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Pierre Mazeaud

Alice Saunier-Seïté

 


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Notice sur la vie et les travaux
d’Alice Saunier-Seïté

par M. Pierre Mazeaud

 

séance du lundi 25 janvier 2007

 

Alice Saunier est née le 26 avril 1925 à Saint-Jean-le-Centenier, en Ardèche méridionale. Nous gardons d’elle le souvenir d’une femme intelligente et passionnée, combattive malgré les épreuves qui ne lui furent pas épargnées. Une bâtisseuse, qui a dédié sa vie à une cause républicaine : l’Education. De la communale aux universités, elle s’est toujours placée En première ligne, pour reprendre le titre du livre de souvenirs qu’elle publia en 1982.

Pourtant, être née femme, de père boulanger, en 1925, dans un petit village ardéchois, ne prédestinait pas à un destin national. Mais en ce temps là, l’école communale était une institution respectée et l’ascenseur social récompensait les esprits brillants et les travailleurs acharnés.

De fait, son enfance rigoureuse, sinon rude, fut placée sous le signe d’un travail consciencieux ; son père, nous dit-elle, considérait que l’école, plus encore que le suffrage universel et les tribunaux, garantissait la justice. Le moment venu, son instituteur fut formel : distinguant sa meilleure élève, il l’encouragea à poursuivre ses études.

Ayant obtenu son certificat et devenue boursière, Alice quitte son village et devient pensionnaire à l’école primaire supérieure de Privas. L’environnement est austère : « Dans ce couvent laïc – écrit-elle – régnait une règle sévère, strictement observée par des adolescentes montagnardes de ces multiples sectes huguenotes qui rivalisaient d’austérité ».

Sixième, cinquième, quatrième, troisième. L’élève est, paraît-il, indisciplinée, mais elle est la première dans toutes les matières. Au terme de ces quatre années, elle passe avec succès le concours d’accès à l’école normale des institutrices et fait son entrée, en 1941, à l’âge de seize ans, au lycée de Tournon.

L’époque était difficile et les étudiants n’étaient pas épargnés par la rigueur du temps, comme en témoigne cet extrait du livre qu’elle consacra, en 1997, au Cardinal de Tournon : « L’internat était glacial. Il fallait casser les stalactites qui pendaient aux robinets des lavabos. Les douches ne fonctionnaient plus. Les doigts des mains et des pieds et les genoux des pensionnaires étaient gonflés et noirs d’engelures. Nous grelottions la nuit et pendant les cours. Bref, nous avions froid, très, très froid. (…) Le pire était le réfectoire : (…) nous avions faim, très, très faim ».

En outre, le lycée de Tournon était partiellement occupé par les Allemands, ce qui n’empêcha pas la jeune Alice de se livrer à des activités de résistance. Elle écrit à ce sujet : « Nous éprouvions pour eux [les Allemands] plus de pitié que de haine même si, chaque samedi soir, nous faisions le mur pour les combattre à mort » : agent de liaison, elle porte des messages à des résistants, à Lyon et dans le Vercors, qui connurent par la suite ou la mort ou la souffrance des camps de déportation. Parmi eux le frère de l’une de ses camarades, Jacques Picard, qu’elle épousera au mois d’octobre 1947.

Sa scolarité, qui s’achève par une année de formation professionnelle à l’Institut pédagogique de Valence, se poursuit avec succès. Mais l’enseignement qu’elle reçoit ne la convainc pas de poursuivre dans cette voie. Elle écrit alors : « Nous avions l’impression de perdre notre temps. Un temps précieux, puisque la guerre s’achevait enfin et que nous avions vingt ans ». Comme tant d’autres normaliens « en rupture de vocation », elle rejoint l’université et s’inscrit, en 1945, à la Sorbonne, où elle obtient une licence de géographie.

Le couple qu’elle forme désormais avec Jacques Picard ne va pas tarder à quitter la capitale. Les problèmes de santé de son mari, revenu de Dachau dans un état physique effroyable, expliquent leur départ pour Combloux, en Haute-Savoie. Après un bref retour à Paris, ils partent vivre, en 1949, près d’Innsbruck, en Autriche, où Alice a accepté une place de répétitrice dans un lycée français installé pour les troupes d’occupation. Ce séjour influera sur sa carrière puisque son intérêt pour les Alpes, dont je reparlerai, remonte à cette période.

En attendant, la santé de Jacques Picard se dégrade et les oblige à rentrer à Paris au mois de juillet 1950. Quelques mois plus tard, c’est elle qui est hospitalisée pour une pleurésie : l’un et l’autre ne sortiront de l’hôpital qu’en juillet 1951.

