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Remise d'une médaille
à Sa Sainteté Benoît XVI
au Vatican au cours d'une audience privée
samedi 10 février 2007
À linitiative de M. Jean Foyer,
une médaille à leffigie du Pape Benoît
XVI, élu comme associé étranger de lAcadémie
lorsquil était encore le Cardinal Joseph Ratzinger,
a été réalisée par lAcadémie
des Beaux Arts, M. Jacques Fontaine, membre de lAcadémie
des Inscriptions et Belles-Lettres, ayant conçu linscription
latine qui orne le pourtour de la médaille.
Une délégation constituée de M. Gabriel
de Broglie, Chancelier de lInstitut, de MM. Lucien Israël
et Michel Albert, respectivement Président et Secrétaire
perpétuel de lAcadémie des sciences morales
et politiques, de M. Arnaud dHauterives, Secrétaire
perpétuel de lAcadémie des Beaux Arts,
de MM. Jean Foyer (ASMP), Jacques Jouanna (Académie
des Inscriptions et Belles-Lettres, AIBL), Jean Delumeau (AIBL),
Jean Richard (AIBL), Robert Rigot (Beaux- Arts) sest
rendue à Rome le samedi 10 février.
La délégation, à laquelle sétait
joint M. Emilio Marin, correspondant de lAcadémie
des Inscriptions et Belles-Lettres et Ambassadeur de Croatie
auprès du Saint-Siège, a été reçue
par le Pape en audience privée, en présence
du Cardinal Roger Etchegaray, membre de lAcadémie,
et du Cardinal Jean-Marie Lustiger. M. Arnaud dHauterives
a remis la médaille au Saint-Père. Au nom de
la délégation, M. Jean Foyer a prononcé
un discours auquel le Saint-Père a répondu par
un remerciement.

Allocuation de Jean Foyer pour la remise
d'une médaille à Sa Sainteté Benoît XVI
Très Saint Père,
Le 19 avril 2005, grande date dans lhistoire de lÉglise,
est aussi une date majeure dans celle de lAcadémie
des sciences morales et politiques. Elle lui a conféré
un extraordinaire honneur. Votre Sainteté était
élue au souverain pontificat. Notre Compagnie avait
lhonneur insigne de compter parmi ses membres le successeur
de saint Pierre, Vicaire de Jésus-Christ.
Jamais événement dune telle importance
et dun tel éclat nétait survenu
dans notre histoire académique. Il est peu de chance
quil se renouvelle jamais.
Il nous a paru convenable et conforme aux traditions académiques
héritées de lAntiquité de marquer
lévénement par la frappe dune médaille
à votre effigie que cette délégation
est venue offrir ce matin à Votre Sainteté.
Deux autres Compagnies de lInstitut de France ont coopéré
à ce travail.
LAcadémie des Beaux-Arts comporte une section
de gravure. À notre demande le Secrétaire perpétuel
de celle-ci, M. Arnaud dHauterives, a confié
la mission de concevoir et de composer la médaille
à son confrère M. Robert Rigot, qui est lun
des membres de la délégation.
Il était bien juste quil y fut. M. Rigot na
voulu recevoir aucune rémunération pour son
uvre. Il a entendu en faire hommage à votre Sainteté.
LAcadémie des Beaux-Arts sest chargée
de la frappe ; cest son Secrétaire perpétuel
qui vous présentera lobjet.
Une médaille comporte une légende. LAcadémie
des Inscriptions et Belles Lettres fondée par Louis XIV,
à linitiative de Colbert, a reçu la mission
de proposer des inscriptions pour de nouvelles médailles.
Nous avons eu recours à Monsieur Jacques Fontaine,
lun des confrères de cette Académie, patrologue
éminent, spécialiste des hymnes de Saint Ambroise.
Létat de santé de M. Jacques Fontaine
ne lui permet pas dêtre des nôtres ce matin,
ce que nous regrettons.
