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Jean Hilaire
LICONOLOGIE
JURIDIQUE : UNE SCIENCE HISTORIQUE ?
séance du lundi 24 novembre 2008
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Liconologie est la science de linterprétation
des images. Elle a été présentée
de façon formelle au XVIème siècle par
Giovanni Campani (1555-1622) surnommé Cesare Ripa (considéré
parfois de nos jours comme le fondateur de la discipline) ;
il a publié une Iconologia, souvent éditée
hors dItalie, cela dans un but bien précis :
éviter des variations à linfini de représentations
fondées sur linspiration personnelle des artistes
mais souvent indéchiffrables par le public. Ripa proposait
alors en forme de dictionnaire un ensemble de dessins pour
servir de modèles reposant sur des conventions suggérées
précisément pour les mettre à la portée
de tous. En France, dans le même but Jean Baudoin, lun
des premiers membres de lAcadémie française,
a adapté luvre de Ripa et il a publié
à côté, en 1638-1639, à Paris son
propre Recueil demblèmes divers. Ces figures
conventionnelles ont fourni aux XVIème et XVIIème
siècles les cadres des allégories qui étaient
porteuses de messages et étaient un instrument de pédagogie.
Le droit apparaissait dans les uvres de Ripa et de Beaudoin
surtout à propos de la représentation de la
Justice. Mais liconographie est très différente
suivant les aspects du droit que lon veut dépeindre
ou auxquels on fait référence car il ne se limite
pas à un ensemble de notions abstraites et déléments
normatifs. Principes et lois sont faits pour être appliqués,
c'est la vie du droit à partir de sa réception
par les populations auxquelles il est destiné et dont
il doit régler lorganisation et la vie. Liconographie
comporte ces deux aspects différents mais complémentaires
dont linterprétation qui est le propre de liconologie
doit rendre compte : le premier étant lexpression
dun idéal, le second au contraire étant
une peinture de la pratique juridique c'est-à-dire
la perception du droit tel quil est vécu.
Ainsi dans les siècles passés des représentations
faisant appel au droit abondaient dans la sculpture, larchitecture,
la peinture. Les artistes, en présence de notions juridiques,
suivaient certaines conventions dès lAntiquité,
au Moyen Age également dans la sculpture romane ou
lenluminure et aux Temps modernes Ripa et surtout Baudoin
sefforçaient donc de les recenser et les préciser.
Mais, dune part, lart ne sarrête pas
à lépoque classique et lenquête
iconologique actuelle en matière juridique ne peut
pas, ne doit pas, négliger les nouvelles formes dart,
cinéma ou bande dessinée où le droit
est très présent surtout à travers la
Justice. Dautre part, le goût actuel de lexpression
abstraite repose sur une totale liberté de lartiste.
Plus encore enfin, liconologie ne saurait de nos jours
senfermer dans un domaine artistique aux frontières
dailleurs bien imprécises alors quen dehors
on parle tant dicônes. Il convient donc de rappeler
dabord quelques traditions historiques de notre civilisation
en remontant au Moyen Age (I) ; mais ce doit être
pour mieux poser la question à propos de liconographie
actuelle : à travers des formes dexpression
si différentes, quelle place peut encore conserver
une iconologie juridique ? (II). Du moins il sagira
simplement ici de donner quelques pistes.
*
* *
I. Liconologie des traditions historiques
Liconographie médiévale
et aussi celle des Temps modernes sont dominées par
la recherche de lexpression dun idéal ;
cette recherche correspond à un but de pédagogie
qui est implicite dans lart de lallégorie.
On en retiendra ici deux exemples, au premier chef le plus
apparent celui de la Justice, lautre celui de la puissance
publique et du gouvernement.
Limage de la Justice sétait construite
à lépoque médiévale sur
lidée dune délégation par
Dieu aux hommes de la fonction de juger, la justice divine
étant par hypothèse parfaite, doù
le sceptre et la main de justice dans les attributs de la
royauté qui à son tour délègue
à ses juges. De là, si la balance était
déjà un attribut de la justice à lépoque
romaine la tradition médiévale y a ajouté
le glaive, signe de la puissance. Mais au XVIème siècle
lidée du pouvoir de juger est plus directement
rattachée à la délégation divine
que chaque juge est alors censé recevoir directement.