Alice Saunier soutient alors son mémoire de diplôme d’études supérieures de géographie, puis est nommée, en 1952, dans un collège technique de la région parisienne. Elle enseigne le français, l’histoire et la géographie. Les années passent. Elle a désormais deux enfants. Les épreuves continuent : la santé de son second fils est irrémédiablement détruite, c’est le drame d’une vie. Pour survivre peut-être, elle se réfugie dans le travail.

Alors qu’elle fait ses premiers pas dans l’enseignement, elle réalise que son environnement professionnel connaît de profondes mutations, lesquelles l’accompagneront durant toute sa carrière. Les élèves sont de plus en plus nombreux du fait du taux de naissance élevé dans la France d’après guerre. Parallèlement, la scolarité obligatoire est portée de quatorze à seize ans. Le baccalauréat est délivré avec générosité. Les portes des universités s’ouvrent. On construit, vite et mal, de nouveaux bâtiments pour accueillir des flots croissants d’élèves et d’étudiants. On tente de faire face aux problèmes d’encadrement en faisant appel à des instituteurs détachés puis titularisés dans les collèges ; on recrute des maîtres auxiliaires, des titulaires de la licence. La pression syndicale augmente, les responsabilités se diluent, le lien avec l’élève se distend.

D’emblée, Alice Saunier porte un regard critique sur la façon dont les pouvoirs publics accompagnèrent, ou plutôt n’accompagnèrent pas, ces changements : « Vers 1955, à l’âge de trente ans, … la politique éducative de la France me paraissait une improvisation démagogique, dépourvue de perspectives et soumise au poids croissant du syndicalisme et du marxisme… Rien n’était préparé… Ce fut une improvisation incohérente et fatale ». Elle dénonce également l’état d’esprit de ses concitoyens : les Français de manière générale, qui ne s’intéresseraient plus qu’à la consommation et aux loisirs ; les instituteurs, qui ne penseraient plus à servir la République mais à s’en servir. Une certaine nostalgie ressort de ses écrits : « Je souffre de la décadence de l’école, de la culture et de l’intelligence françaises ». Sa conclusion est un bilan sans concession : « Le résultat, c’est une jeunesse qui ne sait, correctement, ni lire, ni écrire, ni compter, ni se situer dans l’espace géographique mondial, ni dans le temps de l’histoire ».

Les résolutions qu’elle prend alors ne sauraient donc surprendre : « Je décidai – écrit-elle – de quitter ce milieu d’insatisfactions et d’aigreurs, de sécurité égoïste et d’incompréhension des dures réalités du monde, de dépressions nerveuses et d’absentéisme. A la fuite vers les vacances, les congés de maladie, le syndicalisme ou la politique, je préférais la fuite définitive vers un autre métier ». En 1958, elle est admise en qualité de chercheur au Centre national de la recherche scientifique. Elle a 33 ans. Elle entame sa carrière universitaire.

Cette nouvelle vie, elle la doit en partie au professeur Raoul Blanchard, ce grenoblois père de la géographie alpine française, président de la section de géographie du CNRS et membre de notre compagnie, qui s’est intéressé à ses travaux. Elle entre au comité national du centre, poursuit ses recherches, multiplie les études sur la géographie humaine des vallées alpestres. Elle consacre sa thèse au massif de l’Oetzal et une thèse supplémentaire au Suedfoehn qui souffle sur Innsbruck (1963). Elle publie de nombreuses contributions sur le Tyrol : l’économie, la culture du maïs, les paysans, le tourisme… Seuls les pays septentrionaux – la Scandinavie, la Finlande, l’Islande, le Groënland – occuperont dans ses travaux une place comparable.

Sa période au CNRS s’achève en 1963, lorsqu’elle débute dans un emploi de maître de conférences de géographie à Brest.

Alice est alors animée par une passion scientifique réelle. Elle ne sous-estime pas non plus les joies de l’enseignement. Pour autant, son jugement reste incisif. Elle reproche toujours à ses collègues de traiter leurs étudiants avec désinvolture. Surtout, elle constate, comme dans les collèges et les lycées, le résultat catastrophique d’une « massification » qui, faute d’avoir été préparée, ne méritait pas d’être qualifiée de « politique d’ouverture » : baisse du niveau moyen des candidats, construction hâtive de bâtiments mal conçus, imprévision et improvisation de l’encadrement. Le nombre de chargés d’enseignement ne cesse de croître. On crée des emplois d’assistants et de maîtres assistants. Les amphithéâtres sont combles. Elle écrit alors : « De ma nomination à Brest, en octobre 1963, jusqu’à la rentrée 1967, je voyais s’accélérer la dégradation du niveau des étudiants, des études et des diplômes ».

Elle déploie des efforts considérables pour faire face à la situation : elle participe à la transformation des institutions universitaires de Brest – dépendantes de Rennes – en une université autonome, accompagne l’élargissement des formations et des débouchés, recrute, dresse les plans de nouveaux locaux. L’ascension rapide qu’elle va connaître ne doit donc rien au hasard : elle devient professeur puis, en 1966, directeur du collège littéraire universitaire de Brest et, finalement, en 1968, doyen de la faculté. Elle est la première femme à atteindre en France un tel niveau de responsabilité dans le monde universitaire.