Ce texte quil nous a proposé et que nous avons
adopté avec enthousiasme est tiré de lépître
aux Ephésiens (IV,3) « Servare unitatem
Spiritus in vinculo pacis ». Texte que la bible
de Jérusalem traduit en français par ces termes :
« Conservez lunité de lesprit
par ce bien qui est la paix ».
« Servare unitatem Spiritus » nest-ce
point lune des finalités primordiales du Pontificat
de Votre Sainteté ; « in vinculo pacis »
en indique le mode dexercice.
Très Saint Père, nous avons une dette envers
Votre Sainteté.
Vous avez accepté votre élection à lAcadémie
des sciences morales et politiques.
Vous nous avez instruits en nous donnant de magistrales communications
sur la liberté en faisant léloge de votre
prédécesseur Sakharov, sur
la nouvelle alliance, par un texte qui est un monument
de théologie scripturaire, sur
le dialogue inter-religieux, thème de grande actualité.
Lélection de Votre Sainteté au Souverain
pontificat ne vous a pas semblé rendre incompatible
lappartenance à lAcadémie avec votre
élévation.
Nous en sommes hautement honorés et profondément
touchés.
La médaille réalisée grâce aux
deux Académies surs est la reconnaissance de
notre dette.
En offrant cette médaille, que va vous remettre M.
Arnaud dHauterives, les membres des trois Académies
associées prient Votre Sainteté dagréer
lhommage de leur respect et de leur attachement.
Pour nombre dacadémiciens, parmi lesquels celui
qui porte la parole se place modestement, ce geste est aussi
je devrais dire dabord lexpression
de leurs sentiments filiaux.
Gloria filiorum, pater eorum.
Discours
de Benoît XVI
Monsieur le Secrétaire perpétuel,
Monsieur le Cardinal,
Chers Amis Académiciens, Mesdames et Messieurs,
Cest avec plaisir que je vous accueille aujourdhui,
vous les membres de lAcadémie des Sciences morales
et politiques. En premier lieu, je remercie Monsieur Michel
Albert, Secrétaire perpétuel, des paroles par
lesquelles il sest fait linterprète de
votre délégation, ainsi que pour la médaille
évoquant mon entrée comme membre associé
étranger de votre noble Institution.
LAcadémie des Sciences morales et politiques
est un lieu déchanges et de débats, proposant
à lensemble des citoyens et au législateur
des réflexions pour aider à « trouver
les formes dorganisations politiques les plus favorables
au bien public et à lépanouissement de
lindividu ». En effet, la réflexion
et laction des Autorités et des citoyens doivent
être centrées autour de deux éléments :
le respect de tout être humain et la recherche du bien
commun. Dans le monde actuel, il est plus que jamais urgent
dinviter nos contemporains à une attention renouvelée
à ces deux éléments. En effet, le développement
du subjectivisme, qui fait que chacun a tendance à
se prendre comme seule référence et à
considérer que ce quil pense a le caractère
de la vérité, nous incite à former les
consciences sur les valeurs fondamentales, qui ne peuvent
être bafouées sans mettre en danger lhomme
et la société elle-même, et sur les critères
objectifs dune décision, qui supposent un acte
de raison.
Comme je lavais souligné lors de ma conférence
sur la nouvelle Alliance, donnée devant votre
Académie en 1995, la personne humaine est « un
être constitutivement en relation », appelé
à se sentir chaque jour davantage responsable de ses
frères et surs en humanité. La question
posée par Dieu, dès le premier texte de lÉcriture,
doit sans cesse résonner dans le cur de chacun :
« Quas-tu fait de ton frère ? »
Le sens de la fraternité et de la solidarité,
et le sens du bien commun reposent sur une vigilance par rapport
à ses frères et par rapport à lorganisation
de la société, donnant une place à chacun,
afin quil puisse vivre dans la dignité, avoir
un toit et le nécessaire pour son existence et pour
celle de la famille dont il a la charge. Cest dans cet
esprit quil faut comprendre la motion que vous avez
votée, au mois doctobre dernier, concernant les
droits de lhomme et la liberté dexpression,
qui fait partie des droits fondamentaux, ayant toujours à
cur de ne pas bafouer la dignité fondamentale
des personnes et des groupes humains, et de respecter leurs
croyances religieuses.
