pour améliorer les effectifs dune discipline
ne peut quen altérer une autre !
Cest un peu la stratégie du « Sapeur
Camembert », (vedette de ce petit livre de notre
jeunesse, bande écrite et dessinée par Christophe),
et qui pour combler un trou dans la cour de la caserne en
creusait un autre !
2°- A la très longue durée des études
médicales qui ne permet pas de compenser immédiatement
les anomalies constatées. Leur longue durée
crée un grand délai entre le moment où
la décision de recruter des étudiants est
prise et celui où ils entreront en activité
professionnelle.
Lentrée dans la vie active est tardive,
comparativement à nombre dautres professions :
lâge moyen dinscription à lOrdre
est de 32,4 ans, 33,1 pour les hommes et 31,7 pour les
femmes. Cette entrée retardée est liée
notamment à la prolongation de la formation professionnelle
dans le Clinicat ou lAssistanat indispensable pour certaines
disciplines.
En 2005, 4 644 médecins entrant en exercice ,
se sont inscrits à lORDRE :
- 4495 en Métropole
- 144 en DOM-TOM
La diminution est importante par rapport aux années
précédentes :
- 5 098 en 2004
- 6 224 en 2000
Ce fait est lié à la régularisation
de la situation des médecins à diplôme
obtenu hors de lUnion Européenne qui, en 2005,
représentent seulement 2,6 % des nouveaux inscrits,
contre 25 % (1 559) en 2000.
LES MEDECINS DIPLÔMES HORS DE FRANCE (tableau
5)
Les médecins étrangers exerçant dans
notre pays forment un contingent important : en 2005,
7665 ont été dénombrés :
- 3667 sont des sujets Européens diplômés
dans leur pays et de ce fait légalement autorisés
à exercer en France. Toutefois , les flux annuels
sont faibles.
- Un petit nombre parmi les plus âgés, issu
de la colonisation ou dun protectorat jouit de droits
dexercice particuliers,
- Les autres ont reçus une autorisation ministérielle
un peu spéciale mais conforme à la loi, parce
que leur diplôme leur a été attribué
hors de lunion Européenne.
Une mention spéciale doit être donnée
à un groupe de médecins FRANÇAIS ou ETRANGERS,
souvent dorigine familiale ou de nationalité
maghrébine et dont le diplôme obtenu localement
nest pas valide en Europe ni en France. Ces médecins
ont été cependant autorisés à
exercer dans notre pays sous réglementation particulière.
Ils ont formé une cohorte denviron 13 000
praticiens, recrutés sur plusieurs années en
deux catégories :
- Les PAC ( Praticiens adjoints contractuels) autorisés
au seul exercice hospitalier, au nombre total de 5 736
de 1995 à 2003.
- Ceux qui sont autorisés au plein exercice en ville
comme à lhôpital, recrutés au
nombre de 8 127 depuis 1991, dont 7 736 de 1995 aux
années 2000
Conformément à la loi, ces médecins
sont comptabilisés dans les effectifs nationaux mentionnés
ici.
Ils ont contribué à compenser les insuffisances
numériques débutantes que le numerus clausus
imparfaitement géré commençait à
produire.
LA DENSITE MEDICALE
La densité médicale (DM) est un indicateur
universellement utilisé permettant dévaluer
les effectifs globaux et ceux des disciplines par rapport
à la population. Cest le nombre de médecins
pour 100 000 habitants.
Avec lui, on peut plus simplement étudier les effectifs
tels que répartis sur le territoire et comparer nos
chiffres à ceux dautres pays (tableau n°6).
La comparaison des chiffres absolus dune part et ceux
des autres états est beaucoup plus difficile car la
constitution des cohortes, les études nationales et
lorganisation des soins dans ces états ne sont
pas toujours identiques.
Plus loin seront étudiées les anomalies de répartition
. Grâce à la densité médicale les
anomalies rencontrées sont mieux éclairées.
