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Marianne Bastid-Bruguière

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Marianne Bastid-Bruguière

LE DÉBAT INTELLECTUEL AUJOURD'HUI EN CHINE 


séance du lundi 30 mai 2011

Alors que l’expansion économique et la puissance politique de la Chine au plan mondial sont devenues l’objet d’une attention générale constante, admirative ou inquiète, et souvent les deux à la fois, les idées et la réflexion critique qui en Chine même nourrissent ou accompagnent cette renaissance nationale sont plus rarement examinées dans leurs figures d’ensemble ou leurs détails. Pendant les trente premières années de la République populaire, les commentateurs étrangers et chinois expliquaient volontiers les changements économiques et sociaux en Chine par l’application d’une doctrine, d’une pensée, à vrai dire unique, l’idéologie maoïste, sur laquelle la glose était abondante. Aujourd’hui, la considération des idées, des croyances, de la pensée en elles-mêmes ou pour elles-mêmes s’est presque évanouie du paysage des discours sur la Chine.

Cette indifférence peut se comprendre car l’idéologie politique du régime chinois est à bien des égards moribonde. Pourtant, la vie de l’esprit, le débat d’idées prennent dans la Chine actuelle une ampleur foisonnante, à travers tout le pays. Je ne pourrai en donner ici qu’une vue très partielle.

Il me semble utile de préciser d’abord les conditions dans lesquelles s’exerce le débat intellectuel à l’heure présente. J’examinerai ensuite les thèmes de réflexion sur quelques questions qui animent en permanence la discussion : l’action internationale de la Chine, le rôle des intellectuels, la relecture du passé et l’analyse de la société chinoise actuelle.

 

Les conditions du débat intellectuel

Les conditions humaines et matérielles du débat intellectuel ont changé dans ces dernières années.
Les acteurs du débat sont beaucoup plus nombreux. Qui sont-ils ? Naturellement, les intellectuels. La définition sociale de l’intellectuel couramment acceptée depuis plus d’un demi-siècle par le Chinois de la rue et l’intelligentsia embrasse nécessairement toutes les personnes ayant suivi des études supérieures. Cela représente 120 millions d’individus, au lieu de 45 millions en 2000.

Les 5,7 millions d’instituteurs, dont les 4/5 ont fait des études supérieures, se considèrent assurément comme « intellectuels », mais il semble bien que le public les traite plus souvent en simples « cols blancs » qu’en membres de « l’élite de la connaissance ». Toutefois, le point est sans grande conséquence pour notre sujet. L’élément réellement important pour déterminer les acteurs potentiels du débat d’idées, en dehors des 120 millions d’intellectuels définis par un cursus d’études supérieures, est le nombre des simples bacheliers. Ce nombre atteint 188 millions, au lieu de 141 millions en 2000. À titre indicatif, on trouve encore 520 millions d’individus au niveau BEPC.

Bien que les deux populations ne se recouvrent que partiellement, on peut mettre en regard le groupe des 308 millions de Chinois possédant une instruction égale ou supérieure au niveau du baccalauréat et l’effectif des 500 millions d’internautes actifs en Chine. Même en se limitant au diplôme, c’’est au moins le quart de la population (presque la moitié, si l’on ne prend en compte que les citoyens de plus de quinze ans) qui est susceptible de participer au débat intellectuel. Il y a un siècle, la proportion était de 1% ; elle ne dépassait guère 6% en 1979. De pair avec le progrès de l’instruction publique, l’internet a évidemment beaucoup élargi l’accès au débat des idées. J’y reviendrai tout à l’heure.

En dépit de cette nouveauté technique, le débat intellectuel chinois fonctionne selon des modes particuliers, dont certains gardent l’empreinte d’habitudes fort anciennes.
Son fonctionnement est non pas centralisé mais pyramidal, hiérarchisé selon la géographie administrative, avec une forte autonomie de chaque cellule des étages inférieurs. C’est un héritage des concours mandarinaux, qui ont duré mille ans et ont été supprimés en 1905 seulement. Ils obligeaient l’élite instruite à se rassembler périodiquement aux chefs-lieux des différents échelons administratifs non seulement pour passer les épreuves, mais aussi pour subir les examens réguliers nécessaires pour conserver les titres obtenus, tant qu’on n’avait pas décroché le grade de docteur ou atteint l’âge de 70 ans.

Ces déplacements étaient l’occasion de visites à tous les fonctionnaires et notabilités, en chemin et dans la ville d’examen, et aussi de conciliabules et joutes littéraires avec les autres candidats et les personnalités en vue. La transhumance périodique imposée par les examens entretenait efficacement la liaison étroite de l’élite instruite avec la bureaucratie et leur sentiment d’appartenance au même corps social des lettrés. Elle contribuait aussi à diviser l’espace intellectuel de l’empire en plusieurs cellules distinctes et indépendantes. En effet, pour les bacheliers, qui formaient les 9/10 du corps des lettrés, l’horizon intellectuel le plus lointain se limitait à la capitale de leur province.

