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Michel Pébereau

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Michel Pébereau

LA POURSUITE DE LA MONDIALISATION : NÉCESSITÉ ET CONTRAINTES


séance du lundi 27 juin 2011

La mondialisation que je vais analyser est celle des activités économiques et financières : ce que les anglo-saxons appellent la globalisation. Elle est la conséquence du choix qu’ont fait les pays occidentaux avant même la fin de la deuxième guerre mondiale : le choix de la paix. Après deux guerres mondiales si coûteuses en vies humaines, l’objectif essentiel des Alliés était naturellement d’instaurer une paix durable. Pour y parvenir, ils ont décidé d’organiser les relations économiques internationales sur la base de deux principes : la coopération et le libéralisme. La création de l’ONU devait assurer la coopération dans tous les domaines. Quant au libéralisme, son choix n’allait pas de soi à l’époque. Il résultait de considérations historiques et des enseignements de la science économique, mais aussi d’un rapport de forces.

Il était logique de chercher à éviter que puissent se répéter les enchaînements qui avaient conduit à la deuxième guerre mondiale. D’un point de vue historique, il ne fait pas de doute que les réactions des grands pays industrialisés à la crise des années 1930 ont créé des conditions propices au développement de conflits. Confrontés à une situation économique sans précédent, ces pays ont en effet conduit des politiques de repli sur soi, sans concertation, et ils ont entravé les échanges internationaux par des mesures protectionnistes : c’est ce que l’économiste britannique, Joan Robinson, a appelé les «beggar my neighbour policies». Ces politiques égoïstes et isolationnistes ne pouvaient qu’exacerber les nationalismes, susciter des antagonismes. Loin de rétablir la prospérité économique, elles ont aggravé la crise.  Le développement du chômage et de la pauvreté ont déstabilisé les régimes démocratiques. Les Alliés entendaient éviter la répétition de tels enchaînements économico-politiques.

Le choix du libéralisme s’imposait aussi à la lumière des enseignements de la science économique. Comme la démocratie en matière politique, l’économie de marché est en matière économique  le plus mauvais des systèmes, à l’exclusion de tous les autres, pour paraphraser Winston Churchill. Le libéralisme dans les échanges internationaux est une conséquence logique du choix de l’économie de marché, dont la science économique a démontré depuis longtemps la rationalité.

Ce choix était aussi la conséquence d’un rapport de forces. Le libéralisme est une règle du jeu très favorable pour une économie dominante. Il a été défendu par le Royaume-Uni pendant tout le 19ème siècle. Or l’économie américaine est à peu près la seule à sortir intacte, et renforcée, du deuxième conflit mondial. Et les Etats-Unis sont politiquement en état d’imposer leurs vues à leurs alliés, et a fortiori aux vaincus. Le choix communiste d’une gestion centralisée de l’économie et la guerre froide, qui conduisent à l’isolement économique de l’Union Soviétique et de ses alliés, puis de la Chine, vont renforcer l’adhésion des pays occidentaux aux règles du jeu de l’économie de marché : au libéralisme dans les relations internationales.

Je vais essayer de montrer que la poursuite de la mondialisation est aujourd’hui indispensable. Mais elle implique à mon avis la mise en place de régulations et de coordinations qui supposent de profonds changements dans le contenu et les formes de la coopération internationale. Et pour saisir les opportunités qu’elle va offrir, notre pays doit accélérer son adaptation aux contraintes qu’elle génère.

 

 I – La poursuite de la mondialisation est indispensable

Elle seule peut assurer croissance économique et progrès social, notamment pour les pays avancés, dont l’économie a été déstabilisée par la crise.

Elle est de toute façon inévitable du fait des interdépendances qui se sont créées entre les nations et des modifications profondes que les progrès des technologies entraînent dans les conditions des échanges et dans les aspirations des peuples.

 1) Le développement des échanges internationaux est indispensable pour assurer la croissance économique, qui est la condition du progrès social

A/ C’est un enseignement de la science économique ; et l’évolution de l’économie mondiale depuis la fin de la deuxième guerre mondiale en a apporté la démonstration.

a) C’est, pour la science économique, une évidence. Comme quelques esprits distingués persistent à en douter dans notre pays, il n’est pas inutile de rappeler la démonstration qu’en fait Adam Smith, dès 1776, dans ses « Recherches sur la nature et les causes de la richessee des nations ». Le livre premier s’ouvre sur un constat : la division du travail permet l’accroissement de la production. Je le cite : « Plus de développement dans les puissances productrices de travail, c’est-à-dire plus d’adresse, d’activité et d’intelligence dans la manière dont partout aujourd’hui on l’applique et le dirige, c’est là l’effet heureux de la division du travail ». Dès le deuxième chapitre, une explication est donnée : l’échange est un élément constitutif de la nature humaine. Je cite Adam Smith à nouveau « la division du travail, de laquelle sont nés tant d’avantages, est la conséquence nécessaire, il est vrai, mais lente et graduelle, d’un certain penchant qui se trouve dans notre nature. La chose que nous avons, nous aimons à l’échanger contre celle que nous n’avons pas …. Ce penchant est commun à tous les hommes, et étranger au reste des animaux ». Enfin, le marché et la zone de division du travail doivent  coïncider d’un point de vue géographique, trouve-t-on plus loin. Je cite encore :  « Comme c’est de la faculté d’échanger qu’est née la division du travail, il faut nécessairement que la dernière soit bordée par la première, c’est-à-dire, en d’autres termes, que la division et le marché aient la même étendue ».

La conclusion est de pur bon sens : « La maxime de tout chef de famille avisé est de ne pas essayer de faire chez soi la chose qui lui coûtera moins cher à acheter qu’à faire ….Ce qui est la sagesse dans la gestion familiale ne peut être qu’exceptionnellement déraisonnable dans celle d’un grand royaume ». Trois arguments étayent le raisonnement : l’échange international élargit le marché, donc la capacité de production, et le revenu ; il permet d’accroître la capacité d’épargne ; et il a l’avantage d’éliminer les activités nationales peu compétitives.
En se limitant à cette analyse, on débouche sur une impasse : quelle serait la spécialisation d’un pays qui serait moins efficace que les autres pour toutes les productions ? Faute de ventes, il n’aurait pas de moyens d’acheter. David Ricardo apporte une réponse en 1817 avec son principe des avantages comparatifs : chaque pays, démontre-t-il, a intérêt à se spécialiser dans la fabrication pour laquelle il a la plus grande supériorité relative, ou la moins grande infériorité, celle pour laquelle son « avantage comparatif » est le plus grand. Une spécialisation effectuée selon ce principe permet à l’échange d’améliorer la situation de chacune des parties et d’optimiser la production totale. Il revient à John Stuart Mill en 1848, de montrer que le prix qui optimise les échanges internationaux de produits est le prix de marché. Les recherches ultérieures vont approfondir l’explication de ces principes, et notamment montrer que les avantages comparatifs sont les conséquences de différences quantitatives et qualitatives des dotations en facteurs de production des différents pays.

b) La croissance des économies des pays occidentaux depuis la fin de la deuxième guerre mondiale a confirmé le bien-fondé de cette analyse. L’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce, le GATT, leur a fourni à partir de la fin des années 40 un cadre institutionnel pour négocier la réduction progressive et équilibrée des obstacles aux échanges de produits industriels : les trois derniers cycles de négociations ont été le Kennedy Round (1963-1967), le Tokyo Round (1973-1980) et enfin l’Uruguay Round (1986-1994), qui a abouti à la création de l’Organisation Mondiale du Commerce, en substitution du GATT.

Cette libéralisation des échanges a incontestablement entretenu la croissance économique. Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’économie mondiale a connu une croissance très rapide d’un point de vue historique. Or le taux de croissance de la production mondiale et celui des échanges internationaux sont plus ou moins corrélés : le second est de moitié environ supérieur au premier en moyenne. Les bienfaits de la libération des échanges ont été plus manifestes encore en Europe : la création du Marché Commun a accéléré le rattrapage des économies européennes par rapport à l’économie américaine. Elle a entraîné les progrès de la production dans chacun des pays de l’Europe des six, puis des neuf, et enfin des quinze dans les périodes qui ont suivi, mais aussi dans celles qui ont précédé les élargissements successifs. L’intégration à l’économie mondiale du Japon, de la Corée du Sud, puis des dragons asiatiques, a été, elle aussi, un facteur d’accélération de croissance, pour eux et pour leurs partenaires.

Les échecs des pays qui ont refusé l’économie de marché sont une autre démonstration de la supériorité de celle-ci. Les expériences de gestion centralisée de l’économie ont été aussi désastreuses pour le niveau de vie des habitants des pays concernés que le régime communiste pour leurs libertés. L’atonie de leurs économies a même joué un rôle non négligeable dans l’effondrement du système politique de l’Union soviétique et de ses alliés. Dès que le contexte politique l’a permis, tous ces pays ont choisi l’économie de marché, qu’il s’agisse des plus grands - URSS et Chine -, ou des pays de l’est de l’Europe que la guerre avait placés dans l’orbite soviétique. Ce choix et la libéralisation des échanges qui l’a accompagné ont accéléré le développement économique et le progrès social. En quelques années, des centaines de millions de chinois sont sortis de l’état d’extrême pauvreté dans lequel l’économie centralisée les avait installés. La Chine bénéficie depuis une quinzaine d’années d’un rythme de croissance très rapide, comme, en leur temps, le Japon ou la Corée du Sud.

Dès son premier sommet à Washington en décembre 2008, le Groupe des Vingt a appelé à la poursuite de la mondialisation, conscient qu’il était que toute interruption du processus susciterait, ici ou là, des tentations protectionnistes et des risques de conflits commerciaux dommageables pour la croissance de l’économie mondiale.

 B)   La mondialisation est aujourd’hui d’autant plus nécessaire aux pays avancés que deux des moteurs de leur croissance devraient ralentir, voire s’arrêter.