LES SORTIES
En dehors des arrêts dactivité liés
à la maladie, au décès, à la radiation
disciplinaire, heureusement peu nombreux , la cause habituelle
de la sortie des effectifs est le départ en retraite.
Il paraît raisonnable de penser quil se situera
encore autour de 65 ans dans les années à venir.
Les chiffres sont connus dès linscription des
médecins à lOrdre. Leur état civil
permet de savoir quel sera le moment où lâge
de la retraite sera atteint.
En 2005, 3 342 médecins dont 3 230 en métropole
ont cessé dexercer (+ 15 % par rapport à
2004), faisant suite à une forte diminution de 24 %
entre 2003 et 2004.
L âge moyen de sortie serait actuellement un peu
plus bas que dans un passé récent, vers 63,8
ans en 2003. Selon la DREES , il serait de 65,3 ans en 2006.
Les femmes partent plus tôt que les hommes. Après
60 ans, ceux-ci forment 75 % des effectifs en activité.
III - LEXERCICE PROFESSIONNEL
Tous les médecins nentrent pas dans lexercice
professionnel des soins.
Certains choisissent une autre activité, dans lindustrie,
dans la fonction publique ou dans la recherche. Ces médecins
nont pas lobligation dêtre inscrits
à lOrdre des médecins et ne sont pas comptabilisés
ici.
Bien que leur nombre soit faible, ce fait contribue à
diminuer les moyens de la profession.
La répartition des médecins en Métropole
seule est la suivante (tableau 7) :
- Exercice libéral : 110 991, dont 82,7 %
de libéraux exclusifs,
- Salariés exclusifs : 79 212, dont 66,9 %
dhospitaliers,
- Autres activités : 1 664 (salarié
ou libéral)
- Sans exercice déclaré : 6 148
(3 % des effectifs), situation qui est de nature provisoire
ou instable, mais qui est notable,
- Remplaçants : 9 262 (près de
4,5 % des actifs) , population jeune et majoritairement
féminine (58,2 %).
IV - LA REPARTITION DES MEDECINS
Si nul ne peut nier que jamais la France na disposé
d autant de médecins, force est aussi de constater
que jamais les difficultés rencontrées dans
le domaine des soins médicaux nont été
aussi importantes, comme le rappellent :
- les médecins eux-mêmes qui peinent à
trouver un remplaçant en cas dabsence ou pour
le départ définitif,
- les pouvoirs publics qui se sentent démunis et
impuissants,
- les patients qui expriment leurs doléances, assez
souvent justifiées en ce domaine,
- les médias qui orchestrent lensemble de
ces faits et contribuent peut-être un peu trop à
entretenir un climat néfaste de sinistrose
Le malaise a des causes démographiques évidentes
qui seront maintenant précisées :
- Limparfaite répartition entre les disciplines
et à lintérieur de certaines dentre
elles,
- Limparfaite répartition des médecins
sur le territoire,
Lintrication de ces deux facteurs majore la gravité
des situations.
Ces facteurs ne sont cependant pas les seuls et sont souvent
secondaires à des erreurs du passé et à
des causes sociétales nouvelles.
LES DISPARITES DANS LES DISCIPLINES
La répartition des médecins dans les diverses
disciplines nest pas harmonieuse et certaines, déjà
en déficit, ne répondent plus parfaitement à
leurs obligations de soins.
La formation hospitalo-universitaire et les modalités
de la qualification des médecins ont beaucoup changé
au cours des temps. Une réforme vient sajouter
à la précédente. La répétition
du phénomène rend les études démographiques
très complexes.
Pour faire bref, la loi du 23 décembre 1982
avait réformé le 3ème cycle des études
médicales, créant lINTERNAT QUALIFIANT,
les Diplômes dEtudes Spécialisés
(DES), pour la formation des spécialistes et le RESIDANAT
pour les généralistes
La loi du 17 janvier 2002 dite de modernisation sociale,
a réformé cette procédure : le concours
dinternat est supprimé. Un examen classant le
remplace et tous les étudiants, futurs généralistes
et spécialistes ont désormais accès aux
fonctions dInterne.