Il y avait en réalité deux sphères intellectuelles très différentes. D’une part une très vaste sphère locale, structurée en multiples cellules autonomes, articulées entre elles de façon très lâche dans le cadre de la province, chacune des dix-huit provinces ayant un particularisme et une physionomie fortement marqués. D’autre part, une sphère nationale très ténue à la quelle participaient seulement la haute élite provinciale des licenciés et les docteurs, et dont les foyers actifs se limitaient à Pékin et une dizaine de capitales provinciales, sans que Pékin y eût exercé une influence unique ou dominante
.
Le système scolaire moderne établi à partir de 1902 et les diverses sociétés savantes créées depuis cette époque se sont coulés dans cette architecture à la fois pyramidale et atomisée. L’activité intellectuelle s’organise et se déroule largement entre soi au sein de l’arrondissement ou de la préfecture, avec éventuellement comme référence le travail effectué dans le même domaine à la capitale de la province, non celui de Pékin ou de la préfecture voisine. Entre les grandes métropoles régionales et Pékin subsiste une concurrence intellectuelle ouverte assez proche de celle de l’Amérique du Nord ou de l’Allemagne.

Outre les concours, une autre pratique ancienne a favorisé l’atomisation de la vie intellectuelle. Il s’agit du secrétariat particulier des fonctionnaires (mufu ??, mot à mot, le gouvernement sous la tente). Sous la dernière dynastie, pour suppléer aux insuffisances de l’emploi officiel, les fonctionnaires d’autorité, dès le niveau du sous-préfet, avaient l’habitude de recruter des lettrés, qu’ils payaient de leur poche, pour les aider dans leurs tâches administratives. Cette équipe pouvait réunir jusqu’à cent personnes auprès des plus puissants fonctionnaires régionaux. Elle fonctionnait comme un think-tank, avec des experts industriels, financiers, commerciaux, militaires, des spécialistes des différentes puissances étrangères, qui fournissaient des avis, participaient aux négociations et publiaient des papiers sur les sujets d’actualité. Ce système avait le mérite de procurer aux lettrés des emplois bien rémunérés, qui les valorisaient et dans lesquels leur patron les traitait sur pied d’égalité. Mais les équipes n’avaient aucune communication entre elles et œuvraient chacune de leur côté, souvent sur le même sujet.

Le système a continué sous la République et sous le gouvernement communiste, en payant désormais les experts sur fonds spéciaux. Il connaît depuis trente ans une expansion considérable à tous les niveaux de l’administration. On a recensé 10 000 think-tanks majeurs, alors que les États Unis en comptent 2 500 et l’Europe 600. Ce milieu, constitué d’intellectuels et d’universitaires experts, et auquel ces derniers participent très volontiers, est un lieu important de débat et d’élaboration d’idées. Mais bien que la Chine possède un excellent système d’information numérique qui permet de se procurer toutes les publications chinoises les plus récentes sur n’importe quel sujet, ces groupes travaillent souvent de manière assez cloisonnée, avec relativement peu d’interaction.

En revanche, même si leurs discussions internes se tiennent normalement à huis clos, les questions évoquées, les arguments échangés, les jugements contradictoires formulés, aussi bien que les conclusions adoptées, sont en fait assez largement diffusés et alimentent le débat général. En effet, il est très fréquent qu’en dehors des rapports de leur groupe de réflexion, les experts écrivent à titre personnel, éventuellement sous le couvert de l’anonymat ou d’un pseudonyme.

Les moyens classiques de diffusion des idées restent les revues et les suppléments hebdomadaires spécialisés des grands journaux. On compte 2200 quotidiens, auxquels s’ajoutent des centaines de feuilles imprimées sur demi-format, qui vivent des annonces commerciales, mais n’hésitent pas à publier de libres commentaires, des enquêtes, des essais et pièces littéraires très critiques. On recense plus de 20 000 revues, dont 9 000 sont en ligne.

Lancer et diriger une nouvelle revue, ou noyauter le comité de rédaction d’une revue existante, a été la démarche de nombreux intellectuels chinois dans les années 1980 et 1990 pour diffuser des idées nouvelles et engager des débats, sur le modèle de Liang Qichao et Hu Shi, les grandes figures intellectuelles de la réforme et du libéralisme modernes à la fin de l’empire et sous la république. Financées sur des fonds plus ou moins privés, leur existence dépend surtout d’un protecteur politique haut placé, susceptible de leur éviter les foudres de la censure. Diverses personnalités à la tête du parti et des provinces jouent ce rôle qui peut servir leur influence et leurs visées politiques.

Cependant, le fonctionnement hiérarchisé et assez cloisonné du débat intellectuel a été profondément modifié depuis 2000 par l’intervention de l’internet, et surtout, depuis 2002, par l’usage du blog et des logiciels relationnels. En effet, le nouvel outil établit une communication transversale instantanée et réactive. Tandis que jusque-là, dans tous les médias, radio et télévision comprises, élaboration et discussion d’idées restaient le monopole des intellectuels statutaires et des détenteurs du pouvoir, devant le public des masses ignorantes, désormais ce public fait irruption sur la scène.