La croissance économique des pays avancés, au cours des dix ou quinze dernières années, a été largement alimentée par l’endettement des agents économiques nationaux – collectivités publiques et/ou ménages en général. Le cas des Etats-Unis est le plus frappant : le déficit de leurs paiements courants s’est gonflé jusqu’à atteindre 6% de leur production (PIB) en 2007 ; leurs exportations ne permettaient plus de financer qu’un peu plus de la moitié de leurs importations. Les ménages américains, dont le niveau moyen de ressources ne progressait guère, se sont lourdement endettés, notamment sous forme de prêts gagés par leur logement. C’est là l’origine de la crise des subprimes. En Europe, des pays comme l’Espagne, l’Irlande et même le Royaume-Uni ont aussi alimenté leur croissance par un endettement excessif des ménages ; la Grèce, par le surendettement de l’Etat.

Depuis fin février 2008, pour limiter l’ampleur de la récession résultant de la crise de confiance généralisée qu’a provoquée la crise financière, les pays avancés ont alimenté en abondance l’économie en liquidités. Ils ont aussi compensé la demande privée défaillante par une demande publique supplémentaire, conformément aux préceptes keynésiens. Ces politiques ont été efficaces. Mais elles ont porté les dettes publiques à des niveaux qui font naître des craintes d’insoutenabilité : plus de 200% du PIB au Japon ; plus de 80% dans la zone euro, mais aussi en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Pendant plusieurs années, ces pays vont devoir conduire des politiques monétaires restrictives pour contracter une masse monétaire mondiale gonflée à l’excès ; et leurs politiques budgétaires seront contraintes par l’obligation de réduire les déficits et maîtriser la dette publique. Deux des moteurs potentiels de la croissance sont donc en train de s’arrêter.

Dans ces conditions, la poursuite de la mondialisation est vitale pour la croissance de tous les pays. Depuis plusieurs années, elle est le moteur de l’émergence de nombre de pays considérés jusqu’alors en développement. Elle a vocation à le rester. Mais les perspectives de demandes nouvelles liées à l’ouverture des gigantesques marchés émergents sont désormais indispensables aux pays avancés, pour déclencher la reprise de l’investissement productif et le surcroît d’exportations qui pourraient alimenter leur croissance.

2) Au demeurant, la montée des interdépendances entre les nations et les conséquences économiques du progrès technique et des nouvelles technologies de l’information devraient alimenter la poursuite, voire l’accélération de l’ouverture des frontières.

       A) La globalisation a développé, entre les pays, des interdépendances notamment économiques et financières qui rendent indispensable sa poursuite.

      a) Ces interdépendances sont d’abord économiques et commerciales. Les échanges extérieurs occupent une place trop importante dans la production et la consommation des pays avancés et de nombreux pays émergents pour que leur contraction ne pose pas de sérieux problèmes : en 2010, les exportations de nos biens et services représentent 14 % du PIB des Etats-Unis, 25 % de ceux de la France et du Royaume Uni et 46 % celui de l’Allemagne. Même des pays comme la Chine ou les Etats-Unis, dont on pourrait penser que que leur dimension assurerait, en cas de besoin, leur indépendance par rapport au commerce extérieur, ont besoin d’importations pour satisfaire leurs besoins, sans cesse croissants, de produits énergétiques et de certaines matières premières. La situation de dépendance des échanges internationaux est plus marquée encore pour les pays dont la consommation et les investissements sont très largement assurés par leurs importations : l’Europe en particulier, dont l’économie est très dépendante des échanges extérieurs. Et la situation de la Corée du Nord témoigne des conséquences catastrophiques de l’autarcie : sa population vit dans un total dénuement aux frontières d’une Corée du Sud dont l’économie de marché et la participation aux échanges internationaux ont fait en cinquante ans l’un des pays les plus prospères du monde. Ce sont à la fois, en pratique, la production des entreprises et la consommation des ménages qui se sont internationalisées.

Les interdépendances sont désormais manifestes au niveau de la plupart des aspects de la vie individuelle : l’alimentation, le vêtement, la culture, l’information sont, assurés pour une part croissante dans chacun des pays avancés, et dans un nombre croissant de pays émergents, par l’importation de biens et de services que les pays concernés ne produisent plus et ne sauraient plus produire, du moins à un prix acceptable par les consommateurs. Les producteurs sont eux-mêmes de plus en plus dépendants de consommations étrangères, voire de productions étrangères : on l’a vu récemment avec les difficultés qu’ont connues des fabricants d’automobiles américains ou européens du fait des ruptures de production provoquées par le tsunami chez des sous-traitants japonais.

b ) Les interdépendances sont aussi financières, comme l’a montré la crise récente. Le financement du commerce international a nécessité un très large développement des relations interbancaires. Surtout, les déséquilibres des échanges internationaux ont rendu indispensables des financements massifs des pays déficitaires par les pays excédentaires, et en particulier des Etats-Unis par les pays asiatiques et les producteurs de pétrole ; et aussi des zones d’investissement par les zones d’épargne. L’explosion des marchés financiers depuis 30 ans et leur mondialisation ont établi une interdépendance financière inextricable à l’échelle de la planète. Un exemple : les réserves de change de la Chine, plus de 3000 milliards de dollars de créances, dont une large part sur les Etats-Unis, créent une relation créancier emprunteur d’une ampleur sans précédent.

c ) Les interdépendances concernent aussi de plus en plus les facteurs de production. Nombreuses sont désormais les grandes sociétés d’Europe continentale dont le capital est détenu à 50% ou plus par des étrangers, et dont les salariés sont majoritairement étrangers parce que, partout dans le monde, se développent les investissements directs d’entreprises étrangères.

Les grandes sociétés multinationales sont le symbole de ces interdépendances. Elles constituent de véritables communautés internationales, dotées de leurs propres règles, de leur propre culture. Elles sont porteuses de normes de responsabilité sociale et environnementale qui font de plus en plus souvent d’elles de véritables « citoyens du monde ».

 B )            Le progrès technique et notamment les nouvelles technologies de l’information ne cessent d’élargir le champ géographique des marchés potentiels d’un nombre croissant de produits et de services.

 a) La distance n’est plus un obstacle à l’élargissement géographique de nombreux marchés. Le coût des transports maritimes a changé d’ordre de grandeur avec l’invention des tankers géants pour le transport du pétrole. Les progrès accomplis depuis lors dans l’utilisation et l’exploitation des conteneurs ont fait disparaître le coût du transport comme obstacle à la constitution d’un véritable marché mondial pour un grand nombre de produits.

L’abaissement du coût des transports de personnes, et surtout la banalisation du transport aérien, favorisent la mondialisation du marché du tourisme, mais aussi celle de certains services à forte valeur ajoutée – conseils juridiques et fiscaux, consultations médicales, recherche, ...

La production peut de plus en plus se localiser selon le principe des avantages comparatifs à l’échelle de la planète. Le mouvement paraît bien irréversible. Un signe ? Un an seulement après la récente récession, Boeing prévoit le doublement de la flotte aérienne en 20 ans, 33 500 nouveaux avions devant être livrés. Et le marché des bateaux n’a pas été aussi sinistré que lors des crises précédentes, qui n’étaient pourtant pas aussi graves.

 

 b) Les technologies de l’information ouvrent des champs nouveaux à la mondialisation de certains marchés. Elles permettent de commercer à l’échelle de la planète, entre professionnels et même, dans certains cas, avec les particuliers. Elles offrent en effet un accès direct à l’information sur les produits et services à tous ceux qui veulent s’y intéresser, partout dans le monde. De nouvelles entreprises apparaissent : certaines spécialisées dans la comparaison des offres, d’autres dans l’acheminement des produits physiques à travers le monde. Un exemple : la société Amazon, créée en 1995, a réussi à installer une véritable librairie planétaire et se lance dans la commercialisation de produits frais.

 C) La mondialisation est désormais un mouvement, porté par les opinions publiques elles-mêmes.

Celles des pays avancés, qui ont fait de la toile un instrument de mondialisation de leur culture. L’informatique est en train de constituer des bases de données universelles, de disques, de livres, de films. Internet va ainsi permettre à tous les hommes et les femmes du monde, d’accéder à toutes les œuvres intellectuelles et artistiques. Et aussi à toutes les informations. Les gouvernements eux-mêmes sont impuissants à arrêter ce mouvement. On l’a vu récemment avec la publication par Wikileaks de tous les télégrammes de la diplomatie américaine ; ou avec l’organisation, via internet, de rassemblements qui ont déstabilisé des gouvernements en Afrique du Nord ou au Moyen-Orient.

Les technologies de l’information permettent de faire de tous ceux qui les utilisent de véritables citoyens du monde. Les conséquences politiques de cet état de fait peuvent être considérables. Les conséquences économiques sont déjà significatives.

Les interdépendances entre les nations qui se sont insensiblement mises en place sont irréversibles sauf à s’imaginer un choc politique majeur ou un conflit international.

 

II – La poursuite de la mondialisation rend indispensables des concertations et de nouvelles régulations et coordinations au niveau international

La crise récente l’a bien montré : c’est à l’échelle de la planète que se posent de plus en plus souvent les problèmes. C’est donc à ce niveau qu’il faut mettre en place les coopérations et les régulations nécessaires. Mais les réponses institutionnelles sont difficiles à apporter et tardent de ce fait à intervenir.

 

 1) La montée des interdépendances et la consommation croissante de ressources physiquement limitées rendent de plus en plus nécessaires des régulations et des coopérations à l’échelle de la planète.

A/ Les progrès de la mondialisation rendent indispensable la mise en place de régulations à l’échelle de la planète.

Tel est bien sûr le cas pour les marchés de biens et de services lorsqu’ils se situent à ce niveau. Mais la diffusion de règles internationales apparaît également nécessaire dans des domaines très divers pour faire face à des risques qui peuvent se situer au même niveau. Et dans le domaine économique et monétaire, il est de plus en plus nécessaire d’assurer une concertation et une coordination au niveau mondial.

a) Le marché, on le sait bien, ne fonctionne de façon satisfaisante que si la concurrence y est correctement assurée, du côté de l’offre comme de la demande. Monopole et monopsone sont des négations du marché : ils ne peuvent être tolérés que s’ils sont inévitables ; et une régulation spécifique est alors indispensable pour que les modalités de fixation des prix soient étroitement contrôlées. Quant aux ententes, et aux pratiques de toute nature qui sont susceptibles d’affecter les conditions de la concurrence - y compris les aides publiques -, elles doivent naturellement être combattues et éliminées. C’est là l’un des enseignements de la science économique : il n’y a pas de bonne économie de marché sans régulation de la concurrence.