En outre, elle ne cessera plus, désormais, de conjuguer action et réflexion. Dès 1967, le ministre de l’Education nationale, Alain Peyrefitte, l’appelle à siéger, avec une dizaine d’autres universitaires et inspecteurs généraux représentant les principales disciplines et les différents ordres de facultés, au sein d’une commission dite « commission Capelle », du nom du recteur qui la présida. Tous étaient soucieux de mettre fin à ce qu’elle considérait comme une « absurdité qui encourageait la fuite en avant vers les échecs universitaires ».

Mais, alors que s’achèvent les travaux de la « commission Capelle », surviennent les évènements de mai 1968. Alice est à Brest, évidemment. Dans ses mémoires, son jugement est, étrangement, presque mesuré. Sans doute dénonce-t-elle toute cette agitation, teintée localement d’autonomisme, ainsi que ceux qui l’animèrent. Le ton est ironique, mordant ; elle écrit ainsi : « En 1968, la saleté des bâtiments fut admise comme une expression des libertés universitaires et de l’intellectualité créatrice ». Mais elle semble voir dans ce chaos un peu vain comme l’aboutissement inéluctable de trop d’années de relâchement. Elle tente de maintenir le cap, de préserver son autorité.

De fait, c’est bien l’autorité qu’elle avait acquise qui lui permit d’éviter, malgré des incidents, que des dégradations trop graves ne soient causées aux locaux et aux biens. Elle entendait être respectée de ses étudiants. Et elle l’était… dans la mesure où on pouvait l’être au printemps 1968 ! Elle relate, dans ses mémoires, une histoire significative. Commentant à la télévision l’agitation étudiante, elle avait fait valoir que certaines violences d’expression n’étaient en fait que « des explosions de timidité ». Le lendemain, à l’entrée du bâtiment d’histoire et de géographie de l’université de Brest, on avait découvert l’inscription suivante : « Alice, et si les étudiants timides te disaient merde ? ». Alors qu’elle relatait cette anecdote quelques jours plus tard à Edgar Faure, celui-ci lui répondit : « Quel respect envers vous, Alice, ils ne vous disent merde qu’au conditionnel ».

Elle est désormais convaincue de la nécessité d’ouvrir l’université sur le monde extérieur et de mettre en place des formations débouchant sur des activités professionnelles. Son expérience trouvera des traductions dans la loi d’orientation dont Edgar Faure annonce alors le dépôt mais qui sera, par la suite, selon ses termes, « dénaturée ». C’est dans ce contexte qu’elle rencontre Jérôme Séïté, inspecteur général de l’enseignement supérieur, l’un des rédacteurs de la loi : séparée de Jacques Picard, elle l’épouse en 1968 et, après sa mort en 1972, – encore une épreuve ! – conservera son patronyme.

Alice Saunier-Seïté continue à dénoncer l’improvisation des décisions et le relâchement des mentalités. Elle déplore que l’université, lieu de l’apprentissage et de l’invention, devienne « la foire des cogitations libérées, la braderie de tous les diplômes, la cour des miracles de tous les marginaux ». Au ton qu’elle emploie, on perçoit que sa vie et sa carrière vont connaître de nouveaux changements.

De fait, à la fin de l’année 1969, elle quitte Brest. Elle est chargée de créer et de diriger, dès la rentrée suivante, l’Institut universitaire de technologie de Sceaux, qu’elle considère comme « l’un des plus beaux de France ». Elle écrit alors : « Une nouvelle carrière commença pour moi ».

Une fois de plus, tout est à faire. Le travail ne manque pas : les bâtiments, leur équipement, les étudiants à accueillir, les milieux économiques à approcher. Elle pourvoit les emplois, faisant notamment appel pour une maîtrise de conférences à un certain… Lionel Jospin. En même temps, elle participe, en tant que vice-président, aux réunions du conseil d’université de Paris XI dont relevait l’institut universitaire. Son jugement sur Paris XI est sévère : disciplines « pulvérisées », éparpillement des locaux « invraisemblable », erreurs « grotesques », décisions « aberrantes », réunions « interminables »… L’expérience va durer trois ans.

En juillet 1973, Alice Saunier-Seïté est nommée recteur de l’académie de Reims. Elle a finalement accepté ce qu’elle avait refusé à deux reprises, à Alain Peyrefitte en 1967 et à Edgar Faure en 1969. Une fois encore, elle doit assumer une fonction qui n’avait jamais été confiée à une femme auparavant.