Limage de la justice se construit ainsi en toute indépendance
et le modèle de Baudoin marque cette transition. La
Justice y est traitée, sous la forme de la Justice
inviolable (fig. 1),
avec une couronne royale parce que reine des vertus, avec
la balance et lépée nue et droite toujours
prête à combattre le vice, avec un chien dun
côté, symbole de fidélité, et un
serpent de lautre représentant le vice quelle
est obligée de haïr. En même temps le Palais
de justice se construit et sorganise en fonction de
cette conception. Désormais une image de la Justice
en puissance et en majesté, dans une intention pédagogique
certaine, sinscrit au fronton à lantique
des Palais de Justice du XIXème siècle au centre
du triangle couronnant les degrés et la colonnade,
par exemple au Palais de Justice dAmiens (fig. 2) :
la Loi au centre, avec à sa droite la Force qui en
assure le respect et à sa gauche la Justice protégeant
la société contre le crime. Limage de
la Justice était alors fort proche dune autre
image, contigüe, celle de la prison qui, en général,
était placée dans le prolongement du Palais.
Quant à lorganisation politique et à la
puissance publique on trouverait encore linfluence de
Baudoin dans deux directions. En premier lieu il propose des
allégories des trois formes de régime politique :
aristocratie, monarchie et démocratie. Dans son modèle
de la démocratie (fig. 3)
le vêtement est modeste, dit-t-il, comme le peuple lui-même ;
la femme est couronnée de pampres et de feuilles dormeau,
signe de lassociation qui est le fondement du peuple
de même que la grenade quelle tient dans la main
droite. Le peuple nayant pas dambition de vraie
gloire son gouvernement ne fait que ramper comme les serpents
quelle tient dans la main gauche ; enfin à
côté delle les deux sacs de grains symbolisent
la préoccupation essentielle du peuple, les vivres.
Or linfluence de cette allégorie se retrouve
manifestement chez Lebrun (dessin de 1681) (fig. 4)
à un détail près cependant : il
a ajouté à la couronne de pampres des rayons
apparemment inspirés de ceux qui couronnent la monarchie.
En second lieu Baudoin est encore présent sous la Révolution
dans la symbolique du passage de la royauté à
la République, cette fois à partir de son allégorie
de la liberté (fig. 5) .
Elle tient un sceptre dans une main et un bonnet daffranchi,
réminiscence romaine, dans lautre. Or sur le
sceau de la République (fig. 6)
le sceptre est devenu une pique surmontée du même
bonnet daffranchi tandis que de lautre côté
apparaissent le faisceau des licteurs et un gouvernail de
navire ; le sceau du Premier Consul y apportera une précision
par la substitution du bonnet phrygien au bonnet daffranchi
(fig.7) .
Le sceau de la Seconde République devait comporter
une figure de la liberté (arrêté du 8
septembre 1848). Cest le personnage central du panonceau
de notaire de cette époque (fig. 8).
La liberté est représentée par « une
femme assise, la tête de face et radiée, tenant
à droite un faisceau darmes, et appuyée
à gauche sur un gouvernail où se voit gravé
le coq gaulois. Auprès delle une urne où
on lit les lettres SU (suffrage universel) RÉPUBLIQUE
FRANÇAISE DÉMOCRATIQUE UNE ET INDIVISIBLE ».
Ici la liberté cumule la couronne végétale
et les rayons de lumière comme la Démocratie
de Lebrun ; lallégorie de 1848 comporte
aussi un symbole de la prospérité avec une charrue
et des récoltes. Ce thème de la prospérité
ressurgira dans lallégorie républicaine
avec la Semeuse au bonnet phrygien, la République donc,
semant lors dun éclatant soleil levant.
Liconographie classique ne se limitait pas aux allégories
et révèle également des éléments
de peinture de la vie juridique. Le manuscrit du Vieux
coutumier de Poitou (Bibliothèque municipale de
Niort, seconde moitié du XVème siècle),
sil na sans doute pas été un ouvrage
très utilisé dans la vie pratique en donne des
images très concrètes destinées peut-être
à des étudiants. Lartiste, sans doute
guidé par un juriste, a croqué au chapitre des
épaves (fig. 9)
larrivée du sergent amenant un cheval errant
qui est alors acquis au seigneur justicier. Le juge tient
le siège et porte la robe longue ; le sergent,
robe courte, tient son bâton levé parce quil
est en service et que ce bâton représente lautorité
du juge. Le second dessin illustre le chapitre des prescriptions
(10) .