Aux Etats-Unis, comme en Europe, des règlementations précises ont été mises en place de longue date à ce titre. Elles sont appliquées, avec rigueur, aux producteurs et acheteurs nationaux comme étrangers. Les infractions sont sévèrement sanctionnées. Mais la mondialisation fait progressivement disparaître les frontières nationales. C’est bien au niveau mondial que des règles devraient être désormais édictées, même si c’est au niveau national (ou communautaire pour les pays de l’Union européenne) qu’elles peuvent être aujourd’hui appliquées.

Sur le plan commercial, les obstacles non tarifaires aux échanges sont de plus en plus importants. Certaines régulations nationales peuvent être des formes nouvelles et efficaces de protectionnisme. Il faut donc aussi s’en préoccuper au niveau mondial.

b) La mondialisation est aussi génératrice de risques qui ne peuvent être maîtrisés qu’au niveau planétaire.

La récente crise financière vient d’en donner une illustration spectaculaire : la crise des subprimes américains a failli déboucher sur une crise systémique mondiale. Pour l’éviter, des interventions massives des Etats et des autorités monétaires ont été indispensables. Il est logique, dans ces conditions, que les Etats aient l’ambition d’éviter tout risque de répétition d’un tel scénario. Ce ne sera possible que si des règles adéquates tirant toutes les leçons de la crise encadrent désormais les activités bancaires et financières. La stabilité financière est un objectif prioritaire. Il faut définir les règles qui l’assureront au niveau mondial. Mais il faut aussi s’assurer que ces règles sont traduites en termes juridiques pour l’ensemble de l’industrie bancaire et financière, et s’assurer ensuite de leur application par des contrôles. Tout cela suppose un cadre institutionnel au niveau de la planète.

La mondialisation soulève des problèmes de sécurité qui nécessitent une régulation planétaire dans bien d’autres domaines. Parmi les plus importants, on peut citer la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme, qui exploitent bien souvent l’existence des frontières nationales pour dissimuler leurs coupables activités. Il y a aussi la protection de la santé et celle des consommateurs : les exemples de risques de pandémies se multiplient ; et le commerce électronique change le niveau géographique du contrôle à exercer pour assurer la protection des consommateurs pour leurs achats de produits sur la toile.

c)   La croissance économique mondiale est génératrice de certains déséquilibres dans les économies nationales et dans les échanges internationaux.

C’est ce qu’a montré l’expérience. L’une des premières questions qui soient apparues sur le plan historique a été celle du change. Pendant longtemps la question des taux de change des monnaies ne s’est guère posée : leur poids respectif en or permettait de connaître leur taux de change. Le problème est apparu avec l’abandon progressif de la convertibilité en or des monnaies, et de façon définitive depuis la démonétisation de l’or qui a été décidée en 1975. Le flottement des monnaies des pays avancés a alors été décidé. Aujourd’hui encore, la question de la restauration de systèmes de changes stabilisés est périodiquement évoquée. Symétriquement les chinois sont régulièrement interpellés à propos du contrôle qu’ils continuent d’exercer sur le taux de change de leur monnaie. Le G20 de Cannes va se pencher sur ces sujets.

Au-delà des questions de change, le sujet de la coordination des politiques économiques et monétaires des principales zones économiques est périodiquement évoqué. La conférence de Bretton Woods avait bien identifié les risques que les déséquilibres prolongés dans les échanges internationaux feraient peser sur l’économie mondiale, et la nécessité de les corriger par des actions concertées. Depuis lors, chacune des crises qui a frappé l’économie mondiale au cours des dernières décennies a été l’occasion de constater l’utilité d’une certaine coordination des politiques économiques et monétaires des principales zones de la planète pour limiter les problèmes posés et éviter que l’absence de concertation réduise l’efficacité des politiques nationales ou même aggrave la situation internationale.

L’objectif de chaque pays est d’assurer à son économie une croissance aussi durable que possible avec un haut niveau d’emploi. Une certaine coordination est nécessaire pour éviter une mise en phase excessive des économies qui amplifierait les euphories et aggraverait les crises. On vient de le constater à nouveau à l’occasion de la crise comme au cours des années de croissance qui l’ont précédée. Résorber les déséquilibres des échanges internationaux, tout comme réanimer l’économie mondiale à la suite d’une crise de confiance nécessite une coordination des politiques économiques et monétaires.

B/ La poursuite de la mondialisation suppose que l’on s’attaque vraiment au niveau planétaire à la question de la gestion des ressources rares.

Dans les pays avancés, chacun a aujourd’hui pris conscience de la nécessité et de l’urgence de protéger l’environnement et la diversité des espèces. Cette protection passe notamment par des politiques volontaristes de gestion de l’air, de l’eau et de l’espace dont la nécessité n’est pas aujourd’hui perçue par la majorité des habitants de notre planète.

Une question aussi urgente est celle de la gestion des ressources d’énergie fossile et de matières premières. Le marché, dont elle relève jusqu’à présent, ne peut suffire à la traiter, dès lors que peuvent se poser, à terme, des problèmes de pénurie.

Et puis la question de l’alimentation des habitants de la planète commence à se poser. En un siècle la population a doublé, et elle va encore augmenter de près de 50% d’ici à 2050. On vient de voir qu’une année de sécheresse, accompagnée de mauvaises récoltes dans quelques grand pays producteurs, peut faire réapparaître la famine dans certains pays africains.

Ces problèmes, incontestables, ne peuvent être réglés par les seules lois du marché du fait de leur nature. En tous cas, analyse et diagnostic nécessitent, pour chacun d’eux, une concertation, et souvent une forme de régulation internationale.

 2) Les réponses institutionnelles aux problèmes de régulation ou de coordination posés par la mondialisation n’ont pas progressé au même rythme que celle-ci

Les institutions de coopération internationale mises en place au lendemain de la deuxième guerre mondiale ont joué le rôle qui leur était assigné, mais qui est limité par rapport à l’ampleur des problèmes posés par la mondialisation. Elles ne sont pas apparues adaptées aux périodes de crise. Aussi les pays avancés et les grands Etats ont-ils cherché des solutions dans des structures de concertation. 

A/ Les institutions mises en place dans le cadre de l’ONU ont joué en matière économique le rôle prévu par leurs statuts : limité pour l’Organisation des Nations Unies, réel pour les institutions spécialisées.

a)  L’Organisation des Nations Unies avait incontestablement une vocation de centre de régulation des problèmes qui peuvent naître des relations internationales. Malheureusement, la guerre froide l’a largement stérilisée pour les questions économiques, puisque celles-ci étaient l’un des terrains essentiels d’affrontement idéologique des deux blocs. L’assemblée générale de l’ONU et les différentes organisations qu’elle a mises en place ont été pendant longtemps des lieux de confrontation entre l’Est et l’Ouest, et aussi des tribunes pour certains pays du Tiers Monde plus intéressés par l’écho de leurs prises de position que par des prises de décision. Tel a été le cas notamment de la Conférence des Nations Unies pour le Commerce et le Développement (CNUCED), qui avait vocation à traiter au niveau mondial, les problèmes de régulation du commerce international dans des conditions qui prendraient mieux en compte les problèmes du Tiers Monde que ne le faisait le GATT, d’essence trop libérale aux yeux de certains.

L’ONU compte désormais 192 Etats-Membres. Il est bien difficile d’engager une concertation efficace sur une question d’importance dans un tel forum. C’est l’expérience qui vient d’être faite avec la nécessaire conférence sur l’environnement de Copenhague. Quant au Conseil de Sécurité, il est rare qu’il se saisisse de questions économiques. Lorsqu’il l’a fait, cela a été le plus souvent sur des sujets assez spécifiques, surtout des embargos liés à des problèmes politiques.

Sans doute certaines organisations ont-elles permis, mieux que d’autres, de faire avancer des idées, ou certains projets d’aide aux pays les moins avancés. Tel a été le cas de l’UNESCO en matière d’éducation, ou de la FAO en matière d’alimentation des pays pauvres. Et l’Organisation Internationale du Travail est un lieu, original, de confrontation d’idées dans un domaine d’essence nationale, dont les normes sont respectées par certains pays avancés, en particulier le nôtre. Certains organismes, en particulier la CNUCED, restent aujourd’hui un peu trop cantonnés à de stériles oppositions Nord/Sud.

b) Les institutions spécialisées dont la création a été décidée dès 1944 à Bretton Woods – FMI et Banque Mondiale - sont rattachées aux Nations Unies. Mais elles relèvent d’une conception bien différente. Leur gouvernance est proche de celle des sociétés par action : chaque Etat y a un pouvoir proportionnel à sa contribution financière, sa quote-part, la répartition de ces quote-parts étant fixée par les statuts, qui ne peuvent être révisés que par une majorité qualifiée. On est loin du système de l’ONU où chaque Etat dispose d’une voix.

Le Fonds Monétaire International rassemble 187 pays. Sa mission est de : « promouvoir la stabilité dans les relations monétaires internationales, afin de favoriser l’expansion économique et le développement du commerce international, et d’assurer ainsi un haut niveau d’emploi et de revenus ». Il est précisé que cette stabilité repose sur la confiance dans les relations monétaires entre les Etats, la coopération internationale, et la résorption des déséquilibres des balances des paiements.