Suite aux résultats, la répartition dans les
discipline se fait en fonction des places offertes et du classement
du candidat.
Lincidence économique de cette réforme
nouvelle apparaît inquiétante.
Parmi les 207 277 médecins en activité,
en métropole, (tableau n°8)
- les généralistes sont 104 783 soit
48,6 % (DM : 171,6),
- les spécialistes : 102 494 soit 51,4 %
(DM : 167,9).
Ceci appelle deux remarques importantes :
LES SPECIALISTES
- Au fil des temps les spécialités se sont multipliées :
54 sont actuellement dénombrées et lexistence
de chacune tient dans un arrêté ministériel.
Ce nombre important peut surprendre. Il est pourtant le corollaire
des immenses progrès de la médecine depuis 40
ans et de la nécessité dexiger des praticiens
la compétence rigoureuse quimpose lexercice
dune discipline donnée.
Cette segmentation dans la pratique des soins a néanmoins
un grand inconvénient :
- parce quelle conduit à un exercice exclusif
dans la discipline,
- parce quelle est maintenant exagérément
appliquée, notamment par lassurance maladie,
- parce que, en cas de litige, la « judiciarisation »
menace aussi ceux qui seraient tentés de travailler
hors de leur domaine,
- elle semble induire abusivement une augmentation des
besoins en effectifs.
- La rubrique répertoriant les médecins
SPECIALISTES toutes disciplines confondues, est maintenant
une notion de peu dintérêt. Elle
ne se justifiait que dans le passé, lorsque les spécialistes
étaient tous issus ou presque de lInternat et
que les généralistes étaient classés
par défaut : médecins qui navaient
pas eu accès à cette fonction soit par échec
au concours soit par intention délibérée.
Ce qui compte dorénavant, cest le nombre exact
des spécialistes en formation et de ceux exerçant
dans une discipline donnée, afin de mesurer les insuffisances
numériques et celles de la répartition géographique
dans le présent comme dans lavenir.
Certaines disciplines sont ainsi dites actuellement
en crise, notamment : la gynécologie-obstétrique,
lophtalmologie, la psychiatrie hospitalière,
la chirurgie générale, la pédiatrie,
lanesthésie-réanimation, la biologie médicale,
la médecine du travail
et quelques autres.
LES MEDECINS GENERALISTES
- Les chiffres globaux recensés en MEDECINE GENERALE
sont trompeurs : 104 783 en métropole ;
107 918 avec les DOMTOM.
- La qualification en médecine générale
et lexercice professionnel de la médecine générale
ne sont pas deux notions synonymes. Une surprise apparaît :
tous les généralistes ne pratiquent pas la
médecine générale !
Ceux qui exercent exclusivement celle-ci, couvrent lactivité
de médecine de proximité, de premier recours,
de médecine de famille comme on le disait jadis. Cest
essentiellement une activité de médecine libérale.
Ce profil médical ne compterait en réalité
que 56 784 médecins, chiffre voisin de celui reconnu
par lAssurance-maladie qui comptabilise parfaitement
les médecins généralistes libéraux
par leurs feuilles de prescription.
Mais, conformément à leur formation et à
leur qualification, nombre de médecins généralistes
ont une activité professionnelle authentique en médecine
générale :
- soit en médecine salariée exclusive,
hospitalière ou non (29 531)
- soit en activité mixte, libérale,
salariée, hospitalière (plus de 16 000)
En étudiant ces chiffres de plus près, lon
constate que près de 70 000 médecins
exercent réellement en médecine générale
libérale dont 56 000 environ de façon exclusive.
Et près de 15 000 médecins généralistes
ont une activité professionnelle tout à fait
justifiée dans le milieu hospitalier.
- Reste une interrogation : Que font les 20 000
généralistes de la cohorte restante ?