Quil me soit permis dévoquer aussi devant
vous la figure dAndreï Dimitrijevitch Sakharov,
auquel jai succédé à lAcadémie.
Cette haute personnalité nous rappelle quil est
nécessaire, dans la vie personnelle comme dans la vie
publique, davoir le courage de dire la vérité
et de la suivre, dêtre libre par rapport au monde
ambiant qui a souvent tendance à imposer ses façons
de voir et les comportements à adopter. La véritable
liberté consiste à marcher dans la voie de la
vérité, selon sa vocation propre, sachant que
chacun aura à rendre compte de sa vie à son
Créateur et Sauveur. Il importe que nous sachions proposer
aux jeunes un tel chemin, leur rappelant que le véritable
épanouissement nest pas à nimporte
quel prix et les invitant à ne pas se contenter de
suivre toutes les modes qui se présentent. Ainsi, ils
sauront avec courage et ténacité discerner le
chemin de la liberté et du bonheur, qui suppose de
vivre un certain nombre dexigences et de réaliser
les efforts, les sacrifices et les renoncements nécessaires
pour agir bien.
Un des défis pour nos contemporains, et particulièrement
pour la jeunesse, consiste à accepter de ne pas vivre
simplement dans lextériorité, dans le
paraître, mais à développer la vie intérieure,
lieu unificateur de lêtre et de lagir, lieu
de la reconnaissance de notre dignité denfants
de Dieu appelés à la liberté, non pas
en se séparant de la source de la vie, mais en y demeurant
relié. Ce qui réjouit le cur de lhomme,
cest de se reconnaître fils et filles de Dieu,
cest une vie belle et bonne sous le regard de Dieu,
ainsi que les victoires réalisées sur le mal
et contre le mensonge. En permettant à chacun de découvrir
que sa vie a un sens et quil en est responsable, nous
ouvrons la voie à une maturation des personnes et à
une humanité réconciliée, soucieuse du
bien commun.
Le savant russe Sakharov en est un exemple ; alors que,
sous la période communiste, sa liberté extérieure
était entravée, sa liberté intérieure,
que nul ne pouvait lui enlever, lautorisait à
prendre la parole pour défendre avec fermeté
ses compatriotes, au nom même du bien commun. Aujourdhui
encore, il importe que lhomme ne se laisse pas entraver
par des chaînes extérieures, telles que le relativisme,
la recherche du pouvoir et du profit à tout prix, la
drogue, des relations affectives désordonnées,
la confusion au niveau du mariage, la non-reconnaissance de
lêtre humain dans toutes les étapes de
son existence, de sa conception à sa fin naturelle,
laissant penser quil y a des périodes où
lêtre humain nexisterait pas vraiment. Nous
devons avoir le courage de rappeler à nos contemporains
ce quest lhomme et ce quest lhumanité.
Jinvite les Autorités civiles et les personnes
qui ont une fonction dans la transmission des valeurs à
avoir toujours ce courage de la vérité sur lhomme.
Au terme de notre rencontre, permettez-moi de souhaiter que,
par ses travaux, lAcadémie des Sciences morales
et politiques, avec dautres institutions, puisse toujours
aider les hommes à construire une vie meilleure et
à édifier une société où
il est bon de vivre en frères. Ce souhait saccompagne
de la prière que je fais monter vers le Seigneur pour
vous-mêmes, pour vos familles et pour tous les membres
de lAcadémie des Sciences morales et politiques.
Source : Le
Vatican
Texte original en français
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