 

Pour atteindre ses objectifs, le FMI a établi un code de conduite pour les relations monétaires internationales : des règles relatives au taux de change des monnaies et à leur convertibilité ainsi qu’à la liberté des transferts pour les transactions courantes. Il surveille l’application de ces règles par les Etats. Il examine de ce fait régulièrement les politiques économiques, financières et monétaires conduites par chacun d’eux. Le FMI dispose de réels moyens d’influence et d’action. A l’occasion de ses examens des politiques économiques, il peut présenter des observations. Il dispose en outre d’importants moyens d’assistance technique et financière, et peut les mobiliser au profit des Etats qui connaissent des difficultés de paiement extérieurs. C’est ce qu’il avait fait dans le passé pour la France (dans les années 50), ou pour le Royaume-Uni (années 70), ou pour l’Amérique Latine (années 80), l’Asie du Sud-Est (années 90)…C’est ce qu’il est en train de faire au profit de certains pays de la zone euro, en particulier de la Grèce.

Le FMI a un réel pouvoir d’influence par ses avis et à l’occasion de ses concours. Il a joué un rôle utile dans la résorption des déséquilibres extérieurs de nombre de pays. Les réformes en cours vont doubler ses moyens financiers. Et elles améliorent sa représentativité en augmentant la part des pays émergents dans ses quote-parts / son capital, pour tenir compte de l’évolution de la répartition de la production dans le monde. Deux questions restent cependant posées.

- La première est celle de l’ordre monétaire international. A l’origine, les statuts du FMI prévoyaient que chaque monnaie devait avoir une parité fixe, qui ne pouvait être ajustée qu’avec son accord. Depuis 1975, la règle est le flottement, sous sa « ferme surveillance ». Les déséquilibres provoqués dans les paiements internationaux par les deux chocs pétroliers des années 70 rendaient le flottement à peu près inévitable. Il est devenu la seule règle concevable, compte tenu de la dimension qu’ont pris les marchés des grandes monnaies : les transactions hebdomadaires sont d’un volume très supérieur à celui de l’ensemble des réserves de change de tous les pays du monde. Il serait illusoire d’essayer d’imposer une parité au marché, sauf à mettre en place un contrôle des changes très strict. Mais la volatilité actuelle des taux de change est très perturbante pour les acteurs du commerce international. C’est ce qui explique que le G20 ait mis à l’étude la question des règles monétaires internationales, à la demande de la France.

- Le FMI a aussi un problème de crédibilité. S’il n’a pas hésité à critiquer les politiques économiques de certains grands pays européens ou émergents, lorsque c’était nécessaire, il est jusqu’à présent resté très prudent vis-à-vis la politique des Etats-Unis : ceux-ci sont, en quelque sorte, son « principal actionnaire ». En particulier, il n’a pas alerté du danger de la montée du déficit courant américain : depuis le début des années 2000, ce déficit s’est pourtant accru jusqu’à des niveaux qui auraient suscité ses critiques pour tout autre pays. Or, la crise financière de 2008 a trouvé ses origines macroéconomiques dans ce déficit et les excédents courants correspondants des pays asiatiques et des pays producteurs de pétrole.

Le FMI a une responsabilité essentielle : la résorption des déséquilibres des paiements internationaux qui peuvent affecter la stabilité financière mondiale. Il a la capacité, par ses recommandations et ses concours, d’aider à les résorber. Encore faut-il qu’il se mobilise quelle que soit l’origine des problèmes.

La Banque Mondiale, qui rassemble 184 pays,  a été créée par les accords de Bretton-Woods pour aider à la reconstruction et au développement des pays membres. Elle a aujourd’hui pour objectif de promouvoir le progrès économique et social des pays en développement.

Pour ce faire, elle a créé deux filiales : l’Association Internationale pour le Développement (AID) pour l’aide aux pays les plus pauvres et la Société Financière Internationale (SFI) pour le soutien du développement du secteur privé productif. Toutes trois apportent des concours : sous forme de prêts à conditions normales pour la Banque Mondiale et à conditions privilégiées pour l’AID ; et sous forme de capital pour la SFI. En outre, au sein du Groupe, l’Agence multilatérale de garantie des investissements donne des garanties contre le risque politique aux investissements étrangers dans les pays du Tiers Monde.  Et le Centre International pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) peut arbitrer d’éventuels conflits à ce sujet. Ce groupe joue un rôle utile, et rarement contesté.

c) Une autre institution joue un rôle important dans la vie économique internationale. C’est l’Organisation Mondiale du Commerce. Sa création, en 1995, marque l’avènement d’un nouveau système commercial multilatéral. Elle rassemble 153 pays. Elle a pour objet le développement du commerce international des marchandises et des services, et la protection des droits de propriété intellectuelle liée à ce commerce.

Les progrès, dans ce domaine, sont le résultat de grands cycles de négociations internationales qui ont débouché sur des Traités. Le dernier en date, l’Uruguay Round, a débouché sur le Traité de Marrakech qui a créé l’OMC. Le cycle de Doha, engagé depuis une dizaine d’années, piétine. Il devait porter non seulement sur les produits industriels, comme les précédents, mais aussi sur les produits agricoles, les services, les investissements étrangers, et la propriété intellectuelle. Le déblocage de cette négociation est essentiel pour la réalisation d’une nouvelle étape dans le processus de mondialisation.

La création, au sein de l’OMC, de l’Organe de règlement des conflits, a été, en 1995, une grande innovation. Sa mission est de régler des conflits commerciaux entre Etats. Et il a permis de régler de nombreuses plaintes. L’un des sujets les plus importants qui lui ait été soumis est le différend entre EADS et Boeing sur les aides publiques que chacune de ces deux entreprises est accusée par l’autre d’avoir reçues. Il est en cours. Une question reste à traiter en matière de différends : celle d’éventuelles sanctions internationales contre un Etat qui serait récalcitrant.

Pour s’en tenir aux problèmes économiques et financiers, le rôle de ces organisations internationales reste modeste par rapport aux défis de la mondialisation. Les Etats sont réticents aux transferts de souveraineté qui seraient nécessaires pour assurer l’existence de nouvelles institutions internationales susceptibles de traiter les différents problèmes posés. Ils ne sont même pas très enclins à fournir aux institutions existantes les ressources financières dont elles ont besoin.

 

B/ Aussi les responsables des pays avancés et des grands pays ont-ils cherché des solutions pratiques : des concertations en cercle restreint et la recherche de consensus au sein du club constitué ou  choisi pour ce faire ; puis la pression du club, via l’opinion publique, pour assurer la mise en œuvre des orientations arrêtées, tant par les pays membres du club que par les autres.

La mission de réflexion et de concertation a été confiée dans certains cas à des organismes internationaux et qui avaient une autre vocation. Les périodes de crise ont conduit à la constitution de groupes de chefs d’Etat et de Gouvernement.

a) Les deux plus anciennes institutions qui ont aussi joué un rôle de réflexion sur des sujets nécessitant l’émergence de normes internationales sont l’OCDE et la Banque des Règlements Internationaux. Plus récemment a été créé, dans le même esprit, le Conseil de Stabilité Financière.

L’Organisation pour la Coopération et le Développement Economique, l’OCDE, a été créée en 1961, en substitution de l’OECE, qui avait été mise en place en 1948 pour gérer le Plan Marshall d’aide américaine à l’Europe. Composée à l’origine de 18 pays de l’Europe de l’Ouest, des Etats-Unis et du Canada, elle s’est progressivement élargie à 34 pays membres qui ont été sélectionnés un à un sur des critères de niveau de développement et d’attachement à la démocratie : ils constituent tous ensemble la catégorie dite des « pays avancés ».

 

Elle a pour objectifs la croissance dans la stabilité financière, la promotion du libre échange et le développement du Tiers Monde. Elle a essentiellement un rôle d’étude, de réflexion, de prévision et de recommandation ; une certaine coordination des politiques économiques des Etats membres et la lutte contre le protectionnisme font partie de ses ambitions. En matière d’aide au développement, c’est l’OCDE qui a fixé des objectifs quantitatifs, en proportion de leur PIB, aux pays avancés. C’est elle aussi que ces pays ont plus récemment chargée d’établir la liste des paradis fiscaux et de présenter des recommandations pour lutter contre les paradis fiscaux et aussi pour lutter contre la corruption. Ces recommandations sont aujourd’hui considérées comme des normes que les pays de l’OCDE s’efforcent de respecter, et qu’ils cherchent à faire appliquer dans l’ensemble du monde.

En 1974, à la suite du premier choc pétrolier, l’Agence Internationale de l’Energie a été créée au sein de l’OCDE. Elle joue un rôle utile de collecte d’informations statistiques et de recommandations en matière de politique énergétique. Elle peut aussi décider, comme elle vient de le faire, la cession sur le marché d’une partie des stocks stratégiques de pétrole de ses membres pour peser sur les prix.

La Banque des Règlements Internationaux (BRI), a été créée en 1930 à Bâle par les banques centrales européennes pour leur servir de prestataire de services bancaires souple et discret. Son conseil d’administration est composé des gouverneurs des banques centrales. La division de l’Europe l’a mise un peu en sommeil à la suite de la deuxième guerre mondiale.
Elle est devenue, dans les années 60, la principale source d’informations sur ce que l’on appelait à l’époque les euromarchés, puis plus généralement sur les activités financières et bancaires internationales. Cette compétence a conduit les gouverneurs de banques centrales des pays européens, des Etats-Unis et du Japon à considérer qu’ils pourraient loger à Bâle, dans ses locaux, un groupe de réflexion de régulateurs bancaires dont l’objectif était de définir ensemble des règles de solvabilité pour les banques. Ainsi sont nés les premiers ratios de solvabilité : les ratios Cooke ont été introduits dans la régulation de la plupart des pays avancés dans les années 80. Ce Comité a poursuivi ses travaux dans les années 90. Ils ont débouché sur les accords de Bâle II, qui prévoyaient un système beaucoup plus sophistiqué de contrôle prudentiel. Ces accords ont été transcrits dans les régulations européennes mais pas dans la régulation américaine. C’est ce Comité de Bâle qui a été chargé de tirer les leçons de la récente crise et de proposer de nouvelles normes de solvabilité et de liquidité à transcrire dans les règlementations nationales pour assurer la stabilité financière. C’est là l’objet de l’accord de Bâle III qui est en cours d’élaboration.

