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Raphaël Hadas-Lebel
DÉMOCRATIE
ET REPRÉSENTATION DE LA SOCIÉTÉ CIVILE
séance du lundi 15 février 2010
Je suis très heureux et honoré
de pouvoir apporter ma contribution à la réflexion
passionnante que lAcadémie des Sciences morales
et politiques a choisi de mener tout au long de lannée
2010 sur la démocratie.
Jai toujours été frappé, en effet,
alors que jenseignais naguère ou plus exactement
jadis - les institutions politiques à Sciences Po,
par cet étrange paradoxe qui nest certainement
pas étranger à la réflexion de votre
Académie sur la démocratie. Dun côté,
la démocratie apparaît comme laboutissement
ultime, lhorizon indépassable des régimes
politiques, qui lemporte sur tous les autres comme légitime
par essence, puisquelle assure par principe le gouvernement
du peuple par lui-même. Dun autre côté,
sa pratique est lobjet de contestations récurrentes,
parfois de rejet, en tout cas dune insatisfaction qui
nourrit une manière de déception perpétuelle.
La démocratie ne serait-elle alors quune utopie,
au sens presque étymologique du terme, en ce quelle
ne trouverait nulle part son lieu ?
Cest dans cette perspective que se situe la réflexion
que je souhaite développer devant vous. Je partirai
donc des insatisfactions et des questionnements que suscite
aujourdhui la pratique de la démocratie dite
représentative. Janalyserai ensuite les conditions
dans lesquelles on a vu émerger, dans ce contexte,
le thème de la société civile dans le
débat public autour de la démocratie. Ce qui
me conduira, dans un troisième temps, à examiner
dans quelle mesure et selon quelles modalités une certaine
représentation de la société civile peut
contribuer à enrichir lexercice de notre démocratie.
I Insatisfactions et questionnements sur la démocratie
représentative
1. Les démocraties occidentales,
depuis la fin du XVIIIème siècle, ont fait le
choix de la démocratie représentative, principe
qui continue de gouverner le fonctionnement de nos institutions.
Non que nos premiers constituants naient pas été
conscients, dès cette époque, de cette aporie
à laquelle tous les régimes démocratiques
sont confrontés : comment concilier démocratie
et représentation, sans quil en résulte
une trahison de lidée même de démocratie ?
Ceux qui, tels Montesquieu puis Sieyès, ont entrepris
de théoriser autour du gouvernement représentatif,
se sont attachés à montrer que la représentation
est un moyen de garantir le bon exercice du pouvoir, en modérant
les possibles excès du peuple. Ils constatent en outre
quà la différence de la cité antique,
une collectivité de grande taille a besoin du recours
à la représentation pour assurer son gouvernement,
notamment voter la loi et contrôler ce gouvernement.
Appliquant à la politique les principes de la division
du travail, Sieyès ajoute même que la fonction
spécialisée que constitue la politique doit
être logiquement exercée par des hommes eux-mêmes
spécialisés dans cette matière. Quant
à laméricain Hamilton, il voit dans la
démocratie moderne « un combiné inédit
de démocratie et daristocratie ».
La représentation doit ainsi permettre de sélectionner
une élite capable dassurer la gestion du politique.
Cette conception, pleinement acceptée aux États-unis
comme au Royaume Uni, a suscité, en revanche, bien
des réserves en France, où on a été
beaucoup plus sensible à la notion de souveraineté
populaire dont Rousseau sest fait le théoricien.
Rousseau avait certes conçu le Contrat social
comme cette forme dassociation « par laquelle
chacun, sunissant à tous, nobéisse
pourtant quà lui-même et reste aussi libre
quauparavant ». Mais il avait en même
temps eu lintuition de la contradiction inhérente
aux démocraties modernes, à savoir « que
la puissance législative ne peut sy montrer elle-même
et ne peut agir que par députation». Ainsi, la
démocratie ne peut exister sans représentation,
mais si elle passe par la représentation, elle se perd
dune certaine manière.
Pour réduire le risque de captation de la volonté
populaire par les représentants, Rousseau avait bien
imaginé des formules telles que des élections
plus fréquentes, ou linstauration du mandat impératif,
ou encore le recours au référendum. Mais au
fond, il reste convaincu que le gouvernement démocratique
nest vraiment fait, selon la formule devenue célèbre,
que pour un « peuple de dieux ».
2. Cette problématique de la démocratie
na guère changé depuis le XVIIIème
siècle. Nul ne conteste que le suffrage universel a
constitué un extraordinaire acquis dans lhistoire
des sociétés humaines, au point que lélection
continue dêtre un élément central
de la légitimité des gouvernants. Et pourtant,
même si le recours à des assemblées élues
savère indispensable pour le fonctionnement quotidien
des institutions, ce passage obligé par le régime
représentatif reste aujourdhui plus que jamais
une source de nombreuses insatisfactions.