L’académie de Reims n’a été créée qu’une dizaine d’années auparavant, pour désengorger le rectorat de Paris. 26 000 fonctionnaires et 300 000 élèves sont répartis sur quatre départements. Il y a du retard à rattraper. Madame le recteur travaille avec les enseignants, les directeurs, les inspecteurs, les représentants syndicaux. Elle met l’accent sur l’alphabétisation des jeunes enfants de travailleurs immigrés, s’intéresse à ceux des bateliers et des forains. Elle s’efforce de développer l’enseignement technologique en lien avec les milieux économiques. Elle cherche à attirer quelques-unes de ces grandes écoles qui étouffent à Paris. Elle apprend « qu’un recteur doit être un bâtisseur et le bon intendant d’un patrimoine immobilier considérable » : Alice Saunier-Seïté était faite pour la fonction.

Je me souviens d’ailleurs de notre rencontre, à cette époque. Ce n’était pas la première puisque, en 1968, j’avais été candidat aux élections législatives dans les Hauts-de-Seine, alors qu’elle dirigeait encore l’IUT de Sceaux. Gaulliste, elle m’apporta son soutien, et j’ai d’ailleurs été élu. Mais en 1973 c’est en tant que Secrétaire d’Etat chargé de la Jeunesse, des Sports et des Loisirs que je me rendis à Reims, pour une inauguration. Elle m’invita à séjourner à l’hôtel du Recteur, plus confortable que la Préfecture. Le matin, je fus réveillé par des cris en provenance du salon. Curieux, sinon inquiet, je poussais la porte… et je la découvris en train de s’escrimer dans un assaut où elle n’était pas avare d’exclamations ! Ce n’était pas le seul sport qu’elle pratiquait, elle aimait les automobiles, elle pilotait même de petits avions. Je l’ai décorée de la médaille de la Jeunesse et des Sports. Sportive en effet, elle l’était. Courage, volonté, ténacité, sans omettre l’esprit de compétition.

Le 12 janvier 1976, c’est l’évènement : Jacques Chirac lui confie le secrétariat d’Etat aux Universités, occupé jusqu’alors par Jean-Pierre Soisson.

Cette nomination n’est pas sans signification symbolique. Durant la campagne présidentielle de 1974, la place des femmes est devenue une question politique majeure. Jacques Chirac dirige alors le Gouvernement le plus féminisé de la Cinquième République, ouvrant une voie qui s’est par la suite imposée à tous ses successeurs.

Pour autant, Alice Saunier-Seïté n’est pas là pour témoigner. « Etre ministre pour agir », écrit-elle dans ses mémoires. Délibérément, elle inscrit ses nouvelles fonctions dans le prolongement des précédentes. Je la cite : « Quant à moi, qui connaissais bien, et depuis longtemps, les responsables de l’administration centrale et les problèmes des enseignements supérieurs, ces fonctions gouvernementales me semblaient simplement une suite, dans une carrière de responsabilités croissantes au service de l’Etat ».

Le poste n’est pas sans danger. Jacques Chirac le sait puisqu’il répondit à ses remerciements de la façon suivante : « Ne me remerciez pas. Ce n’est pas un cadeau ». Le Président de la République, pour sa part, lui dit à l’issue de son premier Conseil des ministres, le 14 janvier : « Sachez bien, en tout cas, que je ne vous en voudrais pas de ne pas réussir là où tous vos prédécesseurs ont échoué ».

Il faut dire que c’est à la tête d’« une flotte considérable » qu’elle est placée. Universités, grandes écoles, instituts, 12 millions de mètres carrés de bâtiments d’Etat, 115 000 fonctionnaires, près de 800 000 étudiants, le sixième budget civil de la Nation. Cette flotte voguait sur un océan agité, plein d’orages et de récifs ; elle risquait le naufrage à tout instant.

Alice Saunier-Seïté connaît les raisons de ces dysfonctionnements : ils découlaient des transformations sociales, culturelles et économiques qu’avait connus la France depuis 1945, et de la gestion désastreuse de « l’effet de masse » subi par les universités. Elle pensait que l’autonomie qui leur avait été donnée par la loi d’orientation de 1968 était une bonne chose, mais qu’à l’épreuve des faits le remède s’était avéré, une fois encore, pire que le mal. Qu’était-il advenu ? Selon elle : « L’irresponsabilité. La désorganisation. La politisation. La destruction des relations maîtres-élèves. L’abandon des critères de valeur. La négation de l’effort. Un égalitarisme mortel pour la science ».

D’emblée, le nouveau ministre doit d’ailleurs faire face aux désordres provoqués par le fameux arrêté du 16 janvier 1976 sur la réforme des seconds cycles universitaires. Ce texte, bien que préparé par son prédécesseur, répondait à l’un de ses objectifs : l’adaptation innovante des formations. Il donnait aux universités l’initiative pour définir les enseignements, leurs intitulés et leurs contenus, tout en laissant au ministère le contrôle des habilitations relatives à la délivrance des diplômes nationaux. Alice Saunier-Seïté est accusée de livrer l’Université à une compétition sauvage voulue par le patronat. Pour sa part, elle estime que : « Les syndicats marxistes d’enseignants et d’étudiants firent de ce texte leur cheval de bataille, sur une présentation fausse de ses dispositions ».