- Près de 15 000 ont acquis une compétence
par formation et diplôme qui leur permet daccéder
à lexercice dans une discipline qui nest
pas une spécialité reconnue. Une bonne partie
dentre eux nexerce plus la médecine générale.
- Dautres se sont orienté vers des activités
particulières, la phlébologie, la médecine
du sport, la médecine physique par exemple
- Certains se sont orientés vers lAcupuncture,
vers lhoméopathie, cohorte de plus de 10 000
médecins qui refusent le plus souvent dassurer
les gardes et la permanence des soins au prétexte
quils nexercent plus la médecine générale
et ne sont plus compétents en ce domaine.
Ces faits expliquent en partie les difficultés
dexercice de la médecine générale
libérale qui doit répondre au premier appel
des patients.
Cette discipline est réellement en crise deffectifs.
Mais la démographie insuffisante de la médecine
générale ,en particulier dans le secteur libéral
nexplique pas tout du malaise présent.
LES DISPARITES GEOGRAPHIQUES
La répartition des médecins généralistes
et des spécialistes sur le territoire national est
également très imparfaite. Les inégalités
sont criantes entre les régions, mais aussi entre les
départements et même à lintérieur
de ceux-ci.
Quatre cartes (1a et 1b, 2a et 2b) établies pour lannée
2004 et fournies en annexe démontrent bien les anomalies
de répartition sur le territoire métropolitain
des médecins généralistes et des spécialistes
médicaux et chirurgicaux.
En métropole , les médecins en activité
régulière sont 192 007 et leur DM densité
médicale, DM est de 314. Parmi eux,
- les généralistes sont 93 896 avec
une DM de 154
- les spécialistes sont 98 111 avec une DM
de 160.
Les REGIONS les moins dotées ont une DM plus basse
à :
- 243 en Picardie
- 253 en Haute Normandie,
- 255 en Centre
Parmi les mieux dotées citons
- lile-de-France avec une DM de 388,
- la PACA avec une DM de 381.
La partie sud et le pourtour méditerranéen
sont de beaucoup les plus riches en effectifs,
Le Centre et lOuest les moins bien desservis.
Ainsi parle-t-on dhéliotropisme pour les uns
et de désertification médicale pour les autres.
Si lon regarde de plus près les DEPARTEMENTS
et même les cantons on saisit encore davantage les inégalités
de répartition. Par exemple , sont
Les mieux dotés :
- Paris DM à 769 dont 267 pour les généralistes
et 502 pour les spécialistes,
- les Bouches-du-Rhône à 420 dont 188 pour
les généralistes et 231 pour les spécialistes,
- les Alpes Maritimes à 410 dont 180,7 pour les
généralistes et 229,4 pour les spécialistes
Les plus pauvres :
- la Haute-Loire avec une DM de 216 dont 145 pour les généralistes
et 70 pour les spécialistes.
- lEure avec une DM à 201 dont 111 pour les
généralistes et 77 pour les spécialistes.
Ces inégalités géographiques sont encore
plus accentuées quand, à lintérieur
dun département, lon étudie en médecine
générale les différences entre les agglomérations
et la campagne.
Les MISSIONS GENERALES DE SANTE (MRS) ont défini
les zones sous médicalisées, dites zones prioritaires.
Pour les généralistes :
- la DM y est inférieure à 30 % de la
moyenne nationale,
- lactivité professionnelle des médecins
encore présents y est dau moins 30 % supérieure
à la moyenne.
Ainsi, début 2006, 1 600 médecins et
4 500 communes sont concernées par lexercice
en zone prioritaire et 1,6 % de la population vivent
dans des cantons dits fragiles pour ce qui concerne les soins
de premier recours.
Les enquêtes menées tant au plan professionnel
quau plan géographique font apparaître
des causes sociétales qui sont liées, les unes
à lenvironnement et laménagement
du territoire, les autres à lexercice professionnel
lui même, enfin à lisolement et la
solitude professionnelle. Les femmes ou les compagnes désirent
demeurer en ville, les jeunes médecins ne souhaitent
plus exercer seuls et recherchent le regroupement professionnel,
les pressions excessives de certains malades sont mal ressenties
La
qualité de vie, le souhait de moins travailler que
les aînés sont devenus des priorités.