Que la critique vienne aujourdhui des successeurs des
marxistes de naguère, qui contestaient ce quils
appelaient la « démocratie formelle »,
cela ne devrait pas nous surprendre, encore moins nous émouvoir.
On retrouve la même rhétorique dans les critiques
dun Alain Badiou contre les démocraties libérales
ou dans les appels du néo-marxiste Slovène Slavoj
Zizek à la confrontation et à la « mobilisation
populaire ». Toutefois le questionnement apparaît
plus convaincant quand il vient dintellectuels qui,
tels Pierre Rosanvallon ou Marcel Gauchet, ne sont pas suspects
de complaisance pour les thèses extrêmes.
Les spécialistes de la science politique ont constaté
depuis longtemps lérosion régulière
de la démocratie délection, érosion
qui trouve son expression dans plusieurs phénomènes
connus : dans la montée des taux dabstention
pour les diverses consultations électorales, dans la
faveur dont bénéficient souvent les mouvements
extrêmes à droite ou à gauche aux dépens
des partis du gouvernement, dans la contestation systématique
des gouvernements en place lors des élections générales,
dans une tendance des citoyens à se détacher
de la politique, voire à la stigmatiser.
Parmi les facteurs les plus souvent avancés pour expliquer
ce déficit de la démocratie représentative,
on retiendra dabord la faiblesse inhérente à
un système qui ne donne à lélecteur
loccasion de sexprimer que de façon discontinue
et espacée : « La démocratie
ne consiste pas à mettre épisodiquement un bulletin
dans lurne et à déléguer les pouvoirs
à un élu, puis à se taire pendant cinq
à sept ans », soulignait déjà
Pierre Mendès France en 1962 dans la République
moderne. Un acte de quelques secondes tous les cinq ans
ne suffit pas à épuiser la souveraineté
du citoyen. La démocratie ne saurait être intermittente.
Sajoute un ressentiment devant plusieurs autres insuffisances
de la démocratie représentative : le formalisme
convenu des discussions parlementaires ; le caractère
souvent artificiel, au regard des préoccupations populaires,
des débats politiciens entre professionnels de la politique ;
les échecs récurrents du gouvernement des élites,
dotés dune bureaucratie pourtant puissante, face
aux situations de crise des dernières décennies ;
la montée en puissance dun nouveau pouvoir, celui
des médias, face aux pouvoirs traditionnels, gouvernement
et parlement. On peut aussi noter, selon la thèse intéressante
de Marcel Gauchet, la poussée ininterrompue et généralisée
des droits individuels qui, à être évoqués
sans cesse, déstabilisent lédifice démocratique
en réduisant les moyens daction de la collectivité.
Mais on peut aussi aller plus loin dans lanalyse et
constater avec Pierre Rosanvallon - dans ses cours au Collège
de France- que les insuffisances constatées de la démocratie
parlementaire tournent en réalité autour de
deux phénomènes. Dabord le déphasage
entre les temps en présence. Lélection
est, on la vu, une procédure qui ne se répète
quà des échéances espacées.
Il en résulte une tension entre le rythme toujours
un peu lent des institutions démocratiques et le rythme
rapide des questions qui se posent, rythme rapide accentué
par le rôle des médias. Dans ce contexte daccélération
du temps de débat politique, lidentification
entre gouvernés et gouvernants, qui est constatée
au moment de lélection, sérode ensuite
progressivement à mesure que sexerce laction
gouvernementale. Le gouverné se retrouve de moins en
moins dans le gouvernant.
Un second phénomène est la diversité
des situations individuelles des citoyens. Il faut reconnaître,
au-delà du citoyen abstrait de la démocratie
traditionnelle, la réalité de la société
telle quelle existe, avec des personnes ayant des identités
personnelles, professionnelles, locales, sociales, culturelles
différenciées, et qui ont du mal à sexprimer
dans les formes classiques de la démocratie :
doù la recherche de canaux plus souples, propres
à compenser ce que la démocratie abstraite peut
avoir de réducteur. A cet égard, le principe
majoritaire, qui est à la base de la logique du suffrage,
tend souvent à écraser les opinions minoritaires
et à neutraliser la diversité du corps social.
Lintérêt du plus grand nombre ne se réduit
pas toujours à celui dune majorité, tant
les citoyens se perçoivent comme une addition de situations
particulières. Au delà des formes traditionnelles
de la représentation, on sattache à trouver
pour ces situations particulières des modes dexpressions
nouveaux.
Ainsi se développe le sentiment que la démocratie
représentative comporte à la fois, comme lavait
déjà vu Hamilton et comme la analysé
plus récemment Bernard Manin, des traits démocratiques,
et une dimension oligarchique. Dès lors, elle court
le risque de sanémier, en tant que démocratie,
si elle ne sappuie pas sur une autre démarche,
plus participative. Cest dans ce contexte que lon
a vu progressivement émerger, à coté
de à la démocratie élective, lidée
dune représentation à définir de
la société civile. Cest le deuxième
temps de notre réflexion.