Le paysan qui cultive ce champ est seul, la maison est fermée,
lhorizon est désert, tout est paisible. Il se
comporte en propriétaire et il pourra acquérir
ce champ par la prescription de trente ans si le propriétaire
ne sest jamais manifesté. Mais jusquà
la fin de ce délai le propriétaire peut à
tout moment ouvrir la porte ou apparaître à lhorizon
et faire un acte qui efface totalement la prescription. On
pense à la célèbre scène dun
film de Hitchcok où le danger vient dun tout
petit point de lhorizon.
A
la fin du XVème siècle (1494) une illustration
de luvre de Sébastien Brant, La nef
des fous (fig. 11), donne de la Justice une nouvelle
image appelée à un grand avenir. Le bouffon
attache un bandeau sur les yeux de la Justice ; la dérision
à légard des abus, des juges comme des
justiciables dailleurs, ne fait pas de doute. Laveuglement
est devenu alors un autre signe caractéristique de
la justice. Certes, dès le XVIème siècle,
de savants juristes, Alciat en particulier, se sont efforcés
de trouver une explication plus noble à cette image :
le bandeau garantirait limpartialité de la justice.
Mais lidée première ne sera pas effacée
pour autant et cette image suscitera simultanément
deux interprétations, une justice aveugle ainsi protégée
de la corruption mais beaucoup plus souvent une justice errante,
atteinte de cécité.
Du
XIXème siècle enfin tout le monde connaît
lart dun Daumier et la férocité
de son expression dans la peinture du personnel judiciaire
comme des justiciables : mais dans le style pompier
dune commande au Palais de Justice de Bordeaux (fig.
12) la fresque dune justice assoupie ou distraite,
à la limite de la désinvolture devant la plaidoirie
de lavocat, ne serait-elle pas à sa manière
plus cruelle encore pour la Justice elle-même, la Justice
des hommes ? En tout cas cest ainsi devant cette
iconographie que réagit notre époque contemporaine
à laquelle il faut sattacher maintenant.
II. Liconologie juridique face à lévolution
contemporaine
Se détournant à la fin du
XXème siècle des conventions traditionnelles
didéologie et de pédagogie, lévolution
contemporaine a ouvert lère de la simple communication,
de la liberté dinspiration des architectes et
des artistes, mais aussi de lutilitaire. La matière
iconographique concernant le droit sur laquelle se penche
liconologie en a été profondément
bouleversée ; mais précisément les
modes dexpression étant plus divers laire
de recherche de liconologie nen a pas été
réduite pour autant.
Déjà,
en premier lieu, larchitecture des Palais de Justice
construits dans le dernier quart du XXème donnerait
à penser quil ny a plus vraiment de recherche
pour inculquer un idéal élevé de la Justice,
dautant que les Palais du XIXème siècle
sont toujours là. Ainsi extérieurement le contraste
est saisissant entre les deux Palais de Lille (fig. 13),
le majestueux ancien avec sa colonnade et son fronton et le
nouveau, dune austérité sans signe distinctif,
qui est le premier édifice achevé après
la grande réforme judiciaire de 1958. De
même le contraste est vif entre lancien Palais
de Justice de Bordeaux et le bâtiment qui y a été
adjoint et qui comporte une suite de coques de bois qui abritent
les salles daudience (fig .
14-14 bis). Cependant, au-delà de laspect
extérieur, les nouveaux Palais font encore référence
au plan traditionnel façonné au cours des siècles
et surtout les architectes comme les artistes sollicités
au titre du 1 % décoratif ont dans lensemble
tenu à consulter les magistrats avant de suivre leur
inspiration les portant à notre époque à
labstraction. Or larchitecture entend donner une
« image » de la Justice, une image qui
se veut « positive », c'est-à-dire
dans laménagement intérieur comme dans
laspect extérieur en séloignant
dun idéal traditionnel de rigueur pour rapprocher
dans la mesure du possible la justice dun idéal
plus humanisé : précisément un magistrat
et non des moindres apprécie loriginalité
des salles daudience de Bordeaux parce quelle
concilie la transparence de la justice et le secret nécessaire
à linstitution judiciaire, et particulièrement
la symbolique qui veut que dans ces salles la lumière
vienne den haut. Dans le cadre décoratif les
artistes sollicités ont également rencontré
les magistrats et surtout ils se sont efforcés de traduire
par la sculpture avec toutes formes et tous matériaux
actuels les idées majeures de la justice quils
entendaient évoquer : la transparence qui revient
le plus souvent, mais aussi la souffrance des justiciables,
ou encore luniversalité des droits de lhomme.