V - PROFIL DEMOGRAPHIQUE DES MEDECINS
Deux constats caractérisent les EFFECTIFS ACTUELS
du corps médical : Le vieillissement et la féminisation
progressive.
LE VIEILLISSEMENT (tableau n°9 et graphiques 1
et 2)
Létude de la pyramide des âges fait apparaître
que :
- les 50-59 ans sont 55 571
- les moins de 49 ans 56 936
- le nombre des moins de 40 ans est inférieur à
celui des plus de 50 ans.
Ce vieillissement saccentue depuis plusieurs années
et va progresser, à moins que les départs en
retraite à un âge plus jeune ne deviennent plus
nombreux, ce qui est peu vraisemblable compte tenu du profil
annoncé des pensions.
Ce fait serait anodin sil ne traduisait pas linsuffisance
programmée du renouvellement par les jeunes générations.
La FEMINISATION (tableau n°10 et graphiques 1 ,
2 , 3 , 4)
- Les chiffres démontrent que la féminisation
progressive du corps médical est en marche et quelle
ne pourra probablement que saccentuer.
La proportion des femmes est dautant plus élevée
que les médecins sont jeunes : 54 % au-dessous
de 40 ans. On les retrouve plus nombreuses dans le secteur
salarié et dans lexercice à temps partiel.
Pour la 3ème année consécutive, les femmes
sont en nombre plus important (53 %) à sinscrire
à lOrdre.
Dans une étude commune en janvier 2002, la DREES et
la DEP de lEducation Nationale a montré que 64 %
des étudiants inscrits en médecine sont des
femmes.
Au concours dentrée en médecine, les femmes
reçues sont majoritaires depuis plusieurs années.
En 2002, les femmes formaient 54 % des reçus à
lInternat (spécialistes) et 56 % au résidanat
(généralistes).
- Ces données nauraient aucune gravité
si elles ne laissaient craindre une régression des
moyens dans la délivrance des soins. En effet :
- La proportion des femmes dans la cohorte des médecins
en activité intermittente avant 45 ans est de 60 %.
- Une enquête de lOrdre effectuée en
2005 a constaté que :
- 65 % des quadragénaires sont mariées
et ont en moyenne 2 enfants,
- 2/3 des médecins de moins de 45 ans temporairement
sans activité sont des femmes (procréation
et famille),
- 48 % sont des spécialistes, en majorité
dans une activité salariée (56 %)
contre 36 % en libéral,
- la durée hebdomadaire moyenne de travail est
de 50 h, avec 6 semaines de vacances par an.
- les femmes célibataires ont une activité
proche de celle des hommes.
V- LAVENIR
- Létude prospective du bilan entre les entrées
et les sorties jusquà lannée 2025
(tableau 11 et graphique 5 ) fait prévoir que :
- les effectifs globaux resteront favorables jusqu'en
2010,
- quà partir de cette date, samorcera
le déclin qui pourrait atteindre un déficit
autour de 20 % par rapport aux chiffres actuels dans
le courant des années 2020
la cause en est
linsuffisance du numerus clausus actuel.
- Cela aura forcément des conséquences importantes
sur la délivrance des soins.
- Ces effectifs futurs conditionneront en partie lexécution
de la Politique de Santé. Il paraît donc souhaitable
que soit clairement annoncé le choix entre le maintien
des effectifs, leur diminution voire leur augmentation.
Il est évident que comparer lavenir au présent
et bâtir un projet comporte un risque indéniable
derreur. Beaucoup dinconnus gênent la prise
de décision et expliquent les hésitations des
pouvoirs publics.
Instruit par le passé mais aussi par prudence, lOrdre
national des médecins a fait campagne avec insistance
pour que les ministres redressent la tendance déflationniste
du numerus clausus. Il a obtenu que de 3 850,
il soit relevé à 7 000 cette année
(tableau n°4). Mais du retard a été pris
et le chiffre paraît encore insuffisant pour maintenir
le futur au niveau actuel.