II Lémergence du thème de la société
civile et de sa représentation dans le système
politique
De fait, le concept de la société
civile connaît aujourdhui un incontestable renouveau
dintérêt, tant dans les débats sur
lévolution de notre société que
dans les réflexions sur lavenir de la démocratie.
1. Encore faut-il préciser ce quon entend
par société civile. Le terme est ancien. Mais
on constate que ceux qui utilisent cette notion sabstiennent
souvent den donner une définition rigoureuse.
Un groupe de travail que javais animé sur ce
point en 2001-2002, au sein du Conseil économique et
social, sétait essayé après dautres
à en expliciter le sens : la société
civile, cest au fond « lensemble des
citoyens, dans la diversité de leurs appartenances
professionnelles et sociales », mais qui se distingue
de la simple « opinion publique », en
ce quelle implique « une volonté de
participation à travers des organisations, associations
et structures très diversifiées, ayant pour
finalité de concourir à la poursuite dobjectifs
à caractère économique, social, culturel,
éducatif, sportif, humanitaire, civil ou autres ne
ressortissant pas directement à la sphère politique
et étatique ». Nous voyons bien se détacher
les éléments constitutifs de cette définition :
un ensemble de citoyens, regroupés au sein dorganisations
diversifiées, autour de finalités spécifiques,
et fonctionnant indépendamment de la sphère
étatique.
De fait, la place dun homme dans la société
peut être considérée sous plusieurs angles,
au moins trois. Dun côté de ce triptyque,
il y a lhomme dans sa singularité, qui relève
de la sphère privée, celle du groupe familial.
Dun autre côté, il y a la collectivité
étatique dont il est membre. Entre la sphère
privée et le politique et, il y a un espace très
diversifié qui constitue le panneau central de ce triptyque
et qui est la société civile, que déjà
en 1821, Hegel situait « entre la famille et lEtat ».
Cest le monde des intérêts très
variés, économiques, affectifs, esthétiques
ou dappartenance qui regroupe les individus en un foisonnement
dorganisations collectives, notamment par le biais du
mouvement associatif.
Deux types dapproche existent toutefois quant à
la détermination des composantes de cette société
civile.
Selon une première approche, dans laquelle se place
incontestablement la France, la société civile
est conçue comme incluant tout ce qui relève,
au sens large du terme, de la sphère non publique,
(le champ de la famille étant par ailleurs exclu comme
on la vu). Cette approche dualiste, qui oppose société
civile et société politique, reflète
assez bien les conditions historiques dans lesquelles la société
civile sest progressivement affirmée, en se distinguant
précisément de la sphère étatique.
Ainsi, la société civile inclurait dun
côté la fonction productive cest
le monde du marché, qui sexerce au sein
des entreprises et qui est ainsi le lieu de confrontation,
de négociation et de dialogue entre patronat et organisations
syndicales, de lautre un nombre très varié
dentités sociales et tout particulièrement
le secteur associatif.
Selon une autre approche, en vigueur dans le monde anglo-saxon,
les entreprises comme force de production ne constitueraient
pas en tant que telles des composantes de la société
civile. Selon cette approche tripartite de la société
civile, il existerait, à côté de la fonction
gouvernementale et de la fonction productive, un tiers secteur,
celui du lien volontaire, qui couvrirait principalement ce
quil est convenu dappeler les organisations non
gouvernementales (ONG) et constituerait le cur de la
société civile, en laissant à lextérieur
le monde de léconomie.
Quelle que soit la définition retenue, la société
civile reflète surtout la diversité des situations
dans lequel se trouve le citoyen. Cest un fait que la
citoyenneté abstraite de lindividu au sein de
lEtat ne rend pas suffisamment compte de la réalité
de sa situation. Lhomme étant un être social
avant davoir une identité politique, chaque individu
a une ou plusieurs appartenances, à caractère
ethnique, religieux, local, culturel ou autre ; le même
individu est à la fois travailleur, consommateur, habitant
dun quartier ou partisan dune cause qui lui est
chère. Cest à travers toutes ces appartenances
multiples, dans la diversité de leurs expressions,
que chaque membre de la société civile tente
de définir son identité sociale.
2. Il reste quun incontestable clivage a toujours
existé entre lEtat et la société
civile, qui se présente souvent comme un contrepoids
à la puissance de lEtat. Cest dailleurs
en ce sens que Hegel a opposé société
civile (Bürgerlische Gesellschaft) et Etat (Staat).