La vague d’agitation déferle jusqu’à la fin du mois d’avril. Le ministre tient bon, déclare sans ambages que les diplômes ne seront pas bradés en dépit de l’arrêt des cours, fait valoir au Premier ministre qu’elle est prête à annuler l’arrêté incriminé si l’ordre lui en est donné, mais qu’elle en tirerait les conséquences en présentant sa démission. Finalement les cours reprennent. A la surprise générale, la fermeté a payé.

Ainsi Alice Saunier-Seïté a-t-elle illustré dans les faits le propos qui fut le sien bien des années plus tard, en 1999, au cours d’une conférence sur Les femmes dans la cité qu’elle présenta ici-même, à l’Académie des sciences morales et politiques : « Ce n’est pas le caractère masculin ou le caractère féminin, mais le caractère tout court qui compte ».

Le caractère n’est pas la seule qualité dont elle fit preuve dès son entrée en fonction. Elle y ajoute, bien sûr, une profonde connaissance des dossiers et une grande familiarité avec le monde universitaire, dont la complexité n’avait pas de secret pour elle. Fondées sur sa propre expérience, ses priorités sont clairement identifiées et ne varieront pas : l’ouverture des facultés au monde extérieur et notamment au milieu professionnel, la promotion de la recherche fondamentale, la restauration de l’image de l’Université dans la nation.

Elle réforme ainsi, non sans mal, les Instituts universitaires de technologie, créés dix ans auparavant : moyennant une participation accrue des professionnels dans la formation, les IUT devaient satisfaire à sa volonté d’ouverture et, au-delà, au défi de l’emploi.

Dans le même esprit, mais avec davantage de sérénité, elle se penche sur les écoles d’ingénieurs, favorisant les enseignements technologiques, la formation par la recherche, les options liées aux techniques de pointe et les passerelles avec le monde socio-économique.

Elle s’engage dans une réforme du CNRS, qu’elle tente de débarrasser de structures trop complexes et de circuits de décision redondants. Deux décrets dotent le Centre d’une nouvelle organisation, plus nerveuse et plus efficace.

La question des locaux et des équipements universitaires l’occupera également. Pour répondre à l’augmentation des effectifs étudiants au cours des années 1960, une politique active de construction avait été entreprise. Le ministre infléchit les priorités : désormais, l’impératif n’est plus, sauf exception, de construire, mais d’entretenir le parc immobilier et de mettre en conformité des bâtiments anciens, ou récents mais mal bâtis.

Pourtant, à intervalles réguliers, de nouvelles difficultés se présentent.

Ainsi, en 1978, c’est de nouveau la grève, déclenchée cette fois par les assistants, mécontents d’un décret dont certaines dispositions touchaient à l’organisation de leur recrutement et de leur travail. Un autre qu’Alice Saunier-Seïté aurait, par précaution, évité de toucher aux carrières. Elle juge, pour sa part, que, dans le contexte général du « boom » universitaire des années 1960 et 1970, le ministre n’a pas le droit de faire l’impasse sur ces questions ; déroulement des cursus, mobilité des enseignants, réforme des statuts des personnels universitaires, recrutement et transformation des emplois, doivent être, au contraire, au centre des préoccupations ministérielles.

Le ministre doit encore régler des questions difficiles, organisant, entre 1978 et 1980, le transfert de l’université de Vincennes à Saint-Denis et d’une partie des enseignants de Nanterre à Malakoff. Nombre d’enseignants en effet désiraient quitter la faculté de Nanterre, encore sous les soubresauts de 1968. Alice prit un arrêté en ce sens ; le Conseil d’Etat ne pouvait que l’annuler. C’est alors que mon ami et maître Jean Foyer intervint : en sa qualité de Président de la commission des Lois à l’Assemblée nationale il fit voter dans un projet de loi qui n’avait rigoureusement aucun lien avec ledit arrêté un amendement que nous qualifierions aujourd’hui de « cavalier ». Jean Foyer, connaisseur rigoureux de la jurisprudence du Conseil constitutionnel, sait que de nos jours, une telle astuce serait immanquablement censurée !

En définitive, surmontant les obstacles, Alice Saunier-Seïté est devenue « l’homme fort du Gouvernement », comme l’a écrit Michel Droit, non sans humour. « On l’admire, on l’aime. Et ce qui est peut-être meilleur signe encore, on la craint, on la déteste. Durant cinq ans, en première ligne sur tous les fronts, elle ne cessera de se battre, recevant parfois autant de coups qu’elle en donne ». On lui appliquerait sans mal ce mot attribué au Général de Gaulle : « Les femmes seront bientôt les seuls hommes qui nous resteront ».