L’internet chinois a été dès le début le lieu d’une création littéraire et artistique d’avant-garde qui tournait en dérision la culture ambiante. Le public des internautes, qui compte maintenant près de 500 millions de personnes sur l’ensemble du territoire chinois, ne se borne pas à suivre l’événement ; très fréquemment, il le crée. Certes, comme ailleurs dans le monde, ses préoccupations premières lorsqu’il fréquente le net sont la vie sentimentale, les loisirs, les problèmes de la vie pratique. Mais, par les réactions en chaine qu’ils provoquent, les récits et images mis en ligne deviennent aisément des problèmes d’intérêt général. Au point que beaucoup d’intellectuels en vue, ou ceux qui souhaitent l’être, ont un blog bien en évidence sur les sites, avec décompte précis de leurs visiteurs.


La censure qui pèse sur toutes les formes d’expression de la pensée relève du Département de la propagande du parti. Elle s’exerce par un système compliqué, relayé par de multiples instances. Le contrôle est préalable sur les organes d’émission : il comprend autorisation administrative et enregistrement pour ouvrir une maison d’édition, une station de radio, de télévision, une compagnie de production de films ou de moyens audiovisuels, un accès et des portails sur internet – la majorité de cette industrie culturelle reste d’ailleurs à capitaux d’État – , et l’attribution de numéros d’ISBN pour les publications, ce qui donne lieu à de nombreux trafics.
Sur les productions, la censure officielle est a posteriori et elle frappe au premier chef non pas les auteurs individuels des productions ou écrits jugés délictueux, mais les responsables de leur diffusion. Elle s’est notoirement assouplie depuis vingt ans. Elle reste gardienne des bonnes mœurs, sans rigorisme évident envers la pornographie ou l’homosexualité. Elle ne traque plus l’erreur idéologique ni la critique politique. Elle pourchasse les atteintes à l’ordre public, ce qui interdit la remise en cause du droit du parti communiste à exercer le pouvoir et de la légitimité de ses dirigeants à l’échelon central.

Mais sous ce chef du maintien de l’ordre public, la censure vise aussi des discours susceptibles d’entraîner l’organisation d’une action collective antigouvernementale. Dans ce domaine, les règles sont beaucoup moins claires, les critères d’appréciation des différents échelons d’autorité et les sanctions apparaissent bien plus aléatoires selon les temps et selon les lieux.

Dans la vague de répression qui sévit depuis les troubles du Tibet de mars 2008, et que la crainte d’une contagion des mouvements actuels du monde arabe vient de ranimer, les victimes des peines les plus sévères d’emprisonnement ou de détention sans jugement avec usage de torture ont été des avocats et journalistes dont les accusations et enquêtes relayaient directement des mouvements locaux de protestation populaire et paraissaient susceptibles de les amplifier. C’est le cas de Liu Xianbin qui a milité, comme le célèbre peintre Ai Weiwei arrêté récemment, pour que la lumière soit faite sur les vices de construction des écoles dont l’effondrement avait tué des milliers d’enfants lors du tremblement de terre du Sichuan en 2009. Il en va de même pour des journalistes qui ont dénoncé l’emprisonnement du porte-parole des familles victimes du lait frelaté vendu par de grandes compagnies liées à l’État. Les anciens militants étudiants du mouvement de 1989 sont aussi la cible des persécutions car on redoute, souvent bien à tort, leur capacité d’organisation et de mobilisation pour une action collective : Liu Xiaobo, le prix Nobel de la paix en est un exemple. La même logique explique les coups de main contre certaines communautés religieuses, un temps tolérées, puis brusquement pourchassées, comme la secte bouddhiste du Falungong, certaines paroisses de l’église catholique souterraine, et, ces derniers mois, les protestants évangélistes de Shouwang (monter la garde) qui comptent 1 000 adeptes et avaient demandé en vain leur enregistrement légal.

Et cependant, Yu Jie, auteur d’un livre incendiaire contre le Premier ministre Wen Jiabao , n’est pas derrière les barreaux.

Les pratiques erratiques et sélectives de la censure officielle donnent à la plupart des auteurs le sentiment de jouir de la liberté de pensée et d’une liberté individuelle d’expression. En effet, la parole d’opinion n’est plus épiée et sanctionnée. Des avocats célèbres pour leur défense impénitente des droits de l’homme, prononcent à l’Université Qinghua ou à l’Université du Peuple, pépinières des élites nationales, des conférences qui dénoncent l’inanité du socialisme d’État, défendent la mise en œuvre de notions universelles de la justice, du droit et des valeurs.

L’abondante législation et la muraille de feu technique qui depuis 1996 encadrent l’internet permettent de bloquer instantanément blogs ou information, mais c’est un jeu d’enfant de recréer aussitôt un blog ailleurs et d’y attirer ses lecteurs. Dans le cas d’une publication imprimée, c’est l’éditeur qui risque la sanction.