Sagissant précisément des rapports entre
la société civile et lEtat, le poids de
lhistoire est déterminant. En France, le processus
de décision politique a eu beaucoup de difficultés
à saffranchir de la philosophie rousseauiste
sur laquelle a été bâti tout notre droit
au moment de la Révolution : dun côté,
il y a le citoyen abstrait, titulaire, en tant que citoyen,
dune partie de la souveraineté, de lautre,
lEtat qui, à travers lélection de
représentants, représente cette souveraineté
et détient le monopole de lexpression de lintérêt
général. Entre les deux, il ny a rien.
Après linterdiction édictée par
la Loi Le Chapelier en 1791, les groupes intermédiaires,
de droit public comme de droit privé, nont été
ensuite admis et reconnus quavec méfiance.
Ainsi, il faut attendre la deuxième partie du XIXe
siècle pour que les collectivités territoriales
soient dotées dun statut dautonomie relative
(1871-1884). De même, ce nest que vers la fin
du XIXe siècle que la liberté de constitution
et dexercice des sociétés commerciales
et des organisations syndicales a été reconnue.
Enfin, cest en 1901 seulement quest adopté
le régime juridique des associations. Il aura donc
fallu bien du temps pour que les groupements de diverses natures
reçoivent enfin droit de cité, comme nécessaires
à la bonne régulation de la société.
Pourtant, les gouvernements ont progressivement ressenti,
devant limportance croissante des faits économiques
et sociaux dans la gestion du pays, la nécessité
dassocier les diverses composantes de la société
civile à la préparation des décisions
politiques, voire à la gestion de domaines croissants
de la vie économique et sociale. En dépit de
la vieille méfiance jacobine envers les « coalitions »,
ils lont fait sous des formes extrêmement variées,
qui vont de la simple consultation préalable à
travers ce quon a appelé la « polysynodie »
foisonnante de ladministration consultative, jusquà
un véritable transfert de compétences, sous
la forme dune cogestion de pans entiers de laction
économique et sociale avec des organisations de la
société civile, en passant par toutes les formes
variées de concertation, de négociation ou de
règlement des conflits.
Le rôle des associations sest par ailleurs considérablement
accru et diversifié, bien au-delà de ce qui
était prévu en 1901, au moment de ladoption
de leur statut. En 1901, les associations avaient été
conçues comme un regroupement dinitiatives individuelles
et privées pour la défense dintérêts
spécifiques, sur la base du volontariat et du bénévolat.
Aujourdhui, ces organismes se sont vus confier un grand
nombre de tâches dutilité publique ou dintérêt
général, dans des domaines aussi divers que
lagriculture, le domaine sanitaire et social, le sport,
mais aussi lurbanisme et lenvironnement. Certaines
dentre-elles, bien que personnes de droit privé,
assument la gestion dun service public, avec la possibilité
dexercer des prérogatives de puissance publique.
Ces phénomènes coïncident par ailleurs
avec des interrogations plus larges sur le rôle de lÉtat,
qui résultent, notamment des limites constatées
de lÉtat-providence et de lÉtat
entrepreneur, après une période dextension
de son domaine daction.
Dans un pays comme la France où lEtat a longtemps
joué un rôle structurant dans la constitution
de la nation et dans le développement du pays, ces
interrogations sur le rôle de lÉtat saccompagnent
tout naturellement dune revalorisation de la place de
la société civile. Pendant longtemps, on na
guère contesté lapproche, héritée
notamment de la Révolution française, selon
laquelle lintérêt général
est défini par lEtat, comme seul détenteur
de la souveraineté nationale, avec comme postulat lidée
dun refus de corps intermédiaires entre lindividu
et lEtat. Les tenants de cette approche continuent dailleurs
à critiquer le poids des groupes de pression et leur
tendance à fragmenter, voir à « balkaniser
» lintérêt général.
Toutefois, sil est vrai quau-delà des intérêts
collectifs contradictoires qui peuvent sopposer, les
autorités politiques de lEtat sont légitimes
à dégager un intérêt général,
il reste que dans la ligne de lexpérience constatée
dans les pays anglo-saxons, on estime aujourdhui quen
définitive, « personne na le monopole
de lintérêt général ».
Dans ce contexte, une représentation plus organisée
de la société civile peut-elle alors répondre
aux insatisfactions suscitées par la pratique de la
démocratie et contribuer à une rénovation
de la pratique démocratique ? Cest cette
question que nous allons maintenant aborder dans le dernier
volet de notre réflexion.
III Représentation de la société
civile et rénovation de la démocratie
Pour répondre à linsatisfaction
que suscite la pratique des formes traditionnelles de la démocratie
représentative, divers remèdes ont été
avancés, voire expérimentés, en vue de
favoriser une meilleur participation à la prise de
décision collective.