Son autorité tire sa force de sa compétence et de son ardeur. Initialement désignés pour la « cadrer », ses conseillers juridiques m’ont avoué l’avoir très vite suivie sur tous les fronts. Mais en raison même de la force de ses enthousiasmes et de la vigueur de ses engagements, elle sera souvent caricaturée, voire diabolisée ; son image de femme dure et intransigeante la blessera. Comment aurait-il pu en être autrement ? Elle était naturellement directive. Elle aimait le combat.

Elle était également impulsive : dans son jardin elle faisait planter des arbres, puis demandait qu’on les enlève ; faisait creuser une piscine, puis demandait à ce qu’elle soit comblée ; achetait une voiture, la revendait. En politique, elle agissait de même : ses conseillers juridiques s’en souviennent. « C’était Bonaparte à Marengo », m’a dit notre confrère le professeur Roland Drago. « Elle était plus sabreuse qu’escrimeuse », m’a confié Pierre Delvolvé. Elle était capable de remises en cause radicales comme d’engagements fulgurants. Mais elle ne lâchait rien et s’attira quelques inimitiés, notamment parmi les collaborateurs du Premier Ministre. On doit dire en effet qu’elle ne ménageait pas le cabinet de Raymond Barre, notre éminent confrère, lui-même ancien professeur de ce que nous appelions à l’époque l’économie politique, donc tout autant sensible qu’elle aux problèmes de l’université.

Les témoins de cette époque savent, pourtant, que derrière cette façade se trouvait une grande générosité. Ils n’ignorent pas non plus tout ce qu’il y a d’intime dans le caractère d’un homme ou d’une femme. Bertrand Saint-Sernin m’a sans doute livré la clé de cette personnalité impulsive en me disant : « Sous ses allures de lionne, on la sentait secrète et solitaire ». Raymond Saint-Paul abonde dans le même sens : « Ses excès étaient la manifestation de sa révolte ». Révolte contre la maladie – celle de son fils en particulier, dont elle ne parlait pourtant jamais –, la souffrance, la mort, qui jalonnèrent son existence.

C’est pourquoi elle tiendra, conservant au sein du Gouvernement une position solide. Dans Le Pouvoir et la vie, le Président de la République de l’époque en témoigne d’ailleurs dans les termes suivants : « Alice Saunier-Seïté avait créé autour d’elle, parmi les ministres, une sorte d’aura affectueuse. Quand elle arrivait au Conseil, elle déclenchait une commotion : on l’interpellait, la tutoyait, l’embrassait. Je partageais cette affection ». Elle raconte pour sa part qu’il lui demanda un jour : « Tous vos collègues du Gouvernement vous aiment. Dites-moi pourquoi ? ». A cela elle répondit que, dans les projets communs, elle apportait un concours loyal, et ne tirait jamais la couverture à elle. Finalement, le 10 janvier 1978, le secrétariat d’Etat aux universités devient un ministère à part entière. Pour son titulaire, cela ressemblait fort à une promotion.

Au demeurant, elle n’eut pas à rougir des résultats qu’elle obtint. Le professeur Roland Drago considère ainsi que : « La période 1976-1981 a été, pour les universités, pour les grands établissements, pour la recherche, pour les bibliothèques, une période riche que l’histoire reconnaîtra » (Allocution, remise de l’épée, 14 novembre 1996). Même si tout son héritage ministériel fut liquidé en 1981-1982, il demeure que, grace à elle, l’enseignement supérieur s’est, dans une certaine mesure, pacifié ; les universités se sont ouvertes sur le monde extérieur ; la réforme du second cycle est entrée dans les mœurs ; la crédibilité des IUT n’est plus discutée ; la promotion de la recherche scientifique a été consolidée. Quoi qu’on en dise, ses objectifs ne sont pas loin d’avoir été atteints.

La description de son œuvre ministérielle ne serait pas complète si j’oubliais d’évoquer le legs qu’elle fit, involontairement, au droit constitutionnel : c’est en effet grâce à elle, mais aussi au législateur et en particulier à mon éminent collègue Jean Foyer, que fut dégagé le principe fondamental reconnu par les lois de la République de l’indépendance de la juridiction administrative. La grande décision du 22 juillet 1980 intervint, en effet, à propos d’une proposition de loi de validation présentée par Jean Foyer et faisant suite à l’annulation d’un décret signé en 1977 par Alice Saunier-Seïté : ce décret, qui instituait un comité technique paritaire central des personnels enseignants de statut universitaire, avait été annulé en 1980 par le Conseil d’Etat. Le Président du Conseil constitutionnel que je suis encore pour quelques mois ne pouvait passer ce fait sous silence.