L’existence de la censure officielle continue d’engendrer une autocensure de la part des auteurs et éditeurs ou producteurs de cinéma. Mais l’autocensure des auteurs se réduit à adoucir la forme, elle n’engage plus le contenu. Les éditeurs de revues scrutent, coupent, réécrivent ; sous l’égide de leur protecteur politique, ils négocient aussi de pied ferme avec les censeurs pour faire passer critiques et nouveautés.

Depuis soixante ans, à propos de leur espace intellectuel, les Chinois ont coutume d’évoquer l’existence d’une « ligne rouge », qu’il convient de ne pas franchir. Dans les dix dernières années, cette ligne rouge a beaucoup reculé. Ce déplacement rapide n’est pas le résultat de la prospérité et de la libéralisation économiques, mais de la pression exercée par la masse de population instruite et des facilités procurées à la diffusion du savoir par les nouvelles techniques de l’information et de la communication. Le mouvement de pression s’exerce, par la force des choses et du renouvellement des générations, à la fois en dehors du parti communiste et en son sein, à la base et dans les rangs de l’élite dirigeante.

De cette situation résulte que le débat intellectuel en Chine n’a pas réellement de frontière sociale ou politique. Il n’y a pas lieu de le considérer comme un affrontement entre une fragile dissidence et une forteresse réactionnaire énorme et aveugle. Le paysage évoque plutôt celui de la France des années 1780 où des hommes de pouvoir et d’influence partageaient l’esprit critique et les goûts de la république des lettres, tout comme un assez vaste public.

 

Les
contenus du débat

Une partie très importante des débats intellectuels touche l’actualité immédiate, y compris les événements extérieurs, avec une variété de jugements qui n’a rien à envier à celle d’autres nations.

Parmi les thèmes généraux de débat que j’ai retenus, le premier concerne l’action internationale de la Chine.
Les discussions très denses qui portent sur les affaires internationales, la position de la Chine dans le monde et sa politique extérieure concernent un grand nombre d’universitaires et d’experts, mais aussi un assez large public. Elles portent beaucoup sur l’analyse de ce que les Chinois appellent shi ?, c’est-à-dire la configuration des forces dans le monde, la dynamique du système international et la conjoncture du moment. Le jeu mondial est-il unipolaire, dominé par les États Unis, multipolaire ou vraiment bipolaire, partagé entre l’Amérique et la Chine, ou encore variable selon les théâtres et les moments ?

Le débat concerne aussi la définition de la puissance chinoise. La Chine est-elle et veut-elle s’affirmer comme une puissance régionale, comme une puissance émergente de type nouveau ou comme une grande puissance mondiale classique, ou encore comme une superpuissance ? Et quelles responsabilités est-il légitime qu’elle assume dans ces différentes situations ? Les controverses les plus vives touchent à la stratégie diplomatique que la Chine doit adopter, à la définition de ses objectifs, de ses priorités et de ses principes en matière de relations internationales, particulièrement ses principes relatifs à l’exercice et au respect de la souveraineté. Le principe de non-intervention est vivement contesté. On s’affronte aussi sur le choix entre accroissement de la puissance militaire et technologique pour mieux protéger l’intérêt national et amélioration du niveau de vie. Beaucoup pensent qu’il faut abandonner le « profil bas » préconisé par Deng Xiaoping en politique extérieure.

Le tableau d’ensemble qui en ressort est celui d’une absence de consensus dominant. Bien que le discours officiel sur la politique étrangère soit relativement cohérent et reste dans le registre de « l’ascension pacifique », du refus de l’hégémonie et de la préférence pour la multipolarité, l’opinion informée, qui comprend nombre d’acteurs ou collaborateurs de la diplomatie et des relations internationales chinoises, est très divisée. Selon le recensement d’un universitaire dans les grandes revues spécialisées, en 2007 un peu plus d’un tiers des articles reflétait un courant libéral favorable aux institutions internationales, qui défend l’idée que le mouvement du monde va vers la paix et le développement. Les réalistes nationalistes constituent un autre tiers de cette opinion informée. Ils pensent que le monde va vers l’affrontement et la guerre, et seraient prêts à sacrifier la prospérité à la puissance afin que le Chine gouverne effectivement le monde pour le vrai bonheur des nations. Tous estiment que le monde a « un empereur et de multiples centres de pouvoir », qu’il est à la fois unipolaire et multipolaire, et que cette situation est transitoire. Mais s’il est généralement admis que les États Unis sont l’empereur actuel, sur les effets de cette hégémonie et les avantages de l’hégémonie en général, sur l’identification des centres de puissance et l’avenir de la configuration, les divergences sont incessantes.

On voit s’affirmer un troisième courant qui estime qu’on s’achemine vers un ordre multilatéral qui, à la différence de la multipolarité, ne sera plus fondé sur le traditionnel jeu de force entre des États. Cette position représente moins d’un tiers des auteurs, mais gagne du terrain. Ses partisans se définissent volontiers comme « constructivistes », c’est-à-dire soucieux de construire des institutions, des pratiques et des normes qui répondent à l’évolution en cours de la société mondiale, non pas à une vision passéiste et figée de l’intérêt national.