1. Dans nombre de pays, qui ont fait le choix de la
démocratie représentative, la première
idée qui sest imposée est celle de faire
une place à des techniques de démocratie
directe. Il sagit de réactualiser lidéal
démocratique de la Grèce antique, celui de la
participation directe des citoyens a la prise de décision
politique, ainsi que la analysé la philosophe
Hanna Arendt. Cest le cas de la France, en 1958, à
linitiative du Général de Gaulle. « La
souveraineté nationale, affirme larticle 3 de
la Constitution, appartient au peuple qui lexerce par
ses représentants et par la voie du référendum ».
De fait, le référendum, le plus souvent constitutionnel,
mais parfois aussi législatif, permet de corriger certaines
faiblesses du régime représentatif, en permettant
la participation directe du citoyen, sans passer par le prisme
déformant de la démocratie médiatisée.
Lévolution du niveau dinstruction, le développement
de linformation devraient dailleurs logiquement
permettre au citoyen du XXIe siècle dêtre
mieux à même à prendre directement des
décisions sur les questions majeures qui le concernent.
Mais si lon met à part lexpérience
pittoresque du Landsgemeinde de certains cantons suisses,
nous sommes tous conscients de ce que la pratique du référendum
soulève dautres types de questions, du fait de
lambiguïté qui sattache souvent aux
conditions de la consultation populaire, de son inadaptation
à traiter de questions complexes, des risques de dérives
démagogiques qui sy attachent parfois. Le nouvel
article 11 de la Constitution consécutif à la
révision constitutionnelle de 2008, institue la possibilité
dun référendum dinitiative parlementaire
et populaire (initiative dun cinquième des membres
du Parlement soutenue par un dixième des électeurs
inscrits sur les listes électorales) : les perspectives
ouvertes par cette réforme sont pour le moins incertaines,
encore que lutilisation de cette procédure soit
déjà envisagée par les groupes qui sopposent
à la transformation du statut de la poste.
2. Au-delà de ce recours à des techniques
de démocratie directe, lidée daccroître
limplication et la participation des citoyens dans le
champ de la décision politique a trouvé récemment
une nouvelle expression dans la thématique participative,
qui a même constitué un thème privilégié
de la candidate à lélection présidentielle
française de 2007, ce qui na pas toujours aidé
à la crédibilité de cette thématique.
Le thème nest pas nouveau, puisque lon
assiste depuis plusieurs décennies à une grande
diversité dexpériences en ce sens, tant
en France quà létranger. Il sagit
de mettre en place, a coté des dispositifs « verticaux »
que représentent les institutions constitutionnelles,
des mécanismes « horizontaux »
constitués en réseau, et permettant la libre
expression des citoyens.
En France, on peut citer des expériences telles que
les conseils de quartier, le recours à des ateliers
populaires durbanisme, la mise en place de panels ou
forums hybrides « experts-usagers »
et, de façon plus institutionnelle, linstitution
en 2002 dune commission nationale du débat public.
Il est clair aussi que le développement dinternet
offre de nouvelles potentialités pour le développement
des techniques participatives, par le biais de blogs, de forums,
de systèmes de pétitions. Certains ont même
attendu à tort de ces techniques de communication,
une transformation radicale des relations entre gouvernants
et gouvernés. A tout le moins, permettent-elles une
expression libre qui se superpose à un débat
plus organisé. Cest encore à cette tendance,
que se rattache la multiplication démissions
interactives avec le public à la radio et à
la télévision, y compris celle qui a réuni
récemment une douzaine de personnes autour du Président
de la République sur TF1. Certains pays étrangers
sont même allés plus loin dans des démarches
participatives : cest le cas de villes comme Porto
Alegre qui a développé le budget participatif,
ou de certains pays du nord de lEurope, qui ont multiplié
les conférences de consensus ou jurys citoyens, constitués
de citoyens tirés au sort et chargés de rendre
un avis sur un projet donné. Le développement
récent en France détats généraux,
curieusement dénommés « Grenelle »
se rattache, à bien des égards, à ces
procédures participatives. Quant aux panels scientifiques
sur le réchauffement climatique développés
au Danemark avant la conférence de Copenhague, ils
ont montré à la fois leur intérêt
et leurs limites.
Car ces pratiques ont aussi leurs limites. On est aujourdhui
revenu des illusions sur une démocratie électronique
permettant aux citoyens de sexprimer en continu sur
tous les sujets. Pour le reste, outre que la technique du
tirage au sort (ou stochocratie) ne va pas de soi, on sent
bien quil sagit ici de démarches sporadiques,
principalement applicables à la gestion locale. Le
risque existe aussi que dans ce système éclaté
et diffracté, le débat ne soit capté
et instrumentalisé par les plus mobilisés et
les mieux organisés, et pas nécessairement par
les plus légitimes. De là, les réticences
des élus face au développement de ces mécanismes.