Il faut enfin signaler l’existence du Conseil de Stabilité Financière, qui rassemble les représentants des régulateurs et des Trésor de différents pays. Il vient d’être substitué, après la crise, au Bureau de Stabilité Financière qui avait été mis en place au début des années 2000. Il a pour mission d’analyser les risques macroéconomiques qui pourraient menacer la stabilité financière, et d’élaborer des recommandations sur les politiques à conduire pour les éviter.

b) Mais depuis les années 70, c’est au niveau des chefs d’Etat et de Gouvernement que se sont organisées les concertations et coopérations internationales les plus ambitieuses, avec la mise en place du Groupe des Huit (G8) et du Groupe des Vingt (G 20).

+ L’origine du G8 est un groupe de sept pays qu’avaient constitué les  Ministres des Finances de l’Allemagne, du Canada, des Etats-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon, et du Royaume Uni à la fin de 1973, pour se concerter et essayer de coordonner leurs politiques économiques et monétaires au lendemain du 1er choc pétrolier. Deux de ces Ministres - l’allemand et le français - sont devenus début 1974, respectivement chef d’Etat et chef de Gouvernement de leur pays : ils ont convaincu leurs collègues d’organiser en 1975 un G7, à ce niveau ; ils ont invité la Russie beaucoup plus tard, bien sûr. Ce Groupe se réunit une fois par an au moins et ses débats sont préparés par des réunions ministérielles. Il est susceptible d’assurer une concertation entre les Etats concernés sur les questions les plus diverses, mais aussi de dégager des positions ou des actions communes ou concertées, des coopérations, la création d’organisations. Il permet d’assurer un dialogue permanent de haut niveau sur tous les sujets importants et une réaction coordonnée aux événements. Le G8 des ministres des finances et des gouverneurs de banque centrale est très actif et prépare les décisions des chefs d’Etat en matière économique et monétaire : il a parfois organisé une coordination des politiques de change.

Le Groupe des Vingt vient lui aussi d’être créé à l’initiative des européens, notamment de la France, pour assurer une concertation des responsables en réponse à la récente crise économique et financière. Il associe grands pays avancés et grands pays émergents, notamment la Chine, l’Inde et le Brésil. Il a joué un rôle très important pour coordonner les politiques économiques conduites par ces pays, qui représentent 80 % de la production mondiale, au lendemain de la crise. Il a permis d’affirmer immédiatement la volonté de tous de poursuivre la libéralisation des échanges internationaux, de soutenir la croissance économique par des politiques tant monétaires que budgétaires, et d’assurer la stabilité financière. Il a contribué à réduire les incertitudes et à rétablir la confiance.

La création et les interventions de ce G20 ouvrent incontestablement de nouvelles perspectives à la définition de normes à l’échelle internationale. Il a d’ores et déjà prévu que de telles normes devraient être établies en matière de stabilité financière, mais aussi dans le domaine comptable. Et il a récemment défini des indicateurs permettant d’analyser les politiques économiques et financières de grands Etats du point de vue de leur impact sur les déséquilibres internationaux.

Toutes ces initiatives de concertation dans un cadre ou dans l’autre, sont de nature à faire avancer l’analyse des problèmes auxquels est confrontée la communauté internationale, les coordinations nécessaires des politiques nationales, et les coopérations souhaitables au niveau international. Mais la méthode suivie, qui est de dégager périodiquement des règles internationales à partir d’un consensus de quelques pays considérés comme importants et de l’effet d’entraînement de leur exemple suppose que ceux-ci soient considérés par les autres comme représentatifs. Il faut aussi qu’ils soient exemplaires. C’est à dire qu’ils appliquent l’esprit et la lettre des recommandations qu’ils ont ensemble établies. Or, on en est aujourd’hui assez loin. Car ces pays sont pour la plupart démocratiques : les pouvoirs des chefs d’Etat et de Gouvernement sont, pour chacun d’eux, dépendants de décisions d’organes législatifs. Nombreux sont les cas dans lesquels le pouvoir exécutif n’est pas suivi par son législateur. Tel a été le cas, par exemple, en matière de stabilité financière. Les Etats-Unis ont voté la Dodd Franck Act avant la fin des travaux de Bâle III, alors que l’Europe s’apprête à appliquer cet accord.

Il ne fait pas de doute qu’il faudra, tôt ou tard, que les pays, grands ou petits, acceptent dans un nombre croissant de domaines de transférer au niveau d’organisations internationales certaines compétences pour lesquelles la globalisation suppose un échelon mondial de régulation. Et c’est sans doute au G20 de montrer le chemin, et de donner l’exemple.


III - Pour saisir les opportunités de la globalisation et maîtriser les problèmes qu’elle ne va pas manquer de poser, notre pays va devoir accélérer son adaptation aux contraintes de celle-ci.

La mondialisation va provoquer un élargissement sans cesse croissant du champ géographique de la spécialisation du travail sur notre planète. Donc, elle va accélérer les changements de la répartition internationale du travail. Pour y faire face, chaque pays doit s’adapter, en exploitant et en renforçant ses atouts, c’est à dire ses avantages comparatifs, et en traitant les problèmes qu’elle pose. Pour ce qui la concerne, la France va devoir accélérer et approfondir la construction européenne, et renforcer son potentiel de croissance et sa cohésion sociale.

 

1)    L’Europe et la zone euro sont deux formidables atouts qu’il est possible de renforcer

A)   L’existence de l’Union européenne est un réel avantage comparatif pour les Etats membres ; mais il faut faire avancer la construction européenne.

a) Du fait de sa taille (près de 500 millions de citoyens et de 30 % de la production mondiale), l’Europe permet aux pays qui la composent de bénéficier d’un marché intérieur de dimensions adaptées et d’une présence incontournable dans tout processus de négociation ou de régulation à l’échelle mondiale.

+ La mise en place du Marché Commun, et son élargissement, ont été un facteur de croissance pour tous les européens. Les nouveaux venus ont bénéficié d’un effet de rattrapage, chaque fois que leur niveau de développement économique était décalé. Tous les pays membres ont  pu profiter de l’élargissement du marché des biens et de certains services. Les dimensions de ce marché ont permis de transformer, dans la plupart des domaines, certains des champions nationaux d’hier en acteurs très compétitifs du marché mondial.

La mise en oeuvre de politiques communes, notamment pour l’agriculture et pour le développement régional ainsi que l’Union économique et monétaire ont introduit dans ce marché des formes de solidarité, et la notion d’intérêt général européen a commencé à émerger. Le Traité de Lisbonne a fixé un objectif dans le cadre d’une économie mondialisée : faire de l’Europe l’économie de la connaissance la plus compétitive.
 
+ L’existence de l’Union Européenne donne aux européens les moyens de défendre avec efficacité leurs intérêts dans le cadre de la mondialisation. En particulier dans les négociations commerciales et financières. Le processus de mondialisation implique en effet une suppression parallèle des obstacles aux échanges et l’établissement de conditions d’une concurrence loyale sur les marchés de chacun des pays qui y participent : la libéralisation des échanges doit être réalisée de façon équilibrée ; elle doit donc être négociée sans naïveté, avec âpreté. La politique commerciale extérieure est une politique commune depuis l’origine. En pratique, compte tenu de la dimension du marché européen, l’Union dispose d’une vraie force de négociation. Elle l’a montré en obtenant que dans le cycle de Doha l’ouverture des marchés des produits industriels et agricoles s’accompagne de celle des marchés des services et d’une protection efficace de la propriété intellectuelle. La lenteur de la négociation est pour une part la conséquence de la volonté de l’Union Européenne d’obtenir un équilibre des concessions.

Surtout, nul ne songe à contester que l’Europe a, autant que les Etats-Unis, sa place dans le dialogue avec les grands pays émergents, Chine, Inde et Brésil, pour la définition des nouvelles règles qui doivent organiser la vie économique, financière et monétaire internationale : qu’il s’agisse de la coordination des politiques économiques et monétaires, de la défense de l’environnement, des problèmes de l’énergie, des matières premières et des produits alimentaires, ou de la stabilité financière.

 

+ Au niveau du Conseil de Sécurité de l’ONU, des instances du FMI et de la Banque Mondiale, comme au G 8 ou au G20, les européens réussissent de plus en plus souvent à adopter des positions communes sur la plupart des questions économiques. C’est l’Europe qui a su prendre les initiatives majeures dans le processus de concertation internationale rendu indispensable par la récente crise. A l’occasion de la présidence française, notre pays a centré les réflexions du G8 et du G20 sur l’organisation de nouvelles règles mondiales pour des sujets auxquels il est attaché, comme l’ordre monétaire international, l’organisation des marchés de matières premières, le développement et la gouvernance mondiale.

b) La gouvernance de l’Europe a besoin d’être renforcée. Le dispositif prévu depuis le Traité de Nice n’est pas assez opérationnel. Il a certes accru les pouvoirs du Parlement Européen, ce qui constitue un incontestable progrès de la démocratie. Mais il a abouti à une complication du processus de décision et à un affaiblissement de la Commission. En revanche, la nomination d’un Président de l’Union et d’un Ministre des Affaires Etrangères constitue un progrès incontestable. L’efficacité d’Herman Van Rompuy montre qu’un choix adéquat des responsables peut permettre de grands progrès de gouvernance. L’idée avancée par le Président de la Banque Centrale, de prévoir, au niveau de l’Union, un Ministre des Finances, paraît judicieuse.

+ Les dernières années ont démontré l’efficacité de l’Union lorsque les Etats manifestent une réelle volonté politique. Les Européens ont réussi à la sortir de l’impasse dans laquelle l’avait placée le refus de la Constitution Européenne par le referendum français, en mettant rapidement en place un Traité qui reprend l’essentiel. Cela a permis à l’Union de faire face à la crise avec une efficacité inattendue. Ce sont la réunion à Paris de l’Eurogroupe, avec la participation sans précédent du Premier Ministre britannique, et les décisions courageuses alors prises, qui ont donné la crédibilité nécessaire au ennième plan de sauvetage du système financier américain et évité ainsi que la crise financière devienne systémique. Et ce sont les décisions extraordinaires prises parallèlement en un seul week-end de mai 2010, par le Conseil des Ministres européens et la Banque Centrale Européenne qui ont évité la crise de l’euro que prévoyaient les marchés : un plan de 750 Mds € dont 440 en provenance de l’Union, là où les Traités limitaient à 60 Mds les capacités d’intervention européennes ; et des interventions non conventionnelles de la BCE sur les marchés, dont celle-ci avait jusqu’alors exclu le principe.