Comment oublier, par ailleurs, de rappeler ici son action bienveillante envers les Académies quand elle fut rue de Grenelle ? Ayant rendu visite à Jacques Rueff, qui était alors Chancelier de l’Institut, elle s’aperçut de l’état pitoyable dans lequel se trouvait le Palais. Elle fit alors en sorte de créer un certain nombre de postes d’huissiers ainsi que de débloquer les crédits qui permettraient d’aménager les salons de réception du rez-de-chaussée, ce qui fut réalisé par notre confrère Edouard Bonnefous qui avait succédé à Jacques Rueff, décédé en 1978.

Mais le temps du Gouvernement va prendre fin. Les souvenirs du ministre s’achèvent sur une profession de foi. En quelques lignes, l’élève de la communale justifie ce qui fut le combat de sa vie dans des termes d’une troublante actualité : « Le rôle des enseignements supérieurs est plus nécessaire et plus déterminant aujourd’hui qu’à aucune autre époque de notre histoire. En dispensant au plus grand nombre une formation de niveau élevé, en suscitant le progrès des sciences et des techniques, ils contribuent à l’atténuation des inégalités entre les hommes. (…) En inculquant le goût de la vérité, de la qualité et de la liberté, ils pourraient enraciner ces vertus, sans lesquelles il n’est pas de vie démocratique possible ».

C’est forte de cette conviction qu’elle s’est efforcée de donner aux universités davantage de responsabilité, d’éloigner d’elles ce qu’elle appelle « le péril de la démagogie ».

Sans doute son sens critique ne s’embarrasse-t-il pas toujours de nuances. Comme lorsqu’elle écrit : « De l’idéal républicain, de la Déclaration des droits de l’homme, de la morale du travail et de la vérité, de ces bases des leçons de nos instituteurs jusqu’à la seconde guerre mondiale, que reste-t-il dans nos enseignements aujourd’hui ? Il n’y a plus d’idéal, mais une idéologie. Il n’y a plus de fraternité, mais l’esprit de revanche d’une classe de fonctionnaires. Il n’y a plus de travail, mais le culte du temps libre. Il n’y a plus de vérité, mais la désinformation haineuse et radoteuse du marxisme qui s’étale jusque dans les manuels scolaires ».

Le constat qu’elle dresse, s’il a souvent la vérité de ces caricatures qui, en forçant le trait, révèlent les vérités, en a aussi la décourageante cruauté : « Le résultat, – nous dit-elle, – ce sont ces bacheliers bégayants et incultes, déchirés entre l’espérance, l’ardeur inhérentes à la jeunesse, et l’exemple de cynisme destructeur, au nom d’une idéologie de ceux des maîtres qui, depuis longtemps, détiennent le pouvoir dans l’éducation nationale ».

Ses revers ne l’abattent jamais et ses déceptions sont surmontées par le sentiment du devoir accompli : « Ma joie et ma fierté sont d’avoir pu prouver que les universités et les écoles d’ingénieurs françaises pouvaient rester, devenir ou redevenir les meilleures du monde et un havre de tolérance et de science pour les plus brillants cerveaux français ou étrangers ».

En définitive, elle nous livre la clé de son combat : son inquiétude, son exigence, s’enracinent dans une ambition pour la France ! Citons la une dernière fois : « Si d’autres, maintenant, s’acharnent à préparer la contre-épreuve, en clochardisant nos enseignements supérieurs, en soumettant le travail scientifique aux contrôles politiques et syndicaux, en contraignant nos élites à l’exil professionnel, alors, pauvre France, pauvre monde ! En effet, quel autre pays, quel autre peuple pourraient faire reverdir le paradis perdu de l’humanisme occidental ? ».

Cette question, elle la pose à ses successeurs. 1981 est là. En mars, elle est chargée d’exercer parallèlement les attributions déléguées à Monique Pelletier, ministre déléguée chargée de la famille et de la condition féminine. Mais cette nouvelle responsabilité sera brève, prenant fin avec la défaite de la majorité aux élections présidentielles.

Pour autant, l’heure de la retraite n’est pas venue. Elle ne viendra jamais.

Alice Saunier-Seïté retrouve ses fonctions professorales, devenant, en 1981, la première femme nommée au Conservatoire national des arts et métiers. Son arrivée fut vivement contestée par des enseignants qui ne la connaissaient que de réputation, à travers Le Canard enchaîné… Mais l’ébullition retomba très vite. Alice tint en effet à se soumettre aux procédures normales d’élection et donc au jugement de ses pairs pour l’attribution d’une chaire qu’elle aurait pu s’octroyer : à l’issue de ses démarches, le jugement fut unanimement favorable. Par la suite, elle s’intégra harmonieusement dans sa nouvelle communauté. Elle y fut fort heureuse, m’a dit Raymond Saint-Paul. Jusqu’en 1994, elle occupera la chaire de « géographique de l’espace », créée pour elle. De ces treize années passées au CNAM elle dira : « ce furent les meilleures années de toute ma carrière ». Lors de son départ, qui correspondit à son entrée dans cette Académie, ses confrères et amis lui offrirent un volume de Mélanges, coordonné par Jean Bastié, et qui porte ce titre inspiré de Marc Bloch : « Apologie pour la géographie ».