Quels sont les principaux facteurs qui sont susceptibles de
générer des erreurs importantes ? Les interrogations
suivantes viennent à lesprit :
1° - La Médecine sera-t-elle en 2020 celle que
nous connaissons delle aujourdhui ? Répondre
par laffirmative serait nier ce que pourront apporter
la Recherche et le progrès scientifiques. Les connaissances
se seront enrichies, des équipements nouveaux seront
nés, des modifications dans la pratique médicale,
dans les disciplines en découleront et probablement
de nouveaux intervenants seront devenus nécessaires.
Ce fait ne pourra quaugmenter la demande en personnels
car le renouvellement des connaissances et la reconversion
des plus âgés ne sont pas simples à obtenir.
2° - Les soins médicaux coûtent très
cher et pèsent lourdement sur lEconomie. Dans
le domaine de la santé, le progrès médical
en est indirectement lun des responsables. Il est facile
de prévoir que les bénéfices attendus
dans le diagnostic et le traitement des maladies, notamment
celles qui sont encore incurables ou mal soignées augmenteront
les dépenses de santé liées non seulement
aux moyens matériels mais également humains.
3° - La féminisation progressive du corps médical
telle quactuellement constatée continuera-t-elle
à progresser dans le même sens ? De ce fait,
les femmes seront-elles majoritaires dans le corps médical
au cours de années 2020 ? Dans laffirmative,
le temps de travail cumulé des acteurs sera probablement
moindre, exagérant ainsi le déficit en effectifs
avec ses conséquences dans la réponse à
la demande de soins.
4° - Quel sera le comportement du corps médical
dans ces années futures ? Sera-t-il le même
quaujourdhui concernant par exemple le confort
de vie, le lieu de vie, le souhait de moins travailler, le
besoin de repos, la nature de lexercice médical,
le rejet des charges administratives aujourdhui chaque
jour plus pesantes
5° - Que sera le corps social en France et son insertion
à la fois dans notre pays et dans la vie européenne
quelles seront les exigences des Français vis-à-
vis de leur médecin, des droits aux soins, de lassurance-maladie,
tous facteurs qui génèrent des besoins et des
contraintes et par là des moyens financiers et humains.
6° - Quelle sera la politique de santé de lépoque ?
Quelles seront les structures sociales ? Que sera devenue
la médecine dans cet ensemble, plus administrative
et plus bureaucratique ou redevenue davantage libérale ?
Autant de facteurs qui auront un impact sur ce que seront
en mesure de faire les acteurs de soins de lépoque.
CONCLUSION
Les effectifs médicaux jouent un rôle important
dans le service que les médecins doivent rendre aux
malades.
La connaissance et lanalyse de la démographie
médicale permet de mieux comprendre les insuffisances
présentes, de trouver le moyen de les corriger quand
cela est possible.
Eclairant lavenir, elle devrait permettre daméliorer
la situation future en montrant à tous, médecins,
malades et pouvoirs publics où se trouvent non seulement
leur droits mais aussi leurs devoirs.
Références :
Démographie médicale française. Cahiers
de lOrdre National des médecins n° 37, 38,
39 et 39bis (années 2003, 2004, 2005). CNOM. 180
Bd. Haussmann, 75008 Paris.
Publications de la DREES. Directions de la recherche, des
études, de lévaluation et des statistiques.
Etudes et résultats. 10 place des 5 martyrs
du lycée Buffon. 75014 Paris.
Rapports de lObservatoire National de la Démographie
des Professions de santé (années 2004 et 2005),
10 place des 5 martyrs du lycée Buffon, 75014 Paris
Les spécialités en crise. Quelles solutions
pour lavenir ?
Les jeudis de lOrdre. 18 janvier 2001.
Ordre National des médecins. 180 Bd. Haussmann,
75008 Paris.
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