3. Dans le même souci de faire vivre la démocratie
de façon permanente, certains théoriciens ont
exploré une autre idée, celle de développer,
à côté de la démocratie électorale,
des contre-pouvoirs chargés de remplir des fonctions
de contrôle, dexpertise, dévaluation
ou de jugement, propres à vérifier que les pouvoirs
sont exercés par les gouvernants conformément
aux missions pour lesquelles ils ont été élus.
Cest ce que Rosanvallon appelle la contre-démocratie.
Cette démocratie de la surveillance serait, selon cette
thèse, fondée sur un principe de défiance,
là où lélection est fondée
sur la confiance. La fonction de surveillance pourrait être
assurée, selon le cas, par des structures informelles
mais aussi par des institutions telles que les juridictions
constitutionnelles ou les autorités indépendantes
de régulation, qui tireraient leur légitimité
non pas de lonction électorale, mais de leur
impartialité reconnue.
Cette approche renouvelée des contre-pouvoirs ne manque
pas dintérêt, en ce quelle met en
lumière une nouvelle culture de la responsabilité
politique, qui relève de ce que les anglo-saxons appelle
accountability (reddition de comptes). Mais lon perçoit
aisément les limites qui sattachent à
cette légitimité dimpartialité,
coupée de tout lien avec lélection. Pierre
Rosanvallon défend lidée dune légitimité
non électorale de ces types dinstitutions, qui
trouverait sa source dans lindépendance de leur
statut, dans le consensus qui entoure leur mise en place,
dans les comptes quelles rendent à lopinion.
Cette légitimité qualitative ou statutaire fortement
subjective et informelle nen est pas moins ambiguë.
En outre, jéprouve une certaine réticence
à valoriser un système qui se définit
comme pouvoir de méfiance ou dopposition, qui
limite la capacité daction des gouvernants et
risquerait douvrir la porte à des dérives
populistes. Mieux vaudrait trouver les voies dun rapport
plus positif à la politique, fondé sur ladhésion
plutôt que sur le rejet.
Dans le même esprit, on confère parfois aux médias
cette mission de vigilance. Mais gare à ne pas se laisser
très vite entraîner dans les dérives de
la démocratie dopinion, qui oscille de façon
souvent démagogique au gré des modes idéologiques,
des emballements de lopinion et du fluxdes sondages.
4. Démocratie directe, démocratie participative,
contre-démocratie : les formules nont pas
manqué, on le voit, pour tenter de renouveler le contenu
de la démocratie. Toutefois, la prise de conscience
du rôle croissant de la société civile
a conduit à explorer parallèlement une autre
piste, qui consiste à établir des relations
organisées entre la sphère des institutions
politiques et celle de la société civile.
Cest ce qui a conduit à la création, il
y a plus de quatre-vingts ans dun organe spécifique
ayant pour vocation de représenter auprès de
lEtat les forces économiques et sociales qui
constituent la société civile. Cette institution,
aujourdhui inscrite dans la Constitution, sous le nom
de Conseil économique, social et environnemental,
a toujours suscité des appréciations constrastées.
Il sagissait, après la première guerre
mondiale, de conférer un rôle institutionnel
aux principaux groupes socioprofessionnels, entreprises, organisations
syndicales notamment. Mis en place par décret en 1925
sur le modèle allemand de la Constitution de Weimar
est-ce aussi linfluence de certaines institutions
corporatistes ? puis consacré par la loi
en 1936, le Conseil national économique devait être
constitutionnalisé en 1946, au moment où la
reconstruction exigeait une mobilisation des acteurs sociaux,
puis élargi, sous le nom de Conseil économique
et social, en 1958.
Il est intéressant de noter que la composition du conseil
reflète bien ce que jappelais lapproche
française de la société civile. Pour
linstant, il est composé, dun côté,
de représentants des salariés et des entreprises,
dun autre côté, des représentants
du monde de la coopération, de la mutualité
et des associations, à quoi sajoutent des représentants
de loutre-mer, des Français vivant hors de France
ainsi que des personnalités qualifiées. Quant
à sa composition future, définie par le projet
de loi organique qui est en cours de discussion au Parlement,
elle continue de répondre à cette définition
dite française, puisque le projet structure le Conseil
en trois groupes : représentants de la vie économique
et du dialogue social, représentants de la cohésion
sociale et territoriale et de la vie associative, à
quoi sajoutent, de manière nouvelle, des représentants
compétents en matière de protection de la nature
et de lenvironnement.
Le conseil na quune fonction consultative ainsi
quil ressort de larticle 1er de la loi organique
(ordonnance du 29 décembre 1958 modifiée) :
« le conseil économique et social est
auprès des pouvoirs publics une assemblée consultative.
Par la représentation des principales activités
économiques et sociales, le conseil favorise la collaboration
des différentes catégories professionnelles
entres elles et assure leur participation à la politique
économique et sociale du gouvernement ».
Il est, dans cette perspective, une structure institutionnelle
permettant aux principales organisations de la société
civile dintervenir par la voie de la consultation dans
le processus de décision politique.