Même
si le sens de leurs uvres demeure encore difficile daccès
sil nest pas explicité, comme par exemple
la sculpture du Palais de Justice de Reims (1983) (fig.
15), il faut en revanche souligner laccord qui apparaît
entre architecture et décoration pour présenter
une autre « image » - le mot revient
toujours - de la Justice.
En second lieu, une dimension nouvelle de liconographie
est introduite depuis environ un siècle avec limage
animée, ou encore avec le texte des bulles dans le
dessin animé. Non seulement la Justice est apparue
très tôt au cinéma mais sur le petit écran
elle tient une place journalière depuis des décennies
avec la vogue des séries policières. Or actuellement
les chaînes françaises diffusent beaucoup plus
de séries américaines, anglaises ou allemandes
que de séries françaises. Dans chacune delles
la procédure tient une place essentielle mais il y
a alors pour le spectateur un mélange entre les règles
et les pratiques de la vie judiciaire dans les différents
systèmes. Par lampleur de cette intrusion, particulièrement
du cinéma américain, intervient une sorte de
pédagogie à lenvers, une acculturation
brouillée en matière judiciaire et une ambiguïté
détruisant les repères. Au surplus il semble
que les metteurs en scène américains soient
beaucoup plus préoccupés de réalisme,
c'est-à-dire en particulier dexactitude de la
procédure dans leur propre système, même
si le temps nest plus dans le cinéma français
où lon ne voyait la Justice quà
travers le décor et une fausse mise en scène,
grandiloquente, des assises. Les séries policières
françaises sattachent désormais plus volontiers
à une peinture des relations de travail et de pouvoir
dans les enquêtes à travers des rapports supposés
entre policiers, gendarmes et juge dinstruction. Peut-être
à cause de cela aussi quelques autres films français
sur la Justice elle-même ont été tournés
en milieu judiciaire avec la collaboration de la magistrature ;
ces films, en quelque sorte expérimentaux, se veulent
surtout documentaires. Ainsi le but est-il de montrer une
image moins caricaturale que celle trop facilement inhumaine
si souvent répandue ; ce sera en particulier la
peinture du fonctionnement dune juridiction, y compris
de lenvers du décor, et de la charge qui pèse
sur ceux qui jugent. Cest encore ouvrir la voie à
autre une forme de pédagogie, aux antipodes de lallégorie.
En troisième lieu enfin, un vaste champ dinvestigation
simpose à liconologie juridique avec lactuel
développement de lutilisation dimages fixes
stylisées et lon entre là dans un autre
domaine, celui des « icônes »
si prisées de nos jours. Le fait en lui-même
nest pas nouveau mais le besoin croissant de simplification
pour une plus grande rapidité provoque la création
dun véritable langage des signes. De plus simpose
la nécessité, lobligation, de communiquer
au sens littéral du terme avec une partie de population
illettrée ou étrangère y compris du fait
de la mondialisation.
Dabord des icônes donnant en apparence une simple
information présentent en réalité des
symboles liés au droit de la responsabilité,
ainsi à propos de la responsabilité du fabricant
en cas derreur de manipulation par lutilisateur.
De plus des icônes transmettent aussi un message déventuelle
coercition au-delà de linformation. Tout le monde
connaît la petite lettre c inscrite dans un cercle,
licône du copyright, avec, on sen souvient,
la fameuse formule « tous droits réservés
pour tous pays y compris lURSS »
Sans
remonter jusquaux panonceaux à fleurs de lys
qui étaient placés au Moyen Age sur les biens
saisis par ladministration royale ou placés sous
sa sauvegarde, certaines de nos icônes contemporaines
assorties dune interdiction sont déjà
assez anciennes, nées avec les dangers de lélectrification
(le fameux éclair) ou plus récemment ceux du
nucléaire (une tête de mort noire sur fond jaune).
Et il suffira de rappeler toute la signalisation suscitée
par le Code de la route, iconographie constituant un langage
complexe dont il faut apprendre toutes les subtilités
sans compter la sanction pénale attachée au
non respect sur la voie publique dun simple disque rouge
barré dun rectangle blanc.