L’opinion beaucoup plus large qui s’exprime sur l’internet se partage aussi entre ces trois tendances, mais avec une présence plus forte du réalisme nationaliste et du constructivisme.

Le débat sur le rôle des intellectuels que j’évoquerai maintenant, met en perspective la place du discours venu de la blogosphère. Autour de 2002, l’élite universitaire chinoise a abondamment discuté la notion d’« intellectuel public », sous l’influence de la diffusion d’ouvrages américains tels que The Last Intellectuals de Russell Jacoby (1987, publié en chinois à Shanghai en 2006), puis Public Intellectuals : a Study of Decline de Richard Posner (2001, publié en chinois à Pékin en 2002). Jouèrent aussi les sollicitations des milieux intellectuels et politiques américains, mais surtout la réalité quotidienne, en Chine, de l’autonomie croissante d’une société de consommation qui , sous l’œil tolérant, voire complice de l’État, envahissait la scène par une culture « grand public » (dazhong wenhua ????) porteuse de ses valeurs propres, jugées mercantiles, voyeuristes, égoïstes, bref, dégradantes par beaucoup d’esprits distingués.

Les intellectuels chinois avaient-ils failli à leur mission ? La culture, la moralité, la rationalité, la liberté, l’avenir démocratique, l’identité chinoise même étaient-ils en danger ? Philosophes, sociologues, anthropologues, historiens, écrivains se sont interrogés sur la validité de la notion occidentale d’intellectuel public dans le contexte chinois. Certains ont avancé que les lettrés chinois, associés par statut à l’État, avec charge de le légitimer et de contrôler ses déviances, étaient tous, par nature, des intellectuels publics, bien avant l’invention de la notion en Occident. Les intellectuels chinois modernes l’étaient aussi par héritage. Bien que dépouillés du monopole des charges publiques, comme les lettrés, ils étaient restés les porteurs et interprètes privilégiés de la valeur très ancienne du gong ?, qui désigne l’idée de bien public, de bien commun et d’équité, par opposition au si ? qui représente l’intérêt particulier, individuel, privé et partial.

D’autres ont souligné qu’en Chine, c’est le point de vue sur la culture et non l’engagement politique qui fait l’intellectuel public. Ils ont rappelé qu’en Chine le libéralisme avait pris racine depuis 1900 et s’était défini comme un mouvement culturel d’opposition à la culture traditionnelle et à ses interprètes. Pour certains, le lettré devenu mandarin change en fait de statut et l’exercice du pouvoir politique, quel qu’il soit, limite toujours la constitution du savoir. Parmi les appellations variées qui désignent en chinois les personnes instruites, le débat épingle volontiers les « gens de lettres » (wenren ??), qui s’adressent au grand public par la littérature, les éditoriaux, des œuvres provocantes, en courtisant les médias, souvent pour leur gloriole personnelle. Ils perdent tout esprit critique et sont donc disqualifiés comme intellectuels publics, voire comme intellectuels. Seuls les savants (xuezhe ??) peuvent jouer ce rôle.

Les auteurs sont intarissables sur les qualités nécessaires à l’intellectuel chinois. Au premier chef vient l’autonomie (zizhuxing ???), être son propre maître, son propre souverain ; ensuite, selon un ordre de priorité variable, avoir le sens de l’universel, du général, du dépassement par rapport à des conditions particulières, ce qui exclut l’esprit partisan ; évidemment aussi être une conscience morale et surtout un homme de raison, appliquant sans relâche des facultés rationnelles à la connaissance et à l’action.

La majorité des auteurs préconisent d’être des intellectuels spécialisés, de penser et agir à partir d’un savoir précis, situé. C’est la position notamment de Qin Hui ??, un historien reconnu alors par ses pairs comme intellectuel public car il prend position dans la grande presse sur des sujets brûlants hors de sa spécialité. Qin Hui estime néfaste de se disperser sur le front politique car la connaissance est encore trop peu avancée en Chine. C’est l’approfondissement et le renouvellement des connaissances dans chaque domaine le plus spécifique qui sont les tâches prioritaires.

Après la sortie par un hebdomadaire très répandu d’un palmarès des cinquante intellectuels publics chinois les plus en vue, qui comprenaient d’ailleurs plusieurs Chinois de Taiwan et de la diaspora, en novembre 2004 le Département de la propagande a enjoint de cesser les publications sur les intellectuels publics, avec la démonstration par quelques zélateurs que le terme n’avait rien à voir en Chine où le parti honorait le savoir et les intellectuels qui étaient tous reconnus comme la partie la plus instruite de la classe ouvrière. Les intellectuels n’avaient pas, au nom d’une prétendue indépendance, à usurper le droit au discours du parti et de l’État.