B)    La création de l’euro a doté les européens d’un atout extraordinaire qu’il convient d’exploiter, et l’Union Economique et Monétaire doit continuer de se renforcer.

a) L’euro est un atout.

Sa création a tout d’abord fait disparaître le fléau de l’inflation. On l’a oublié aujourd’hui, mais pendant des années, celle-ci avait affecté les plus démunis et les épargnants dans nombre de pays européens, en particulier en France ; et ses conséquences sur le fonctionnement de l’économie étaient désastreuses. La création d’une Banque Centrale Européenne indépendante, dont la première mission est la stabilité des prix, rend inconcevable la réapparition de l’inflation dans la zone, et fournit un appui solide aux efforts consentis dans la plupart des autres pays membres de l’Union pour éviter les spirales inflationnistes. Grâce à l’euro, les européens disposent désormais d’une monnaie qui joue pleinement son rôle d’unité de compte, d’instrument de mesure, et d’instrument de transaction : le rôle qui doit être le sien.

Au niveau international, l’euro a été considéré, dès sa naissance, comme la deuxième grande monnaie de réserve. Les réserves mondiales de change sont encore constituées de dollars pour 60% environ, mais déjà d’euros pour 30%. La stabilité de son pouvoir d’achat  fait de plus en plus de l’euro une référence, pour un nombre croissant de pays et d’acteurs. Cela explique d’ailleurs en partie les attaques dont il fait régulièrement l’objet.

L’euro est une monnaie forte et a vocation à le rester par rapport au dollar : la zone euro a globalement des paiements courants équilibrés alors que ceux des Etats-Unis sont structurellement déficitaires. C’est là un sérieux inconvénient, pour la compétitivité des produits européens. Mais il y a aussi des avantages. La solidité de l’euro induit une discipline, en matière de gestion des entreprises et d’innovation, qui fait la force de l’industrie allemande. Et puis elle facilite la réalisation des investissements à l’étranger des pays de la zone, dont elle réduit le coût : c’est là un avantage comparatif considérable dans le contexte d’une mondialisation qui implique des investissements tant industriels que commerciaux hors des frontières.

b) Le renforcement de l'Union Economique et Monétaire est indispensable. Il est en cours.

La Banque Centrale Européenne a su faire face, mieux que la FED américaine, à la crise financière à partir de son démarrage en août 2007. Et les gouvernements européens ont concerté leurs politiques budgétaires pour limiter l’ampleur de la récession provoquée par la crise systémique fin 2008. Surtout, lorsque la stabilité de la zone euro a été contestée au printemps 2010, tous les pays ont engagé des politiques de rigueur, voire d’austérité, pour réduire leurs déficits budgétaires et maîtriser leurs dettes publiques, et revenir ainsi dans les limites prévues par le Pacte de stabilité et de croissance.

Ils ont aussi entrepris un réel renforcement de l’Union Economique avec le « Pacte europlus » en se donnant les moyens de coordonner effectivement leurs politiques budgétaires, de détecter et de corriger leurs déséquilibres structurels... En quelques mois, l’Union Economique a fait plus de progrès qu’au cours des dix années précédentes. La gouvernance économique de l’Europe devient une réalité.

Pour faire face à la crise financière, les européens ont décidé de substituer à l’instrument financier temporaire mis en place en mars 2010 un Mécanisme Européen de Stabilité Financière pérenne et plus important. Ils disposent désormais d’un instrument de solidarité stable et puissant, permettant de traiter certains problèmes d’endettement public qui inquiètent les marchés.

L’Europe a manifestement les moyens de renforcer et de développer sa construction, si elle en a la volonté politique. Et cet approfondissement est indispensable car il est probable qu’il faudra tôt ou tard à de nouveaux élargissements, notamment en raison des demandes d’adhésion des pays des Balkans.

Le succès de la construction européenne est vital pour tous les européens bien sûr. Mais il est aussi important pour le monde tout entier. Car les problèmes de transferts de souveraineté que l’Europe doit traiter pour poursuivre sa construction ne sont pas bien différents de ceux qui seraient nécessaires à la communauté internationale pour face aux besoins de régulation et de coopération que fait naître la mondialisation. L’Europe est en quelque sorte un modèle réduit de la Communauté internationale, un laboratoire. En trouvant une solution à chacun de ses problèmes, elle peut à nouveau servir de modèle au monde, et disposer ainsi de la stature nécessaire pour y défendre avec succès ses valeurs.


2)    De son côté, notre pays doit réussir à trouver le chemin du développement économique et du renforcement de sa cohésion sociale.

L’un de ses atouts pour y parvenir est le dynamisme de ses entreprises, qu’il lui faut entretenir. Il doit aussi assurer la compétitivité de son territoire, l’éducation et l’emploi de sa jeunesse.

A)   L’un des atouts de la France est son tissu d’entreprises. Mais il faut améliorer l’environnement de leurs activités sur le territoire national.

a) Notre pays se classe au cinquième rang mondial par son niveau de production, son PIB. C’est une position qui est assurée par ses trois millions d’entreprises, petites, moyennes et grandes.

Les entreprises françaises sont performantes et actives dans les trois grands secteurs d’activité : l’agriculture, l’industrie et les services. Dans chacun de ces secteurs, certaines des entreprises françaises se sont hissées à un très haut niveau de compétitivité : des grandes mais aussi des moyennes et des petites.

Les très grandes entreprises sont naturellement les plus visibles. Dans la plupart des secteurs où il y avait la France, il y a 25 ans, un champion national ayant une activité internationale, il y a aujourd’hui un champion européen, et souvent mondial. Cela est vrai des secteurs industriels lourds comme l’électricité, le pétrole, le ciment ou le verre, jusqu’aux services les plus immatériels comme la publicité ; en passant par les télécommunications, l’agro-alimentaire, la pharmacie, le cosmétique, le luxe, le BTP, l’environnement, le grand commerce, la restauration collective, la banque ou l’assurance,... Sur les 200 plus grandes entreprises mondiales du classement Forbes 2010, 17 sont françaises et la France est la seule, avec la Chine à avoir renforcé ses positions sur les cinq dernières années. De leur côté, les PME constituent un important secteur de croissance et de création d’emploi. Elles assurent les deux tiers de l’emploi dans notre pays. Et le succès du statut de l’auto-entrepreneur vient de démontrer que l’esprit d’entreprise fait partie de la culture de nombre de français.

Les entreprises françaises ont de solides avantages comparatifs à exploiter dans la globalisation en cours. Dans tous les secteurs d’activité, notre appareil productif a su renforcer ses structures financières et sa capacité d’adaptation au cours des vingt dernières années. Cela explique que nos entreprises aient beaucoup mieux résisté à la récession récente qu’à la crise, moins grave, du début des années 90. Les entreprises françaises ont l’expérience que leur donne leur histoire et une véritable culture d’innovation. Elles ont aussi une bonne expertise de la relation client et une culture de la transversalité de l’offre : autant d’atouts sur les marchés qui s’ouvriront aux producteurs des pays avancés.

Nous disposons de positions fortes  dans certains secteurs que l’ouverture des marchés intérieurs de pays émergents enrichis devraient intéresser : l’agriculture, la pharmacie, l’aéronautique et le luxe, le BTP et l’environnement, et aussi de nombreuses activités de services. Mais, pour plusieurs secteurs, cette ouverture reste très limitée.

b) Les entreprises ont besoin d’un environnement adapté au développement de leurs activités sur le territoire national.

Entreprendre suppose la combinaison, par un entrepreneur, de travail et de capital. Il est indispensable que les entreprises qui ont leur siège dans notre pays trouvent le capital dont elles ont besoin pour leur développement. Cela suppose que le capital investi dans les entreprises ne soit pas pénalisé, sur le plan fiscal, ni dans sa détention, ni dans ses revenus et que la fiscalité l’avantage même par rapport à toutes les autres formes de placement financier. Des progrès restent à faire à cet égard.

L’entreprise a vocation à innover : la capacité à l’innovation peut être un extraordinaire avantage comparatif. L’innovation est parfois le résultat d’un état d’esprit. Mais elle est fondamentalement la conséquence de la recherche. Il est nécessaire d’inciter les entreprises à accroître leur effort de recherche : le crédit impôt recherche et les pôles de compétitivité sont deux excellentes initiatives à cet égard. Il faut aussi accroître l’effort public de recherche et rapprocher les entreprises des chercheurs publics. La récente réforme des Universités va dans ce sens.

Il est enfin indispensable d’assurer une bonne image de l’économie de marché, de l’entreprise et des entrepreneurs au niveau de l’opinion publique. Un sondage récent effectué dans 10 grands pays montrent que 15 % seulement des français considèrent que l’économie de marché fonctionne plutôt bien et qu’il faut la conserver, contre 45 % des britanniques et des allemands, 55 % des américains et brésiliens, 65 % des chinois ! Or, il faut orienter nos nouveaux talents vers les métiers de l’entreprise et promouvoir le capitalisme familial. C’est naturellement aux intéressés eux-mêmes de s’y consacrer. Mais notre système éducatif a aussi un rôle à jouer dans ce domaine. Il est nécessaire qu’il montre bien aux enfants le rôle exclusif de l’entreprise dans la création de richesses. En particulier, une révision du contenu de l’enseignement de ce que l’on appelle les sciences économiques et sociales au lycée serait bienvenue : un rapport de notre Académie l’avait souligné en 2008. Tout reste à faire à cet égard, comme le choix des sujets et dossiers que l’épreuve de cette discipline du baccalauréat vient encore de montrer.