Les mêmes finalités se retrouvent au niveau régional,
avec la création dès la loi du 5 juillet 1972
plusieurs fois modifiée depuis, de comités puis
de conseils économiques et sociaux régionaux
qui ont pour mission déclairer par leurs conseils,
avis et propositions, laction des conseils et des exécutifs
régionaux. Cest bien une originalité du
système démocratique français que davoir
organisé la représentation des intérêts
économiques et sociaux au niveau national, puis davoir
décliné cette représentation au niveau
régional.
Ce qui est frappant, cest que linitiateur des
institutions sur la Vème République, le Général
de Gaulle, dont un des soucis majeurs était la rénovation
des institutions et le renforcement de lexécutif,
a aussi mis au rang de ses priorités politiques le
thème de la participation de ce quil appelait
les « forces vives », ce qui la
conduit, après les événements de mai
1968, à linitiative controversée de soumettre
au référendum une réforme du Sénat
qui avait sans doute aussi dautres objectifs
mais qui comportait une fusion de cette assemblée
avec le CES. Il aurait sans doute été plus raisonnable
de ne pas mêler dans une même assemblée
élus et socio-professionnels. Le Conseil économique
et social a donc conservé, depuis, un rôle relativement
limité dans léquilibre des institutions.
La réforme de 2008, qui modifie sa dénomination
en Conseil économique social et environnemental, renforce
toutefois les conditions dexercice de cette mission
et élargit la place des représentants du monde
de lécologie.
Au fond, on peut analyser cet organisme comme une institution
qui se situe ainsi à la charnière de la société
civile et de la société politique. Il est une
institution constitutionnelle qui ne fait pas lui-même
partie de la société civile, mais qui représente,
sinon lintégralité de la société
civile, du moins, une partie importante de celle-ci, à
travers les organisations syndicales et patronales, les chambres
consulaires, les représentants des organisations familiales
et du monde associatif. En ce sens, le Conseil est lexpression
dun processus dinstitutionnalisation de la société
civile. Le politologue allemand Jürgen Habermas a souligné
limportance pour les acteurs de la sphère politique
de ne pas être coupés des aspirations concrètes
du corps social. A cette fin, Habermas a esquissé un
modèle de démocratie dite délibérative
faisant une place au rôle des associations et des débats
publics, mais privilégiant surtout des espaces de délibération
permettant à la société civile de contribuer
à mieux éclairer le décideur politique.
La composition et le fonctionnement de tels conseils font
parfois lobjet de critiques légitimes et leur
mode dintervention pourrait à coup sûr
amélioré. Toutefois, il faut constater quil
remplit une mission, complémentaire de celles des structures
politiques, autour de quatre rôles :
- un rôle de représentation, qui est de grande
importance, si lon veut que le décideur politique
puisse apprécier de façon réaliste les
diverses positions qui sexpriment, sur un sujet donné,
au sein de la société civile. A cet égard,
une représentation adéquate des forces en action
dans la société peut éclairer les pouvoirs
publics de manière plus fiable que ce que peut leur
apporter lexamen des sondages.
- un rôle de veille et dalerte, dautant
plus nécessaire que les représentants de la
démocratie politique ne perçoivent pas toujours
avec assez dacuité les aspirations des citoyens.
Rien ne vaut cette démultiplication des niveaux de
représentation pour assurer une bonne irrigation de
la pratique démocratique.
- un rôle dexpertise, dexpertise de terrain,
mais aussi dexpertise collective que ces conseils peuvent
remplir en complémentarité avec celle des autres
experts, dont lomniscience tend aujourdhui à
être contestée. Face à des problèmes
de plus en plus complexes et techniques, les représentants
de la société civile peuvent à tout le
moins poser les bonnes questions et apporter leur expérience
concrète, apportant ainsi une contribution précieuse
au débat public.
- enfin un rôle de relais et de pédagogie collective,
dautant plus précieuse quil existe souvent,
entre le citoyen et le pouvoir politique, un vide que les
organisations de la société civile peuvent contribuer
à combler.
Ce sont des fonctions dont lutilité sociale est
réelle, car elles peuvent aider à faire émerger,
au-delà dintérêts divergents, des
esquisses de solutions plus consensuelles, ou à défaut
et à tout le moins, à dégager des diagnostics
partagés. Selon le modèle décrit par
Habermas, même sil y a des positions de départ
bien arrêtées, il peut y avoir un « décentrage »
de la position initiale pour louvrir aux idées
des autres. Cet échange darguments naboutit
pas toujours au consensus, mais un niveau plus ou moins marqué
de décentrage peut être atteint par rapport aux
intérêts de chacun. Je constate la même
problématique dans le fonctionnement du COR que jai
lhonneur de présider, dont la composition est
aussi très diversiffiée et qui relève
aussi de la thématique délibérative.