L’interdiction est restée sans effet : l’hebdomadaire continue à sortir ses listes annuelles et le débat ne cesse pas. Mais en s’exprimant sur des sujets qui sortent de leur spécialité étroite, les intellectuels déclarent volontiers qu’ils agissent en « citoyens » (gongmin ??). Or ce terme de citoyen est celui par lequel se désignent depuis longtemps déjà les pétitionnaires et plaignants issus du peuple en ville et dans les campagnes, ainsi que les internautes qui commentent l’actualité politique ou sociale. On observe donc chez l’intelligentsia une sorte de renoncement au rôle de leader d’opinion, en faveur d’une association sur pied d’égalité avec le reste de la population.

 

Le retour sur le passé

Yi Zhongtian ???, un professeur de littérature et écrivain adoré du public pour ses relectures actuelles et humoristes des grandes œuvres classiques, où il trie ce qui conforte réellement la liberté, l’égalité, le droit et la démocratie, déclare : « Je suis un citoyen ordinaire, pas un ministre qui intercède pour demander la grâce du peuple ». La confluence et le mélange entre la réflexion des élites intellectuelles et celle du grand public sont particulièrement manifestes dans la relecture du passé chinois qui tient une place importante sur la scène culturelle actuelle. Le mélange n’engendre pas l’unanimité des points de vue, il multiplie leur pluralité. Dans la mesure où ce retour sur la mémoire est une quête d’identité, il fortifie les identités individuelles. Mais ce mouvement général construit aussi une nouvelle communauté de citoyens avertis de leur liberté respective, conscients de leurs droits.

Il est impossible de s’étendre ici sur la relecture et la réécriture du passé qui couvre l’ensemble de l’histoire chinoise et du patrimoine culturel. Je me bornerai à souligner quelques traits souvent négligés par les commentateurs étrangers. Tout d’abord, l’œuvre et la réflexion de certains grands intellectuels taïwanais exercent une influence capitale, beaucoup plus profonde que celle de célèbres Chinois américains, tel Tu Wei-ming, professeur à Harvard, qui reformule un confucianisme adapté à la démocratie moderne en puisant dans la philosophie allemande.

La vraie référence, à la fois intellectuelle et morale de nombreux penseurs du continent est Yu Yingshi ???, un historien taïwanais, critique érudit et pénétrant de toute la tradition intellectuelle chinoise, jusqu’à ses affrontements contemporains avec la dictature, puis la transition démocratique à Taiwan. Ses livres interprètent l’évolution de la culture chinoise selon les critères de cette culture, mais dans une comparaison constante avec l’Inde et l’Occident., sans l’essentialiser ni l’isoler. Il montre la compatibilité et la convergence entre les valeurs fondamentales qui irriguent le cours de la culture chinoise – c’est-à-dire ce dont est fait le dao ? (la Voie que l’homme doit suivre) à travers les âges – et celles de l’Occident, ainsi que l’inanité de la problématique qui veut les opposer. Pour lui, le confucianisme proprement dit n’est plus qu’une « âme errante », qui aura de la peine à se réincarner car la pratique qui lui était essentielle a disparu à jamais. En revanche, la culture chinoise peut et doit retrouver le grand courant du dao, qui est la recherche de valeurs et d’une conduite humaines, orientée par un sens d’une transcendance inhérente à la vie, à la nature.

C’est sous cet angle qu’il faut comprendre le foisonnant discours sur le confucianisme qui se répand partout en Chine. Contrairement à ce que prétend la presse étrangère, il n’est pas orchestré par le parti et le gouvernement, qui ne lui accordent qu’un soutien très limité et sporadique. Ce discours émane de toutes les catégories sociales sous des formes diverses. On recherche une identité nationale, sans doute, mais aussi une identité morale. Le phénomène est analogue dans la résurrection, très déconcertante pour les étrangers, d’un fétichisme pour les symboles, objets ou chants de la période maoïste. Cette résurrection relève le plus souvent d’un détournement, d’une dérision. Il tient lieu d’exorcisme contre une période noire qu’on n’a pas connue ou qu’on ne veut plus connaître, et tout autant d’une protestation contre le présent.

La réappropriation populaire du passé qui brise souvent les tabous imposés par le pouvoir sur certains épisodes de l’histoire révolutionnaire défie aussi le monopole des intellectuels professionnels sur l’interprétation de l’histoire. Mais elle est perçue de plus en plus par les universitaires et les écrivains comme une source d’inspiration, comme l’expression d’une invention culturelle tout aussi respectable et créative que d’autres.

L’irruption multiforme du passé dans la vie présente des Chinois depuis vingt ans, cette « fièvre » ou fureur du passé, comme ils disent, fait partie d’une quête générale d’identité qui débouche sur l’appréhension croissante d’une identité plurielle, ouverte et tolérante, une identité mouvante et non plus figée dans le contour unique de la révolution. 

 

Penser la société

Ce même sentiment d’un mouvement pluriel, mais perçu souvent comme un risque d’éclatement traverse le débat sur les problèmes de la société actuelle.