B)    Il est indispensable d’assurer la compétitivité du territoire France comme lieu de production.

a) Notre territoire dispose à ce titre d’avantages comparatifs considérables.

Les entreprises trouvent en France l’un des états de droit les plus sûrs du monde : le droit de la propriété et le droit du contrat sont anciens et protecteurs ; et nos tribunaux ont une solide réputation d’équité et d’honnêteté. Notre pays offre en outre à ceux qui y vivent un dispositif des plus efficaces pour assurer la sécurité des personnes et des biens et les libertés individuelles.

Le niveau de vie des français figure parmi les plus élevés du monde, en moyenne et même pour les moins favorisés. Il assure un marché de proximité qui permet de tester produits et services sur une clientèle avertie exigeante.

Nos infrastructures, en particulier de transport,  sont d’une indéniable qualité. Les réseaux routiers ou ferrés bien sûr, mais aussi les infrastructures de l’aéronautique. Les aéroports de Paris occupent la première ou la deuxième place européenne pour les marchandises et pour les voyageurs. La France a aussi l’un des taux de communications électroniques les plus élevés en Europe.

Et puis notre pays est naturellement ouvert au monde. Paris, en terme d’histoire et de culture, est l’une des rares villes d’Europe continentale à avoir un réel statut de capitale internationale. La France est d’ailleurs l’un des grands pays d’accueil d’investissements étrangers, en particulier d’investissements directs.

b) Mais notre territoire national souffre de sérieux handicaps de compétitivité, par rapport à ses voisins immédiats qui ont, dans bien des domaines, des avantages comparatifs proches des siens. Le plus important est le poids et le déséquilibre de ses finances publiques qu’il a entrepris de corriger. Il lui faut aussi mettre davantage ses politiques et des finances au service de la croissance économique et de la cohésion sociale.

Le niveau de nos dépenses publiques est l’un de nos problèmes les plus sérieux. C’est le plus élevé du monde avec celui de la Suède (55 % du PIB). Et les emplois publics représentent 22% des emplois. Le niveau des prélèvements obligatoires (42 %) nous place en tête du Groupe des huit. Et les dérives budgétaires du passé ont conduit notre dette publique au niveau,  trop élevé, de 82 % du PIB.

Les français en sont désormais conscients. L’Etat s’est engagé depuis quatre ou cinq ans dans un effort de réformes sans précédent pour maîtriser la dépense publique. La revue générale des politiques publiques, la RGPP, a été lancée : elle remet à plat les dépenses de l’Etat et réorganise ses services, au niveau central et local ; les effectifs de fonctionnaires sont réduits, un sur deux de ceux qui partent à la retraite seulement étant remplacé. La nouvelle loi organique sur les lois de finances conduit à un suivi précis des dépenses et à une évaluation de leur utilité. Pour la première fois, des actions visant à maîtriser les dépenses des collectivités territoriales sont engagées avec une réforme limitée des régions et des départements – première et timide conséquence de la Commission Balladur – et le plafonnement des concours de l’Etat. Et le lancinant problème de la dérive des dépenses des régimes sociaux a fait l’objet de deux réformes structurelles ; les retraites (y compris les régimes spéciaux) et l’organisation du système hospitalier.

La crise économique a rendu malheureusement inévitable une forte augmentation de notre déficit public pour limiter l’ampleur de la récession provoquée par la crise de confiance de fin 2008, comme dans les autres pays avancés.

Mais, dès 2009, les pouvoirs publics ont pris des engagements précis pour ramener les déficits dans les limites prévues par le pacte de stabilité européen (3 % du PIB) et maîtriser la dette publique. Le déficit public a été ramené en 2010 à 7 % du PIB (au lieu des 7,5 % prévus) et doit passer à 6 % cette année, à 4,6 % en 2012 et 3 % du PIB en 2013. Un projet de loi cadre d’équilibre des finances publiques est en cours de discussion au Parlement.

Malgré la crise et l’opposition d’une majorité de l’opinion, une réforme visant à assurer l’équilibre de nos régimes de retraite a été décidée. Elle était indispensable. Nos retraites relèvent d’un régime de répartition. Cela signifie que les cotisations des actifs de l’année ne sont pas capitalisées pour payer plus tard leurs retraites, mais immédiatement dépensées pour payer les pensions des retraités. Un tel système doit être chaque année équilibré, par nature. Or les déficits cumulés dépassaient déjà 30 Mds € à la fin de 2010 : une dette que nous allons faire peser sur les actifs de demain en plus de la charge normale qu’ils auraient à supporter pour financer le régime, année après année. La réforme arrêtée, et en particulier le report à 62 ans de l’âge de la retraite doit permettre d’équilibrer le régime en 2018.

Il est indispensable qu’elle soit appliquée. Et il est probable qu’au delà, l’âge de la retraite devra à nouveau être augmenté. En effet, ce sont nos perspectives démographiques qui déséquilibrent nos régimes. Là où il y avait cinq français actifs pour un retraité en 1950, il n’y en a plus que 3 en 2010 et il n’y en aura plus que 2 en 2050. Comme nos partenaires européens, qui l’ont déjà décidé ou prévu, il nous faudra un jour relever à 65 ans l’âge de la retraite si nous ne voulons pas baisser le niveau de celle-ci ou faire supporter aux actifs une charge si lourde qu’ils ne pourraient l’accepter.

Rééquilibrer nos régimes sociaux et le budget de l’Etat sont des objectifs qui ne peuvent plus être contestés car nous ne pouvons plus laisser dériver la dette et les engagements publics que nous allons laisser aux générations à venir.

Au demeurant, la crise en cours des dettes souveraines dans le monde nous y contraint. Elle a créé un indicateur qui va nous forcer à nous en occuper. Elle a en effet provoqué un changement d’attitude des investisseurs vis à vis des emprunteurs publics. Jusqu’à présent, les Etats des pays avancés étaient considérés comme des débiteurs absolument sûrs, et leurs emprunts étaient assortis de taux d’intérêt très proches les uns des autres, les risques étant considérés comme très voisins. Tel n’est plus le cas depuis la crise grecque. Le doute s’est installé chez les investisseurs. Comme les emprunteurs privés, les Etats vont être jugés sur leurs objectifs, et sur leurs résultats. Pour chaque Etat le « spread » des nouveaux emprunts contractés, c’est-à-dire l’écart de taux par rapport à l’emprunt de référence de même durée, devient un indicateur de la qualité de la gestion des finances publiques.

Des objectifs de déficit qui ne permettraient pas la maîtrise à terme de la dette publique, ou des écarts significatifs des résultats par rapport aux objectifs seraient vite sanctionnés par une augmentation du taux d’intérêt des nouveaux emprunts. Or quand la dette dépasse 80% du PIB, 1% de plus du taux d’intérêt moyen de la dette représente une charge d’intérêt supplémentaire de 0,8% du PIB à terme. Du point de vue de la croissance économique comme de celui des contribuables, les dérapages ne devraient pas pouvoir être acceptés.

La maîtrise des déficits publics et de la dette publique qui sont indispensables pour assurer la compétitivité de notre territoire national dans une perspective d’économie mondialisée devrait donc être assurée.

+ Dans le même temps, les politiques publiques et les comptes publics doivent être mis au service de la croissance économique et de la cohésion sociale.

Il va nous falloir poursuivre l’action qui a été engagée avec la RGPP et avec la révision des dépenses fiscales et de la fiscalité pour concentrer l’action publique sur ce double objectif, ainsi que l’avait recommandé en 2005 la Commission sur la dette. Comme les euros privés, chaque euro public doit être utilisé avec le souci de l’efficacité : le potentiel de croissance s’en trouvera renforcé et la solidarité mieux assurée.
Au-delà, des politiques précises sont nécessaires pour traiter les problèmes et saisir les opportunités de la « destruction créatrice » chère à Schumpeter.

Cela suppose d’abord que l’Etat et les collectivités territoriales conduisent des politiques efficaces pour traiter les problèmes posés par la disparition de certaines activités dont la compétitivité ne serait plus assurée dans une économie plus mondialisée. La disparition d’entreprises pose des problèmes régionaux, sociaux et humains auxquels il faut apporter de bonnes réponses. Nous avons eu à y faire face périodiquement depuis le premier choc pétrolier. Notre pays a plutôt bien traité la question pendant la récession de 2009. Des instruments publics existent. Il faut les utiliser.

De même les problèmes aujourd’hui posés par certains quartiers des grandes villes ou certaines zones rurales dépeuplées sont les conséquences d’une urbanisation qui est inéluctable. Ils ne sont pas, dans leurs principes, différents de ceux que nous avons su traiter, dans les années 1960 et 1970, par des politiques d’aménagement du territoire et d’urbanisme : en particulier le schéma directeur d’aménagement de la région parisienne et la création de huit métropoles d’équilibre. Il faut permettre à chaque français de disposer des conditions de vie et de sécurité auxquelles il peut légitimement aspirer. C’est un devoir républicain. Aux côtés des collectivités publiques, entreprises et associations peuvent y contribuer.

Mais l’action publique doit aussi favoriser la naissance et le développement des activités nouvelles qui assureront la croissance économique et l’emploi des français.

Cela suppose, on l’a vu, que les politiques publiques soient favorables au développement des entreprises. Mais il faut aussi que notre enseignement supérieur et notre recherche publique ne hissent au niveau de nos meilleurs concurrents. Le classement de Shanghaï ne place que deux universités françaises dans les cent premières mondiales (contre une dizaine de britanniques), la première se situant autour du 20ème rang mondial. Nous avons à faire dans ce domaine de grands progrès.

La création des pôles de compétitivité, la réforme des universités et l’affectation d’une grande partie des moyens du grand emprunt à des projets, des laboratoires et des initiatives d’excellence des universités, montrent que cet impératif est bien compris. Nos Universités sont de plus en plus nombreuses à se rendre compte que, comme nos entreprises il y a 20 ou 30 ans, elles sont désormais entrées dans un environnement de compétition internationale. Comme les entreprises, les meilleures sont en train de s’adapter, à marches forcées. Il serait utile que la loi sur les Universités soit dès que possible complétée, et que soient introduites des souplesses, en matière de gouvernance et de financement notamment, qui permettront à celles qui le souhaiteraient d’accélérer leur transformation.