Cependant lévolution actuelle tendant à
lextrême simplification laisse en même temps
une place à lambiguïté si bien quelle
a entraîné aussi laffaiblissement dune
ancienne pédagogie par limage, voire du caractère
sacré de certains symboles ; un exemple caractéristique
en est certainement la mutation de limage de la République.
Ainsi sur le timbre-poste lié au monopole de ladministration
avec la mention RF est-on passé dun visage coiffé
du bonnet phrygien, visage parfait mais impersonnel, à
la suggestion faite à lartiste graveur de prendre
pour modèle une artiste très connue, linformation
étant complaisamment diffusée. Retenons encore
labandon dun symbole peut-être devenu dérisoire,
celui de la République sous les traits de la Semeuse,
qui figurait encore sur les avis dimposition sur le
revenu en 1981 tandis quelle a illustré lultime
série des pièces de la monnaie fondée
sur le franc.
En ce sens la vogue du logo qui se veut symbole par excellence
retient lattention. Car, par nature simplifié
à lextrême, il peut aussi couvrir une approximation
voire une modification du sens de limage utilisée.
Dabord
des maisons dédition ont réduit dans leurs
logos lensemble du droit aux seuls symboles de la Justice :
aux Presses Universitaires de France la collection Thémis
à vocation généraliste est placée
sous lunique symbole de la balance (fig.16) ;
dans
le même sens le logo des Editions Dalloz est encore
plus précis puisquil y associe le glaive (fig.17).
Jean Carbonnier rappelait cependant que la Justice nest
quune part, petite en volume et pathologique, de la
vie du droit. Dernier avatar dun logo, la curieuse interprétation
de celui du Conseil supérieur du notariat. Ce dernier
a tiré en effet du panonceau en usage depuis la seconde
République un logo (fig. 18) dabord sous
une forme assez traditionnelle puis davantage stylisée .
Or dans lété 2008 est paru dans une revue
professionnelle un article pour la défense de ce logo.
Lauteur rappelle que cette adaptation du panonceau créée
par une agence publicitaire sur concours ouvert par le notariat,
a été choisie après étude qualitative
de lIfop auprès des clients et de lensemble
des notaires, donc sur un sondage favorable au symbole traditionnel.
Or lauteur voit dans cette image une « marque »
du notariat au même titre que les chevrons de Citroën,
le monogramme de Louis Vuitton ou même comparaison
inattendue pour le notariat le crocodile de Lacoste
Ajoutant que les marques célèbres ne se lisent
pas mais quelles se reconnaissent, donc à partir
dun message convenu, lauteur y voit lincarnation
des valeurs du notariat, confiance, sérieux, compétence,
rigueur, mais il oublie la première qualité
et garantie de responsabilité symbolisée par
le vieux panonceau qui est celle de loffice ministériel.
Bref dans cet article est alors opéré sur cette
image, pourtant symbole précis du notariat, le transfert
dun message ne relevant plus que dune quelconque
publicité dentreprise.
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* *
En conclusion, dévidence liconographie
actuelle en matière juridique ne puise plus dans le
recueil de signes ou dallégories qui exprimait
un idéal de rigueur. On cherche plutôt à
diffuser des images qui se veulent plus réalistes pour
faire naître des sentiments nouveaux au nom dune
humanisation du droit tandis que limage utilitaire à
la signification simple et conventionnelle devient une facilité,
voire une panacée. Mais il nest pas sûr
que cette rigueur et le sacré qui entouraient le droit
et les symboles de la Justice puissent être totalement
et définitivement écartés. En réalité
dans limmédiat liconographie ne fait que
traduire un manque de repères précis et, bien
au-delà, les doutes non pas seulement dun corps
judiciaire mais de lensemble des juristes sur létat
et le devenir du système juridique. Il se pourrait
alors que le besoin se fasse à nouveau sentir de repères
solides car les images que lon cherche à suggérer
aujourdhui néchappent pas, bien au contraire,
à la recherche dun idéal. Lépoque
des icônes annonce peut-être aussi une transition
vers un autre mode dexpression encore balbutiant. Pour
lheure liconologie juridique nest pas réduite
à analyser une matière lointaine et historique.
Au contraire elle a toujours à sinterroger sur
une iconographie en pleine évolution, bien différente
et souvent énigmatique, mais quil faut tenter
de déchiffrer et de mettre en perspective. Liconologie
rappelle plus que jamais que lon ne saurait aborder
le présent, le présent du droit, sans mémoire.
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