Comment penser la société chinoise d’aujourd’hui est le grand sujet qui hante les esprits et inspire le plus la réflexion, soit qu’elle s’attache à des faits particuliers, soit qu’elle se lance dans des spéculations générales. Je me limiterai à un aperçu des discussions sur la structure de la société actuelle, sur les maux qui l’affligent et leurs remèdes possibles.

Les statistiques sur la répartition des revenus donnent à la société chinoise, non pas un profil en olive, renflé en son milieu par une nombreuse classe moyenne comme les pays développés, mais celui d’un oignon frais. La base même n’est pas très large, mais il y a une grosse enflure dans le bas, surmontée d’une tige encore assez mince. Cette silhouette inquiète les Chinois.

Beaucoup d’enquêtes et d’analyses scrutent le changement des structures sociales qui accompagne la réforme économique. Comme l’abandon politique de la lutte des classes a rendu obsolète la notion de classe sociale, des chercheurs de l’Académie des sciences sociales ont mis en évidence, depuis 1997, une stratification en dix couches sociales, définies par des critères surtout socio-professionnels, assez proches des catégories de notre INSEE, avec tendance à la mobilité vers le haut, illustrée par la croissance continue d’une classe moyenne qui représente maintenant 23% de la population (40% à Pékin et Shanghai). En 1998, le sociologue Sun Liping ???, professeur à l’Université Qinghua, a avancé au contraire le concept de « cassure sociale » ou rupture (shehui duanlie ????). Selon lui, l’évolution sociale reconstitue des classes ou catégories qui entrent en conflit entre elles, en raison du déséquilibre de leur pouvoir, parce que des cliques d’intérêts détournent, distordent les réformes. Le changement social fonctionne selon une logique de cassure. En s’appuyant sur les chiffres du recensement, d’autres soutiennent que la structure est celle d’un « T » à l’envers avec tendance à l’émiettement de la base en multiples sous-groupes.

S’il y a accord général sur la prédominance numérique des catégories inférieurs et moyennes, les avis divergent sur les clivages ou antagonismes les plus aigus. Dans un colloque tout récent, l’éminent économiste Hu Angang, avocat d’une « ascension verte » respectueuse de l’environnement, a lancé l’idée d’une structure quadripartite de la société actuelle, qui conditionne aussi bien la vie sociale des individus que la vie politique et l’économie. Il subsiste, dit-il, une division entre société rurale et société urbaine, mais au sein de la société rurale s’opposent une société agricole et une société non-agricole, qui est majoritaire et vit des ressources d’une économie informelle d’entreprises qui échappent plus ou moins aux règlements et à l’impôt. Au sein de la société urbaine s’affrontent une société de travailleurs réguliers, employés dans des entreprises soumises aux règlements, au contrôle et à la fiscalité de l’État, et une société de travailleurs irréguliers, qui sont les migrants ruraux. Ils représentent plus de 60% de la main d’œuvre urbaine et travaillent dans des entreprises dont beaucoup échappent aux règles publiques, avec un statut qui leur interdit l’accès aux services sociaux dont jouissent les résidents urbains (éducation, santé, indemnités de chômage, pension).

Dans toutes les tribunes, de la place du village au Bureau politique, le catalogue des vices dont souffre la société chinoise est long. Ses principaux chapitres sont le creusement des inégalités, l’arbitraire d’un pouvoir devenu incontrôlable, même de l’intérieur, l’injustice, la corruption et la tromperie généralisées, la disparition du lien social et du sens moral, la destruction de l’environnement.

Les avis divergent sur les remèdes et leur priorité respective. Personne ne songe vraiment à arrêter la croissance économique. On veut le progrès matériel, on croit à l’avenir, même quand on dénonce, comme Sun Liping, le « pourrissement social », la nécrose, le déclin politique qui s’empare du pays. Mais le sentiment majoritaire est que par elles-mêmes les mesures économiques sont impuissantes à enrayer le mal. Certains veulent mettre fin à l’alliance entre le pouvoir et l’argent, qui est pour eux la source du pourrissement social, car tout le système ne fonctionne que pour conserver les intérêts acquis. Le vrai remède est une réforme politique qui mette le pouvoir sous un contrôle démocratique et affirme les valeurs d’une nouvelle civilisation.

D’autres, dont les économistes les plus en vue, réclament d’urgence des réformes sociales. À leurs yeux, les structures sociales ont quinze ans de retard sur la structure économique. Pour eux, des inégalités criantes existent au sein de chacun des groupes sociaux, aussi bien qu’entre eux. La plus irrationnelle et la plus dangereuse n’est pas celle entre villes et campagnes, mais à l’intérieur de la société urbaine, celle entre migrants ruraux et citadins. On demande donc la suppression de l’enregistrement de la résidence au lieu d’origine de la famille, qui répondait aux besoins d’une économie planifiée et empêchait les travailleurs migrants d’accéder aux services sociaux en ville. On veut aussi soumettre à la législation ordinaire les entreprises qui les emploient. Mais le programme doit s’accompagner d’un renforcement de la protection sociale pour les citadins et les ruraux les plus pauvres.