C)    Et puis il nous faut assurer l’avenir de notre jeunesse.

Vis-à-vis des jeunes, la remise en ordre de nos finances publiques est un devoir moral. Comment justifier en effet que les déficits de l’assurance-maladie ou des retraites conduisent à reporter, par l’emprunt, sur les générations à venir, la charge d’une partie de nos dépenses de santé, et des retraites versées aujourd’hui aux personnes âgées ? Pouvons-nous laisser à leur charge une dette publique de plus de 80% de notre PIB, alors que nous avons reçu en 1980 des générations précédentes une dette, en proportion, quatre fois moins élevée, de 20% du PIB ?

Plus positivement, nous devons donner à nos jeunes une éducation adaptée aux défis du XXIème siècle et faciliter leur entrée dans la vie active. Or, de ce double point de vue, la situation n’est guère satisfaisante. Mais là aussi, les voies sont tracées qui devraient permettre de l’améliorer.

a) En ce qui concerne l’éducation, et contrairement à ce qu’ont longtemps pensé les français, nous n’avons pas d’avantage comparatif par rapport aux autres pays avancés. Mais nous savons la voie à suivre pour améliorer nos performances.

Les enquêtes que l’OCDE effectue régulièrement (PISA) permettent de comparer les niveaux des élèves de 15 ans dans les 37 pays avancés. Nos performances ont et leur évolution ont de quoi inquiéter. En compréhension de l’écrit, la France est passée de 12ème rang des pays de l’OCDE en 2000 au 18ème rang en 2009 ; en culture mathématique, de 13ème au 16ème rang ; en culture scientifique, elle s’est stabilisée au 21ème rang. En outre, la proportion des élèves en grande difficulté scolaire a augmenté d’une enquête à l’autre, passant de 15 % à 20 %  pour la compréhension de l’écrit, de 16,6 % à 22,5 % en arithmétique.

Une enquête du Ministère de l’Education Nationale sur les compétences des élèves en fin de collège dénombre les élèves en très grande difficulté, c’est-à-dire ceux qui ont des compétences si limitées qu’elles font obstacle aux études et à l’adaptation à la vie quotidienne. Leur nombre est passé de 15 % à 17,9 % d’une classe d’âge de 2003 à 2009. Ce sont 140 000 français qui sortent donc chaque année de l’école avec ces handicaps.

On sait aussi les problèmes des jeunes français qui entrent à l’Université : la moitié seulement en sortent avec un diplôme. Et nombreux sont les diplômés de certaines Universités à ne trouver d’emploi qu’après de longs délais et avec un sentiment de déclassement.

Pourtant, la France est l’un des pays de l’OCDE qui consacre le plus de dépenses publiques à l’éducation : 6 % du PIB, contre 5,7 % pour la moyenne de ces pays avancés.

Cette situation est vraiment préoccupante, alors que l’ambition de l’Europe est depuis le Traité de Lisbonne de développer une économie de la connaissance très compétitive : le niveau d’éducation est un facteur essentiel de croissance, et nous espérons en faire un avantage comparatif dans la mondialisation.

+ Le législateur a d’ores et déjà défini, en 2005, un objectif adapté pour y contribuer : chaque français devrait sortir de l’école doté d’un socle commun de connaissances et de compétences qui a été défini depuis lors avec précision, et après une large consultation des français.

Les études à l’école et au collège ont désormais l’acquisition de ce socle commun comme premier objectif. Il appartient au système éducatif de réorganiser ses programmes, de mobiliser ses moyens, et d’adapter ses méthodes pédagogiques pour y parvenir. Il est possible que les moyens existants permettent le succès, à condition d’être réalloués en fonction de cette priorité. Tès attachés à leur mission, qui est pour la plupart d’entre eux une vocation, et aux intérêts de leurs élèves, les enseignants sont certainement prêts à se mobiliser pour réussir.

Le succès passe par la mise en place d’instruments qui permettraient d’évaluer les compétences et les connaissances des élèves à quelques niveaux essentiels de leur scolarité : au moins une fois au cours des études à l’école, au moment du passage au collège, au moins une fois eu cours des études au collège et à la sortie du collège.

Et puis il suppose que soit défini un mode de traitement des problèmes des élèves en difficulté : à chacun des niveaux où ceux-ci sont détectés, bien sûr ; et, plus important encore, à l’entrée à l’école, puisque des études ont montré que c’est à ce moment qu’apparaissent le plus souvent des difficultés qui ne seront jamais surmontées.

b) L’emploi des jeunes est un deuxième problème à traiter.

La France est l’un des pays de l’ OCDE où les jeunes ont le plus de difficultés à trouver un emploi. Le taux de chômage des moins de 25 ans y dépasse 23%, alors qu’il est de l’ordre de 8% en Allemagne et aux Pays-Bas et de 20% en moyenne dans la zone euro (ce taux était actuellement gonflé par la situation très anormale de l’Espagne, qui se situe à 40%).

Cette situation résulte sans doute pour une bonne part de la rigidité et de la complexité de notre réglementation du travail et du niveau élevé du coût du travail qui en est l’un des aspects. Le marché du travail est segmenté en deux parties : l’une – celle des emplois publics et des contrats à durée indéterminée du privé – est très protégée ; l’autre est celle vers laquelle les jeunes doivent trop souvent s’orienter.

La correction de ces rigidités a été engagée. Le champ de la négociation collective est en cours d’élargissement : les partenaires sociaux doivent négocier avant tout changement significatif de la réglementation existante. La promotion de la flexibilité fait son chemin : le concept de flexi-sécurité se banalise. Des exonérations de charges sociales ont en partie compensé l’effet des 35 heures sur le coût du travail au voisinage du salaire minimum et depuis 4 ans celui-ci n’a plus fait l’objet des coups de pouce traditionnels dans le passé. Et de multiples régimes visant à promouvoir l’emploi des jeunes se sont succédés.

La question du coût trop élevé du travail dans notre pays reste posée. Comment faut-il financer le revenu minimum qu’il convient d’assurer aux travailleurs ? Par la prime pour l’emploi ou par la poursuite de l’augmentation du salaire minimum ? Et comment faut-il financer certains régimes sociaux ? Par des cotisations sociales ou par une TVA sociale ?

+ Mais le problème essentiel se situe au niveau de notre système éducatif. Il faudrait que tout en assurant sa mission essentielle, qui est de donner à chaque français le niveau d’éducation qu’il peut et souhaite recevoir, il facilite aussi son emploi.

Pour cela, il faudrait d’abord que les différentes filières de notre système éducatif soient également valorisées, et qu’elles facilitent l’insertion professionnelle.

Notre système hiérarchise à tel point les filières que les jeunes français et leurs familles peuvent avoir l’impression d’une orientation par l’échec : la filière professionnelle serait réservée à ceux qui ne sont pas capables de suivre la filière technologique, les élèves de celle-ci étant les recalés de la filière générale. Et au sein de la filière générale, on retrouve une hiérarchie analogue entre les sections L, ES et S. Cette situation est très dommageable : d’abord pour les enfants et leurs familles, mais aussi pour l’emploi. Certains emplois de débouchés de la filière professionnelle sont dédaignés par les français.

Or cette hiérarchie n’a pas de raison d’être. Il y a une grande diversité des talents, et de l’excellence potentielle dans chacun d’eux. L’orientation vers chaque filière devrait être assurée en fonction des capacités spécifiques des enfants, et non de leurs incapacités. Et il n’y a pas, dit le proverbe, de sot métier.

Et puis il faudrait bien cerner les métiers de débouché de chacune de ces filières et s’assurer que l’éducation donnée confère les compétences et les connaissances nécessaires pour les exercer. Cela vaut pour toutes les filières post collège, mais aussi pour le baccalauréat et tous les diplômes post-baccalauréat.

La formation en alternance est un moyen sûr d’aider l’insertion professionnelle. Elle se développe et mérite d’être encouragée. Comme les entreprises, les administrations peuvent y contribuer.

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Pour adapter notre pays aux contraintes de la mondialisation de façon à en exploiter les opportunités, il faut absolument corriger le pessimisme des français. D’après un sondage récent, un tiers seulement d’entre eux pensent que notre pays est plutôt bien placé pour la compétition économique internationale contre les trois quarts des allemands, 70% des néerlandais et 48% des britanniques. Notre score est le plus mauvais des 10 grands pays sondés. Ce pessimisme a une conséquence dramatique : nos jeunes sont convaincus que leur vie ne sera pas aussi satisfaisante que celle de leurs parents ; et que le niveau de vie des français va régresser. C’est une situation nouvelle en France : les adultes de l’après-guerre faisaient des sacrifices pour assurer à leurs enfants une meilleure éducation et ils avaient la conviction que la vie de ceux-ci serait meilleure que la leur, et c’était aussi le sentiment de leurs enfants. Le même optimisme habite aujourd’hui parents et enfants des pays émergents.

La mondialisation de l’économie est indispensable. Progressivement, les contraintes de concertation, de coopération et de régulation qu’elle implique seront prises en compte au niveau mondial et acceptées, parce que c’est à cette condition que pourront être évitées les crises qui retarderaient les progrès.

Notre pays a vraiment la capacité de tirer avantage de cette mondialisation. Sa culture de solidarité peut lui permettre, mieux que d’autres, de faire face aux difficultés qu’elle ne cesse de créer. Et ses capacités d’adaptation et d’innovation lui donnent les moyens de saisir les multiples opportunités qu’elle fait naître. Dans les entreprises, les français de tout niveau ont démontré la capacité à s’adapter, à améliorer leur efficacité. Pourquoi refuseraient-ils, comme citoyens, les adaptations qui sont nécessaires à notre pays, pour tirer avantage de la mondialisation ? Face aux défis de l’avenir, il nous faut retrouver le secret de l’optimisme. L’optimisme qui permet d’entreprendre, de créer, d’avancer : de réussir.