Il est clair que toute la représentation de la société
civile ne passe pas nécessairement par des institutions
de ce type. Plutôt que point de passage obligé,
ces institutions peuvent agir en complémentarité
et en résonance avec dautres modes dactions
de la société civile. La démocratie a
en effet besoin de lieux où les représentants
de la société civile sont appelés à
débattre des problèmes nationaux. Cest
si vrai quune cinquantaine de pays, en plus de la France,
ont introduit dans leur système institutionnel des
organes similaires. La légitimité de ces institutions
suppose cependant que leur composition soit représentative
des forces en présence, ce qui pose le problème
difficile , de la représentativité.
Il est probable que la composition de ces institutions reflète
mieux les organisations bien enracinées de la société
industrielle traditionnelle (patronat, syndicats, coopérateurs
et mutualistes, grandes associations) que les nouveaux réseaux
qui correspondent à lapparition de nouvelles
problématiques de notre société. A côté
de la société civile institutionnalisée
des grands corps intermédiaires, il existe une société
civile plus informelle composée de structures à
létat naissant, sous forme de coordinations,
de groupes de discussions sur le net, qui rendent sensibles,
au-delà des questions sociales traditionnelles (travail,
protection sociale consommation), des nouveaux intérêts
et des préoccupations inédites. La société
civile est, du moins dans ses franges, en perpétuel
renouvellement et les régimes politiques ne sont pas
toujours capables de percevoir les aspirations très
évolutives qui sy expriment.
Peut on faire une place, à coté de la société
civile organisée, à une société
civile informelle et émergente ? Ce nest
pas aisé, car il faut au préalable pouvoir apprécier
la légitimité de ces organisations, selon des
critères qui ne peuvent se limiter au nombre de leurs
adhérents. Il convient en tout cas déviter
que des représentants auto-proclamés sapproprient
abusivement le débat public. Ainsi, quel statut reconnaître
ainsi à des ONG qui fonctionnent en entreprises de
revendication et dinfluence sans que lon soit
très au clair sur leurs effectifs et leur mode de financement ?
Le moment est venu de conclure. De la longue histoire des
régimes démocratiques, il ressort que la démocratie
est assurément difficile à faire vivre au quotidien.
A demeurant, le système représentatif, sur lequel
nul nenvisage de revenir, na pas pour vocation
de permettre au plus grand nombre de participer à la
vie collective. Mais cela ne nous dispense pas de réfléchir
aux moyens daméliorer ce mode de gouvernement,
notamment pour répondre au désir du citoyen
dêtre présent, sinon de façon quotidienne,
en tout cas de façon moins intermittente, dans le débat
politique. Plusieurs voies dexpérimentation en
ce sens ont été décrites dans la présente
communication. Chacune a ses forces et ses faiblesses.
A cet égard, il ny a pas lieu de soffusquer
de lexistence de formes non électorales de la
représentation, dès lors que lon a bien
saisi la différence qui existe entre représentation
politique et représentation socioprofessionnelle. La
fonction politique est une fonction dagrégation
des intérêts qui a pour mission, face à
des intérêts contradictoires, de dégager,
y compris par voie de contrainte, un intérêt
général susceptible de fonder une décision
politique légitime. A côté de cette fonction
dagrégation des intérêts, il existe
une fonction darticulation entre divers intérêts
économiques, sociaux, culturels, moraux représentés
dans la société civile, qui constitue un objectif
moins ambitieux où la société civile
à sa part.
Le pouvoir politique, par la volonté du peuple exprimée
dans lélection, est celui qui décide ;
la loi, une fois adoptée, constitue la norme commune.
Quant à la société civile, qui représente
les citoyens dans la diversité de leurs intérêts,
elle peut dabord agir dans les domaines de sa compétence,
celui de lentreprise ou celui de la vie associative.
Pour le reste, elle ne peut quéclairer, influencer,
orienter ou contrôler les choix du décideur politique,
qui a seul le « dernier mot ». Mais
ce « dernier mot », le décideur
politique pourra le prononcer de façon plus efficace
et plus démocratique, sil a au préalable
associé les forces représentées dans
la société civile, dabord pour concevoir
et préparer la décision publique, ensuite, une
fois la décision prise, pour la mettre en uvre
dans lintérêt de tous. Le primat de la
représentation électorale est ainsi une donnée
intangible de la démocratie. Mais dans une société
qui est à la recherche de formules pour un meilleur
vivre ensemble, une participation de la société
civile, à travers la diversité de ses processus
délibératifs, peut inconstestablement contribuer
à élargir et à conforter les assises
de la démocratie. Parce quen définitive
et ce sera là une réponse à la
question initiale de cette communication la démocratie,
loin dêtre une simple utopie, est bien un principe
de gouvernement dont la traduction au quotidien est à
la fois toujours imparfaite et toujours perfectible.
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