Une partie de ces idées sur le développement social ont été inscrites dans le 12e plan quinquennal (2011-2015) adopté en mars dernier. Mais l’opinion continue de faire pression pour une application réelle et très étendue., en faisant valoir qu’il ne s’agit pas seulement pour le pouvoir d’améliorer sa « gestion » de la société, d’administrer (guanli ??), mais de « parler raison » (jiangli ??), d’adopter une conduite rationnelle envers les citoyens, de rendre justice, sinon à la violence de l’État ne répondra que la violence. La politique de « stabilité sociale » est sans cesse dénoncée comme un immobilisme, non seulement indûment répressif, mais nocif à la croissance économique.

Au-delà des droits sociaux, le débat d’idées accorde une place croissante aux questions d’éthique.

La société actuelle est « sauvage », « barbare », se plaint-on partout, car dominée par la quête du profit individuel et par la violence. En antidote, des universitaires proposent comme idéal l’expression anglaise civil society. Bien que très avertis des différentes théories politiques qui s’attachent à ce terme, ils expliquent que le sens profond de cette notion est celui d’une société « civilisée ». En conséquence, ils abandonnent les traductions chinoises antérieures du terme anglais, « société de citadins » (shimin shehui ????) ou « société de citoyens » (gongmin shehui ????), obscures ou déconcertantes pour le grand public. Ils ne parlent que de « société civilisée », ayant une civilisation (wenming shehui ????), valeur très familière depuis des siècles à l’ensemble de la population et partagée par tous. Cette ligne de pensée trouve un écho spontané et intarissable auprès d’un vaste public qui puise ses arguments avec acribie dans l’ensemble de la culture et de l’histoire nationales et étrangères.

On dispute donc à l’envie, depuis six ans, des valeurs qui définissent une société « civilisée » et de leur sens concret dans la Chine et le monde du XXIe siècle. Justice, équité, droiture et sincérité, liberté et respect de la personne sont les thèmes de prédilection. L’examen dépouille ces valeurs de toute couleur « culturelle » spécifique pour y reconnaître un bien commun de l’humanité. Ce bien, universel et supérieur à toutes les distinctions sociales ou autres, est issu de la coalescence des expériences particulières des diverses cultures sous l’effet d’une mondialisation irréversible.

La volonté plus ou moins consciente de rejoindre une convergence universelle et raisonnée de valeurs morales est particulièrement frappante dans la réflexion qui touche au lien social. L’effritement rapide des solidarités familiales, locales et communautaires au sein d’une trop grande société, dont les repères sont bouleversés par le progrès économique et technique, est un leitmotiv chez tous les publics. En réponse à cette angoisse se dessine un courant de pensée qui voit dans la notion chrétienne de l’amour, inconditionnel, fait d’abnégation et de service à autrui, quel qu’il soit, la valeur transformatrice nécessaire pour restreindre les excès de l’économie de marché. Ce courant est alimenté par les exégèses des philosophes sur les carences de la culture chinoise ancienne, par des anthropologues, sociologues et historiens qui présentent le christianisme comme une religion rationnelle qui appartient à la culture chinoise, par la théologie élaborée par des évêques catholiques, qui a pour base « Dieu est amour et non foi », par les propos officiels et semi-officiels sur le contenu « positif » des doctrines religieuses et sur le rôle essentiel de l’amour, et enfin par la chanson pop.

 

Conclusion

Le débat des idées a pris en Chine une ampleur qu’il n’avait jamais connue dans le passé, grâce au nombre des citoyens qui désormais y participent. Par la force de ce nombre, il est devenu très divers et pluraliste. La censure le bride encore, mais il a su faire reculer sensiblement « la ligne rouge ».

Une de ses grandes nouveautés est que la circulation des idées ne s’établit plus seulement verticalement entre ceux qui savent et les puissants, ou entre l’élite éclairée et la masse ignorante qu’elle guide, mais aussi par un dialogue transversal, horizontal, multidimensionnel, qui mélange l’élite intellectuelle au grand public et estompe les cloisonnements mentaux du passé. Il en résulte une grande richesse d’invention, une large ouverture qui accueille, assimile et remet en formes nouvelles les pensées d’autres horizons. La défense de la culture nationale, la crainte de perdre son essence culturelle cèdent peu à peu le pas à un élan pour créer, pour pousser plus loin la pensée.

 

Sun Liping, « Le pourrissement de la société chinoise s’accélère », 27 mars 2011, http://news.ifeng.com/history/zhongguoxiandaishi/special/daodededixian (consulté 27 mai 2011)

Chen Yilin, « Aperçu des vues des théoriciens sur la répartition des revenus », 3 mars 2011, http://www.qstheory.cn/hqwg/2011 (consulté 27 mai 2011).

Mao Yushi, « Pourquoi la colère de nos compatriotes est-elle si forte ? », Zawen xuankan, mars 2011. http://blog.sina.com.cn/maoyushi (consulté 20 mai 2011).