En 1981 elle reprend également ses travaux de recherche. Elle renoue avec les publications scientifiques. Elle raconte ses souvenirs (« En première ligne », 1982). Elle développe ses idées sur l’enseignement supérieur (« Les enseignements supérieurs en France », 1981 ; « Le jacobinisme, maladie des Universités françaises », 1984). Elle anime des séminaires de réflexion qui aboutissent, sous sa direction, à la rédaction de plusieurs ouvrages, sur l’Etat (« Remettre l’Etat à sa place », 1984), sur l’Europe (« Une Europe à la carte », 1985). Elle retrace de grands destins, ne laissant pas au hasard le choix de ses personnages.

Elle fait ainsi revivre le cardinal de Tournon (1997), ce qu’elle projetait sans doute depuis longtemps puisqu’elle écrit d’emblée que : « Ce livre est l’expression de mon admiration envers le fondateur du lycée de Tournon ». Sans doute, au-delà du souvenir de sa propre jeunesse, se reconnaissait-elle dans ce personnage qu’elle décrit comme « un homme d’action au service de l’Etat », qui « montra un souci permanent des intérêts de son pays », qui fut toujours soucieux d’« aider les savants et les artistes » et pour lequel « l’instruction primait tout ».

Elle relate la vie des Courtenay (1998), peut-être en raison du fait que, dans cette étonnante dynastie, les femmes jouèrent un rôle majeur.

Elle se consacre, enfin, au comte Boissy d’Anglas (2001), dans un livre qui lui permet, une nouvelle fois, de renouer avec l’Ardèche, son département natal, et de remercier celui auquel appartint l’épée qui lui fut remise, dans les salons de l’Hôtel de ville de Paris.

En même temps, elle préside le Club des explorateurs, administre l’Institut océanographique de Monaco où elle succède à Edouard Bonnefous, et veille sur la Société de géographie de Paris. Elle est associée à l’Institut d’Egypte et à l’Académie des sciences d’Islande. L’Islande fut un pays important pour elle, Alice étant personnellement liée avec sa Présidente. Elle effectue des voyages dans le grand Nord, réalisant même, m’a-t-on raconté, un documentaire sur la vie des Inuits.

Mais elle n’oublie pas la politique.

Depuis 1973, elle était conseiller municipal et même adjoint au maire d’une petite commune de Corse, dénommée Manso, située dans la vallée du Fango : il s’agissait du village natal de Jérôme Séïté. Elle était par ailleurs secrétaire général adjointe du parti républicain depuis 1978.

Son échec aux élections législatives de mars 1978, en Moselle, dans la deuxième circonscription de Metz, ne fut pas un traumatisme : dans un contexte local délétère, alors que le milieu politique local s’était ligué contre elle, ses 21 % de voix au premier tour furent un résultat plus qu’honorable. Pour preuve, élue conseiller de Paris en 1983, elle fut réélue en 1989 et 1995. Elle se consacre, au fil de ses mandats, aux problèmes de la circulation, de la police et de la sécurité dans la capitale, puis aux questions économiques, au tourisme et, enfin, à l’aménagement urbain. Elle exerce les fonctions d’adjointe au maire du sixième arrondissement.

Elle préside le mouvement national des élus locaux (MNEL) de 1990 à 1998, après en avoir été la vice-présidente dès 1983. Elle fonde la Mutuelle des élus locaux, puis crée la Caisse de retraite des élus locaux, qu’elle préside également.

C’est en 1995 qu’elle devint membre de l’Académie, occupant le siège auparavant dévolu au ministre Bernard Chenot.

Alice Saunier-Seïté nous a quittés le 5 août 2003. En elle, je salue, avec le Président de la République, « une femme d’un grand courage, dans sa vie personnelle, dans sa carrière professionnelle, dans ses engagements universitaires et dans son action d’élue locale ».

« Un personnage, mais surtout une personnalité, qu’il est rare de croiser », m’a dit récemment le ministre François Goulard.

Je rends hommage à son courage et à sa lucidité pour son grand combat en faveur de l’ouverture et de la modernisation de l’université française.

Pionnière de l’accès des femmes aux plus hautes responsabilités, elle restera toute sa vie fidèle à l’universalisme et aux valeurs méritocratiques de la République.

Voilà mes chers confrères ce qu’il m’appartenait de dire de celle qui fut des nôtres ; qu’immortelle elle restera. En deux mots elle fut sa vie durant une grande dame.